Thierry Janssen: un psy pour le corps

Docteur en médecine, diplômé de l’Université de Louvain en Belgique, chirurgien urologue à l’université de Bruxelles, devenu psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies physiques, Thierry Janssen étudie les différents aspects de la guérison, y compris au contact de guérisseurs traditionnels et des praticiens orientaux.

Il enseigne également les principes d’une « médecine humaniste et responsable » aux professionnels de santé, dans divers hôpitaux et facultés de médecine. Thierry Janssen étudie plusieurs approches psychocorporelles, ainsi que les principes de la médecine ayurvédique et de la médecine traditionnelle chinoise.

Lui-même pratique le Qi Gong et la méditation. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « La Solution intérieure : vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit », publié en 2006 chez Fayard et considéré comme une référence incontournable.

Thierry Janssen écrit pour mieux faire connaître les importantes capacités de prévention et de guérison que nous possédons tous, mais il veut également nous mettre en garde contre les sirènes qui offrent des solutions simplistes à nos maux. 

PasseportSanté.net – Le sous-titre de votre livre se lit « Enquête au-delà des croyances ».
À quelles croyances faites-vous référence?

Thierry Janssen – Disons d’abord que c’est un peu utopique de vouloir aller « au-delà » des croyances, puisqu’elles sont omniprésentes dans la vie de chacun et qu’elles sont même indispensables pour ne pas être constamment déboussolé. Mais mon intention, c’est d’abord de faire prendre conscience qu’il y a une multitude de croyances à propos de la santé et de la maladie, et que ces façons de voir nous empêchent parfois de nous adapter à la réalité.

C’est le cas en médecine, car ce n’est pas parce qu’on est scientifique qu’on n’a pas des a priori discutables, dont celui que le corps est un objet et que le soigner se résume à le réparer mécaniquement, d’un point de vue uniquement matériel, matérialiste. Les approches dites psychocorporelles ou holistiques ne sont pas à l’abri d’a priori peu fondés, non plus. Certaines thérapies se basent sur des notions mal définies, encore difficiles à comprendre ou peu démontrées. Cela donne lieu à d’incroyables amalgames – médecine psychosomatique plus pensée orientale plus physique quantique, etc. – qui sont autant de raccourcis réducteurs.

PSN – Nous avons vu, depuis 20 ans, apparaître plusieurs sortes de théories voulant que tel malaise ou telle maladie soit la conséquence d’un problème émotionnel ou psychologique précis. Qu’en pensez-vous?

Thierry Janssen – C’est une façon d’interpréter les choses qui n’est pas du tout démontrée, quoi qu’en dise le marketing de ces approches. Si des thérapeutes veulent remettre les gens en contact avec la dimension psychocorporelle de leur santé soit, mais pourquoi leur promettre qu’ils vont trouver les réponses à leurs problèmes aussi facilement que s’ils poussaient le bouton d’une machine distributrice? En plus de faire croire que les liens corps-esprit sont d’une très grande simplicité – ce qui n’est pas le cas -, ces messages encouragent les gens à se tourner davantage vers leur nombril.

Or, un regard plus attentif nous fait prendre conscience que, à l’instar de la vie, la maladie est un phénomène multidimensionnel. On peut donc au moins lui attribuer plusieurs sens : biologique, symbolique, collectif. Si nous voulons bien comprendre nos maux et le sens qu’ils peuvent avoir, il nous faut tenir compte de toutes leurs significations. Concernant la dimension collective, par exemple, on ne peut pas ignorer l’impact majeur qu’ont les nombreuses formes de pollution sur la santé ainsi que d’autres problèmes de société, comme la pauvreté.

PSN – Vous croyez tout de même que l’état d’esprit exerce une influence sur la santé?

Thierry Janssen – Certainement, mais cela ne nous permet pas de dire n’importe quoi! Avec ce livre, j’ai justement voulu exposer ce que la connaissance scientifique actuelle peut démontrer des liens entre le corps et l’esprit, ou plutôt : entre la pensée, les émotions et la santé du corps.


Or, si les nombreuses études et recherches faites sur ce sujet indiquent qu’il existe une influence du psychisme sur la santé, elles révèlent aussi que cette influence est partielle parce que la maladie est un phénomène complexe ayant plusieurs causes. Dans certains cas et certaines circonstances, un facteur causal peut paraître prépondérant – comme lorsqu’une maladie se déclare après un deuil éprouvant -, mais ce facteur est toujours relié à un tas d’autres influences.

Rappelez-vous comment, après qu’on eut décodé le génome humain, en 2000, les généticiens ont cru que l’on pourrait dorénavant corriger un problème de santé en modifiant « le » gène responsable. Or, ils ont dû se rendre compte que, d’une part, la modification d’un gène entraîne des changements dans plusieurs autres gènes avec lesquels il est en relation étroite, des milliers parfois, et que, d’autre part, les problèmes de santé visés sont indissociables des circonstances environnantes qui vont favoriser l’expression de certains gènes et pas d’autres.

Comprendre tous ces liens représente une tâche colossale et il faut reconnaître que la complexité du vivant nous dépasse. Comme nous avons tous de la difficulté à accepter cela, nous inventons parfois des explications réductrices qui nous rassurent.

PSN – Est-ce qu’il y a des maladies où la composante psychique est particulièrement importante?

Thierry Janssen – Depuis que la « psycho-neuro-endocrino-immunologie » nous a révélé que toute pensée entraîne des émotions et que toute émotion a des répercussions sur le système nerveux ainsi que sur les réactions hormonales et les défenses immunitaires, nous pouvons dire qu’il y a une composante psychique dans toutes les maladies. Cette composante influence la façon dont une maladie nous touche et à quel rythme elle guérit. Certaines maladies possèdent une forte composante psychique. Dans le cas de l’ulcère de l’estomac, on sait que 80 % de la population est porteuse de la bactérie qui en est responsable, tandis qu’un petit groupe seulement en souffre.

C’est que le stress psychologique concoure, avec la bactérie, à créer l’ulcère. Mais le stress n’est pas le seul responsable parce que, sans bactérie, pas d’ulcère! Dans une moindre mesure, c’est aussi le cas du cancer du poumon : la cigarette n’est pas la seule cause puisque tous les fumeurs n’en sont pas atteints. On sait, par exemple, que les fumeurs qui souffrent de dépression ont beaucoup plus de risques que les autres de développer un cancer du poumon.

PSN – Admettons que l’on arrive à découvrir le problème psychologique qui a contribué à nous rendre malade. Est-ce que le fait d’accomplir un travail psychothérapeutique en profondeur peut aider à la guérison?

Thierry Janssen – Je crois qu’un accompagnement psychologique peut réellement aider une personne confrontée à un problème de santé. Cette aide lui permet, dans un premier temps, de prendre une certaine distance, de donner un sens à ce qu’elle vit et de choisir une direction pour la suite.

On sait très bien que cette démarche contribue aussi à se libérer des émotions négatives et à les remplacer par des émotions plus agréables. « Avoir l’espoir ne veut pas dire que nous pensons que les choses vont se produire bien, a écrit Vaclav Havel. Cela signifie simplement que nous pensons que les choses auront un sens. » Nous avons besoin de sens et d’espoir pour guérir, pour vivre. Toute la cascade psycho-neuro-endocrino-immunologique qui s’ensuit aide à la guérison. Mais dire, comme certains le font, que c’est ce travail et celui-là seulement qui va guérir, c’est certainement excessif.

PSN – À votre avis, est-ce qu’on peut fréquenter sans danger la Nouvelle Médecine Germanique du Dr Hamer ou la Biologie totale?

Thierry Janssen – Disons tout d’abord que j’ai vu plusieurs personnes mourir d’avoir choisi une de ces options au détriment de la médecine qui aurait, peut-être, pu les soigner. Ce qui m’incite à penser qu’il vaut mieux se tenir éloigné de certains thérapeutes « donneurs de sens » qui déconseillent la poursuite des traitements médicaux classiques. Par ailleurs, quand on prend la responsabilité d’accompagner les gens « pour les aider », il faut toujours se demander si on les aide vraiment, dans le meilleur sens du terme, c’est-à-dire si on leur rend la possibilité de devenir ou redevenir acteur de leur destin.

Or, je pense que, dans ces approches, on passe complètement à côté de cette mission-là. Dans le milieu de la Biologie totale, j’ai vu des prises de pouvoir inouïes sur les gens. On les culpabilisait d’une manière épouvantable en leur disant : « Si vous ne faites pas ça, vous verrez, vous ne guérirez pas! » J’ai aussi vu des représentants célèbres de cette approche en conférence qui enguirlandaient les gens : « Vous n’avez rien compris! Moi, je dis que c’est ça! » Je conteste ces abus de pouvoir sur des personnes fragilisées par la maladie.

Cela dit, on ne peut qu’être interpellé par l’engouement que ces approches suscitent. Cela démontre que les patients ont vraiment besoin que toutes les dimensions de leur être soient intégrées dans la prise en charge thérapeutique. On comprend aussi que beaucoup de gens vont vers ces approches parce qu’ils ont peur de la médecine classique et de ses moyens souvent « agressifs ».

Surtout que les médecins ne prennent pas toujours le temps d’expliquer leurs traitements et d’accompagner les gens dans cette démarche. Par peur, certains patients vont vers ceux qui affirment pouvoir les soigner en dehors des sentiers de la médecine classique.

La médecine doit absolument tirer des leçons de cette situation et se demander comment il se fait que tant de personnes la fuient. Au lieu de s’en tenir à décrier ces « méchants » qui attirent les gens malades, la médecine doit trouver des moyens de soigner de manière plus complète, plus humaine aussi.

PSN – Vous animez des ateliers intitulés « Fluidité, confiance et cohérence. Comment aider à prévenir et à guérir la maladie? ». Pourquoi avoir choisi ces trois mots?

Thierry Janssen – Ce sont les personnes malades qui m’ont appris à reconnaître ces qualités humaines que sont la fluidité, la confiance et la cohérence. Des qualités qui nous mettent ou nous remettent en lien avec ce qui est vivant en nous, notre vitalité, notre santé. Absentes des messages véhiculés par notre société, ces qualités sont pour chacun de nous une invitation à renouer avec la vie.

La fluidité, c’est cette aptitude à bouger avec aisance, dans notre tête et notre corps. Or si nous avons tendance à nous obstiner, à nous cacher derrière une armure, si nous sommes emmurés dans nos croyances, prisonniers de nos peurs, notre corps sera tendu, contracté, déformé, et l’information n’y circulera pas correctement. Il est impossible de vivre la fluidité si nous sommes envahis par la peur. Survivre consiste à se défendre, mais vivre nécessite de faire confiance. À nous-mêmes et à la vie.

Confiance et fluidité sont alors au service de notre cohérence, cet alignement de notre être dans toutes ses dimensions. Dans la nature, chaque système biologique doit agir de concert avec les autres pour que le tout fonctionne de manière fluide et harmonieuse. Sinon, c’est le chaos, c’est-à-dire la maladie.

La cohérence est indispensable pour que puisse se manifester la pleine vitalité. Dans nos vies, la cohérence c’est savoir ce que l’on pense, dire ce que l’on pense et agir en fonction de ce que l’on a dit. Cela est très difficile, évidemment, parce que nous sommes tous bourrés de contradictions. Personnellement, je ne me permettrai jamais de donner des leçons à propos de notre manque de cohérence. Pourtant, ce manque est important, tant dans nos vies individuelles que dans la vie de nos sociétés.

PSN – Vous avez exercé les fonctions de médecin, d’urologue, de chirurgien. Et vous avez choisi de délaisser ces fonctions pour pratiquer la psychothérapie. Est-ce que vous êtes convaincu de pouvoir mieux aider les malades de cette façon?

Thierry Janssen – Je ne les aide pas mieux, je les aide autrement. Après avoir constaté que, dans l’univers médical où j’ai grandi, il y avait un sérieux manque d’humanisme, je ne pouvais pas me contenter d’être un prescripteur de médicaments et de technologie. Le rôle que j’ai choisi me paraît plus cohérent avec ce que j’ai compris et avec ce que j’ai envie d’incarner. Je suis donc plus heureux dans ma fonction de thérapeute et de pédagogue que dans celle de chirurgien. Je ne dis pas que ces fonctions sont meilleures ou plus utiles. Simplement, elles répondent mieux à ma propre quête de cohérence.

Interview publiée sur le site PasseportSanté.net

Quelques vidéos passionnantes :

http://www.dailymotion.com/video/x7arsm_la-maladie-a-t-elle-un-sens_lifestyle?search_algo=1

http://www.dailymotion.com/video/x7xluk_thierry-janssen-le-medecin-et-les-g_tech

http://www.dailymotion.com/video/x8d7nb_thierry-janssen-et-l-inrees-sur-dir_news

Et son site :

http://www.thierryjanssen.com/

A lire aussi sur ce blog :

https://tarotpsychologique.wordpress.com/2012/04/19/thierry-janssen-a-la-recherche-de-lesprit/

2 réflexions sur “Thierry Janssen: un psy pour le corps

  1. Coucou Eliza,

    Je suis certaine que certaines maladies sont la conséquence d’un problème émotionnel ou psy !
    Le corps ne fait pas « sa vie » tout seul de sont côté !
    Bonne fin de journée – bisous – Lili

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    • Bonsoir Lili,
      Merci pour ton commentaire, je suis entièrement d’accord avec toi. Souvent, un choc psychologique, un deuil ou une épreuve provoquent le cancer ou d’autres maladies. Le corps et l’esprit sont étroitement liés, Thierry Janssen en parle si bien.
      Justement, le prochain articles reviendra sur ce sujet.
      Belle journée à toi, gros bisous.

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