Jacqueline Kelen : La passion Amoureuse

La légende mélusinienne : un enseignement métaphorique initiatique

Ecrivain prolifique, Jacqueline Kelen nourrit une passion inaltérable pour « les richesses mystiques et la voie du cœur » qu’elle analyse à travers contes et légendes. Dans son superbe ouvrage, Mélusine ou le jardin secret, elle explore l’un des plus beaux mythes de l’Occident, articulé autour d’une histoire d’amour peu banale. Un récit destiné, selon elle, à tout être en quête personnelle et spirituelle.

En lisant cet ouvrage, on sent que la légende de Mélusine vous passionne. On a même  l’impression que ce récit vous interpelle particulièrement…

C’est vrai. J’y ai trouvé des éléments de réflexion et de réponse fort intéressants, faisant écho à certains questionnements présents dans ma vie personnelle. Aussi, le Moyen Age m’a toujours passionnée, c’est pourquoi j’ai eu la chance de faire, très tôt, la connaissance de Mélusine. Ce qui me touche à ce point dans cette légende sont les thèmes essentiels qu’elle rassemble autour de la source qui est l’AMOUR, thème d’une brûlante actualité, d’ailleurs !

Quels sont-ils ? Tout d’abord le secret et la discrétion, ensuite la noblesse, la parole donnée, l’engagement (fidélité au sens de la foi engagée). Il y a aussi le thème de l’éveil spirituel : comment passer d’une existence absurde et désorientée à une existence qui a du sens et de la valeur.

Enfin, la légende met aussi en perspective le mystère de la féminité, à divers niveaux. Quelle est cette nature de Mélusine à la fois femme serpente le samedi, et fée, les autres jours de la semaine ? Une fée, non pas répondant à tous les désirs mais qui est une femme puissante, veilleuse et ambassadrice du divin… Celle-ci rappelle ici, par exemple, que chaque femme possède sa dimension spirituelle et sa mission de transcendance…

Cette légende serait aussi destinée à tout couple engagé dans une recherche d’évolution, de sagesse et de spiritualité ?

Tout à fait. Le lecteur est appelé à ne pas s’en tenir à une lecture unique mais à chercher ce que le mythe met en mouvement en lui-même, encore et encore. Il y a divers niveaux de grilles de lecture. A chaque être de voir ce qui résonne en lui… A travers cette magnifique histoire d’amour entre Raymondin et Mélusine, il est surtout question d’une quête dans la perspective du couple et non individuelle. Ceci est très rare dans les récits initiatiques, en général !

La notion du « secret » dans le couple tient une place importante dans le récit. D’où le sous- titre de votre livre… Cette notion semble fortement « galvaudée » aujourd’hui.

Melusin par Julius Hübner

La légende de Mélusine nous rappelle aussi ceci : les choses essentielles que chacun vit personnellement et intimement ne sont pas à divulguer. Aujourd’hui, il n’y a plus de place pour le « secret » dans la vie de chacun. Veiller sur son « secret », c’est veiller sur sa vie intérieure et lorsque l’on vit quelque chose de magnifique et de majeur, le divulguer signifie le dilapider.

En dilapidant ce trésor, on le rend nul. Je pense à l’étalage que l’on fait autour de l’amour aujourd’hui, sur le psychisme, la sexualité… Ceci profane les secrets du cœur. Si l’amour est un secret, il s’agit de veiller sur lui pour qu’il ne s’en aille pas… Toute conscience est liée à une notion du secret.

Aujourd’hui, la plupart des gens n’ont plus le sens du secret, totalement voués à l’extériorité. Dès que l’on a une vie intérieure, dès qu’on se pose des questions sur le « sens » de la vie, on est appelé au silence et au secret, nécessairement.

Mélusine rappelle cette notion essentielle de la vie, que l’on vive seul, en couple, en communauté… Cette dimension du secret est celle du respect de l’autre, respect de la solitude de chacun. Je suis effrayée de voir, qu’actuellement, la vie collective nous plonge dans l’intrusion permanente, la non-intimité aliénante. C’est insupportable.

Vous parlez aussi de couple comme « voie ». C’est-à-dire ?

Oui. Comme voie d’accomplissement en ce monde. Mais il y a différentes voies possibles pour se réaliser. Je parle de couple comme « voie » vers le divin si ce dernier rayonne sur le monde et n’est pas refermé sur lui-même. Un couple qui construit, qui bâtit, qui est fécond à un niveau intérieur, spirituel et intellectuel.

Un couple d’un amour rayonnant qui n’est pas limité à l’histoire familiale et sentimentale d’un homme et d’une femme, mais qui se place sous le ciel de l’amour avec un A majuscule, c’est-à-dire placé sous le signe du divin, de la transcendance. C’est si rare de nos jours… Il y a aussi la voie de la contemplation, comme Raymondin le démontre dans la légende, à la fin de sa vie, par exemple, quand il se retire au Monastère de Monserrat, en Catalogne.

La notion de  « fidélité »  est très présente également.

La fidélité, oui, est un sujet essentiel. Mélusine nous fait réfléchir sur cette notion dans un sens plus vaste : la fidélité dans un couple, mais aussi la fidélité par rapport à son être essentiel. Il s’agit de ne pas transiger sur ce qui nous paraît fondamental dans notre vie : qu’est ce qui est essentiel pour moi et auquel je ne renoncerai jamais et pour rien au monde ? Ce sont des questionnements simples et pourtant, on oublie souvent de se les poser…

Propos recueillis par Laetitia Missir de Lusignan

Si vous ne connaissez pas la légende de Mélusine :

http://www.mythofrancaise.asso.fr/mythes/cadres/MErecitC.htm

http://www.lusignan.fr/IMG/pdf/Legende_Fee_Melusine.pdf

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22 réflexions sur “Jacqueline Kelen : La passion Amoureuse

  1. J’aime bien l’idée du jardin secret. Le divin (Dieu) est présent avec chaque être et partage son amour avec tous comme comme si chacun était le seul. Dans la légende de Mélusine, j’apprécie l’aspect féminité qui rejoint le divin et cette harmonie homme-femme dont parle si bien Jacqueline Kelen qui aboutit à un amour proche du sacré et du divin.

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    • Moi aussi, Jean-Michel, et je trouve que ce jardin est indispensable dans toute relation, même la plus intime…
      Il peut justement être l’endroit où nous nous mettons en relation avec le Divin.
      La notion de l’amour sacré sera développée dans l’article de demain

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  2. J’aime les valeurs ici véhiculées. Les personnages de cet auteur sont forts ..puissants et sont complets. Ils sont complets dans le sens que toutes les facettes de leur personnalité sont assumées. Assu,ées mais aussi reltivées… nous ne sommes jamais que blanc ou noir… nous sommes des êtres de nuances, mais celles-ci doivent être comprises et assumées. J’aime aussi que les valeurs ici véhiculées ne le soient pas que face au dogme de la société, mais bien face à l’individu..face à l’intégrité de soi. Inté.ressant comme toujours. Ça me donne le goût d’en lire plus.
    Merci.

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    • Merci, Kleaude, j’apprécie votre commentaire d’autant plus, que vous êtes un fin connaisseur de l’âme humaine, que vous saisissez si bien dans vos poème et vos livres. La phrase : « nous sommes des êtres de nuances, mais celles-ci doivent être comprises et assumées » est si juste…
      Et cette intégrité de soi, fondamentale et pourtant oubliée.
      Vous pouvez lire davantage ou bien regarder les vidéos de Jacqueline Kelen via le lien dans l’article précédent et j’en posterai encore un demain.

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  3. Bonsoir Elisabeth,
    En lisant ce billet, je me suis remémorée une des nombreuses petites phrases que disait ma grand-mère maternelle, elle en avait une plénitude, je ne les ai jamais oublié. Je vais te la confier « Pour vivre heureux vivons cachés », mais comme c’est vrai, il faut savoir préserver sa vie familiale et intime. Allons je suis heureuse de lire que cela est encore d’actualité pour un petit nombre de personnes. Car à l’heure de la télé-réalité et de la grande médiatisation où tout est dit sans retenue et sans pudeur, je me demandais si je n’étais pas quelque peu en contre sens, mais pas prête à lâcher prise pour le coup 😉 🙂

    Bonne soirée et douce nuit Elisabeth, plein de bisous doux

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    • Ne change surtout pas ton attitude, Fanfan, le dicton de ta grand-mère est fort juste. Chacun a le droit à son jardin secret, même dans une relation la plus intime. Et effectivement, ce grand déballage où les gens perdent toute pudeur et dignité, par la même occasion, est vraiment malsain. Une sorte de voyeurisme, dont beaucoup sont si friands.
      Ce qui nous tient à cœur doit se vivre à l’intérieur.
      Merci pour cette musique grandiose et douce nuit à toi.

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