Frédéric Lenoir: « Se tourner vers d’autres valeurs »

Donner du sens à nos vies, savourer ce qui nous rend vraiment heureux… Même dans des périodes difficiles, le philosophe et écrivain Frédéric Lenoir voit des moyens d’améliorer notre bonheur. Se ressourcer dans la nature, apprécier l’instant, rester ouvert aux autres… conseille-t-il.

La crise interdit-elle le bonheur, surtout à ceux qui la subissent de plein fouet ?

A moins d’avoir un tempérament particulièrement optimiste ou d’atteindre un haut degré de sagesse, il est difficile de se sentir pleinement heureux si on perd son emploi, si l’on n’arrive plus à joindre les deux bouts. Mais la crise peut être l’occasion de se remettre en question et de porter son attention vers des valeurs moins consuméristes.

Or ce sont souvent des choses ne coûtant rien qui nous rendent le plus heureux : nos liens affectifs, la qualité de notre travail et de nos relations professionnelles, le bien-être physique, le sens que nous donnons à notre vie, la relation à la nature, et tous ces petits plaisirs du quotidien qu’il faut prendre le temps de savourer.

Cette crise peut nous conduire à modifier nos modes de vie pour aller vers ce que Pierre Rabhi appelle la « sobriété heureuse », dans le droit fil de la philosophie d’Épicure. Ce dernier écrit d’ailleurs : « Grâces soient rendues à la bienheureuse Nature qui a fait que les choses nécessaires soient faciles à atteindre et que les choses difficiles à atteindre ne soient pas nécessaires. »

Le bonheur comme le malheur sont-ils en nous ?

Je rappelle dans mon livre ce que disent toutes les sagesses : au lieu de vouloir ajuster le monde à nos désirs, apprenons à ajuster nos désirs au monde tel qu’il est, à désirer ce qui se trouve à notre portée, à aimer la vie avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses tristesses.

cascade

Le regard que nous portons sur nous-même et sur la vie peut nous rendre libre des aléas des événements extérieurs. Un homme qui a trouvé la paix en lui sera heureux n’importe où, comme, inversement, un perpétuel insatisfait sera malheureux quoi qu’il arrive. André Comte-Sponville prône « un maximum de bonheur dans un maximum de lucidité ».

Plus facile à dire qu’à faire, non ?

C’est le but même de la philosophie telle que l’entendaient les Anciens : atteindre à un plaisir stable et durable – c’est-à-dire le bonheur – fondé sur la raison et la vérité, et non sur une illusion. Car, si le bonheur est le but de la philosophie, la vérité en est la norme. Le philosophe préfère une vraie tristesse à une fausse joie. Une démarche exigeante, mais à la portée de tous.

Dans la pratique, que conseillez-vous pour « tenir le coup » physiquement, moralement ?

Les études scientifiques affirment que notre « bien-être subjectif » – qualification pudique du bonheur – relève pour moitié de la sensibilité héritée de nos gènes, pour seulement 10 % des conditions extérieures, et pour 40 % de nos propres efforts. On peut donc, comme l’affirmaient les Anciens, améliorer notre bonheur par nos choix, nos modes de vie, l’orientation de notre esprit.

Plusieurs choses m’ont permis de traverser des périodes difficiles : écouter Bach; me ressourcer dans la nature; méditer un peu chaque jour pour prendre du recul; rester attentif à ce que je fais dans l’instant sans trop me soucier de l’avenir; être présent à chacune de mes expériences, de mes émotions, de mes sensations, et goûter ainsi chaque moment de la vie.

Et puis, aussi, rester tourné vers les autres : cultiver la qualité de mes relations affectives et amicales, accepter de me faire aider et de soutenir autant que je le peux ceux qui sont dans le malheur autour de moi. Le coeur humain est ainsi fait qu’il a de la joie à aimer et à donner.

F. Stucin/Pasco pour L’Express publié le 01/12/13

http://www.fredericlenoir.com/

31 réflexions sur “Frédéric Lenoir: « Se tourner vers d’autres valeurs »

  1. Merci Elisabeth….

    Pour tous ces articles aussi intéressants et constructifs, les uns que les autres …, que tu partages avec beaucoup de générosité et d’investissements personnels, en répondant à chacun des commentaires …!
    Que Dieu te bénisse !!!

    Tendresse
    Manouchka

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  2. Très bel article …. en effet comme le soulignait Kleaude ….
    Ton blog Elisabeth est aussi un doux refuge où il est agréable de venir se poser un instant pour puiser bien être et réconfort.
    Quelles que soient les situations qui se présentent à nous au fil des jours il est bon de cultiver une attitude consciente afin de ne pas nous laisser, trop, dépasser par nos émotions.
    Il est certain que perdre un emploi est une épreuve très inconfortable mais j’aime à penser qu’il y a toujours un rayon de soleil … et que dans chaque épreuve il y a un renouveau possible.
    Puissions nous encore et encore apprécier les petites choses simples de la vie qui nous réchauffe le coeur.
    En cette fin d année apprécions le simple fait d être là …. entouré de ceux qui nous sont chers. ♥
    Très belle nuit Élisabeth ☆☆☆ …
    dame Lune est très belle ce soir ♡♡
    Douceur et bisous pour toi !!

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    • Merci, Marie-Nancy, effectivement, pratiquer la pleine conscience, comme tu le fais, nous permet de ne pas être en constant déchirement entre notre mental et nos émotions. Faire face aux difficultés de la vie est souvent fort éprouvant mais, comme tu le dis si bien : « il y a toujours un rayon de soleil … et dans chaque épreuve il y a un renouveau possible ». Et tu parles en connaissance de cause ♥
      Être là, à goûter les simples joie de la vie, surtout celle d’aimer et d’être aimé.
      Je te remercie de tout cœur et suis touchée que ce blog soit pour toi un refuge.
      Je t’embrasse avec toute ma tendresse.

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  3. En tant que groupie de Frédéric Lenoir (ah ah ah ;-)) je suis ravie de lire cette interview qui m’avait échappée ! J’ai assisté à plusieurs de ses conférences, et il faut dire que sur la question de la crise que nous traversons, Frédéric Lenoir est moins optimiste qu’à l’époque de ses premiers livres. D’un autre côté, ce qui fait du bien avec lui c’est qu’il met tous les concepts liés à la spiritualité à la portée de tous (son lectorat est si hétéroclite !), ce qui nous renvoie à nos comportements les plus basiques et quotidiens..et je crois que nous avons grand besoin de ce recentrage, d’autant plus en occident !

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    • Je crois que nous sommes nombreux à admirer Frédéric Lenoir, justement, à cause de la simplicité des messages qu’il délivre. C’est portant un homme très instruit mais qui sait mettre sa profonde sagesse à la portée de tous.
      Et il fait merveilleusement bien le lien entre les sagesses anciennes, le bouddhisme et le christianisme, ses livres sont passionnants et son œuvre très éclectique.
      Et tu as raison, Minosoa, nous avons grand besoin de nous recentrer sur les vraies valeurs…

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  4. Bsr Elisabeth,
    Je commencerai par ceci, mais qu’est-ce-que le bonheur Elisabeth ?
    N’est-il pas propre à chaque individu !
    Est-il possible de vivre toujours heureux ? ! Non je ne le crois pas, la vie à mon sens étant un mélange de positif et de négatif. Si cela était, nous n’aurions plus conscience de cet état qui nous remplit de bien-être, qu’en penses tu Elisabeth ?
    Personnellement je pense que c’est un ensemble de petites choses, une journée ensoleillée, un coup de fil ou une lettre non attendu, un sourire, une balade, le bien-être des siens, une sortie avec des amis, une simple discussion impromptu etc…Une petite chose imprévu qui vous apporte de la joie !
    Pour ma part je commence toujours ma journée en me disant ceci, quel bonheur vais-je recevoir aujourd’hui ? ! Et puis si c’est plutôt négatif, je cherche le positif du négatif et oui !!🙂
    Et puis je reste persuadé qu’en écoutant et partageant cela nous permet de beaucoup cheminer mais aussi de faire cheminer.
    Bonne soirée Elisabeth !
    Bisous tendresse

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    • Bien sûr, Fanfan, la notion du bonheur est très personnelle et propre à chaque individu, tant qu’il ne s’égare pas dans les rêveries impossibles et trompeuses. Vivre toujours heureux me semble impossible car la vie est une succession de joies et de peines, ce qui compte est l’attitude que nous adoptons face à ce qui nous arrive.
      Cultiver la paix intérieure, la sérénité, et voir les leçons dans les épreuves, est déjà un grand pas vers la sagesse et le bonheur, non conditionné par l’extérieur car sa source demeure toujours en nous.
      Et je pense comme toi, se sont les petits bonheurs de la vie quotidienne qui importent le plus et surtout l’attitude qui est la tienne : s’attendre toujours aux bonnes choses et ne pas s’attarder sur les négatives mais les transformer en leçons qui nous enrichissent.
      Le cheminement, voilà le plus important… partagé avec ceux qui nous ressemblent… cela enrichit et donne des forces.
      Belle journée à toi et merci pour ce partage. Bisous doux…

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  5. Clairement, la terre ne pourra pas supporter nos excès plus longtemps. Il faudra bien s’aligner sur ses besoins. Je continue à penser que notre civilisation nous a offert les moyens de nous aligner par le haut, notamment par un gain de temps sur les tâches pénibles que nous aurions pu utiliser pour nous recentrer sur l’humain. Nous n’avons pas saisi cette chance? Pas de problème, nous allons nous aligner par le bas (« bas » signifiant la solution qui induit de la souffrance). Ce n’est pas une punition, mais une nécessité. Bien sûr, cela est vécu comme injuste. Ceux qui souffrent le plus de la crise ne sont pas ceux qui ont le plus œuvré à l’engendrer. Ces personnes encaissent les dommages et sont bien obligées d’aller puiser dans leur ressources intérieures pour survivre d’une manière ou d’une autre. Elles sont peut-être celles qui participent le plus au changement. Éprouver de la reconnaissance pour elles plutôt que du mépris ( pour le SDF, le chômeur… et aussi pour nous-même qui ne vivons pas, non plus, dans un monde doré) serait peut-être déjà un grand pas vers la transformation de notre société.

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    • Merci encore, Coquelicot, pour toutes ces vérités que tu comprends parfaitement. La Terre est vivante et elle se révolte contre tous les dommages que nous lui causons, cela est de plus en plus visible.
      Et comme tu dis, puisque nous étions sourds à tous ses messages et n’avons pas profité de la chance de nous tourner vers l’humain et changer nos comportements nocifs, envers la planète, ainsi que l’Univers, nous serons obligés de passer par des épreuves.
      La Vie est ainsi faite, si nous n’apprenons pas ses leçons, elle est obligée de nous y confronter de manière de moins en moins agréables.
      Et ce n’est pas une punition mais une nécessité vitale.
      Tu as raison, ceux qui ont provoqué la crise, en profitent et se sentent à l’abri mais ce n’est que temporaire, la Justice cosmique les recadrera.
      Et il faut dire aussi, que nous avons laissé faire, par peur ou par l’inconscience, alors, nous portons une part de responsabilité.
      Ce n’est pas un jugement, juste le constat… et comme tu dis, nous serons bien obligées d’aller puiser dans nos ressources intérieures pour survivre d’une manière ou d’une autre.
      Et surtout nous réveiller et participer au changement, qui commence par nous-mêmes. Malheureusement, tant que les gens ne sont pas poussés dans leurs derniers retranchements, ils acceptent beaucoup trop d’injustices.
      Éprouver de la compassion pour tous les exclus et admettre, que cela ne peut plus continuer ainsi, nous conduira enfin vers ce changement, tant désiré.

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  6. Je lis cet article et je fais une analogie avec une constatation que j’ai déjà faite. Bien sûr il est difficile de savourer le bonheur quand un coup dur nous frappe. Par contre, j’ai déjà remarqué que ce sont dans les civilisations les plus pauvres que l’on retrouve la plus grande propension à festoyer avec joie. Je pense à nos ancêtres d’ici (Québec et Canada)..des colons défricheurs qui trimaient durs, mais qui savaient se réjouir et fêter en famille. Je pense aussi au peuple Haïtien qui malgré tous les malheurs qui ont affligés leurs terres gardent un moral d,enfer et une joviale joie de vivre. Je pense aussi aux esclaves noirs d’antan qui festoyaient en chantant à tue-tête. Je pense que la précarité nous garde près des vraies valeurs…

    intéressant article…. comme toujours ici !

    Amitiés

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    • Merci, Kleaude, pour ce constat si juste. Dans nos sociétés occidentales, nous sommes plutôt pessimistes et la consommation d’antidépresseurs bat tous les records. Alors, que les gens pauvres, qui manquent souvent de l’essentiel ont su préserver leur joie de vivre, le sens de la famille et sont si proches des valeurs essentielles.
      Je ne sais pas, si la précarité nous garde près des vraies valeurs car elle est difficile à supporter mais en tout cas, elle nous permet de relativiser, si nous arrivons à nous contenter de peu et apprendre que les choses les plus importantes ne s’achètent pas…
      Amitiés sincères

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  7. un seul être vous manque et tout est dépeuplé….
    du Lamartine je crois.
    Sûre que Lenoir, que soit dit en passant, j’aime bien, c’est plus positif.
    Mais quand on a l’âme romantique,, On le lit moins. On en broie.
    Et du coup, on se rapproche de Lamartine.

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