Hannah Arendt : « La banalité du mal »

Pour comprendre ce qui a pu mener à la Shoah, la philosophe est remontée aux racines du mal. Sa conclusion ? L’être humain ne doit jamais cesser de penser. C’est le seul rempart contre la barbarie. Action et parole sont les deux vecteurs de la liberté. S’il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare. C’est le concept de « banalité du mal ».

Le Triomphe de la Mort (1562), de Pieter Brueghel

Hannah Arendt n’a jamais été une philosophe comme les autres. Toute sa vie, elle a cherché son chemin. Souvent aux marges de la pensée. A la recherche d’une vérité qui ne cesse d’échapper aux êtres humains. Car pour Arendt, il n’y a que les événements qui comptent : tout ce qui apparaît dans le monde et le transforme ; tout ce qui nous affecte et nous bouleverse.

Les théories philosophiques abstraites sont, pour elle, dérisoires, des préjugés inutiles et stériles. Du bavardage savant. C’est pourquoi elle a toujours refusé le titre de « philosophe » et a fait de la fragilité des affaires humaines le cœur de sa pensée. C’est en cela que résident sa force et son courage.

Un modèle de femme et d’intellectuelle qui n’a jamais arrêté d’essayer de « comprendre ce que nous faisons », même lorsqu’elle s’est retrouvée seule dans son combat, critiquée par les philosophes académiques et définie par eux, avec mépris, comme une simple « journaliste ». C’est ce qui continue de me fasciner chez elle.

Au moment de l’arrivée des nazis au pouvoir, celle qui a été l’élève de Jaspers quitte l’Allemagne et prend ses distances avec la philosophie officielle : elle ne peut pas être satisfaite par cette pensée qui, depuis Platon, a fini par se réduire à « une série d’essais en vue de découvrir les fondements théoriques et les moyens pratiques d’une évasion définitive de la politique » (Condition de l’homme moderne).

Arendt veut se rapprocher de sa vocation : s’interroger sur ce qui produit le mal et les injustices. Après l’avènement du nazisme, il n’est plus possible, selon elle, de rester dans sa tour d’ivoire. Il faut ouvrir les yeux « pour voir que nous sommes dans un champ de décombres » ; la recherche des « pourquoi » est devenue impérative.

Le but de son œuvre sera désormais d’aider ses contemporains à comprendre au mieux le monde dans lequel ils vivent. Dans les trois volumes des Origines du totalitarisme » (Sur l’antisémitisme , L’Impérialisme  et Le Système totalitaire ), ainsi que dans  Eichmann à Jérusalem, elle cherche à savoir comment un régime qui a « manifestement pulvérisé nos catégories politiques ainsi que nos critères de jugement moral » a pu voir le jour ; comment quelqu’un comme Adolf Eichmann, qui en principe n’a rien d’un sadique, a pu devenir le responsable de la logistique de la « solution finale ».

C’est là qu’Arendt expose son concept de « banalité du mal ». Elle ne veut pas minimiser les horreurs commises par ce nazi, comme on le lui a parfois reproché : elle essaye de comprendre. Et elle arrive à la conclusion qu’Eichmann était un homme médiocre, caractérisé par l’absence de pensée et l’usage constant de stéréotypes et de clichés.

Ce qui le rendait incapable d’empathie avec autrui. De ce point de vue, il représente pour Hannah Arendt le symptôme du ­régime totalitaire, un système qui efface progressivement la réalité et construit un monde fictif où les individus n’ont plus aucune capacité à juger leurs actes. Sans capacité de jugement, pas d’humanité. 

Ce n’est, dit-elle, que par l’action et la parole que l’être humain peut entrer en scène dans le monde et montrer aux autres « qui » il est, qu’il peut prendre le risque d’affirmer son unicité et son autonomie. A la différence du simple travail, qui est circulaire et anonyme, l’action connaît un début et une fin : elle n’appartient pas au domaine de la nature et de la nécessité ; elle exprime la liberté humaine.

C’est par l’action que l’homme s’expose, en assumant la responsabilité de ses actes, même lorsqu’il ne peut pas en maîtriser les conséquences. De même que c’est par la parole que chacun s’engage auprès de ses semblables, la langue portant témoignage du monde qu’elle dit. 

Mais les actions et les paroles doivent aussi pouvoir être comprises et jugées par les hommes. Car la tentation inhérente à l’agir humain est l’hubris, la démesure. Et comme disait déjà Montesquieu, auquel Hannah Arendt revient souvent, pour contrer cette démesure, il faut, par la modération, limiter et protéger les affaires humaines.

C’est le seul moyen de ne pas sombrer dans le totalitarisme dont l’idéologie efface toute distinction entre fait et fiction, légalité et légitimité, privé et public, mensonge et vérité. L’homme perd alors sa capacité à s’étonner devant le « miracle de l’être ». Il n’est plus capable d’accepter « ce qui est ».

Et il expérimente progressivement le déracinement du monde : « La domination totalitaire […] se fonde sur la désolation, l’expérience d’absolue non-­appartenance au monde, qui est l’une des expériences les plus radicales et les plus désespérées de l’homme » (Le Système totalitaire ).

Pour Hannah Arendt, l’expérience du « mal totalitaire » représente le plus grand malheur du XXe siècle. Il nous oblige à nous interroger sur la signification de l’action humaine et sur le désastre existentiel face auquel on se retrouve dès lors que l’on accepte l’hypothèse que « tout est possible », même l’idée que les hommes peuvent être « superflus ».

Mais le mal n’est pas réservé aux régimes ­totalitaires. Car derrière la question politique des conditions qui rendent possible l’avènement du totalitarisme, il y a pour Arendt des ques­tions d’ordre moral qui se posent à chaque être humain. C’est là que réside toute l’actualité d’Arendt : à chaque époque, l’être humain, s’il abandonne la pensée, est menacé de ne plus être capable de distinguer vérité et mensonge.

La manipulation n’est pas seulement une tentation du pouvoir totalitaire, elle est aussi une démission du sujet qui peut être pris dans le cercle infernal de l’obéissance au pouvoir établi, qu’il soit politique, économique ou médiatique. Bref, le risque de sombrer dans la barbarie nous guette toujours. Vivre une vie authentiquement humaine signifie dès lors avoir le courage d’accepter sa fragilité et ses failles. Et faire place à l’amour, qui seul nous révèle à nous-mêmes et aux autres. 

Par Michela Marzano pour Clés

Arendt, Hannah - The Origins of TotalitarianismElle ne se disait pas philosophe, mais « théoricienne de la politique ». Née à Hanovre, en 1906, dans une famille juive laïque, Hannah Arendt entame, à la fin de sa scolarité, des études de philosophie, de théologie et de philologie. Elève de Husserl, de Jaspers et de Heidegger, elle noue avec ce dernier une relation passionnée – elle passera outre, plus tard, ses positions ambiguës sur le judaïsme pour continuer de promouvoir sa pensée.

En 1933, mariée au philosophe Günther Stern, elle fuit l’Allemagne pour la France ; mais elle doit à nouveau fuir en 1940 et, avec son second mari, Heinrich Blücher, elle parvient à rejoindre les États-Unis. Elle s’installe à New York, collabore avec différents journaux, enseigne la philosophie politique dans des universités prestigieuses : Berkeley, Princeton, Columbia…

Elle a déjà publié des ouvrages majeurs où elle décortique l’antisémitisme, l’impérialisme et le système totalitaire quand elle est amenée à couvrir, en 1961, à Jérusalem, le procès du responsable nazi Adolf Eichmann, dont elle fera le compte-rendu dans Eichmann à Jérusalem  (1963). Elle élabore alors le concept de « banalité du mal » qui fit polémique, certains y voyant une « banalisation » du mal. Elle est morte en 1975, à New York.

« Ce que voulait la populace, c’était accéder à l’histoire, même au prix de l’autodestruction. »

« La pensée naît d’événements de l’expérience vécue et elle doit leur demeurer liée comme aux seuls guides propres à l’orienter. »

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »

« La société de masse ne veut pas la culture, mais les loisirs. »

« La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »

« Le tiers-monde n’est pas une réalité, mais une idéologie. »

« Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. »

« Une idéologie est précisément ce que son nom indique : elle est la logique d’une idée… L’émancipation de la pensée à l’égard de l’expérience. »

A lire :
De Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme  en trois  volets, Points Seuil
Ecrits juifs, Fayard Existe aussi sur Kindle

Et aussi : Dans les pas de Hannah Arendt, de Laure Adler, Gallimard

55 réflexions sur “Hannah Arendt : « La banalité du mal »

  1. Je suis en retard dans mes lectures hou là là, et les tiennes mérite attention, réflexion🙂🙂

    Merci pour cet article🙂

    J’ai entendu parlé d’elle, mais je ne l’ai pas lu. Je savais qu’elle avait été plus que dénigrée.

    « Sans capacité de jugement, pas d’humanité. » + « l’être humain, s’il abandonne la pensée, est menacé de ne plus être capable de distinguer vérité et mensonge. » + « démission du sujet qui peut être pris dans le cercle infernal de l’obéissance au pouvoir établi, qu’il soit politique, économique ou médiatique. » et dans sa généralité de ce qui est dit ici sur la « banalité du mal »!!
    Cela m’a fait immédiatement penser au professeur Henri Laborit ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Laborit ) ses travaux et le film « Mon Oncle d’Amérique » ou on montre cette fameuse expérience de Millgram de « Soumission à l’autorité » !!

    (c’est un peu long mais cela montre le mécanisme 😮 )

    où l’on dit : « jusqu’où va-t-il obéir à cet ordre imbécile » ?… « rompre avec l’autorité… désobéir..; » « je n’ai pas à juger….. j’avais une autorité supérieure pour cela….. », « on a rendu l’obéissance confortable » etc….

    Il y a là-dedans, ce que j’appelle le « mal ordinaire », le morcellement des tâches… banales…. quand on divise les actions , que l’on cloisonne ces actions entre différentes personnes, qu’elles ne savent pas la finalité et que surtout elles ne veulent pas savoir et que c’est tellement facile de ne pas penser!

    Ce genre de comportements et de manipulations n’a pas disparu !!!😦 Il faut être très, très attentif et savoir rester en empathie pour ne pas se faire attraper par ce genre de manipulation.

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    • Tu as encore raison, hélas, Anna, les livres d’histoire de ma jeunesse en Pologne ont été entièrement falsifiés, tant de tragédies occultées, partout, et ce n’est qu’un visage de cette propagande, omniprésente, y compris dans les pays dit « de liberté d’expression »

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      • Elisabeth dis-moi porterais-tu la souffrance de tout un peuple sur tes épaules ???
        Entre prédateurs et bourreaux que je peux voir sous formes de gros titres de tes articles , tu me donne l’impression de ne pas vouloir lâcher prise sur toutes ces conséquences psychologiques. Tu ne dois pas t’en sentir responsable d’un héritage transgénérationnelle , mis je comprend et je compatis et ne pense pas que le monde s’en sortira de cette façon en entretenant les cicatrices du passé. Il faut que les âmes évoluent de chaque côté et par ricochet le monde actuel s’en porte mieux ….

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        • Je suis bien d’accord mais entre la cicatrisation et le devoir de mémoire, il y a une différence de taille. Tu as remarqué la date de cet article ? Les journaux ont titré : « 70 ans après, l’Europe se recueille à Auschwitz et s’inquiète de l’antisémitisme ». Outre le fait que les six millions, dont les membres de ma famille ont péri dans les camps, il y a tout de même certains qui qualifient cette barbarie du « détail de l’histoire ».
          Alors, sans se mortifier, il faut s’en souvenir, pour rendre hommage mais surtout, pour que plus jamais cela ne se reproduise pas.
          Je ne vis pas dans le monde des Bisounours, j’observe ce qui se passe, comme j’assume cette part sombre, et peut-être le monstre qui pourrait se réveiller en moi, comme en chacun de nous.

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          • Cette part d’ombre elle est sur l’humanité toute entière, nous en subissons tous le poids de cette tragédie. Libérer ces âmes de leur souffrance dans l’autre monde , car cela à engendré un égrégore tellement colossale …. mais comme j’avais écrit que je comprenais et que je compatissais ….
            Très belle soirée à toi

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  2. Hélas, toute époque peut produire ses monstres, même la nôtre, qui devrait pourtant avoir appris du passé. C’est pourquoi il faut s’accrocher plus que jamais à notre esprit critique et à notre discernement, pour ne pas devenir des zombies manipulés.

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  3. Bonsoir Elisabeth,
    Une publication qui fait écho en ma personne, qui hélas me conforte dans mes pensées. Le temps passe, le mal n’est toujours pas éradiquer.
    Comment peut-on banaliser le mal ? ! Au nom de quoi ?
    Il ne se passe pas un jour sans que je m’insurge sur des faits, des comportements. Notre société est bel et bien malade, personnellement j’ai beaucoup de mal à m’en accommoder…Beaucoup semble le vivre comme une fatalité, mais en réagissant ainsi cela ne peut évoluer positivement…
    Le pouvoir et l’argent sont dévastateurs, malheureusement c’est eux qui font tourner le monde😦
    Il m’est impossible de comprendre le déroulement des atrocités de la deuxième guerre, comment peut-on penser de telles barbaries, comment peut-on les exécuter. Mme Arendt nous donne les raisons, qui sont certainement juste, mais….
    Vivons d’espoir et essayons de tout mettre en oeuvre, chacun modestement, afin de modifier celui-ci.
    Ta publication est déjà un pas vers ce travail, qui incombe à tous, merci Elisabeth. Je l’accompagne de quelques notes cristallines🙂

    Doux bisous

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  4. J’ ai lu ce texte dans l’Université… Hannah Arendt pensait que la banalité du mal était asociée au fait de Voir la Guerre avec les yeux des soldats, et en plus a la rationalité de la Bureaucracie.
    Par rapport au procès d’ Eichmann, elle dit qu’ il fallait obéir des ordres des supérieurs séparait les actions de ses consequences morales… Il fallait, donc, accomplir une mission: Endlösung der Judenfrage, et cela était la seule chose que comptait~
    Excellent pour commémorer le 70e anniversaire d’Auschwitz. Je t’ embrasse mon amie!. Merci beaucoup!, Aquileana🙂

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    • L’étendue de tes connaissances continue à me surprendre, tu sais tant de choses que les autres ignorent et ton analyse est toujours si juste.
      Accomplir une mission, obéir aux ordres, sans y engager sa morale personnelle, permet effectivement cette distanciation et le rejet de la responsabilité sur les « instances supérieures ».
      Merci d’avoir pensé à ce triste anniversaire car le choix de la date n’a pas été anodin.
      Bisous, Aquileana, c’est toujours une joie de te lire.

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  5. la banalité du mal , pour dire que c’est commun ou comme un, ( d’où son exemple) nous sommes dans un monde malade avec nos vies confiées à des malades.. ( que ce soit gouvernant, militaire, médecin etc) et que le grand danger est de ne pas prendre sa vie en main et de rester bête et discipliné . Je n’ai pas lu ses livres ni vu de vidéo ou de film mais j’ai lu ce qui la concerne dans sa biographie..et ce que je comprends de son oeuvre..

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    • Tu as bien saisi le sens de son œuvre, Néa, et ce jeu de mots « commun ou comme un » est juste. Le monde est malade, certes mais le plus gros problème est que nous ne sommes pas en très bonne santé pour nous accommoder à y vivre…

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  6. Je pense qu’elle a continué tout simplement son étude sur la société et sur le pouvoir et à quel point les hommes sont devenus des objets, pris au piège de la consommation et de la perversion du pouvoir ou comment on descend à l’enfer sous toutes les formes.. Début du siècle dernier, c’était le début des analyses et certains comme Otto Gross qui déjà avait pris un mauvais chemin filait un mauvais coton alors qu’il était dit médecin.. Dans la semaine sur ARTE le sujet était aussi en film sur les laboratoires pharmaceutiques qui n’ont pas d’état d’âme quand il s’agit de gagner de l’argent et la corruption des Gouvernements qui participent aussi.. Je pense que ce n’est pas le fruit du hasard..Dans l’ensemble on revient avec les extrêmes du libéralisme et du totalitarisme, du permissif et des grandes illusions ce qui a entraîné la déchéance de ce monde.. il y a eu le documentaire avec la sexualité des tyrans aussi.. ce qui a mené le monde : pouvoir argent sexe.. mais qui a mené le monde à sa destruction.. sur consommation.. et ce sans réflexion.. et toute cette masse qui est entraînée dans ce gouffre.. Elle a pris l’exemple d’un homme pour parler des hommes, de la société… ainsi que de tous ceux qui agissent sous les ordres sans réfléchir.. c’est cela le plus grave…

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  7. c’est curieux , hier soir c’était le film dangerous method parlant de Jung, Freud etc.. ce la même période, et il était aussi question de violence, le goût de la violence avec celle qui fut une patiente puis une amante de Jung, son côté maso.. Je suis d’accord avec toi sur le fait que le syndrôme de stockholm est le fait d’aimer son bourreau parce que ce dernier se fait passer pour un sauveur alors qu’il a séquestré, donc une manipulation mentale… ce genre de bourreau pense, il est intelligent mais utilise son intelligence pour manipuler l’esprit de l’autre et dominer ce qui n’est pas le cas d’Heichmann selon elle. Le manque de sensibilité vis à vis de la souffrance de l’autre relève du sociopathe ou psychopathe pourtant.. Prendre les autres comme des objets sans valeur.. c’est cela pourtant l’indifférence à la souffrance ..et je suppose qu’elle dû s’intéresser à ce cas puisque le lien se fait avec la consommation, les quantités de tout que l’on passe à la poubelle.. passer les corps au four et dévorer rapidement… et le côté destruction de cette société, le tout sans état d’âme. Donc sans être le sadique qui prend plaisir à faire du mal, il en est inconscient. Il consomme, il commande.. l’ivresse de pouvoir faire autant que l’on veut sans tenir compte des conséquences… juste le pouvoir… et beaucoup finalement peuvent lui ressembler… l’ Usine et c’est bien ainsi que l’on disait les usines à gaz… on produit , on produit…

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    • Merci, Néa, c’est une belle analyse qui fait un lien juste entre les bas instincts qui sommeillent en nous, cette indifférence généralisée et ce vide d’âme qui mène à des petites et grosses atrocités.
      Et sans être un psychopathe, celui qui se laisse prendre dans l’engrenage, participe, souvent inconsciemment à cette « usine »

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  8. Merci beaucoup pour ce bel article. Merveilleuse Hannah Arendt, qui a eu le courage de poser les vraies questions, sans détours, à une époque où ces sujets étaient tellement sensibles. Magnifique, quand l’émotion devient le moteur de la pensée, la recherche d’une vérité. Veillons à ce qu’elle ne s’émousse pas. Expérience, émotion, pensée sont tellement liées ! Et l’action devrait toujours être celle d’une pensée véritablement libre, délivrée des passions passagères, née d’un esprit lucide et pacifié. Très belle journée à vous !

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    • Merci à vous, Kristel pour ce beau commentaire qui décrit si bien ce que doit être une posture juste. J’aime particulièrement la phrase : « Et l’action devrait toujours être celle d’une pensée véritablement libre, délivrée des passions passagères, née d’un esprit lucide et pacifié ».
      L’époque que nous vivons est bien tourmentée aussi et cette quête de vérité, comme le courage de se poser des questions et assumer nos choix nous permet de ne pas sombrer.
      Vos magnifiques poèmes contribuent à cet éveil, merci de nous les offrir.

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  9. Bonsoir Elisabeth,
    Tu dois bien deviner que ce qu’on décrit de Hannah Arendt me plaît. J’aime d’emblée le personnage qu’elle semblait être.Je me retrouve dans sa position face aux grandes théories philosophiques. »Du bavardage savant.  » Cette expression me fait sourire.
    J’aime son questionnement et ses remises en questions. Je trouve son concept de « banalité du mal » intéressant. Effectivement quand on regarde les agissements de certains de l’extérieur on a du mal à comprendre comment ils ont pu agir aussi délibérément mal. Mais si l’on s’en remet à cet énoncé: « C’est le seul moyen de ne pas sombrer dans le totalitarisme dont l’idéologie efface toute distinction entre fait et fiction, légalité et légitimité, privé et public, mensonge et vérité. L’homme perd alors sa capacité à s’étonner devant le « miracle de l’être ». Il n’est plus capable d’accepter « ce qui est ». « ..on comprend beaucoup mieux comment on peut en arriver là.

    Et que dire de ces citations: « Ce que voulait la populace, c’était accéder à l’histoire, même au prix de l’autodestruction. »
    « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »
    « Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. »

    Elles parlent d’elles-même.

    mes amitiés

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    • Je me doute bien que ce « bavardage savant » te fait sourire car tu sais que la véritable connaissance ne peut s’acquérir qu’à travers un vécu et ce cheminement personnel, qui t’est si cher… au-delà de tous les dogmes établis.
      Quand l’Homme cesse de penser par lui-même, pour s’abandonner à l’idéologie de masse, tous les dangers le guettent car non seulement il devient perméable aux idées qui ne sont pas les siennes mais il peut glisser vers cette « banalité du mal », voire devenir un monstre, tout en restant un bon père de famille, sincère et aimant, capable d’aider une vieille dame, en envoyant des milliers d’anonymes à la mort.
      Résister à cet enrôlement devient un acte de courage dont peu sont capables.
      Quant aux citations, elles parlent d’elles-mêmes et quelle que soit l’époque sont toujours d’actualité.
      Merci, Kleaude et toutes mes amitiés

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  10. Une grande dame dont les concepts sont toujours d’actualité. Elle aussi a dû affronter bien des opposants pour faire entendre sa voix. A ceux que ça intéresse le film éponyme qui lui est consacré est très parlant, même s’il est un peu lent. Merci pour ce beau billet🙂

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  11. Voilà, je viens de lire ton article, tout en essayant de me souvenir du film, des propos qu’elle avait tenus lors du procès d’Eichman, des critiques, de sa position contestée ainsi que de ses pensées.
    Elle a dû faire fort Anna, car si je me souviens bien, elle arrivait en tant que juive avec des idées comme si elles étaient « pro-nazies » d’après les personnes qui avaient du mal à la comprendre ou alors prétendre et affirmer d’autorité sa pensée. Et oui, un sacré bout-de femme, qui a démontré dans ce film autobiographique que j’ai trouvé très bien fait sur son action et sa pensée, dans les grandes lignes bien entendu et que je viens de relire, qu’elle s’opposait à la banalité du mal.
    Il est question de remettre tout cela dans le contexte de l’époque et à ce fameux procès que j’ai vu en film étant très jeune et qui encore aujourd’hui me fait froid dans le dos.
    Elle écoute, elle dissèque, elle pense.
    Et à moi de répondre :
    1° – Zut elle est une femme seule face aux autres philosophes ou cette fameuse Agora dont elle regrette autant l’absence en y faisant référence à son époque.
    2° – J’ai dû personnellement beaucoup réfléchir à sa pensée, car elle n’est pas simple Anna. Et pourtant en ce qui me concerne et malgré les critiques d’autres, je la comprends un petit peu. Comment ? Il suffit de voir comment nous vivons actuellement de par les médias tous les évènements actuels et comment ils sont traités par eux-mêmes. Ils influencent ainsi des jeunes, fragiles qui sombrent de l’autre côté de ce fil fragile entre réalité et rêverie.
    3° J’ai admiré sa modernité en matière de lutter à l’époque contre le sur-consommation et cette mondialisation, là c’est dans ce siècle et quelques décennies en arrière, et dont nous les parents et grands-parents avons bien profité sans en comprendre les réelles implications. Elle nous aspire dans un trou noir immonde.
    4° En écoutant ses pensées et en visionnant sa biographie, j’ai mis en parallèle, les serials killers qui sont pour moi dans la même lignée que cet Eichman.

    En ce qui le concerne lors de son procès, jeu, manipulation, ? Certainement, mais je n’y étais pas. En revoyant lors de ce film les quelques scènes de son procès, j’ai vu un homme vide, insipide, un robot, une mécanique.

    5° Je me trompe peut-être dans mes souvenirs de ce film et de cette belle autobiographie de la pensée d’Anna, qu’elle se penchait sur l’homme, l’individu, et se demander : Pourquoi ?
    Comment arriver dans la pensée d’un individu à une telle banalité du mal ?

    N’y aurait-il pas là comme un arrière-goût du syndrome de Stockholm ? Cela c’est moi qui pose cette question, par rapport à autant d’intérêt de la part d’Anna pour essayer de comprendre le mal et y mettre une banalisation. D’ailleurs quelle serait la différence entre banalisation et banalité ?
    J’y ai pensé, j’ai pas trouvé de réponse valable à mes yeux. Peut-être que la question ne se pose pas ? Je ne sais pas.

    En résumé, ce qu’elle dénonce, je comprends que c’est ce que nous vivons tous les jours en regardant notre télévision et les masses médias « se vautrer » pendant des jours et des jours sur des faits horribles quels qu’ils soient. Je me souviens lorsque j’avais trente ans, je ne pouvais pas regarder la maigreur des enfants du Sahel qui mourraient de faim. Aujourd’hui mon regard soutient cette horreur et la regarde, parce que la télévision m’a appris par le regard à supporter cette horreur et ne se détourne plus; Ce n’est pas pour autant que je ne suis pas révoltée, que j’aie envie de casser mon poste de télé, d’être en colère contre ce génocide organisé par les pays riches, cela c’est moi qui le pense. J’essaie de rester lucide. Suis-je dans la pensée d’Anna pour ce qui concerne la banalité du mal ? Je ne sais pas et je pose la question. Je la subis en tout cas, mais en mon for intérieur dit : NON.

    Merci Elisabeth de m’avoir lue. Comme d’habitude je reste longue dans mes réponses, dans la mesure où je ne suis pas interrompue. Car la pensée doit rester claire pour pouvoir être écrite lucidement.
    Je t’embrasse affectueusement et ne t’oublie pas.
    Geneviève

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    • Merci pour ta pensée, elle est longue et complexe, et je ne peux que t’apporter mes propres réponses.
      Les personnes de la trempe d’Hannah sont si rares, d’autant, qu’en tant que femme, surtout à cette époque, il lui fallait un courage énorme.
      Et son concept de la « banalité du mal » a été très controversé car si mal compris, puisque confondu avec la « banalisation », alors qu’au contraire, elle est en pleine révolte, y compris contre ce système que tu évoques.
      N’oublie pas qu’elle est Juive, touchée dans sa chair par le martyre des siens, donc le syndrome de Stockholm n’aurait pour moi aucun sens, elle tente juste de comprendre, comment un homme ordinaire devient un monstre. Et je ne crois pas non plus qu’il puisse être assimilé aux serial killers, qui sont des psychopathes, pour la plupart, alors que : « Et elle arrive à la conclusion qu’Eichmann était un homme médiocre, caractérisé par l’absence de pensée et l’usage constant de stéréotypes et
      de clichés ». Pour lui, il n’y avait pas d’hommes, juste des numéros, et cela aussi fait partie de l’atrocité de cette « banalité ».
      Je n’ai pas suivi le procès et pas vu le film, juste lu ses livres, et comme elle, comme toi, je ne veux pas me détourner de l’horreur, juste dire NON, par tous les moyens qui sont à ma disposition.
      Merci, Geneviève et toute mon affection

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      • Bonsoir Elisabeth et merci pour ta gentille réponse. Pour le syndrome de Stockholm, juste une pensée qui m’avait traversée l’esprit en réfléchissant pendant ce film. Je suis contente de lire que ton avais ne rejoint pas le mien🙂 Pour le reste, je reviendrai plus tard et te souhaite une bonne nuit. J’ai beaucoup aimé ce film et Anna Arendt, oui je sais elle est juive, a combattu jusqu’au bout pour défendre ses idées dans un monde d’hommes et pour ce qu’elle souhaitait défendre dans sa propre thèse. C’est mon amie de Belgique qui m’avait conseillée de voir ce film et par hasard un certain jour, j’ai pu le voir sur Arte je pense.
        Bonne nuit et à demain pour la suite de ma réponse. Désolée pour la complexité de celle d’aujourd’hui🙂
        Bisous à toi.
        Geneviève

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    • Quelle merveille de sagesse et quelle joie de voir que de tels programmes sont mis en œuvre et qu’ils portent leurs fruits. D’autant qu’ils touchent les enfants, qui pourront ainsi agir avec davantage de sagesse et de bonté. Souhaitons juste que des actions semblables soient le plus rependues.
      Merci pour ces perles que tu apportes, douce Manouchka…

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  12. Bonjour Elisabeth et enfin, bonne et heureuse année pour toi.
    Je devais d’ailleurs revenir pour un texte que j’avais mal compris, mince je ne sais plus lequel.
    Bon je lis Anna, ayant vu son autobiographie et le film de sa biographie et de sa pensée. Ex-tra-or-di-nai-re.
    A de suite Elisabeth, m’en vais lire ton article.

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