Le sourire vient de l’intérieur

C’est la plus subtile des expressions humaines. La plus énigmatique, aussi. Le sourire séduit, mais, contraint ou automatique, il provoque le malaise. Le point sur un comportement inné qui fait de nous des humains à part entière.

L'Ange au sourire

Parce qu’il vient autant du cœur que de la raison, le sourire dit tout et son contraire. Première forme de langage non verbal, il crée instantanément du lien lorsqu’il est authentique, génère de l’inquiétude lorsqu’il est rictus ou provoque un malaise lorsqu’il est forcé.

Contrairement au rire, qui fait l’objet d’études depuis une trentaine d’années, le sourire intéresse les chercheurs depuis peu. Même Le Petit Larousse « sèche » sur sa définition, qu’il limite à quelques mimiques faciales : « Expression rieuse, marquée par de légers mouvements du visage et des lèvres. » Son étymologie est mal définie : du latin subridere, il viendrait « avant le rire », dont il serait un avatar inachevé et silencieux, esquissé et contenu. Le sourire ne serait-il qu’un sous-rire, un rire au rabais ?

Avant de rire, nous avons souri. Le bébé sourit dès la naissance, alors que les premiers éclats de rire ne commencent qu’entre 4 et 8 mois. Sourire est un comportement inné, et non un apprentissage culturel. Selon l’éthologue anglais Desmond Morris, « ce serait un mécanisme instinctif de survie chez l’être humain nouveau-né, lui assurant la sécurité et l’attachement de ses proches ».

L’enfant sourit « aux anges » quand il dort, signe réflexe d’un bien-être physique sans intention qui n’est destiné qu’à lui-même. Jusqu’à ce que sa mère le prenne pour elle, un acte fondamental qui construit la relation mère-enfant. Il s’agit alors du sourire social, ou de réponse, lorsque le bébé réplique réellement au sourire de sa mère, puis à celui de son père, et des autres, et que ses yeux se plissent.

Dirigé et conscient, il est souvent considéré comme le premier geste faisant de l’enfant un être social à part entière. Puis, au fil du temps, l’enfant apprend par imitation à nuancer ses sourires.

Quarante-quatre émotions différentes

Le sourire est donc loin d’être une forme affaiblie du rire. S’inspirant des travaux de Darwin, le psychologue américain Paul Ekman, spécialiste des expressions faciales et des émotions, en a recensé dix-neuf capables d’exprimer quarante-quatre émotions différentes (la complicité, la séduction, la gêne…). « Le sourire est la perfection du rire », écrit le philosophe Alain à propos de la plus subtile des expressions humaines.

« Avant d’être offert à l’autre, le sourire est d’abord intérieur et trouve sa source en soi », analyse Maryse Vaillant, psychiatre et auteure d’Une année singulière avec mon cancer du sein. Selon elle, il est « l’effleurement d’un bien-être intime. Le signe de notre contentement d’être au monde.

Comme ceux des bouddhas, de l’ange de la cathédrale de Reims ou de Mona Lisa, il semble flotter sur les visages et dévoile à peine cette jubilation à être ». C’est le sourire « vrai », qui laisse apparaître, ou plutôt affleurer, l’empreinte de soi. Il donne à voir à l’autre, mais n’en attend rien.

Lié à nos émotions, il peut aussi s’effacer au cours de l’existence ?– la colère, la tristesse, la maladie peuvent nous en priver –, comme devenir triste, voire amer. Selon Maryse Vaillant, qui a vécu la difficile expérience du cancer, « c’est une quête, un chemin personnel. Il faut avoir craint la mort pour retrouver cette sérénité intérieure ». Avant d’ajouter : « Sourire à la vie, c’est finalement ne pas trop en attendre et accepter ce qu’elle nous donne. »

Isabelle Artus

Desmond Morris, auteur du Bébé révélé, ouvrage photographique illustrant la première année de la vie des bébés, Calmann-Lévy
Alain Les Passions et la Sagesse, Gallimard
Maryse Vaillant , Une année singulière avec mon cancer du sein, Albin Michel

 

31 réflexions sur “Le sourire vient de l’intérieur

  1. Excellente articulo… Tu m’as fait rappeler à la Joconde… … Beaucoup de mystères derrière son sourire. un geste que traduit la richesse intérieure, sans doute.
    Merci de partager, chère Elisabeth. Je t´embrasse. Aquileana😀

    J'aime

  2. Je aimé cet article. Il a été très instructif. Je n’y avais jamais pensé toutes les différentes choses un sourire peut transmettre. Je aime sourire, et je l’aime quand les gens me sourient en retour. étreintes et bises 🙂❤

    J'aime

  3. Je suis entrain de penser à la fameuse remontrance : « Arrête de sourire béatement (ou niaisement) » est, à mon sens, idiote, car c’est le sourire de béatitude, de joie intérieure! Je pense qu’elle est souvent prononcée par des gens qui ne peuvent malheureusement pas être dans cet état de « joie » et en sont frustrés.
    Il arrive parfois que je fasse subrepticement cette expérience : je marche dans la rue et au bout d’un moment je sens des sourires sur moi (pas moqueurs mais amusés et joyeux) et immédiatement je sais que je devais sourire « béatement » car j’étais dans « l’instant » et fort joyeuse et « bien » = béate et les gens le ressentent très fort et cela me fait sourire derechef😀😉
    C’est vrai qu’un simple;sourire peut tout changer et enchanter une journée et même peut-être une vie🙂 Mais il y’en a qui ne « sourient que quand ils se brûlent »😦
    Tu te rappelles mon histoire avec le Swami et les grenouilles de « Mare à Lotus »😉😀
    🙂🙂🙂🙂

    J'aime

  4. Bonjour Elisabeth,
    Le sourire est la plus belle arme que nous puissions avoir😉
    Le sourire en plus de se voir et de ravir, s’entend même au téléphone car il égaie la voix. C’est le plus bel atout que nous puissions avoir, car un vrai sourire démontre un bien-être certain.
    Bonne fin de semaine Elisabeth et tendres bisous🙂

    J'aime

    • Un sourire qui vient d’un bien-être intérieur est en effet un si bel atout, qui non seulement unit mais peut parfois désarmer l’agressivité ou consoler une tristesse.
      Et il se voit, s’entend, même à distance et sème la bienveillance partout où il est présent.
      Merci pour le tien, tendresses et douce fin de semaine, Fanfan

      Aimé par 1 personne

  5. C’est un très beau thème que, comme toujours, vous offrez à notre méditation, Élisabeth.

    Y a-t-il un lien entre le sourire de béatitude intérieure des vierges a l’enfant et celui qu’on adresse, en connivence, a un complice ?

    C’est extraordinaire, un sourire, tellement épais de significations…

    Ps: j’avance, dans Desjardins, parfois un peu difficile. Merci de votre conseil.

    J'aime

    • Puisque j’ai une énorme tendresse, voire une adoration pour les vierges à l’enfant, je serai tentée de répondre que leur sourire est non seulement intemporel mais aussi porteur de cette béatitude intérieure, comme d’un amour infini, supra-humain…
      Alors que la complicité est d’un ordre différent, bien qu’elle puisse aussi être empreinte de tendresse.
      Mais, comme vous le dites si bien, il y a une telle étendue des significations et tant d’émotions qui passent à travers le sourire…
      Ravie que vous ayez « accroché » aux écrits d’Arnaud Desjardins, certes, ils ne sont pas faciles mais la mise en œuvre l’est encore moins🙂
      Merci à vous Aldoror

      Aimé par 1 personne

  6. Bonsoir Elisabeth,
    Le sourire exprime le bien-être de l’âme…. le bonheur du cœur….. Le sourire, à moins qu,il ne soit feint ou machiavélique résulte de sentiments positifs.

    Le sourire est un pont entre les humains…. même les animaux le perçoivent… J’en suis certain.

    Alors je te transmets mes salutations sincères en souriant!

    J'aime

    • Il est tout cela, et nous disons bien que le sourire est le langage universel, comme ce « un pont entre les humains » qui crée des liens. Les animaux perçoivent cette bienveillance et nous la rendent à leur façon.
      Je t’adresse mon plus beau sourire d’amitié sincère, Kleaude

      Aimé par 1 personne

    • Oh là, tu me poses une colle, Elisa. Après une rapide recherche j’ai juste trouvé qu’un Chinois sourit quand vous avez très mal agi parce qu’il est mal à l’aise et parce que la politesse chinoise requiert qu’on ne montre pas ses sentiments négatifs. Il sourit même quand il est profondément offensé. Mais il peut le faire aussi avec bienveillance… donc, apprendre à décoder…
      Je savais que les Asiatiques et particulièrement les Japonais ne supportent pas que l’on le regarde dans les yeux, puisque c’est comme un acte de défi.
      Sinon, cela me semble si bizarre que le sourire puisse être une offense, alors, si tu trouves ces cultures, je m’instruirai volontiers.
      Et oui, c’est un beau et doux cadeau et je t’adresse le mien, de tendresse, j’ai dévoré ton livre en trois nuits et après l’émerveillement, je suis frustrée, parce que j’en voudrais encore !
      Merci à toi pour ce magnifique roman… et j’attends la suite

      J'aime

      • C’était un vieux souvenir d’une formation à l’interculturel. Un exemple pris par le formateur d’une caste en Asie mais effectivement, je n’ai rien trouvé de précis. Donc désolée si mon souvenir était tronqué.
        Merci pour ton retour sur mon premier roman. Ton avis compte beaucoup pour moi. J’ai préparé quelques bonus pour les lecteurs et je me suis permis de citer tes articles sur la psychogénéalogie : https://elisatixen.wordpress.com/psychogenealogie-kekseksa/
        Très bonne soirée Elisabeth, on se revoit après les vacances. Je t’embrasse🙂

        J'aime

        • Aucune importance, peut-être, tomberons nous dessus un jour, par hasard🙂
          Ces articles ne m’appartiennent pas, donc tu n’as pas besoin de me citer mais je suis touchée que mon opinion t’importe.
          Je regrette juste de ne pas trouver assez de mots pour parler de ton merveilleux roman, inclassable car il mêle des histoires d’amour, comme nous en rêvons tous, une touche de suspens, une intrigue qui nous tient en haleine, et cette longue recherche de l’identité qui ne conduit au bonheur qu’une fois « les malédictions » du passé exorcisées.
          Et si les livres sur la psychogénéalogie sont passionnants, ils ne nous touchent que plus profondément à travers le parcours d’une jeune femme, confrontée au vécu trouble de ses aïeules qui résonne en tragédies de sa vie.
          Hommage à tant de travail et merci encore, j’aimerais pouvoir l’oublier pour le relire🙂
          Belles et reposantes vacances, je t’embrasse et à la joie de te retrouver, Elisa.

          Aimé par 1 personne

          • Quel merveilleux retour de vacances, Elisabeth. Tes mots m’arrivent en écho et me bouleversent. Merci encore pour ce retour. Je repars, avec la joie de revenir en septembre et de reprendre nos échanges. Excellentes vacances et à très vite. Amitiés🙂

            J'aime

  7. Bonsoir Elisabeth,
    Depuis mon iPad et après lecture de cet article, « le rire au rabais » m’a fait éclater de rire.
    Je me souviens des premiers sourires en tant que bébé de mes enfants et petits- enfants. Le cœur fond devant ce dialogue intérieur et la plėnitude qu’exprime le bébé. C’est du moins ce que j’ai ressenti. D’entendre dans ce sourire : « je suis heureux(se) ou je me sens bien » Comment savoir ce que ce petit- être peut penser ?
    Je t’embrasse et essaye de faire attention à moi-même.
    Geneviève

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s