Le jeu des attitudes et des fonctions

Carl Gustav Jung, célèbre psychanalyste, avant-gardiste et chercheur doté de grande intuition, choisit à une étape de sa vie de laisser de côté tout schéma théorique, pour se mettre à l’écoute de son inconscient. Il considère sans a priori les images, contenus, fantasmes qui émergent alors, ouvrant ainsi la porte d’un jeu surprenant de cohérence et de mystère : celui des attitudes et des fonctions de notre psyché. 

Pour C. G. Jung, le conscient dispose d’une double orientation pour aborder le monde : l’extraversion et l’introversion : ce sont deux attitudes psychologiques face à la vie. L’extraversion et l’introversion L’extraversion, (à ne pas confondre avec l’extériorisation) est le mouvement de la libido (énergie psychique) vers l’extérieur. L’extraverti est celui qui se soumet aux conditions du monde et s’insère dans celui-ci, mais qui ne s’adapte pas nécessairement.

Il se laisse imprégner et pénétrer par la réalité extérieure et suit les règles sociales (il fait comme il faut, veut faire comme les autres). Il observe, constate, ne va pas chercher à changer le monde mais s’en laisse imprégner.  Sa tendance est à conserver les acquis, il innove peu et tend à adopter l’avis du groupe.

Il ne voudra pas être chef mais voudra suivre les autres et s’en faire accepter dans la mesure du possible. C’est sa part d’introversion (puisque nous possédons les deux en nous), qui pourra apporter une prise de distance par rapport à ce monde pour s’y adapter véritablement. 

Si cette énergie d’extraversion n’est pas assez contrebalancée par le pôle opposé (introversion), elle devient unilatérale et se manifeste par une accentuation de sa tendance, d’où des idées toutes faites, un manque de liberté personnelle dans le jugement, une rigidité dogmatique avec une tendance à rejeter ce qui ne va pas dans son sens. L’introversion, quant à elle, est le mouvement de la libido tournée vers l’intérieur.

Le point de départ est le sujet, le « je ». L’introverti a une opinion personnelle des situations, il ne se laisse pas influencer par le monde extérieur ni atteindre par ce qui l’entoure. C’est en lui que l’introverti trouve ses repères et ses ressources. Le monde est tel qu’il lui apparaît.

La dimension introvertie peut apporter du recul, permettant de prévoir, d’anticiper.  Elle est pulsion de changement là où l’extraversion est pulsion de maintenance des choses. Là encore, si cette introversion n’est pas assez contrebalancée par le pôle opposé, elle devient unilatérale et nous assistons à une inflation du sujet qui a une impression de toute puissance, dont les actes ou propos indélicats, ne tiennent aucun compte d’autrui. Il peut même aller jusqu’à falsifier la vérité : la fin justifiant les moyens.

Il prend ses convictions pour des certitudes et les impose aux autres Il s’agit bien ici d’attitudes et non de comportements. Ce qui fait qu’un introverti peut être extériorisé et qu’un extraverti peut rester silencieux.  

Extraversion et introversion en l’homme  

C’est l’équilibre trouvé entre ces deux attitudes a priori opposées, qui va permettre la réalisation du dialogue entre conscient et inconscient, nous dit Jung.  Nous avons les deux attitudes en nous mais l’une prédomine et cette attitude, dite fondamentale est celle où l’on se sent le plus libre, le moins dépendant. 

C’est avec elle qu’on fait les choix importants. L’autre, généralement moins développée, agit néanmoins dans l’ombre, donc dans l’inconscient, sans que nous puissions exercer sur elle notre volonté.  Pour Jung, notre tâche, avec le temps, est d’intégrer au conscient cette attitude peu développée, afin de bénéficier de toutes les potentialités et les richesses qu’elle renferme. 

Globe

Précisons cependant que, suivant la constante loi des opposés, toute part trop négligée ressurgit et se manifeste de façon plus ou moins soudaine sans que nous soyons maître de nous-mêmes.  Donc, tout développement unilatéral représente un danger. Tout excès d’utilisation unilatérale d’une attitude, va entraîner le contre-balancement de l’autre par compensation.

Ces deux attitudes vont s’actualiser à travers quatre fonctions présentes en l’homme.  Ces quatre fonctions s’expriment chacune avec une activité psychique spécifique. Il y a deux fonctions rationnelles de jugement :  « pensée » et « sentiment » et deux fonctions irrationnelles de perception « sensation » et « intuition ». Les deux fonctions rationnelles de jugement : pensée et sentiment.

On les dit rationnelles car elles émettent un jugement soit de l’ordre de la logique (pensée), soit de l’ordre de l’affectif (sentiment).  Une personne du type pensée pose la question du pourquoi, du comment. L’approche est logique, le jugement très présent. Elle n’est pas pour autant, plus intelligente que les autres. 

Le type sentiment procède par acceptation ou refus de « l’objet » sans jugement intellectuel mais avec un jugement de valeur : plaisir ou déplaisir, j’aime ou je n’aime pas, c’est beau ou c’est laid.   Les deux fonctions irrationnelles de perception : sensation et intuition.

 Ces deux fonctions sont irrationnelles car ce sont des fonctions perceptives qui ne suivent pas les lois de la raison mais de l’impression faite par « l’objet ». Le type sensation, constate, ressent les choses telles qu’elles sont par l’intermédiaire des sens. Il s’exprime par ce qui est vu, par le touché… mais peut aussi rester sous la dépendance du simple ressenti. Une fonction intuition dominante donne une perception immédiate et directe des choses.

La compréhension est spontanée, non réfléchie. Elle est le produit d’une inspiration et non le fait d’un acte volontaire. Pour Jung, c’est l’intuition qui est la plus à même d’ouvrir le chemin de la connaissance de l’inconscient.  

Les quatre fonctions en l’homme  

Chaque être humain possède les quatre fonctions à des degrés d’évolution différents. La fonction principale sera la plus consciente, à la disposition de la volonté. C’est la plus développée, celle avec laquelle on est le plus à l’aise pour se diriger dans le monde et s’y adapter. 

Deux autres fonctions plus ou moins développées, dites auxiliaires, (fonctions rationnelles si la fonction principale est irrationnelle et inversement) aident la fonction principale à l’adaptation du moi au réel, elles viennent colorer ce moi. Quelques exemples : L’intuition en fonction principale, aidée du sentiment en fonction auxiliaire, pourra aider au sens artistique.

La fonction sentiment épaulée par la sensation permet une bonne prise en compte de la réalité. La fonction pensée aidée de l’intuition donne une pensée intuitive et spéculative. La fonction pensée aidée de la sensation, apporte une pensée empirique. Deux fonctions rationnelles ne peuvent pas s’épauler, elles sont opposées : si le sentiment est la fonction dominante, la pensée sera la moins développée et constituera plutôt un point faible.

De même les fonctions intuition et sensation seront opposées. Toute l’œuvre de Jung est basée sur ce principe de polarité : au conscient s’oppose l’inconscient que nous nous devons, tout au long de notre vie rapprocher, pour une harmonie toujours plus grande de notre être.   Pour Carl Gustav Jung, la prise de conscience par l’homme de sa multiplicité, pour peu qu’il parvienne à l’unifier, le mènera à l’individuation : cette unité en soi.  

Par Maryse Chatelier

21 réflexions sur “Le jeu des attitudes et des fonctions

  1. Pour parler de synchronicité, j’en parle exactement de 4 fonctions décrites par Jung lors de mes conférences, durant le we dernier et ce vendredi. Un beau signe pour mettre en évidence ce qui est dans l’air en ce moment que nous arrivons à capter si bien et ensuite le transcrire. bisou à toi,
    Darshana

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  2. Bonjour ma belle,

    Ton article arrive à point dans ma vie ( sourire ) ….( Discussion animée avec le personnel au bureau) ….
    Ces points importants dont il est question ici, me donnent une piste très aidante au niveau des relations ….

     » Toute l’œuvre de Jung est basée sur ce principe de polarité : au conscient s’oppose l’inconscient que nous nous devons, tout au long de notre vie rapprocher, pour une harmonie toujours plus grande de notre être. Pour Carl Gustav Jung, la prise de conscience par l’homme de sa multiplicité, pour peu qu’il parvienne à l’unifier, le mènera à l’individuation : cette unité en soi.  »….

    L’école de la vie est un long sentier d’apprentissages :
    Réussites, échecs, joies, peines …etc…..
    Et nous sommes tous et toutes des individus en marche vers plus d’Amour, de compassion les uns envers les autres …!

    Tendresse
    Manouchka

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    • Encore une belle synchronicité, ma douce Manouchka😀
      « La prise de conscience par l’homme de sa multiplicité, pour peu qu’il parvienne à l’unifier, le mènera à l’individuation : cette unité en soi. »
      Comprendre que la vie est une école et que tout ce qui nous arrive a un sens, nous réconcilie avec les aléas de l’existence.
      Et puissions nous être de plus en plus nombreux « en marche vers plus d’Amour, de compassion les uns envers les autres …!
      Toute ma tendresse

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  3. Bonjour Elisabeth ,

    Vous voilà donc à suivre , cette règle de quatre en soi ,
    guidant nos premiers pas , au court d’instants à vivre ,
    si l’intuition délivre , quelques messages d’au delà ,
    l’Alchimiste lui devra , survoir afin de survivre ….
    ~
    NéO~
    ~
    Becs à votre Je

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  4. Tout d’abord, merci à toi pour cette série d’articles sur Jung…qui est assez peu connu en dehors des « spécialistes »…

    J’aime bien la façon dont l’article aborde la question de l’introversion « facteur de changement »…c’est en effet ça, même si on ne le dit pas souvent…l’introverti, tourné vers l’intérieur, est seul capable de forger une vision « nouvelle » qui ne va pas dans le sens de ce qui existe déjà, de ce qui est déjà « à l’extérieur », dans le monde environnant.

    Ceci dit, ainsi que je l’ai déjà dit ailleurs qu’ici, les « attitudes » et les « fonctions » de Jung, tout en étant d’excellents repères, ne permettent pas de définir l’unicité et la subtilité de chaque personnalité…

    Dans ce domaine, je trouve que l’astrologie, quand elle est conduite « intelligemment ( c’est-à-dire non réduite à l’horoscope et à des généralités prédictives mais tournée vers l’analyse de la spécificité de chacun) est beaucoup plus intéressante et plus « performante »…
    Une des filles de Jung, d’ailleurs, est devenue astrologue…

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    • Bien d’accord avec toi, Licorne, certes, tous les introvertis ne contribuent pas au changement du monde mais cette aptitude est nécessaire à chacun qui a le désir de s’y employer et se met en action. Déjà en désirant développer la connaissance de soi.
      Cet article est une petite partie de la contribution de Jung à la connaissance de l’être humain et effectivement, elle peut paraître trop générale mais dans ses écrit et dans sa pratique, il était fortement attaché à définir l’unicité et la subtilité de chaque personnalité…
      Bien sûr, l’astrologie est un art fort précieux mais il n’est pas le seul. Je dis souvent, que tous les chemins justes mènent à Soi et nous en avons tant à notre disposition, surtout à notre époque.
      Il m’arrive souvent de faire des liens entre les Tarots, la numérologie, l’astrologie et bien d’autres outils de connaissance de soi et cela se recoupe parfaitement… la preuve, s’il en était besoin, que chacun peut choisir le chemin qui lui convient le mieux…

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      • Tout à fait, Elisabeth…je ne cherchais pas à « convertir » les gens à l’astrologie…Dieu sait que j’ai le plus grand respect pour l’oeuvre de Jung qui m’accompagne depuis bientôt 25 ans…
        Mais je voulais juste dire que dire de quelqu’un qu’il est , par exemple introverti et de type « pensée-intuition » n’était qu’une approche partielle qu’on pouvait compléter…
        Bon week-end !

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        • Je connais ton ouverture d’esprit, Licorne, je sais que tu cherches à présenter les points de vue les plus larges et que les « tiroirs à ranger » l’être humain sont si éloignés de ton mode de pensée.
          Nous sommes bien d’accord, les approches théoriques peuvent aider, à condition de ne pas enfermer mais ouvrir vers d’autres voies de réflexion.
          Bon week-end à toi

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