Isabelle Filliozat

La confiance en soi peut se reconquérir

Selon la psychothérapeute Isabelle Filliozat, qui a publié  un livre à ce sujet, « Fais-toi confiance » (éd. JC Lattès), la confiance en soi se construit en quatre étapes : sécurité intérieure, affirmation des besoins, acquisition des compétences et reconnaissance par les autres.

Trop souvent, nous les perdons au premier échec, que nous dramatisons, nous sentant impuissant et dominé. Heureusement, il existe des techniques pour les reconquérir. Mais certaines personnes doivent retrouver pour cela les clés de base des relations humaines.

Nouvelles Clés : Il y aurait plusieurs formes de confiance en soi ?

Isabelle Filliozat : J’en vois essentiellement quatre, qui se construisent dans l’ordre suivant à partir de la naissance :

  •  La confiance de base, aussi appelée sécurité intérieure : être bien dans son corps, se sentir à sa place sur cette terre (« Je suis »).  À partir du moment où nous sommes bien à notre place entre terre et ciel, nous pouvons tout entreprendre.Cette confiance est menacée quand les parents ne s’occupent pas du bébé, ne le portent pas, ne le désirent pas, etc. Ce manque de confiance, extrêmement profond, est plus difficile à rattraper, mais on y arrive.
  •  Ensuite se construit la confiance en nos désirs et besoins (« Je ressens »). Certaines personnes peuvent rester des heures sans savoir quelle paire de chaussures prendre. C’est qu’on ne leur a pas permis de choisir quand elles étaient petites. Soit leurs parents ont toujours décidé à leur place et elles n’ont pu s’exprimer, soit ils n’ont pas écouté leurs besoins, ne tolérant pas la phase du non, colère d’opposition que l’on traverse entre 18 mois et 2 ans, essentielle pour accéder à cette confiance en notre personne propre, qui permet de dire « je ».
  • Puis vient la confiance en ses compétences, qui apparaît quand l’enfant commence à vouloir agir seul (« Je fais »). C’est une confiance extrêmement menacée par l’école et le jugement des maîtres et camarades.Beaucoup de gens ne se sentent pas « capables de ». Souvent, ils n’ont même pas vérifié et s’estiment d’emblée incompétents. Alors qu’en réalité, les compétences s’acquièrent, se construisent. Mais il y a tellement de malentendus autour de la confiance : l’idée « je n’y arriverai pas » est tellement ancrée à l’intérieur de nous qu’on ne la met même pas à l’épreuve de la réalité. On n’essaye même pas. Mais la réalité de la confiance dans ses compétences, c’est qu’elle se construit dans la réalisation. « Oh moi, je ne suis pas capable de faire ceci ! – Mais as-tu essayé ? – Non, je ne suis pas capable. – Mais qu’en sais-tu puisque tu n’as pas essayé ? » Cette conviction négative vient d’expériences d’avoir été humilié, dévalorisé, traité d’incapable, etc.
  •  Enfin vient la confiance sociale, relationnelle (« Je suis reconnu »). Ai-je confiance dans le fait que je vais être accepté par les autres ? Est-ce que je me vois comme quelqu’un de bien ou comme un(e) nul(le) qui ne va intéresser personne ? Dans le second cas, je vais me cacher, éviter les autres et éventuellement développer des phobies sociales. Cette confiance se développe d’abord dans le rapport aux parents et aux frères et sœurs, mais elle est aussi très liée à ce que l’on vit à l’école. Beaucoup de gens sont paralysés socialement parce qu’ils ont vécu des expériences de rejet et d’humiliation de la part de camarades de classe.Mais l’enfant en parle si peu que, souvent, on n’identifie pas ce manque et même des psy peuvent passer à côté.

N.C. : Un manque de confiance de base n’est-il pas sous-jacent à tous les autres manques ?

I. F. : Il peut arriver qu’une personne croie manquer de confiance en ses compétences, alors qu’elle souffre en fait d’un manque de base. La sécurité intérieure est de toute façon un problème général, spécialement en France. Pourquoi ? Sans doute parce que nous sommes le pays au monde qui sépare le plus les bébés des mamans.

Nous assistons maintenant à un retour puissant de la relation au nouveau-né, mais pendant des décennies, nous avons nourri un véritable culte de la séparation – que les maternités françaises prônaient dès la naissance. La jeune accouchée devait se battre pour garder son bébé avec elle !

Aujourd’hui encore, certaines maternelles encouragent la semaine de classe verte loin des parents dès l’âge de trois ans ! Il n’y a qu’en France qu’on propose ce genre de chose. De même que notre façon de comprendre la psychanalyse est unique au monde.

N.C. : On pense au plaidoyer d’Elisabeth Badinter qui, pour déculpabiliser les mères, a montré que les enfants nobles avaient été fort bien élevés par des nourrices pendant des siècles…

À l’inverse, les mères allemandes trouvent que les Françaises sont violentes de mettre leurs enfants à la crèche à six mois.

I. F. : C’est effectivement très violent. Prenant sa retraite, une pionnière du mouvement féministe, qui fut l’une des premières directrices de crèche, a récemment publié un livre intitulé « Votre enfant est-il heureux à la crèche ? » où elle répond par la négative.

Un tout petit a besoin de sa maman, ou à la rigueur d’une nourrice. Quant à la crèche, elle devrait avoir une puéricultrice pour trois enfants, on en est loin ! 

N.C. : Quand on manque de confiance de base, toutes les autres confiances sont menacées ?

I. F. : Oui, mais on peut le camoufler. On peut par exemple développer de grandes compétences et devenir quelqu’un de brillant, reconnu, etc., qui masque son manque de sécurité interne par une apparence sûre d’elle. Mais au moindre échec, tout peut s’écrouler, parfois de façon incompréhensible.

J’insiste sur l’idée que la confiance en soi peut momentanément se perdre, chez n’importe qui, à n’importe quel âge, et qu’il ne faut pas en avoir peur. C’est naturel. Le problème, c’est que nous dramatisons nos chutes et que nous ne savons pas ensuite nous réparer. En réalité, nous avons tendance à confondre tout sentiment provoqué par un échec avec une perte de notre confiance en nous-même.

Toute humiliation, toute souffrance, relationnelle ou professionnelle, est interprétée illico comme un manque de confiance. Nous labellisons là de manière erronée une réaction normale et naturelle. Surtout si nous avons fait partie, très jeune, de la majorité des dominés.

On a longtemps étudié cela chez les singes et ensuite chez les humains : dans toute relation, les dominants ont une physiologie spécifique, avec notamment le cœur qui bat plus lentement que celui des dominés.

Le problème, c’est qu’on interprète ensuite toute manifestation de sa physiologie de dominé – cœur emballé, sueurs, mains moites… -, comme des preuves d’un manque de confiance en soi, ce qui, du coup, fait effectivement baisser cette confiance.

C’est un cercle vicieux.

Il y a donc une dimension sociale extrêmement importante. Ainsi, le fait de perdre son travail induit automatiquement une chute de la confiance en soi, même quand cela n’a aucun rapport avec nous et que nos compétences ne sont strictement pas en cause. On a beau le savoir, notre confiance est minée et nous nous sentons coupable.

Nous avons un tel besoin de cohérence que nous pensons que tout est de notre faute ! Nous oublions de regarder la réalité extérieure.

N.C. : Peut-on passer d’une physiologie de dominé à une physiologie de dominant ?

I. F. : Absolument. C’est à quoi servent les méthodes thérapeutiques. Quand quelqu’un manque vraiment de confiance en lui, je lui demande par exemple de faire le tour de la pièce en bombant le torse et en toisant les autres, afin qu’il contacte le ressenti du dominant.

En fait, nous avons tous en nous les deux physiologies et nous choisissons d’utiliser l’une plutôt que l’autre. Heureusement, la physiologie, ça bouge ! C’est notamment une régulation hormonale, sur laquelle on peut apprendre à influer. Certaines personnes déploient une physiologie dominante au travail et une dominée à la maison ou dans leur relation amoureuse.

Ça dépend énormément du contexte : dans telle entreprise, je suis épanouie et gratifiée, dans telle autre complètement bloquée et donc disqualifiée. Nous croyons trop que nous sommes indépendants de notre environnement. C’est là que mon livre innove le plus. Je trouve que la mouvance psy a trop tendance à rendre la personne responsable de tout : quoi qu’il lui arrive, c’est sa très grande faute. Pas forcément !

Nous sommes des êtres de relation et ce qui se passe à l’intérieur de moi peut être un indicateur de ce qui se passe à l’extérieur. Le manque de confiance d’un salarié peut être lié au style de management de son patron. Avec un autre patron, il sera à l’aise et compétent.

N.C. : Mais dans la sphère sociale, on a quand même énormément tendance à voir toute personne en difficulté comme une pauvre victime du système, sans jamais oser la renvoyer à sa responsabilité propre.

I. F. : Eh bien, il faut trouver la voie du juste milieu entre ces deux tendances !

N.C. : Y a-t-il des méthodes différentes pour retrouver les quatre types de confiance en soi dont vous parlez ?

I. F. : Oui. La confiance de base se retrouve essentiellement en psychothérapie. Mais c’est aussi ce que travaillent l’aïkido et les autres arts martiaux, quand ils réveillent le hara ou initient à la méditation.

Il s’agit d’aider la personne à retrouver son centre de gravité, son souffle, son espace-temps. Pour retrouver la confiance en ses désirs et besoin, il faut apprendre à s’opposer aux autres et à dire non. Il existe pour cela toutes sortes d’exercices : changer d’avis volontairement, par exemple dans un magasin, et multiplier, momentanément, les refus catégoriques, afin d’authentifier ce que l’on désire vraiment ; rééduquer et reconnaître ses cinq types de ressentis sensoriels, trop souvent manipulés par nos croyances.

La confiance en ses compétences, elle, revient soit en acquérant de nouvelles compétences (mon livre propose à ce sujet un certain nombre de techniques), soit en reconnaissant que celles que nous avons ne sont pas remises en cause. Pour cela, il nécessaire d’écouter le feedback des autres et surtout d’oser. Oser se lancer, oser construire, puis affirmer une compétence. Pour être doué au piano, il faut pratiquer !

Quant à la confiance relationnelle, il existe aussi un certain nombre de clés. On peut observer les gens qui sont à l’aise et faire comme eux. Dans notre imaginaire, ces gens sont forcément toujours à l’aise, n’ont jamais peur, etc., alors qu’ils traversent évidemment comme tout le monde des moments de doute, de crainte, de difficulté, mais cela ne les paralyse pas.

Au lieu de fuir et de s’enfermer, ils vont vers les autres et se reconstruisent. Je conseille donc de regarder comment ils vont vers les autres. Il y a des règles sociales de base, souvent inconscientes, que la personne manquant de confiance relationnelle va devoir apprendre, car elle ne s’est pas dotée d’assez d’expériences et risque du coup, en effet, de se faire rejeter.

Par exemple, elle peut ne pas savoir qu’avant d’entrer en relation avec quelqu’un, on le regarde. Récemment, dans un de mes groupes, une jeune femme s’est plainte d’être toujours seule. Or, pendant tout le stage, effectivement, personne n’est venu vers elle. Pourquoi ? Je l’observe et je vois que jamais elle n’établit de contact oculaire avec les autres. Toute sa vie on lui a dit qu’une fille bien baisse les yeux et elle le fait ! Je lui ai donc simplement posé cette question : « Sais-tu que, pour entrer en contact avec autrui, il faut d’abord le regarder ? » Elle ne le savait pas. Il lui a fallu se rééduquer, apprendre à établir le contact oculaire et, dans ce contact, à jauger s’il y a relation possible ou pas, et de quel type.

Il y a ainsi des clés relationnelles qui sont automatiques pour certains et que d’autres n’ont pas. Notre métier est de leur en donner quelques-unes et de les inciter à en trouver d’autres eux-mêmes. Je leur conseille donc d’observer attentivement et d’imiter les attitudes qui marchent bien chez les autres.

N.C. : Comme toujours, il y a sans doute un prix à payer. Pour beaucoup, n’est-ce pas bien commode de dire qu’on n’a pas confiance en soi ?

I. F. : Je consacre à cette question un énorme chapitre. Là, j’emprunte à l’analyse transactionnelle. Le manque de confiance est une excellente jambe de bois et un alibi idéal pour ne faire aucun effort, refuser de s’ouvrir et de s’engager, se refermer sur ses routines et ne pas se confronter à ses peurs.

N.C. : Votre livre permet-il de faire un travail sur soi sans accompagnateur ?

I. F. : C’est son principal intérêt ! Je propose tout un coaching, avec une série de trente-six exercices pour retrouver sa confiance en soi.

À lire : « Fais-toi confiance – Ou comment être à l’aise en toute circonstance »  Isabelle Filliozat, éd. JC Lattès.

Sur son site officiel : http://www.filliozat.net/

Vous pourriez trouver la description de son parcours, ses livres, des forums fort intéressants et surtout sa passion pour la relation, qui l’a poussée à créer une École des Intelligences Relationnelle et Émotionnelle, un endroit où on apprend les lois de la relation et de l’émotion, le fonctionnement du psychisme, et aussi très concrètement, comment écouter autrui, comment lui parler, comment résoudre les conflits sans violence.

Des vidéos aussi, dont une qui démontre que les traces de violence et des traumatismes subis s’inscrivent dans notre ADN :

ttp://www.rts.ch/video/info/journal-19h30/3745896-des-chercheurs-de-l-unige-ont-decouvert-que-les-abus-laissent-une-trace-biologique-dans-l-adn-des-victimes.html

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4 réflexions sur “Isabelle Filliozat

  1. 😆 je me pencherai de plus près sur cet article dans un moment… il me paraît très pertinent… mais j’ai entrepris un grand chambardement à la maison et je voudrais terminer avant d’aller me coucher 😉

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