Didier Decoin : Depuis que j’ai la foi, je sais

Didier Decoin, né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt, est un scénariste et écrivain français. Fils du cinéaste Henri Decoin, il débute sa carrière comme journaliste de presse écrite à France Soir, au Figaro et à VSD, et de radio sur Europe 1. En parallèle il se lance dans l’écriture, et sera couronné par le Prix Goncourt en 1977 avec John l’Enfer.

Tout en continuant son métier d’écrivain, il devient scénariste au cinéma puis à la télévision (adaptations et scripts pour la télévision comme les grands téléfilms Les Misérables, Le Comte de Monte-Cristo, Balzac ou Napoléon). En 1995, il est devenu le Secrétaire de l’ Académie Goncourt.

Dider Decoin a écrit plus de trente livres, dont Il fait Dieu (Fayard, 1997), Jésus, le dieu qui riait (LGF, 2001), Célébration de l’inespéré (Albin Michel, 2003), Avec vue sur la Mer (Nil Editions, 2005), Prix du Cotentin 2005, Prix Livre & Mer Henri-Queffélec 2006, Henri ou Henry : le roman de mon père (Stock, mai 2006), Est-ce ainsi que les femmes meurent (Grasset, février 2009), Indienne british, Une anglaise à bicyclette (Stock, 2011)

La conviction que Dieu existe lui est apparue un jour comme une révélation fulgurante.
Le romancier Didier Decoin nous raconte ce moment décisif de sa vie où tout a basculé.

« J’ai éprouvé ce que c’était d’avoir une âme, de lui parler
et qu’elle vous parle »

Ce type d’expérience relève de l’indicible. On ne voit rien, on n’entend rien. Mais un choc se produit. Le souvenir est resté dans ma mémoire plus précis qu’une photo. C’était un 8 septembre. Il était 11 heures du soir. J’avais une chambre avec un petit lavabo dans notre maison de campagne.

Je me suis brossé les dents et, soudain, j’ai eu l’intuition que Dieu n’existait pas. C’était tout le contraire d’une conversion. Je suis allé vers ma table de nuit pour noter cette idée. Le temps d’arriver jusqu’à mon stylo, un renversement complet, indescriptible, s’est opéré en moi.

Toujours sans rien voir ni rien entendre, me vint la soudaine conviction, non par réflexion, mais par évidence, aveuglante évidence, que ce Dieu dont je croyais pouvoir démontrer la non-existence une minute plus tôt existait. Plus, qu’il était vivant et créait entre Lui et moi une relation d’amour.

J’étais comme une femme enceinte, la première fois que son bébé bouge. Elle sent la vie en elle. J’ai éprouvé ce que c’était d’avoir une âme, de lui parler et qu’elle vous parle. C’était une joie brûlante, inhumaine, trop grande pour que je puisse la contenir, la tolérer. Ce trop-plein de jubilation m’a mis physiquement à terre. De même que l’on peut être chaviré et perdre l’équilibre, à l’annonce d’un drame, je me suis effondré.


Il y a quelque chose d’intolérable en Dieu. Je ne savais pas encore trop de quoi ni de qui il s’agissait. J’ai passé une nuit entière dans cet état d’intensité. Et puis le jour s’est levé et je me suis dit : « Il fait Dieu ». Je suis descendu raconter ce qui m’était arrivé à ma mère. Elle n’a pas très bien compris.

Un vieil ami était présent. Je lui ai raconté, il m’a répondu : « Ne t’inquiète pas, ça se soigne. » J’ai tenté de rationaliser, et cela a échoué. Car cela ne pouvait qu’échouer. La conviction que c’était Dieu qui frappait à ma porte en a été renforcée. J’ai d’abord pensé que j’avais disjoncté. Une question de neurotransmetteur, de synapse. Je suis allé consulter un médecin pour un électroencéphalogramme. Tout était parfaitement normal. Alors, quand il n’y a plus de réponse rationnelle, il faut admettre l’irrationnel.

Cela a changé pour moi la face du monde. Même les objets les plus laids prenaient soudain leur place. Tout faisait sens. C’était une sensation prodigieuse. Je n’ai jamais touché à la drogue, mais on m’a rapporté que certaines substances faisaient éprouver cette sensation. Mes relations aux autres ont pris une dimension nouvelle, universelle. Je voyais désormais chaque être humain comme une parcelle d’éternité.

Auparavant, il y avait les gens que j’aimais, ceux que je n’aimais pas. Maintenant, il m’est impossible de ne plus aimer. L’homme a pris une valeur intrinsèque. Depuis, je ne me suis jamais plus mis en colère contre quelqu’un, même lorsqu’il m’a trahi. Cela m’est impossible.

Je ne suis pas quelqu’un qui croit car croire, c’est ne pas savoir. Or, moi, je sais dans ma chair. Je ne peux nier ce qui m’est arrivé, je ne peux l’effacer. C’est plus que de la foi, c’est indéniable. Je n’ai plus peur de la mort. Je me rends très souvent dans les églises. Il peut m’arriver d’y entrer trois fois par jour. Mais je peux prier aussi bien dans mon bateau ou sur mon lit. J’ai compris le caractère concret de l’eucharistie dans la religion catholique. Je crois à Sa présence réelle. C’est irrationnel mais pourquoi pas ?

A partir du moment où Il a été capable d’entrer en moi, pourquoi ne serait-Il pas vivant dans l’hostie ? Il m’est arrivé de m’avancer vers elle et de rester figé, tellement c’était fort. Aussi fort que l’élan vers la femme que l’on aime, qui vient de se dénuder et que l’on regarde, ébloui, avant de s’en approcher. Ma pensée de Dieu est assez permanente, joyeuse. Et je me bats contre tout « entristement » de la religion. Ce que j’ai vécu, cette nuit fabuleuse, je sais que je le revivrai, comme chacun d’entre nous, quand je passerai de l’autre coté du miroir.  

Le mythe de la résurrection

Parmi les grands mystères à méditer, il y a le thème de la Résurrection du Christ. Dans un recueil (Célébration de l’inespéré, Albin Michel, 2003), Eliane Gondinet-Wallstein a réuni une dizaine des plus belles toiles consacrées à cet épisode de la Bible.

Didier Decoin en signe l’ouverture : « La perspective de la Résurrection peut, dès ici-bas, donner des ailes, rappelle-t-il, car comme le disait Léon Bloy, nous sommes invités à monter plus haut que le bonheur. »

Publié dans la revue Psychologies

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2 réflexions sur “Didier Decoin : Depuis que j’ai la foi, je sais

  1. Oui voilà c’était le Jésus qui riait 🙂
    Quant à l’expérience de cet homme ainsi racontée est vibrante d’intencité. Il a reçu la grâce. Quelle chance pour lui, qu’elle révélation !
    Pourquoi n’avons-nous pas tous accès à ce qu’il a éprouvé ? Question d’être prêt ou pas ? Pourtant il n’y croyait pas avant de transmettre cette expérience étonnante et joyeuse, remplie d’espoir. J’aime surtout la dernière phrase de l’index.
    Bisous, je vais l’acheter bien entendu

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    • Oui, un livre magnifique. Tu poses là une excellente question, Geneviève mais difficile d’y répondre. Je crois que chaque être possède en lui ce besoin de quelque chose de transcendent mais la plupart l’ont étouffé ou remplacé par autre chose.
      Lui a eu la chance de recevoir cette grâce, telle une fulgurance, dans un moment tout à fait banal. Peut-être était-il prêt et quelque chose en lui aspirait à cela ? Difficile de savoir… mais son témoignage et particulièrement touchant, parce que c’est une expérience vécue dans le corps et dans le cœur.
      Bien que je me sois détournée du catholicisme à cause de ses dérives, j’ai toujours eu ce besoin de me relier à un « plus grand que moi » et c’est la quête de ma vie, sans laquelle l’existence n’aurait pas de sens.
      Merci, très chère d’être venue poster ce commentaire si authentique et sincère.
      Belle lecture, alors…
      Je t’embrasse avec toute ma tendresse.

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