Nos états d’âme sont une porte vers l’éveil

Prenez une journée type de votre vie, il y a finalement peu de moments où vous vous trouvez sous l’emprise d’une grande émotion forte. Alors que les petits sentiments et les petites turbulences vous touchent en permanence. Vous vous levez, votre humeur peut dépendre d’un rayon de soleil, d’une bribe de musique… Christophe André, qui est psychiatre à l’hôpital Sainte Anne à Paris, appelle ces petits sentiments, mini émotions, micro turbulences des « états d’âme ». Pour lui, quelque chose d’essentiel se joue là, que nous avons trop tendance à négliger. Nous l’avons interrogé sur son livre qui s’intitule précisément « Les états d’âme » (éd. Odile Jacob).

Pour chaque grande émotion, une famille d’états d’âme

Nouvelles Clés : Le titre de votre nouveau livre laisse d’abord songeur. Les « états d’âme », qu’est-ce ? On croit connaître. On se dit que vous allez nous parler du spleen romantique, ou du blues adolescent. Et puis on s’aperçoit vite que votre idée est beaucoup large, quand vous nous racontez, en préambule, l’impression fugace, mais profonde, qu’a eue sur vous une petite scène du matin, avec cette enfant qui trébuche dans la rue, alors que son père l’accompagne à l’école. Rien de grave, mais pendant une seconde, vous avez perçu toute la frayeur de la petite, dans son regard. Et ce « rien du tout », ensuite, ne vous lâche pas de la journée et place celle-ci dans une atmosphère particulière…

Christophe André : Le spleen et le blues font assurément partie des états d’âme, mais il n’y a pas qu’eux. J’appelle états d’âme tous nos contenus de conscience qui mêlent des émotions et des pensées « d’arrière-plan », des sensations, des impressions, des feelings discrets, légers, en demi-teinte, qui n’ont l’air de rien, et qui pourtant nous influencent profondément En réalité, ils fondent notre humanité et notre lien au monde.

Le paradoxe, c’est qu’on ne leur accorde que très peu d’importance et je me suis aperçu qu’il n’existait sur eux quasiment pas de synthèses scientifiques. Et pas seulement parce que le mot « âme » est encore tabou. La psychologie contemporaine s’intéresse, à juste titre, aux émotions. C’est-à-dire aux grandes émotions, franches et entières. La colère. La tristesse. La joie… Quand une grande émotion nous habite, nous lui appartenons en entier, il n’y a momentanément place pour rien d’autre. Ça ne dure généralement pas. Les états d’âme, eux, sont en quelque sorte des sous-émotions qui durent des heures, des jours, des semaines !

Pour chaque grande émotion, il existe toute une famille d’états d’âme. Ce n’est pas la grande colère, mais le petit agacement, le vague énervement, la légère crispation, la moue de bouderie… Pas la grande peur, mais le petit sentiment d’intranquillité, de souci, d’agitation, d’inquiétude… Pas la tristesse abyssale, mais le soupçon de cafard, le petit coup de blues, le nuage de mélancolie. Et, de l’autre côté, ce n’est pas non plus le franc enthousiasme ni la joie éclatante, mais l’imperceptible euphorie, le sourire intérieur, la douce légèreté… Vues du dehors, ces sous-émotions peuvent sembler de peu de poids, voire dérisoires – et nous pourrions nous sentir gênés d’avoir à les exprimer. Vécues du dedans, elles sont incroyablement importantes.

En réalité, l’essentiel de notre vie intime est fait d’un tissage d’états d’âme. Prenez une journée type de votre vie, il y a finalement peu de moments où vous vous trouvez sous l’emprise d’une grande émotion forte. Alors que les petits sentiments et les petites turbulences vous touchent en permanence. Vous vous levez, votre humeur peut dépendre d’un rayon de soleil, d’une bribe de musique, d’une remarque minime de votre conjoint.

Vous marchez dans la rue, vous voyez un mendiant, ses yeux, ses mains, ou un graffiti sur un mur, ou telle saynète de rien du tout, à peine entraperçue, tel échange de mots ou de regards, pendant une fraction de seconde, entre des inconnus que vous ne reverrez jamais… Vous continuez à marcher, l’air de rien, mais en vous, quelque chose est venu subrepticement se planter, qui va vous accompagner longtemps. Qui va peut-être donner sa couleur au reste de toute votre journée.

Ces « rien du tout » qui colorent nos journées

N. C. : N’est-ce pas ce qu’en anglais, on appelle le « mood » ?

C. A. : Oui, mais ça va plus loin. Le mood, c’est l’émotion sans mot, qui fait que vous êtes de bonne ou de mauvaise humeur. L’état d’âme y ajoute un contenu verbal, une combinaison de sensations physiques, de micro-pensées, de souvenirs, de rêveries. Le champion du monde toutes catégories des états d’âme, c’est évidemment Marcel Proust. Or, que vit-il ? Il ne se trouve pas simplement dans un certain « mood ».

En marchant sur les pavés inégaux d’une ruelle de Combray, une légère impression physique de décalage entre ses deux pieds lui fait revenir en mémoire les rues de Venise, et tout un univers en demi-teinte va alors doucement émerger en lui. Un univers qu’un homme comme Proust cultive avec délectation, mais nous y sommes tous sujets.

Les états d’âme ne se contrôlent pas facilement : ils s’imposent à nous avec une douce insistance. Leurs sources sont multiples, à la fois physiques, biographiques, relationnelles, mentales… Certains états d’âme nous rivent au sol, d’autres nous connectent à des dimensions que l’on pourrait dire spirituelles. Leur enracinement dans le corps compte beaucoup. Des études ont montré que, si vous interrogez différentes personnes sur ce qui les préoccupe dans la vie, vous n’obtenez pas les mêmes phrases, selon qu’elles vous répondent avant ou après une marche de vingt minutes dans la nature.

Après, la plupart des gens voient les choses de façon nettement plus positive. Mais l’influence « spirituelle » n’est pas moindre : un visage, une phrase, la vue d’un coin de ciel, un chant d’oiseau, le vol d’une feuille morte prise dans un tourbillon, peuvent vous faire changer d’état d’âme. Avec ce bref instant d’incertitude : allez-vous enregistrer la chose en vous, ou pas ? Ne seriez-vous pas en train de partir dans un léger délire, hors réalité, et ne faut-il pas oublier tout ça très vite (ce que nous faisons sans arrêt) ?

Ou ne serait-ce pas, au contraire, la vraie vie qui vous fait signe, par cette petite lucarne, alors que le reste de votre journée se déroule dans l’insignifiance ? Les états d’âme sont donc une espèce de carrefour, une chambre d’écho, à l’interface entre le dehors et le dedans, entre le corps et l’esprit, entre hier et demain, entre nos pulsions et notre culture, entre nous et les autres. Nos états d’âme sont peut-être tout simplement notre conscience.

Une fois installé, l’état d’âme de nous lâche plus

N. C. : Sans être manichéen, votre livre classe les états d’âme en deux grandes catégories : ceux qui nous font souffrir et ceux qui nous font du bien.

C. A. : Absolument. Au départ, en dehors de mon amour pour Rilke, Proust, Pessoa ou Cioran (les maîtres de la question sur le plan littéraire), c’est tout de même mon métier de thérapeute qui m’a poussé vers ce sujet. À l’hôpital Sainte Anne, je m’occupe beaucoup des personnes souffrant de « troubles émotionnels », notamment les grands dépressifs et les anxieux, que leur maladie n’empêche pas de vivre, comme le ferait la schizophrénie, mais qui sont malgré tout quotidiennement très handicapées.

Au fil des années, je me suis orienté vers la « prévention des rechutes ». Après un épisode dépressif ou anxieux sévère, on réussit à ramener la personne dans un état, sinon parfait, du moins assez confortable pour qu’elle puisse reprendre le cours de son existence. Mais elle demeure fragile, vulnérable, souffrant d’une sorte d’inaptitude au bonheur et de manque d’estime de soi – des thèmes que j’ai abordés dans mes livres précédents. Comment faire pour l’aider à se maintenir à flot ?

C’est alors que je me suis aperçu qu’il existait beaucoup de données montrant que la plupart de ces personnes régulaient mal ce que j’appelle leurs états d’âme. Selon les heures, les jours, les saisons, elles sont sujettes à des ruminations, à des coups de cafards, à des bouffées de nostalgie… Ce n’est pas de la franche dépression, ni de l’anxiété massive, ça reste léger. On est agacé, énervé, dégoûté, désabusé, on se laisse envahir par le ressentiment. Et ça s’installe, ça dure, pendant des semaines… préparant en fait le terrain à une rechute grave. D’où l’intérêt de trouver comment éviter ça, en apprenant à gérer nos états d’âme. Et c’est ainsi que la méditation a fait son entrée dans un hôpital comme Sainte Anne…

Mais avant d’en venir aux actions à entreprendre, et particulièrement à la méditation, je voudrais insister sur cette caractéristique de l’état d’âme, qui est de s’installer et de durer. Si un automobiliste vous fait une queue-de-poisson sur la route, une brusque bouffée de colère peut vous envahir, prenant toute la place pendant un moment, mais certainement pas pendant toute la journée. Alors que l’état d’âme persiste.

Quelqu’un nous a dit une petite phrase qui nous a blessé ; il aura beau s’être excusé, la petite phrase reste. Elle peut nous tourmenter longtemps, tournant en ritournelle : « Et si c’était vrai ? Et si j’étais vraiment comme ça ? Et si c’était un signe qu’en fait, il (ou elle) ne m’aime pas ? » Un rien peut mobiliser en nous de longues ruminations. Le problème, c’est que ces ruminations sont souvent très subtiles – puisqu’elles se nourrissent de réflexions, de sensations ou de souvenirs réels – beaucoup plus que les grandes émotions, qui ont un côté brut de fonderie. Les grandes émotions nous uniformisent : en proie à une immense frayeur, nous faisons tous la même tête, alors qu’un simple embarras nous laisse toute une gamme de physionomies possibles.

Ce raffinement fait aussi que beaucoup d’états d’âme négatifs nous sont chers. Nous pouvons véritablement les chérir. Victor Hugo n’est pas le seul à parler du « bonheur d’être triste »… Cette ambivalence peut être une richesse, quand nos états d’âme mêlent en nous des sentiments contradictoires, comme dans un « sucré-salé » émotionnel et mental. Mais elle peut être aussi purement névrotique : par exemple quand nous ne connaissons rien d’autre que le ressentiment, ou le mépris, parce que nous avons grandi dans une famille qui en était imbibée, et que, du coup, c’est dans cette atmosphère que nous nous sentons sécurisé, « chez nous » – alors que la sollicitude et la gratitude, elles, nous paraissent suspectes et nous mettent mal à l’aise. Il y a un faux confort de la négativité, qu’il convient de débusquer.

Les humains sont plutôt contents de vivre

N. C. : Passons donc à l’action. Supposons que de tels états d’âme névrotiques soient mon atmosphère intérieure habituelle, que puis-je faire ?

C. A. : D’abord commencer par les repérer en vous. Reconnaître vos états intérieurs, les comprendre, accepter leurs fluctuations… jusqu’à une certaine limite. Et ne pas vous laisser piéger, notamment par les mots. Car nos états d’âme moyens sont plutôt positifs, alors que, curieusement, le vocabulaire que nous employons pour les décrire, est majoritairement négatif. Ce paradoxe se retrouve dans la plupart des langues, où les études sémantiques ont montré que les adjectifs destinés à la description des états intérieurs étaient aux deux tiers, voire aux trois quarts négatifs : ils décrivent des ennuis, des tracas, des insatisfactions, des vexations, etc.

Comme si d’instinct, les cultures humaines avaient cherché à s’en prémunir… Alors que, quand on suit une population de près, comme peuvent le faire certaines études universitaires américaines, on s’aperçoit qu’à l’exception des 10 à 20% de personnes souffrant de véritables troubles psychologiques, l’immense majorité d’entre nous passe la plus grande partie de ses journées dans des états positifs.

N. C. : Comment parvient-on à mesurer cela ?

C. A. : Ce sont des études lourdes. On équipe des centaines de personnes de petits beepers, qu’elles portent dans leur poche ou leur sac, et qui font « bip-bip » de façon aléatoire plusieurs fois dans la journée. Quand ça sonne, vous devez cliquer sur une échelle de « smiley », qui va de « très euphorique » à « totalement cafardeux ». Et le résultat, confirmé par les sondages sur le bonheur, est sans appel : les humains sont, en moyenne, plutôt contents de vivre. Cela paraît d’ailleurs logique : sinon, je pense que l’humanité se serait suicidée depuis longtemps !

Vous me direz que c’est peut-être ce qu’elle a finalement décidé de faire aujourd’hui, de manière indirecte, en sabotant la planète… Mais… je ne crois pas. Je suis globalement optimiste. Même s’il faut évidemment, comme d’habitude, moduler ce genre de généralisation suivant différents critères, par exemple en fonction de la culture. Vous avez des nations qui cultivent volontiers la plainte et son esthétique en demi-teintes. Prenez le saudade portugais. Ou le blues afro-américain ! Comment ne pas reconnaître la beauté de ces plaintes-là ? Du coup, je dois avouer qu’à un moment donné de ma recherche, je me suis retrouvé complètement perdu. Les états d’âme constituent un monde infiniment complexe, qui semble partir dans tous les sens !

Le credo trompeur des anxieux

N. C. : Les états d’âme sont aussi anciens que l’être humain ?

C. A. : Prenez un peu de recul, vous vous rendrez vite compte qu’il s’agit de dimensions qui n’ont émergé que très récemment dans l’histoire. De même qu’il y a eu des hommes préhistoriques, avant les civilisations, de même ont existé, et existent encore, des hommes prépsychologiques, pour qui tout ce nous disons ici ne correspond à rien.

Du moins à rien de conscient. Il ne faut pas remonter loin. Je parle tout bonnement de mon père et de beaucoup de nos contemporains d’avant les années 60-70, dont l’existence était exclusivement tournée vers la survie matérielle. Pour ceux-là, hommes et femmes, se préoccuper de ses états d’âme aurait été considéré comme une marque à la fois de faiblesse et d’égoïsme. Cette résistance à toute forme de ressenti intérieur pouvait sans doute, à certains moments, leur donner plus de force – dans la logique du « marche ou crève ». Mais avec beaucoup d’illusions.

Ce sont par exemple des gens qui mouraient souvent tout de suite après avoir pris leur retraite – quand ils en avaient une -, soudain assaillis par des états intérieurs dépressifs qu’ils ne comprenaient absolument pas. L’homme prépsychologique vit dans une logique sacrificielle muette.

D’une façon un peu analogue, la personne anxieuse développe tout un « credo d’intranquillité », dont elle s’imagine qu’il la prémunit contre les multiples menaces dont l’avenir lui semble chargé. Pour l’anxieux, ne pas s’inquiéter serait une faute grave. Il faut se préoccuper d’une multitude de dangers en permanence, ne jamais « bêtement » se réjouir, ne jamais baisser la garde, etc. Or, les anxieux et les pessimistes aux états d’âme sombres font-ils mieux face aux problèmes, quand ceux-ci leur tombent dessus pour de bon ? Pas du tout, au contraire !

Partant de l’idée que « si je ne meurs pas du cancer, un autobus m’écrasera sûrement », le négativiste et l’à-quoi-bonniste sont, malgré leur inquiétude, incapables de mettre en place une pratique de santé préventive (alimentation saine, exercices physiques, etc.). Et en cas de crise, ils tombent les premiers. En un mot comme en mille, nous ne réalisons pas encore à quel point l’irruption de la psychologie, à partir des années 60-70, a enrichi l’existence de millions de gens, individuellement et collectivement.

Car connaître et pacifier vos états intérieurs ne conduit pas seulement à un soulagement de vos souffrances et à un épanouissement de votre bonheur : c’est bon pour le monde entier. Plus je souffre, plus je me rétracte sur moi-même. On est bien plus capable de s’intéresser à ce qu’il y a autour de soi si l’on ne souffre pas trop. Mieux : cultiver ses états d’âme positifs est un phénomène contagieux. Au sens propre : une étude américaine l’a magistralement démontré.

N. C. : Permettez-moi de revenir sur cette notion d’homme « prépsychologique ». Comment pourrions-nous réellement savoir ce qui se passait dans l’esprit de nos ancêtres ? Un humain des Lumières, ou de la Chine antique, ou même un chaman paléolithique ne pouvait-il pas connaître ses états d’âme ?


C. A. : Si, bien sûr. L’introspection est aussi vieille que l’humanité : devenir humain, c’est accéder à la conscience de soi, cette « conscience réflexive » qui nous permet de nous prendre nous-mêmes comme objet de réflexion. On retrouve cela par exemple dans le très vieux mythe mésopotamien de Gilgamesh, avec le personnage d’Enkidu, qui cesse d’être un animal et devient un homme par la prise de conscience de ses émois intimes.

Mais ce que j’appelle les « hommes prépsychologiques », ce sont tous les humains qui n’avaient ni le loisir ni le goût de descendre en eux-mêmes. Cependant, pas besoin de remonter à la préhistoire ! Nous sommes toujours entourés de personnes qui feront tout pour ne surtout pas regarder en elles-mêmes : parler, s’agiter, regarder la télé, rigoler entre copains, bricoler, faire du sport, faire, faire, faire, mais ne surtout pas s’introspecter.

N. C. : Venons-en donc à la pratique : une fois convaincu qu’il me faut me préoccuper de mes états d’âme, comment réguler en moi ces univers intérieurs fluctuants ? Toute la fin de votre livre y est consacrée. Le mot méditation résume-t-il bien l’ensemble ?

C. A. : Voilà plusieurs années déjà que nous pratiquons avec nos patients de l’hôpital Sainte Anne des exercices de médiation de « pleine conscience ». Il n’y a là aucune dimension religieuse ou philosophique, nous leur apprenons simplement à amener leur conscience ici et maintenant. Comment ? En passant « derrière la cascade », comme dit une belle image de la tradition zen.

C’est à dire en les habituant peu à peu à regarder déferler en eux le flot de leurs pensées, de leurs émotions, de leurs états d’âme de toutes sortes, avec ces quelques centimètres de recul qui vont faire qu’ils ne vont pas les prendre sur la tête, tel le randonneur qu’il s’est glissé entre la roche et la chute d’eau. C’est à la fois très simple et, évidemment, très compliqué au début. Nous nous identifions totalement à nos états d’âme, comment nous différencier d’eux ? Les techniques de base sont fondées principalement sur la respiration et sur l’attention accordée à chaque détail.

Accomplir chaque geste, ressentir chaque état d’âme de la façon la plus consciente possible. Être présent. Les anxieux, les inquiets, mais aussi les excités, les survoltés, ne sont pas présents. Ils sont enlisés dans le passé ou furètent dans l’avenir. Il y a de véritables maladies de l’anticipation, qui interdisent le bonheur…

Alors on ferme les yeux, on essaye de se concentrer sur sa respiration, on écoute les bruits qui nous entourent, sans s’y accrocher, et on regarde passer ses pensées et ses ressentis. Ce n’est pas la même chose, d’être triste et de se regarder en train d’avoir des pensées tristes. Il y a un petit décalage qui fait toute la différence, en nous permettant de percevoir jusqu’où notre tristesse est légitime, jusqu’où il est bon de la suivre, et à partir d’où il faut la lâcher.

En psychothérapie, ces exercices ont de multiples vertus. Ce sont d’excellents outils contre la rumination. Ils vous reconnectent à la réalité de la vie. Quand vous pratiquez la méditation régulièrement, vous devenez capable, marchant dans la rue, de brusquement vous arrêter et de vous nourrir de la beauté d’un lieu. De croiser un regard. D’entendre une musique. De redresser votre corps. Vous étiez là, en train de ruminer, ou d’anticiper, perdu dans un ailleurs, sans voir ni sentir le monde autour de vous. Et tout d’un coup, vous vous réveillez.

N. C. : Votre livre sur les états d’âme est dédié à Matthieu Ricard…

C. A. : C’est un homme qui incarne énormément de choses. Je lui dois beaucoup. Il m’a notamment initié à la lecture de certains textes bouddhistes. Quant à l’apprentissage de la méditation psychothérapeutique, je le dois à Zindel Segal, un enseignant en psychiatrie de l’université de Toronto qui, avec son confrère Jon Kabat Zinn, fait partie des pionniers qui ont introduit la méditation dans les cercles scientifiques nord-américains, dans les années 90.

En Europe, les psychologues Lucio Bizzini et Pierre Philippot ont aussi joué un rôle important. Dix ans plus tard, quand nous avons commencé à parler de ces histoires de méditation dans les institutions psychiatriques françaises, on nous a regardés avec un très mauvais œil. Nous étions soit des fous, soit une secte ! Et puis les études et les preuves sont arrivées. À Sainte Anne, la méditation de pleine conscience fait désormais partie des outils que nous utilisons couramment, en prévention des rechutes anxieuses ou dépressives.

Je médite moi-même régulièrement. Quand je me lève, j’essaie d’y consacrer dix à vingt minutes. Ensuite, il est recommandé de vivre en pleine conscience tout au long de la journée, et pour cela, à certains moments, de ne faire qu’une chose à la fois. Quand on mange, ne pas parler, ne pas écouter la radio, ne pas lire, juste bien sentir le goût de ce qu’on mange, de ce qu’on boit. Quand on est en train de marcher, ne pas téléphoner en même temps, juste se centrer sur l’action en cours : que fait mon corps quand il marche ?

Comment respirent mes poumons ? Comment je tiens ma tête ? Quels sont les bruits autour de moi ? Le soir, quand vous vous mettez au lit, ne pas prendre la pile des revues ou votre passionnant bouquin : juste ne rien faire. Se sentir vivant. Sentir son corps qui respire avant la nuit, sentir si son état musculaire est fatigué ou non. Au début, quand j’ai commencé à pratiquer ces exercices, le soir, ma femme s’est demandé si j’étais tombé malade, ou si je lui faisais la gueule, à rester comme ça, immobile, à regarder le plafond au lieu de me plonger dans mes journaux !

À nos patients, nous apprenons que cet état de « présence » les ouvre aux autres et à la compassion. C’est une condition sine qua non de tout vrai dialogue. Penser que ces leçons de sagesse multimillénaires, venues d’Orient comme d’Occident, puissent nous servir efficacement dans nos vies modernes, et jusque dans nos hôpitaux psychiatriques, est quelque chose de très réjouissant.

N. C. : Mais comment se comporte le « grand sage » vis-à-vis de ses propres états d’âme ? D’ailleurs en a-t-il encore, ou les a-t-il balayés ?

C. A. : Mais pas du tout ! Le sage, ou l’être éveillé est extrêmement sensible, mais conscient de l’être. Je pense qu’il connaît une infinité d’états d’âme, qu’il les accueille en toute conscience, mais ne les laisse pas forcément prendre les commandes de ses jugements et de ses choix. Il sait garder ses distances vis-à-vis d’eux, mais aussi les utiliser pour agrandir sa compassion.

Quand on travaille la méditation en pleine conscience, on apprend que, si l’on est capable d’éprouver de la tristesse pour le sort des autres, cela élargit notre ouverture au monde. Il y a donc un juste milieu à trouver entre se laisser totalement emporter par sa subjectivité et la nier. Notre subjectivité est, par définition, très relative, mais la sagesse se retrouve à tous les niveaux de la société. Les chercheurs du nouveau courant de la « psychologie positive » américaine font à ce sujet des recherches très intéressantes.

Par exemple, ils demandent à un panel d’hommes et de femmes de réagir à une phrase comme : « C’est une jeune fille de 16 ans qui veut se marier. Qu’en pensez-vous ? » Vous n’avez pas idée de la variété des réponses ! Beaucoup réagissent négativement : « 16 ans, quelle horreur ! Je pense que cette pauvre gamine a dû être maltraitée », ou bien : « Cela doit se passer dans une culture terriblement sous-développée. »

Mais vous avez aussi des réponses comme : « Elle doit avoir de bonnes raisons », ou « Ses parents sont peut-être morts et elle a trouvé quelqu’un pour la sécuriser », ou même « Elle va peut-être mourir et veut se marier avant, pour avoir au moins connu ça » – qui sont autant de réponses que l’on pourrait qualifier de sages. Je pense que nous vivons un temps où il y a moins de « grands sages » légendaires, mais beaucoup plus de petits comportements de sagesse. Beaucoup d’éclairs de lucidité – chez les seniors, mais plus souvent encore chez les enfants et les jeunes. De toute façon, la sagesse n’est pas planifiable. Beaucoup de leçons de sagesse m’ont été données par mes patients.

N. C. : Récuseriez-vous le terme de spiritualité ?

C. A. : Il me va tout à fait. Je peux l’entendre à deux niveaux. Personnellement ou en tant que médecin. Comme psychiatre et psychothérapeute, il est possible aujourd’hui de parler de spiritualité, très prudemment, à un niveau purement scientifique. Nous savons que nos patients qui cherchent à pousser leur vie au-delà du matérialisme, se portent globalement mieux que ceux pour qui celui-ci représente un horizon infranchissable. J’y consacre tout un chapitre de mon dernier livre : les sociétés purement matérialistes comme la nôtre ont un côté psycho-toxique qui fait des ravages. De ce point de vue, le contrepoids d’une quête « spirituelle » représente un grand soulagement. Évidemment, il faut désamorcer toute référence à des églises, des dogmes ou des sectes…

N. C. : … pour parler de « spiritualité laïque » ?

C. A. : Certainement oui… En fait, il n’est pas facile de définir ce qu’on entend au juste par « spiritualité ». Disons que, aussi bien à titre personnel que professionnel, c’est une notion qui sous-entend un lâcher prise, une humilité, l’acceptation d’un certain mystère quant à notre vraie nature et à celle de l’univers autour de nous. J’ai du mal à en dire davantage sur la définition théorique.

Par contre, j’observe, dans ma vie quotidienne et dans ma pratique clinique, des exemples concrets de comportements qui me semblent bien « spirituels ». La recherche d’une communication non violente. Le besoin de comprendre ce que ressent l’autre. Et aussi une aptitude à être présent et à laisser ses états d’âme cheminer en soi. Si je croise un enterrement, vais-je prendre un instant pour me dire : « Quelqu’un vient de partir. Un jour ce sera mon tour.

Si cela m’arrivait aujourd’hui, aurais-je achevé mes tâches ? » Est-ce que je sais me laisser envahir par une interrogation sur le mystère des choses essentielles ? Suis-je capable de contempler, de prendre le temps de m’arrêter devant un brin d’herbe, un arbre, un oiseau qui sautille… Pas simplement parce que c’est un beau spectacle, mais aussi en pensant que d’autres humains ont contemplé la même chose il y a dix mille ans, et en espérant que d’autres pourront encore le faire dans dix mille ans. Et moi, que sera devenue ma poussière d’ici là ? Accepter de regarder ce qui me dépasse infiniment, sans en avoir peur, mais sans chercher non plus à le maîtriser, cela s’apprend.

Bien sûr, on peut aussi passionnément chercher à en savoir plus et croire dans la science, cela n’est absolument pas contradictoire. Certes, l’idée de la mort est a priori très déstabilisante, mais surtout pour celui qui n’y pense jamais, pour celui qui n’a justement aucune spiritualité ! Se sentir profondément calme face à ce qu’on ne comprendra jamais contribue à notre bien-être au sens le plus large.

N. C. : Je voudrais terminer sur deux citations que vous faites dans votre livre. La première est de Jean Anouilh : « On dit toujours : entrez en vous-même, entrez en vous-même ! J’ai essayé. Il n’y a personne. Je suis ressorti vite fait ! » La seconde est de Maître Eckhart : « Dieu nous rend souvent visite, mais la plupart du temps, nous ne sommes pas chez nous. » En somme, vous nous conseillez de faire le cheminement de l’une à l’autre…

C. A. : Anouilh décrit effectivement une réalité très générale : la difficulté à nous poser et à réfléchir sur nous. Eckhart nous transmet une leçon essentielle, que nous tentons de transmettre à notre tour à nos patients quand nous leur apprenons à méditer. Bien sûr, ça nous concerne tous.

Dieu qui vient nous visiter ? Mais c’est cet ami qui nous parle et que nous n’écoutons pas, parce que nous pensons à autre chose. Ou c’est notre enfant, à qui nous racontons une histoire, le soir, mais sans être vraiment présent, parce que nous avons des soucis. La pleine conscience, c’est la capacité de se dire : « Je suis en train de raconter une histoire à mon enfant. C’est un moment infiniment précieux. Ou bien : « Mon ami se confie à moi. Je l’écoute et tente de l’aider au mieux. C’est génial, d’être vivants, l’un en face de l’autre. »

 À lire : Les état d’âme – Christophe André – éd. Odile Jacob

Propos recueillis par Patrice van Eersel pour la revue Clé

 

35 réflexions sur “Nos états d’âme sont une porte vers l’éveil

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  2. Bonjour Elisabeth,
    Je suis souvent plus enclin à parler d’état d’être que d’état d’âme. Il y a des gens qui semblent prédisposés à la joie et au bonheur alors que d’autres versent plus facilement dans la lassitude et la morosité. Comment l’expliquer? Il y a tant de facteurs inhérents… même génétiques… Et bien souvent nous n’en sommes pas nous-mêmes conscients.
    Il y a aussi ceux qui sont conscientisés à se plonger en eux… et d’autres ne s’en soucieront jamais…. et souvent ne s’en porteront pas plus mal….même parfois mieux… En fait il est difficile de se cerner…les états d’âmes le sont d’autant… c’est plus un amalgame d’attitudes alors que les grandes émotions sont facilement identifiables et explicables… alors que tout est en nuances pour les états d’âmes…
    Je pense aussi que les sociétés modernes nous imposent un mode de vie de plus en plus ingrat. On a de moins en moins le loisirs de jouir du moment présent; tant de soucis de tout ordre..et c’est amplifier par périodes difficiles économiquement donc émotivement. De moins en moins, nous ne savons jouir de la vie..de ses petits plaisirs et de ses joies les plus simples. De moins en moins on s’accorde de moments de réjouissances en groupe ou en famille. L’isolement mine…

    Je terminerai avec un constat fait il y a plusieurs années….. Une chose m’a toujours frapper… S’il y a une chose que l’humain fait mal…. c’est de rire…. Qui peut prétendre bien rire? N’est-ce pas troublant?….;-) Mais qu’on le fasse bien ou mal… aussi bien garder la faculté d’en rire…;-)

    Mes amitiés sincères

    J'aime

    • Peut-être juste une question de terminologie, Kleaude… 🙂
      Comme je l’ai dit, dans le commentaire sur l’article « Quand les idées noires nous travaillent », j’ai toujours pensé, que l’humanité se divise, en gros, en deux sortes de personnes, celles qui naissent avec une « joie de vivre » et d’autres, accablés dès leur naissance par ce mystérieux
      « mal », venu d’on ne sait où…
      De loin, par nos mémoires familiales, génétiques, prédispositions psychiques mais les origines sont nombreuses et souvent incertaines…
      Et comme tu dis, il y a ceux, portés sur l’introspection, tandis que d’autres vivent, sans se poser trop de questions, et ne s’en portent que mieux, souvent, si ce n’est pas une fuite devant leurs problèmes…
      Et tu as entièrement raison, en disant que si les grandes émotions sont facilement identifiables, les nuances de ces états indéfinissables sont si difficiles à cerner.
      Absolument d’accord sur les influences de nos sociétés et l’ambiance générale, pleine de morosité, de peur diffuse qui ronge et empêche de profiter des joies simples.
      La solitude devient si répandue, et elle mine, au point de devenir un mal du siècle.
      Je crois que même les statistiques le prouvent, nous rions de moins en moins, alors, que c’est vital…
      Encore en harmonie avec tes réflexions… merci et amitiés sincères à toi

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  3. Très intéressant encore chère amie.

    On rencontre des connaissances sur la rue,
    et d’habitude on se demande mutuellement :
    -« Comment ça va ? »…
    Et le plus grand mensonge sort immédiatement…
    « -Ça va très bien, et toi « …
    -« Moi aussi ça va bien ! »…
    .
    OOOouf…

    Pensons positivement, ça ne peut pas faire tort.

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    • Le problème, Floray, est que cette question ne vient pas de l’intérêt pour la personne, c’est juste une habitude, et la capacité d’être vraiment à l’écoute, savoir entendre le « non, ça ne va pas » et s’en émouvoir se perd… mais bon, pensons positivement et faisons de notre mieux…

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      • Et comme je suis une vilaine coquine Elisabeth , je réponds quelquefois abruptement à des copains, bien sur, qui me posent cette question habitude, par un  » non !  » et les pauvres restent mal . Je leur avoue de suite que c’est  » pour rire  » , pour voir leur réaction.

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    • Juliette, rien que cette nuit, c’était un véritable déluge… et le soleil, ainsi que la chaleur, je les attends toute l’année…
      Bien sûr que je ne vais pas me laisser abattre mais tout de même… ras le bol de cet été pourri🙂
      Merci de venir me consoler… gros bisous

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  4. C’est ce que j’appelle émotions subliminales, tous ces « flash » que l’on absorbe tout au long de la journée, la semaine, la vie, micro xxx qu’on ingurgite et qui se transforment en bouillon (note : c’est ma deuxième réponse de suite qui tourne au culinaire sur ton blog : après ce commentaire, je passe à la cuisine). Bref. Si on réfléchit bien, et si on lit la définition d’EGO et si je ne dis pas n’importe quoi, on pourrait faire un raccourci rapide en disant d’une certaine manière que selon l’équilibre entre les sentiments et pensées, positifs et négatifs déclenchés par ces « saynètes » qui forment nos humeurs et états d’âme et en quelque sorte influeraient sur notre égo (si je me souviens bien de la définition psychanalytique d’Ego que je me souviens d’avoir lu une fois et dont mon souvenir réducteur et bradé donnerait quelque chose comme : équilibre personnel entre entre les forces négatives et positives qu’un individu absorbe). Ça me fait me poser une question : est ce que pour commencer, on n’a pas une certaine tendance, justement à trop tout prendre par rapport à soi ex : je suis dans le métro, un type parle mal à un autre passager, les choses tournent au vinaigre, je ne fais rien : je me sens coupable -> cette pensée déséquilibre toute ma journée (alors qu’il n’y avait pas forcément quelque chose à faire où à dire et je n’étais pas le seul spectateur) ; Une publicité (disons toujours dans le métro :)) m’exaspère, par exemple une publicité qui me reproche de n’être pas encore habillé à la mode de l’été prochain, je me sens mal habillé (c’est qu’un exemple, je m’habille comme un sac et j’en suis fier) ; Les voitures klaxonnent ; les commerçants pas aimables ; pluie de bombes sur [Choisir un pays]… alors peut être que le premier travail à faire sur soi est de s’entraîner à laisser aller son attention sur des « images » de vies qui vont dans le bon sens, (éteindre la télé :)) quand c’est possbible, <- (lapsus ?) donc quand c'est possible, disais-je, car on ne choisit pas toujours son cadre de travail, ses collègues, ses voisins. Savoir aussi se refermer à ce qui n'est pas de "notre juridiction" ne nous fait pas de bien, nous pollue, je ne pense pas par là se refermer aux autres mais par exemple passer devant la pub grosse pub pour un site douteux de rencontre extra-conjugales sans tomber dans un tas de questionnements personnels sur la question🙂. bref. Il y a toujours une part d'inévitable, bien sûr, on ne peut pas couper à la réflexion d'un collègue abruti, on ne sait pas toujours y fermer sa sensibilité, alors il reste toujours une parade pour ça : la créativité : retourner, transformer, critiquer, ridiculiser où magnifier ; chacun sa méthode. Beaucoup de blogueurs, d'écrivains, d'artistes font ça (et je sais de quoi je parle), récupérer ces flash négatifs et les intégrer à sa "production", en faire quelque chose pour les faire passer de l'autre coté de la balance. Bref, je m'arrête là, j'ai l'impression de partir dans une digression sans queue ni tête et j'ai perdu le fil, j'ai faim et j'avoue, je n'ai pas lu ton article jusqu'au bout, j'ai la capacité de concentration d'un bulot trop cuit et ça m'est très utile dans la vie, par exemple, je peux justifier de n'avoir pas lu ton article jusqu'au bout car j'ai une capacité de concentration de bulot trop cuit… bonne fin de journée et vive la pluie, c'est cool ! (si si)

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    • Sébastien, je continue à dire que si tu n’existais pas😛
      Bon, j’essaye de démêler la « jungle » de tes réflexions, lesquelles, même si elles partent dans tous les sens, sont fort intéressantes. Je vais faire court, vu « ta capacité de concentration d’un bulot trop cuit ». Je zappe l’ego… sujet trop long et complexe et je retiens l’équilibre entre nos pensées et sentiments, et la façon dont ceux là sont conditionnés par l’extérieur. Puisque nous ne vivons pas sur une île déserte, ces influences nous affectent mais c’est à nous de décider comment et à quel point nous nous laisserons faire.
      Une bonne gouvernance de soi implique la capacité de prendre de recul, et comme le dit l’accord toltèque : « ne rien prendre d’une façon personnelle ».
      Ensuite, il y a le fameux précepte : changer ce qui peut l’être, accepter les choses sur lesquelles nous n’avons aucune prise, et avoir assez de discernement pour faire la différence entre les deux.
      Comme tu dis : « peut être que le premier travail à faire sur soi est de s’entraîner à laisser aller son attention sur des « images » de vies qui vont dans le bon sens », se détourner de ce qui nous pollue, bref, ne pas « gober » tout ce qui passe…
      Je répète toujours, que si nous n’avons pas toujours prise sur ce qui nous arrive, l’attitude à adopter nous appartient totalement et là, ta méthode de « la créativité : retourner, transformer, critiquer, ridiculiser où magnifier » me semble parfaite, et en tout cas, bien adaptée à ton cas… ensuite, à chacun de choisir la sienne pour « faire passer de l’autre coté de la balance ».
      Là-dessus, j’espère que tu t’es bien nourri… merci et salut, l’artiste🙂

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  5. Encore passionnant !
    J’ai fait de la dépression durant une période et effectivement c’est difficile d’épouser le bonheur totalement… Je contrôle mal mes états d’âme et sais bien qu’un rien pourrait me refaire basculer… C’est effrayant…
    Quant à la façon de vivre et penser de nos aînés, on voit bien ici qu’il y a une fracture générationnelle où personne ne peut comprendre l’autre. Sauf que pour ma part, si je respecte la façon de penser de mes grands-parents, ce n’est pas leur cas. Oui, je suis plus jeune donc je leur dois le respect ^^ mais parfois ils jugent sans connaître, sans savoir, sans comprendre, la modernité et ses lots de surprise et ça fait mal…

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    • Je comprends bien, Laura, tu portes en toi une fragilité qui est liée à ta grande sensibilité. Et effectivement, c’est très dur à vivre car un rien t’affecte et peut te faire basculer. Mais si je puis te rassurer, l’hypersensibilité se « gère » aussi car en étant conscients, nous apprenons à nous protéger, à relativiser, prendre de la distance.
      Christophe André n’a jamais caché son anxiété, ainsi qu’un certain mal de vivre, et pourtant, il a écrit ce magnifique livre où il indique des pistes pour mieux vivre et surmonter ces états.
      L’acceptation est primordiale car plus tu restes effrayée, plus tu seras vulnérable. Et il y a un bon côté de cet état d’être, il nous rend plus ouverts, créatifs et compatissants.
      Le bonheur total est tout bonnement inexistant, à chacun de trouver la définition du sien mais être en paix, avec soi et le monde en est un bel exemple.
      Tes grands parents ne sont pas un cadeau, certes… mais as tu songé à te libérer de leurs jugements ?
      Ils ont vécu leur vie mais apparemment, pas acquis sa sagesse, alors, le respect mis à part, tu peux tout simplement éviter les discussions qui fâchent et surtout mener ton existence, telle que tu l’entends… c’est bien la tienne, non ? Et personne n’a à s’y mêler… L’âge ne rime pas toujours avec la connaissance et ils n’ont pas de leçons à te donner.
      S’affranchir du poids de la famille, est un travail difficile mais si libérateur…

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      • Oui j’ai essayé, ou du moins j’essaie de me libérer de leur jugement, mais ça m’affecte toujours j’ignore pourquoi:/
        Alors j’évite autant que possible les sujets fâcheux, mais ma grand mère les remets sur la table, en parle a mère quand je ne suis pas là etc…
        Je suis revenue vivre près d’eux pour quelques temps et la proximité n’arrange pas les choses…
        Ici, même si je suis mieux, car je ne suis pas seule, mes moindre faits et gestes semblent répertoriés😄 Infernal ^^
        Quand je reprendrai un appartement tout rentrera dans l’ordre et je pourrai ainsi m’affranchir de nouveau de ma famille même si c’est difficile de les quitter et le mot « libérateur » conviendra parfaitement ^^

        Tes mots font toujours du bien,merci❤

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        • Parce que, comme je l’ai dit, tu es trop sensible, Laura, tu te sens seule, et tu cherches l’approbation et l’amour, ce qui est normal.
          Mais la famille est souvent le dernier endroit où nous pouvons les obtenir… certes, ils nous aiment mais mal, et comme je dis, ce sont nos « meilleurs ennemis », ceux qui nous font travailler sur nous.
          Le dicton : « on ne choisit pas sa famille », n’a pas été inventé pour rien🙂
          Tu parlais du respect, je n’ai pas relevé mais au fait, le devons nous, juste parce que les gens sont plus âgés ? Je ne parle pas de leur en manquer mais celui-là se mérite, et ne s’acquière pas uniquement du fait des années…
          Nos proches, c’est notre « champs d’expériences », et il est nécessaire de trouver des amis, qui te ressemblent, t’apprécient, te respectent, et auprès de qui tu pourrais te ressourcer.
          Quand ta grand-mère ramène les sujets difficiles, change de conversation ou ne dis rien, si tu ne donnes pas prise, elle se lassera… souris lui gentiment et dis lui un compliment, cela va la dérouter. Et quand tu te sentiras prête, dis, toujours gentiment mais fermement :
          « grand-mère, je t’aime et je te respecte mais c’est ma vie et je la dirige comme je l’entends ». Après, qu’est ce que cela peut faire qu’elle en parle à ta mère ?
          Certes, c’est embêtant d’être « surveillée » en permanence mais un autre proverbe dit : « les chiens aboient, la caravane passe »…. Alors, renforce bien la tienne et si tu peux, commence dès maintenant car le fait que tu t’installes chez toi est une bonne chose mais il n’est jamais trop tôt pour commencer à t’affirmer, d’autant, que tu les verras toujours aux occasions diverses et le problème ne sera pas réglé.
          Vas y, par petits pas mais ne te laisse pas « bouffer » car si tu arrives à surmonter ce problème, non seulement tu gagneras en estime de toi mais tu seras plus forte et fière de toi. Ça en vaut la peine, non ?
          Courage, heureuse que mes conseils t’aident, je suis toujours là pour toi❤
          Gros bisous, ma douce

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  6. Bonjour Elisabeth,
    Je relis ta publication ainsi que les commentaires. Un raisonnement me vient, et si tout simplement nous étions trop heureux ? ! Si confortablement installer dans nos vies que le moindre petit incident prend des proportions démesurés. 68 a installer la liberté mais aussi l’égocentrisme, ne sommes nous pas tout simplement victime de nous même et de notre société….

    Bonne journée Elisabeth !

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    • Trop heureux, je ne dirais pas, Fanfan mais privilégiés, par rapport à 80% de l’humanité souffrante, c’est certain. Si nous avons le confort matériel, que nous trouvons si normal, au point de ne plus l’apprécier, nous sommes tout de même les plus gros consommateurs des antidépresseurs et d’anxiolytiques… Il y a beaucoup d’insécurité psychique, de peurs et d’inquiétudes, devant lesquels nous sommes désarmés et qui nous abattent trop facilement.
      Cet égocentrisme que tu évoques y est pour beaucoup car il n’y a plus des liens, qui aident tant à vivre, comme c’est le cas dans d’autres pays, beaucoup plus pauvres mais qui ont su préserver les valeurs humaines d’entraide et d’écoute…
      Nous sommes soumis à la peur qui règne sur notre société et trop souvent, nous y succombons.
      Quant au fait d’être victimes de nous-mêmes, c’est indéniable et la liberté est très relative aussi car la seule véritable demeure notre liberté intérieure.
      Merci pour cette piste de réflexion très intéressante, il me semble que tu voulais exprimer à peu près la même chose, alors, je reformule🙂
      Tendres bisous, ton champs de blé apporte du soleil dans la grisaille persistante

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  7. J’ai relevé cette phrase :

    « Nous sommes toujours entourés de personnes qui feront tout pour ne surtout pas regarder en elles-mêmes : parler, s’agiter, regarder la télé, rigoler entre copains, bricoler, faire du sport, faire, faire, faire, mais ne surtout pas s’introspecter. »

    C’est condamnable de ne pas « s’introspecter » parce qu’on a plutôt envie de « faire »?

    Ceci dit, j’ai un gros micro état d’âme en ce moment à cause de la pluie qui m’empêche d’intervenir dans le jardin transformé en jungle détrempée après mes trois semaines de vacances bretonnes.
    Grrrr… !!!
    Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, nous allons bricoler dans la maison, il y a des travaux prévus aussi.

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    • Il y a faire et faire, Mo… et rien ni personne n’est condamnable, surtout pas de jugement, chacun fait comme il veut ou comme il peut…
      Cette phase est juste un avertissement de ne pas fuir devant soi car ce que nous cherchons à éviter, nous rattrape toujours, et le coup peut être rude… alors, autant en prendre conscience à temps…
      Cela dit, si c’est l’envie qui nous pousse à l’action et non pas la peur, tout va bien🙂
      Bon courage pour ta « jungle », ainsi que pour le bricolage

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  8. Je suis présentement en pleine lecture de ce livre de Christophe André j’en ai achetée trois au cours de l’hiver mais présentement c’est celui-ci que je lis mais très lentement , en lisant ton article j’ai l’impression de revoir un peu de mon cheminement de l’endormissement a mon premier éveil a mes toutes premières véritables prises de conscience . Les états d’âme je me souviens d’un rêve qui au matin ne voulait absolument pas me quitter j’ai porter une peur de fond pendant des jours Oui je voulais bien aller en moi-même mais la première fois en n’ayant aucune méthode je dirais que j’ai plongée et j’ai eu une grande peur de me noyer…. ce texte me fait vraiment voir mon chemin parcouru … quand je lis ce passage <> ce bout de chemin moi je l’ai appris en faisant la méthode écho et en restant en position témoin …..Définitivement j’aime cet auteur ces écrits me parlent
    toute ma tendresse Élisabeth

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    • Je me souviens parfaitement de ton témoignage à la lecture des autres articles de Christophe André, Jeanne D’arc, et combien ils ont fait écho en toi…
      Heureuse que tu aimes ses livres et effectivement, tu peux t’y retrouver car son parcours n’a pas été facile non plus…
      Ta peur de te noyer ne venait pas, à mon avis, seulement du manque de méthode mais parce que tes souffrances étaient trop grandes, pour y plonger d’un coup, et le rêve que tu évoques me semble une sorte de mise en garde de ton psychisme, pour t’inciter à aller en douceur, voire à te faire accompagner.
      Le chemin que tu as parcouru est magnifique, je sais combien il t’en fallait du courage, de persévérance et de la volonté de t’en sortir.
      Et c’est beau de le voir maintenant, de cette position de témoin…
      Merci encore, je te trouve si émouvante… toute ma tendresse à toi, douce Amie

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  9. Bonjour, bonjour,
    Tu sais, c’est vrai qu’on a plus la même pensée après une bonne marche dans la montagne. Ça doit aider à se reconnecter. Pas facile de rester dans « l’ici et maintenant », c’est un apprentissage. Notre inconscient nous offre des tas de prétextes pour être un peu avant, un peu après, un peu chez l’autre. Pour être conscient de nos états d’âme, il faut aussi affronter ce que nous sommes et c’est difficile parfois (souvent).
    J’entends souvent dire que les psy ne sont là que pour « foutre la merde », tout est dit dans ces quelques mots. Quand on se créé un monde, il est douloureux d’en sortir alors la peur fait ce que CA appelle un pré-psychologique? Ou un psychorigide?
    Et puis quoi qu’en disent les études, je trouve que le monde est particulièrement négatif (ou alors c’est parce que j’ai parlé à ma mère hier). Il n’y a qu’à allumer la télévision (c’est pour ça que je n’en ai plus : ils doivent être payés pour nous filer le cafard) ou simplement prendre les nouvelles. Tous les médias balancent beaucoup de malheur alors que de très belles choses sont à découvrir.
    D’ailleurs, j’ai dit à ma mère de couper sa télé😀
    Je suis beaucoup moins en rechute en restant seule dans mon atelier avec la musique (que je choisie, pas de radio non plus). Pourtant depuis le début de la semaine, je bidouille un truc peu convainquant dont j’ai finalement refait un dessin/patron cet aprèm.
    Autour de moi, trop de gens se plaignent (ou alors ils savent qu’ils peuvent pleurer sur mon épaule). A force de les entendre, le négativisme et le spleen s’installent en moi et je dis que je vais re-basculer vers la psychologie😉
    Et tu vois, même si je dévie la conversation vers du positif, les mêmes reviennent le lendemain avec la complainte qu’ils ne lâcheront jamais je crois. Ça les aide à trouver un coupable quand leur vie n’avance pas comme ils voudraient. Et à ceux là, ne parle surtout pas de psy : c’est pour les fous! Ils noient tout ça dans la vodka.
    Le problème dans tout ça, c’est que Paris fait la majorité des études de cas – j’ai bossé à Ste Anne. Mais dans chaque région les « cas » sont différents. Un psychiatre devrait peut être entamer un tour de France (compagnonnage) avant d’exercer (une idée?).
    Il y a Paris …….. et puis les autres (qui n’aiment pas les Parisiens au passage).
    Ma question sur les états d’âme : il y a autour de chez moi un bistrot tous les 500 mètres alors que les autres commerces meurent. Ça en dit long sur la réflexion quand même.
    Bref, je suis bien sortie du sujet🙂
    Je te souhaite une très belle fin de journée chère Elisabeth.

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    • Tu n’es pas sortie du sujet, Annawenn, tu l’as élargi, en t’appuyant sur ton expérience de psy… Et tu as raison, être « ici et maintenant » est un apprentissage, doublé d’une constante vigilance car, entre notre mental qui tourne à vide, et l’inconscient, dont nous sommes si souvent de marionnettes, nous partons bien vite dans le passé ou dans les projections inutiles.
      Se confronter à soi, dans toutes nos facettes, demande beaucoup de courage, que peu de gens possèdent.
      Il est tellement plus facile de jouer les victimes et geindre sur son sort, en ne voyant que les côtés négatifs. Et ces personnes qui viennent « pleurer sur ton épaule » ne cherchent pas de l’aide pour changer, juste à déverser sur toi leurs malheurs. Et tu sais combien elles sont toxiques, nous en avons déjà discuté.
      Notre société est bâtie sur la peur et l’insécurité, et je te le confirme, les médias sont payés pour cela, j’y ai travaillé suffisamment longtemps pour le savoir. Alors, comme toi, j’ai fait le choix de ne pas me laisser abreuver par toute la misère du monde, non pas que nous y soyons indifférentes mais pour voir plutôt le côté positif et faire tout ce que nous pouvons pour changer les choses.
      Garder l’espoir et le courage d’avancer est ce qui compte, surtout quand les temps sont difficiles mais fuir les parasites, se recharger dans la nature ou dans ce que l’on aime.
      Tu ne peux aider que ceux qui le désirent, si les gens préfèrent la fuite, c’est triste mais c’est leur choix et jouer les « sauveurs » fait rentrer dans ce triangle pernicieux que tu connais bien.
      Courage, belle Fée, tu t’en sortiras, tu en as la force et l’envie.
      Je t’embrasse fort.

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