Denis Marquet : « Vivre vraiment, c’est mourir et renaître sans cesse »

Né le 09/02/1964, Denis Marquet intègre en 1984 la  prestigieuse École Normale Supérieure, en obtenant la meilleure note à l’écrit de philosophie.

C’est dans cette matière qu’il obtient un DEA en 1986, et l’agrégation en 1987. Il enseigne ensuite à l’Université de Paris XII et à l’Institut des Études Politiques de Paris (Sciences Po).

Poussé par une fidélité parfaite à son âme rebelle, mû par une colère contre un monde social dominé par le mensonge, il renonce à passer un doctorat et quitte une brillante carrière universitaire pour se consacrer à sa passion de la musique. Il joue dans divers groupes de rock, écrit des chansons et compose des musiques de films.

Parallèlement, il se livre à un travail approfondi sur lui-même à base de psychanalyse, de psychothérapie et de différents outils de développement personnel. En 1996, il reçoit l’inspiration de marier les pratiques thérapeutiques contemporaines et le questionnement philosophique d’inspiration socratique.

L’année suivante, il crée un cabinet de philosophe-thérapeute. Ce métier, qu’il invente, lui permet de pratiquer la philosophie comme il l’aime et la conçoit : non une démarche abstraite et intellectuelle mais une véritable thérapie existentielle et un questionnement vivant aux personnes en quête du sens de leur vie et qu’il aide à accoucher, à la manière de Socrate.

En même temps, il collabore régulièrement avec Psychologies magazine et Nouvelles Clés, donne des conférences, et écrit des livres.

Denis Marquet se partage entre l’écriture et l’accompagnement de personnes en quête d’accomplissement spirituel et humain auxquelles il apporte, par son savoir-faire autant que son savoir-être, une aide précieuse.

Des sens saturés de non-sens !

Il n’est aucune expérience qui s’oppose au cheminement spirituel. La joie est un merveilleux sentier vers le divin, mais la souffrance aussi. Découvrir sa vérité intérieure est une réalisation, se perdre est parfois un raccourci vers soi-même.

Si la rigueur d’une morale ou d’une discipline a son utilité, se découvrir incapable de vivre selon ce que l’on sait juste est aussi une opportunité. Réussir brillamment est une voie, échouer lamentablement en est une autre. La sainteté est admirable, mais le crime, à la faveur du repentir, est parfois le chemin qui y mène.

Pour un être en chemin, toute expérience est matière. À une condition, toutefois : que l’on vive avec intensité. Car le seul véritable obstacle à l’accomplissement humain, c’est précisément le refus de vivre des expériences. Celui-ci a pour nom tiédeur.

Qu’est-ce qu’une expérience ? L’irruption du nouveau dans ma vie. Chaque rencontre, chaque événement, chaque instant m’offrent une nouveauté radicale qui m’invite à mourir à tout ce que je fus pour naître à ce que je ne sais pas.

Vivre vraiment, c’est mourir et renaître sans cesse, avec l’intensité de souffrance et d’émerveillement qui accompagne nécessairement cet incessant renouvellement de soi-même et du monde.

Accepter celui-ci sans chercher à figer, à posséder, à contrôler, telle est la condition pour aimer et pour créer. Car celui qui aime n’aime rien tant qu’être surpris par l’aimé ; celui qui crée, être surpris par ce qu’il crée.

Le tiède, lui, ne veut que ce qu’il attend. Refusant de mourir, il se prive de naître à lui-même. Pour souffrir aussi peu que possible, il se dispense de vivre. Il ne crée pas, il imite et répète. Il n’aime pas, car d’autrui il ne désire que ce qu’il sait, ce qui se répète et le rassure.

Parce qu’il n’est en quête que de sécurité, sa passion est le prévisible, son obsession le déjà vu. Ne sachant ni donner sa confiance ni s’abandonner, il combat tout ce qui échappe à sa mainmise. Ainsi la tiédeur est-elle violence contre la vie, en soi et en autrui. Le tiède est en guerre contre lui-même, contre le surgissement incessant des sensations qui constitue sa vie charnelle et sur laquelle il rêve secrètement d’exercer un contrôle absolu.

Mais le tiède refuse aussi l’altérité d’autrui qui l’effraie, comme tout ce qui lui échappe. Il a besoin de stratégies pour le réduire au rang de moyen et exercer sur lui un pouvoir.

La tiédeur est un refus d’éprouver poussé si loin qu’il refuse même de s’éprouver lui-même. Le non à la vie se dissout ainsi dans une morne absence de tout rapport à la vie, qui réduit celle-ci à la mécanique sans conscience de la pulsion.

À l’anesthésie, le tiède sacrifie sa liberté ; il se fait donc la proie de toutes les manipulations. C’est pourquoi la société hypermarchande érige aujourd’hui la tiédeur en modèle. Le système économique tout entier repose sur la mondialisation d’un type humain, le consommateur, dont le seul horizon est de se soulager de vivre en cédant compulsivement aux attraits d’un étal virtuel de marchandises qui, sans cesse, lui inventent des besoins en prétendant les satisfaire.

La culture postmoderne tend vers une destruction spirituelle de l’humain par dépérissement progressif de l’intensité vitale. Elle nous formate insidieusement en saturant nos sens d’un non-sens qui n’a d’autre propos que de nous détourner de notre intériorité. C’est d’abord en soi-même qu’il s’agit de la combattre. Un être en chemin doit aussi vaincre en lui-même son époque.

© Denis Marquet

 

34 réflexions sur “Denis Marquet : « Vivre vraiment, c’est mourir et renaître sans cesse »

  1. C’est drôle, je parlais de la tiédeur dans un de mes derniers billets et en effet je considère qu’il n’y a rien de mieux pour passer à côté de sa vie. Il faut dire hélas que la peur est sa meilleure alliée…

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    • J’ai beaucoup aimé cette synchronicité avec ton beau billet et je pense comme toi. La peur peut nous paralyser et si nous restons sous son emprise, nous n’osons pas faire ce que nous désirons vraiment, et ce qui pourrait donner du sens à nos vies.
      Et il est si important de nous convaincre qu’il est possible de dépasser nos blocages pour justement, ne pas passer à côté de sa vie

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    • La citation la plus retenue de cet article… avec une tonalité triste. Bien sûr, Annick, cela l’est mais ne crois tu pas que ça aussi peut être dépassé ? Comme tous les défis de la vie… laborieux mais aussi exigent ? Tu es à la hauteur de cette tâche et en restant en lien, nous sommes moins seuls..

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  2. « La culture post-moderne tend vers une destruction spirituelle de l’humain », comment ne pas être d’accord? En même temps… prenons l’exemple de ton blog : à combien d’êtres en chemin as-tu laissé la paroles au fil de tes articles? Combien de personnes pour lire ces articles, s’y intéresser, laisser des commentaires? Il fut un temps où la religion était la norme. Une religion est à la fois une structure sociale et une base de spiritualité. La structure sociale ne l’emportait-elle pas sur la spiritualité, alors? On n’oubliait pas de dire ses prières, mais combien priaient vraiment? « Un être en chemin doit aussi vaincre l’époque en lui-même », une époque peut-être de tous temps.

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    • Tu es surprenante, Coquelicot et je dois t’avouer que je n’ai pas bien saisi le sens de ta question sur mon blog…
      Ce qui me vient, ce sont les paroles de cette belle légende, qui a inspiré le mouvement de Pierre Rabhi :
      « Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part ».
      Alors, nous tous tâchons de juste faire notre part… nous rassembler et être les compagnons sur le chemin.
      Quant aux religions, c’est justement leur structure sociale, la soif du pouvoir et de l’argent qui les ont perverties et les ont vidées d’une vraie spiritualité. Et le temps est venu de chercher chacun sa vérité, comme dans cette belle citation dans le commentaire de Musael.
      Vaincre une époque, sûrement de tous temps mais plus que jamais le nôtre

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      • C’est vrai, nous sommes parvenus à une époque de choix. et dans les grandes lignes, ces (nos?) choix nous déçoivent. Mais peut-il exister une spiritualité sans liberté? L’Eglise a essayé d’imposer la foi. On n’impose pas ces choses-là. l’Eglise s’est effondrée sous le poids de sa propre structure sociale. Pourtant, en rencontrant des personnes qui pratiquent avec le cœur, Je me suis rendu compte que son message, sa vocation, demeurent intacts.
        Aujourd’hui, notre société ne s’embarrasse plus de divin. Elle tend même a créer de faux dieux (l’argent, par exemple) Pourtant, rien n’y fait, nous n’oublions pas d’où nous venons. En prenant l’exemple de ton blog, je voulais dire que la recherche de spiritualité reste vivace. il y a un paradoxe dans la structure sociale : Elle nous permet de créer un certain « vivre ensemble » et, en même temps, elle nous attire vers la lourdeur et la matérialité. La spiritualité est comme la nappe phréatique du monde. elle irrigue une terre lourde et désolée. L’eau ne cesse de circuler, invisible, et, parfois jaillit en source. Notre époque est désespérante (et crois-moi, je ne m’y sens pas très à l’aise, je vis ses dégâts en moi), cependant il ne faut pas désespérer, pas plus qu’hier. Il y a les vivants et les morts, ceux qui cherchent et ceux qui dorment dans la matière. « Les vivants et les morts » pas vraiment des paroles récentes… Sauf que nous sommes parvenus à un moment de choix, comme je l’écrivais au début. Dans ce contexte l’histoire du colibri est vraiment très pertinente!
        Encore très long et, j’espère, pas trop hors sujet. Fallait pas m’inviter!

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        • Ne pas t’inviter, Coquelicot ? Voilà une idée bien saugrenue😀 Mais je suis ravie de te connaître et je me réjouis de tes commentaires, même si parfois je ne saisis pas bien leur sens… Et dans ce cas de figure, je demande, je reformule, jusqu’à ce que nous soyons sûres de bien nous comprendre.
          Tout ce que nous évoquons est si vaste, qu’il est difficile d’être hors sujet et tes remarques sont fort pertinentes.
          Tu parles des choix et de la liberté…. Je crois que les deux nous appartiennent et même, s’ils sont si difficiles à exercer dans cette société contraignante (mais ne l’étaient-elles pas toutes ?), ceux, qui les refusent ou disent ne pas en avoir, se sont tout simplement laissés enfermer et ont refusé de prendre le pouvoir sur leurs vies. La liberté est très lourde à porter, il est tellement plus facile de se laisser imposer les valeurs et s’en sentir rassurés, que de suivre le chemin de sa propre conscience.
          Quant aux choix, pourquoi dis tu qu’ils nous déçoivent ? Même les mauvais sont des expériences à vivre et si nous voulons en tirer des leçons, ils nous enrichissent et nous forment.
          J’aime beaucoup : « nous n’oublions pas d’où nous venons » et je crois que dans chaque être humain sommeille un désir de se relier à un « Plus Grand que soi » et que cette nappe phréatique irrigue la terre et ne demande qu’à jaillir en une grande et belle source.
          Merci pour ce bel échange

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          • Oui, tu as raison de m’obliger à préciser. Choix et liberté sont bien-sûr liés : Pouvons-nous éprouver notre liberté sans faire de choix? Je pense que ne pas risquer de finir sur un bûché autorise grandement à prendre position. Il faut compter avec l’instinct de survie qui a son utilité. Il est vrai, aussi, que notre société exerce des violences plus subtiles. Par exemple, l’exclusion – punition très grave! – s’applique désormais aux personnes qui ont le seul tort d’être pauvres. On peut très bien terminer SDF et mourir autrement. Quand je parle des choix qui nous déçoivent, il s’agit des choix collectifs, ceux-là même qui forgent une société.Nous avons l’impression d’être gouvernés par des forces qui nous dépassent (politiques, économiques…) mais il y a aussi une question de masse critique,où la somme des choix collectifs nous fait basculer vers un monde ou vers un autre. Concrètement, nous avons gagné du temps sur le travail et sa pénibilité. Le temps est précieux. Il nous permet de nous accomplir. Ne pouvions-nous pas utiliser ce temps à nous poser les questions que tu évoques sur ton blog, à développer notre empathie et notre compassion, plutôt que de faire du confort une fin en soi? Le monde en serait transformé. Devrions-nous alors combattre l’époque ou y participer pleinement? C’est vraiment une question que je me pose : Sommes-nous capables de réduire la fracture entre nos aspirations et le monde que nous créons? Et plus profondément, réduire la fracture tout court, car ce qui se joue à l’extérieur, se joue aussi en nous.

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  3. Le titre m’a surprit…. puis en lisant le texte, je me suis laissé imprégné par l’essence de l’idée…. J’en comprend l’essentiel et j’y adhère.
    J’aime bien aussi la citation relevée par Manouchka. Il y a tellement en ces mots. Une bien belle piste de réflexion…. un point de départ en fait.
    Mes salutations

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  4. C est très intéressant …
    Je suis allée aussi visiter le site … notamment la rubrique :  » nos enfants sont des merveilles » il y a une mine d informations ….
    Merci Élisabeth !!!!!

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      • ben non, dans divers articles sur Denis Marquet , il est écrit qu »après ses brillantes études il a fait partie de divers groupes de rock , qu’il composait les paroles , mais je n’ai ni trouvé les chansons, ni de vidéos , ni les noms des groupes😕 je n’abandonne pas la partie car il m’intéresse …

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  5. Elisabeth , j’adore cet article ! Il me parle énormément. Je pense aussi qu’il faut oser prendre des risques, se jeter dans le vide, risquer sa vie symboliquement. Je me souviens que Françoise Dolto avait écrit quelque chose qui ressemblait à ça.

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  6. Heureusement qu’il y a des hommes comme ça qui peuvent guider vers un chemin spirituel. Je partage sa conclusion, « La culture postmoderne tend vers une destruction spirituelle de l’humain par dépérissement progressif de l’intensité vitale. Elle nous formate insidieusement en saturant nos sens d’un non-sens qui n’a d’autre propos que de nous détourner de notre intériorité. C’est d’abord en soi-même qu’il s’agit de la combattre. Un être en chemin doit aussi vaincre en lui-même son époque ». Il nous faut résister et sans doute mourir et renaître sans cesse. Je crois fermement aux paroles des évangiles dans lesquelles je retrouve ces aspects ainsi que des réponses aux questions du sens. Encore merci pour la valeur de vos articles qui incitent à réfléchir à ces questions sur le sens.

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    • Merci à vous, Jean-Michel car je sais à quel point votre vie et vos recherches sont dirigées vers cette quête du sens à travers le sacré.
      Et vous savez faire le lien entre la sagesse des Écritures et les réflexions des hommes de notre temps.
      D’ailleurs, la richesse de vos articles apporte tant de moyens de faire des découvertes magnifiques.

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  7. Merci Elisabeth
    J’ai visité son site internet…: super intéressant …
     » Un être en chemin doit aussi vaincre en lui-même son époque. »……Comme il a raison…
    et comme je souhaite que nos jeunes en soient conscients …!

    Belle soirée ma belle
    Tendresse

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    • J’y vais souvent aussi car ses écrits me passionnent. Merci d’avoir mis cette citation, elle est si parlante. Jeunes ou moins jeunes, nous avons tous ce travail à faire mais je suis sûre que tu as inculqué ces valeurs à tes enfants.
      Toute ma tendresse, Manouchka

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  8. S’il est vrai que la culture post moderne en détourne plus d’un sur le sentier de « l’accouchement de soi », par son absurdité, elle en recentre beaucoup d’autres. Dans l’indouisme, Kali, l’âge de fer est réputé un âge favorable à l’éveil justement à cause de la dureté des conditions qu’elle impose mais aussi parce que les traditions n’auront plus court, laissant l’humain seul face à lui-même dans ces choix d’expérimentation. Un défi exaltant pour les uns, terrorisant pour les autres. Aleister Crowley parlait de notre entrée dans ce qu’il appelait l’éon d’Horus, une aire de liberté totale. On lui doit cet apophtegme célèbre : Do what thou wilt shall be the whole of the Law. Fais ce que veux sera toute la loi! Et il rajoutait « sous le reigne de l’amour ».

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    • Merci, Musael, pour ce passionnant commentaire. Nombreux sont ceux qui considèrent que nous y sommes en plein dans l’âge de fer. Et effectivement, même s’il est difficile de vivre dans ce monde qui a perdu quasiment toutes ses valeurs, cela nous met face à un choix : suivre le troupeau ou donner à sa vie le sens qui nous correspond.
      Les religions, en plein déclin n’aident plus grand monde, les faux messies prolifèrent, alors il nous faut choisir notre chemin avec discernement et en pleine conscience.
      J’aime beaucoup la citation finale, elle est très juste

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