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La jeune fille et le petit esprit du feu Hopi

enfants bisC’était aux temps où les animaux et les êtres humains parlaient le même langage, au temps où l’on communiquait avec les esprits des éléments et en ces temps des commencements, une étrange maladie ne touchant que les enfants en bas âges s’était abattue sur un village Hopi.
Les enfants ne parlaient pas, ne riaient pas, ne bougeaient pas. Leur regard éteint semblait regarder
dans le vide et les adultes ne savaient plus que faire pour communiquer avec eux. 

Un ancien s’est alors souvenu que l’on disait que le petit esprit noir du feu connaissait les remèdes à toutes les maladies. Cependant que l’on ne se réjouisse pas trop car il avait très mauvais caractère et était très exigeant sur la qualité des cadeaux que l’on devrait lui faire afin de l’amadouer.  

Les gens du village se sont rassemblés et ils ont donné leurs plus belles poteries pour offrir au petit esprit noir du feu.  

Les jeunes hommes choisis pour cette mission ont revêtus leurs plus belles parures et sont partis à la recherche du petit esprit noir du feu. 

Ils étaient à peine sortis du village qu’ils ont croisé Coyote qui leur a demandé où ils allaient.
Ils lui ont répondu :

– « Ô toi, vil joueur de tours, passe ton chemin : notre mission ne te regarde pas porte malheur ! » 

Coyote a disparu en ricanant et son rire sarcastique a raisonné longtemps dans les canyons.

Les jeunes hommes, après avoir erré longtemps ont fini par trouver le petit esprit noir du feu. Celui-ci leur a tourné le dos ostensiblement, mais ils ne se sont pas découragés. Ils lui ont parlé de la maladie des enfants et lui ont demandé de venir au village pour les soigner. Puis ils ont ouvert les sacs contenant les poteries magnifiquement décorées.

Le petit esprit noir du feu a daigné jeter un coup d’œil derrière lui, il a pris un air agacé et a fait signe aux jeunes hommes qu’ils devaient remballer leurs cadeaux et repartir avec. 

C’est la tête basse de déception et de tristesse que les jeunes hommes sont retournés au village. 

Deux fois encore les jeunes hommes sont revenus voir le petit esprit noir du feu sous le rire sarcastique de Coyote : une fois avec des bijoux d’argent et de turquoise, une autre avec des tissus délicatement brodés.

Mais à chaque fois le petit esprit noir du feu se renfrognait davantage ! 

Fille indienneUn jour, une jeune fille qui était allée chercher du bois pour cuisiner croisa le chemin de Coyote.
Celui-ci lui demanda :
– « pourquoi as-tu l’air si triste ? »
– « parce que les enfants du village sont malades et que personne ne sait comment les soigner. Les jeunes hommes sont même allés voir le petit esprit noir du feu avec des cadeaux somptueux mais il est trop exigeant et… »
– « somptueux pour qui ? » l’interrompit Coyote
– « que veux-tu dire ? »
– « Rien d’autre que ce que j’ai dit ! »
Et Coyote disparut dans un grand éclat de rire joyeux. 

La jeune fille ramena le bois chez elle, alluma le feu, prépara le repas en silence, puis elle sortit sans manger au grand étonnement de ses parents qui commencèrent à s’inquiéter sérieusement pour elle, bavarde et gourmande comme elle l’était habituellement. 

Une fois dehors, elle sortit du village et elle se mit à rassembler diverses choses ramassées ici et là dans un grand tissu noir qu’elle avait emporté. 

Une fois le tissu rempli elle se dirigea vers l’endroit où habitait le petit esprit noir du feu. Celui-ci lui tourna le dos ostensiblement mais elle ne se laissa pas décourager :

– « Je te salue petit esprit noir du feu et je t’apporte des présents en gage d’amitié »

– « on est déjà venu me faire des cadeaux grogna le petit esprit noir du feu, cela ne m’intéresse pas, laisse-moi me reposer en paix »

– « Oui, mais les miens sont différents dit la jeune fille d’une voix douce, jette juste un œil sur eux, je t’en prie et s’ils ne te conviennent pas, je ne te dérangerai pas davantage »

– « tu m’as parlé d’amitié, c’est pour cela que je t’ai répondu : souhaites-tu vraiment devenir mon amie ? » demanda le petit esprit noir du feu en se soulevant légèrement.

– « je serais heureuse que tu acceptes mes offrandes et d’être ton amie » 

Le petit esprit noir du feu se retourna et aperçut alors le contenu du tissu. Son œil s’illumina d’une joie enfantine
– « Oh ! Tu m’as apporté tout ce que j’aime le mieux ! »
Il regardait avec jubilation les bouts de bois, les morceaux de tourbe, les herbes sèches, les pierres à feu et poussait des « Oh ! Comme c’est beau ! Oh ! Quelle merveille ! Vraiment somptueux ! »
On aurait dit qu’il ne pouvait se détacher de la contemplation des plus splendides créations de la terre. Cependant, il finit par se calmer et regarder la jeune fille d’un air ravi :
– « Des nombreuses personnes qui sont venues ici me faire des offrandes tu es la seule qui a pensé non à ce qui te plaît à toi mais à ce qui me ferait plaisir à moi ! J’accepte ton amitié de bon cœur ! Y a-t-il quelque chose qui te ferait plaisir à toi ? Ce serait une joie pour moi de te l’offrir ! »

– « J’aimerais rester un peu en ta compagnie, te connaître un peu mieux…. »

– « Quelle merveilleuse idée ! » Et il se mit à sauter de joie en tapant dans ses mains. 

Ils sont restés trois jours et trois nuits à faire connaissance et la jeune fille a découvert quel merveilleux enfant était le petit esprit noir du feu : drôle, espiègle, taquin, aimant rire, danser et chanter, ne restant jamais en place, se mettant en colère lorsqu’il n’arrivait pas à se faire comprendre puis riant de plaisir quand elle le comprenait, très attentif à sa dignité personnelle, se renfrognant quand il croyait qu’elle ne faisait pas attention à lui et explosant de joie quand il s’apercevait qu’il s’était trompé. 

esprit feuAu matin de la quatrième journée la jeune fille annonça au petit esprit noir du feu qu’elle devait repartir sinon les siens allaient trop s’inquiéter.

Il se mit alors à pleurer à chaudes larmes et elle lui dit :

– « je sais que c’est dur pour toi que je parte parce que c’est dur pour moi aussi de te quitter. Je vois ton chagrin et mon cœur se serre. Mais je te promets que je reviendrai te voir souvent parce que je ne pourrai pas supporter de rester longtemps loin de toi »

– « Je vais venir avec toi, tu ne m’as rien demandé mais je sais ce que ton cœur désire. Je vais t’accompagner jusqu’à ton village et soigner les enfants »

Le petit esprit noir du feu entra dans le village avec la jeune fille, il demanda à voir chaque enfant individuellement et à chaque enfant il chanta une chanson différente. Les enfants semblaient alors comme émerger d’un mauvais rêve et un sourire illuminait leur visage. 

Le petit esprit noir du feu rassembla alors les parents et leur dit :

– « Si vous voulez que vos enfants n’attrapent plus la maladie de la tristesse laissez-les se comporter comme des enfants et ne cherchez pas à en faire prématurément les adultes que vous-mêmes n’êtes pas capables d’être. Chaque enfant est unique et c’est pour cela qu’il est précieux. Respectez-le dans ce qu’il est et non dans ce que vous voudriez qu’il soit. Ainsi en va la loi de la vie : il y a un temps pour l’enfance, un temps pour la maturité, un temps pour la sagesse. » 

Puis il disparut dans un nuage de fumée non sans avoir murmuré à la jeune fille : – « souviens-toi de ta promesse »

 

Le Samouraï et le moine

Un jeune moine se rendait en ville, porteur d’un pli important à remettre en mains propres à son destinataire. Il arrive aux abords de la ville et, pour y pénétrer, doit traverser un pont. Sur ce pont se tenait un Samouraï expert dans l’art du sabre et qui, pour prouver sa force et son invincibilité, avait fait le vœu de provoquer en duel les 100 premiers hommes qui traverseraient ce pont.

Il en avait déjà tué 99. Le petit moine était le centième. Le Samouraï lui lança donc un défi.
Le moine le supplia de le laisser passer car le pli qu’il portait était d’une grande importance.

– « Je vous promets de revenir me battre avec vous une fois ma mission accomplie. »
Le Samouraï accepta, et le jeune moine alla porter sa lettre. Mais avant de retourner sur le pont, il se rendit chez son Maître pour lui faire ses adieux, certain qu’il était perdu.

–  » Je dois aller me battre avec un grand Samouraï, lui dit-il, c’est un champion de sabre et moi je n’ai jamais touché une arme de ma vie. Je vais donc être tué… »

– « En effet, lui répondit son Maître, tu vas mourir car il n’y a pour toi aucune chance de victoire, tu n’as donc plus besoin d’avoir peur de la mort. Mais je vais t’enseigner la meilleure façon de mourir : tu brandiras ton sabre au dessus de ta tête, les yeux fermés, et tu attendras. Lorsque tu sentiras un froid sur le sommet de ton crâne, ce sera la mort. A ce moment seulement, tu abattras les bras. C’est tout… »

samouraï 2

Le petit moine salua son Maître et se dirigea vers le pont où l’attendait le Samouraï. Ce dernier le remercia d’avoir tenu parole et le pria de se mettre en garde. Le duel commença.
Le moine fit ce que son Maître lui avait recommandé. Tenant son sabre à deux mains, il le leva au dessus de sa tête et attendit sans bouger.

Cette attitude surprit le Samouraï car la posture qu’avait prise son adversaire ne reflétait ni la peur ni la crainte. Méfiant, il avança prudemment. Impassible, le petit moine était concentré uniquement sur le sommet de son crâne.
Le Samouraï se dit : « Cet homme est sûrement très fort, il a eu le courage de revenir se battre avec moi, ce n’est certainement pas un amateur. »

Le moine toujours absorbé, ne prêtait aucune attention aux mouvements de va-et-vient de son adversaire. Ce dernier commença à avoir peur : « c’est sans aucun doute un très grand guerrier, pensa-t-il, seuls les maîtres de sabre prennent dès le début d’un combat une position d’attaque. Et en plus, lui, il ferme les yeux. »

Et le jeune moine attendait toujours le moment où il ressentirait ce fameux froid au sommet de sa tête. Pendant ce temps le Samouraï était complètement désemparé, il n’osait plus attaquer, certain au moindre geste de sa part d’être coupé en deux. Et le jeune moine avait complètement oublié le Samouraï, attentif uniquement à bien appliquer les conseils de son Maître, à mourir dignement.

Ce furent les cris et les pleurs du Samouraï qui le ramenèrent à la réalité :
– « Ne me tuez pas, ayez pitié de moi, je croyais être le roi du sabre, mais je n’avais jamais rencontré un Maître tel que vous. S’il vous plaît, s’il vous plaît, acceptez moi comme disciple, enseignez moi vraiment la Voie du sabre… »

 

Le chat, un thérapeute au poil

Le-chat-un-therapeute

« Ronronthérapie »… Le nom fait sourire, et pourtant, c’est très sérieux. Le chat possède de véritables pouvoirs thérapeutiques : il nous apaise, nous déstresse, soigne nos insomnies et chasse nos idées noires!

Les soirs où je rentre stressée, sans aucune envie de communiquer avec des humains, je prends mon chat sur mes genoux et je lui raconte mes soucis, confie Zouhour, 48 ans, professionnelle du tourisme. Blotti contre moi, il me laisse parler sans me contredire, et son ronronnement régulier m’apaise. Quand je n’ai plus rien à dire, je me contente de le caresser en silence. Progressivement, j’accède à une sorte de béatitude inégalable. »

Plusieurs études récentes montrent que les gens qui vivent avec un chat jouissent d’une meilleure santé psychologique que ceux qui vivent sans (In Tout sur la psychologie du chat de Joël Dehasse – Odile Jacob, 2008). Tous les propriétaires constatent, jour après jour, le pouvoir de leur compagnon griffu, sans pour autant pouvoir l’expliquer.

Paradoxalement, c’est une ancienne « ennemie » des chats, la journaliste Véronique Aïache, qui lève en partie ce mystère avec un beau livre intitulé La Ronron Thérapie. « Disons que ces animaux me laissaient indifférente, rectifie-t-elle. Mais ma fille a tellement insisté que je me suis laissée convaincre, et Plume est entrée dans ma vie.

Je me suis surprise à me délecter de sa présence, et même à puiser dans ses ronronnements l’inspiration de mes écrits. Plume, 2 ans aujourd’hui, est devenue « l’âme de la maison », comme disait Cocteau. En fait, j’ai écrit ce livre parce que je ne trouvais rien, en dehors d’infos éparses sur Internet, qui me permette de comprendre comment un simple ronronnement peut se révéler si précieux pour le corps et l’esprit. »

Des ronronnements anti-jet lag

Sans Jean-Yves Gauchet, vétérinaire toulousain et véritable inventeur de la « ronron thérapie », le livre n’aurait jamais vu le jour. Cette « thérapie », il l’a découverte sans l’avoir cherchée. « Tout a commencé en avril 2002, se souvient-il. J’étais en quête d’informations pour Effervesciences, la petite revue scientifique que je dirige sur le Net. Je suis tombé sur une étude d’Animal Voice, une association de recherche qui étudie la communication animale.

Elle a repéré, statistiques à l’appui, qu’après des lésions ou des fractures, les chats ont cinq fois moins de séquelles que les chiens, et retrouvent la forme trois fois plus vite. D’où l’hypothèse d’une authentique action réparatrice du ronronnement : en émettant ce son, les chats résistent mieux aux situations dangereuses. » Car s’ils « vibrent » de bonheur en s’endormant, ils le font aussi quand ils souffrent et sont plongés dans des situations de stress intenses.

vieille dame chatJean Yves Gauchet publie aussitôt un article sur le sujet et propose à des volontaires de tester les pouvoirs du ronronnement grâce à un CD de trente minutes, Détendez-vous avec Rouky (Le CD Détendez-vous avec Rouky est disponible sur le site d’Eff ervesciences, 15 €)  – le chat Rouky existe vraiment, il s’agit en fait de l’un de ses « patients ». Les résultats sont parlants : les deux cent cinquante « cobayes » ont ressenti du bien-être, de la sérénité, une plus grande facilité à s’endormir.

D’un point de vue purement physique, ces sons sont des vibrations sonores étagées sur des basses fréquences de vingt-cinq à cinquante hertz. Ces mêmes fréquences qui sont utilisées par les kinés, les orthopédistes, et en médecine du sport pour réparer les os brisés, les muscles lésés et accélérer la cicatrisation. Les compositeurs de musiques de films utilisent aussi ces basses fréquences afin de susciter des émotions.

« Le ronronnement utilise le même chemin dans le cerveau, à travers le circuit hippocampe-amygdale, une structure étroitement liée au déclenchement de la peur, indique Jean-Yves Gauchet. Écouter ce doux bruit entraîne une production de sérotonine, » l’hormone du bonheur”, impliquée dans la qualité de notre sommeil et de notre humeur. » Le ronronnement « joue un peu le rôle de la madeleine de Proust, ajoute le praticien, sauf, bien sûr, si vous êtes encore traumatisé par ce chat qui vous a griffé au visage quand vous aviez 6 ans ».

Récemment, il s’est aperçu que ces vibrations aidaient à réduire le jetlag, la fatigue liée au décalage horaire. Au printemps 2009, il a conçu, en collaboration avec le géant américain de l’informatique Apple, une application destinée aux téléphones portables iPhone.

Le but : aider, après un voyage vers des rivages lointains, à récupérer le bon rythme plus rapidement grâce à une savante association de ronrons enregistrés, de conseils diététiques (notamment manger des noix), et la diffusion d’une lumière bleue générant la production de mélatonine.

Une éponge émotionnelle

garçon chatLe chat ronronne pour se guérir, mais ronronne-t-il aussi volontairement pour nous faire du bien ? Nous aimerions le croire. Violaine, 40 ans, pharmacienne, témoigne : « Ma psychanalyste avait un chat. Il restait sagement à sa place, sauf dans des moments très difficiles où il grimpait sur le divan à côté de moi. »

Cela dit, Joël Dehasse, vétérinaire à Bruxelles, est formel : un chat vibre essentiellement pour accroître son propre confort. S’il est champion pour nous débarrasser de nos énergies négatives, c’est aussi parce qu’il a vérifié qu’un humain serein est plus attentif et répond mieux à ses besoins.

Le chat est capable de repérer notre détresse instinctivement, grâce aux phéromones que nous émettons (chaque émotion a sa propre odeur). Rien de très altruiste, donc. Sauf allergie aux poils de chat, il n’y a que des avantages psychiques et physiques à vivre avec lui.

Véronique Aïache cite plusieurs expériences : « En 1982, Aaron Katcher, psychiatre américain, prouve en direct devant des caméras de télé que caresser un chat diminue l’anxiété, la tension artérielle, donc le risque d’infarctus. Dennis R. Ownby, responsable de la section allergologie et immunologie de l’université de Géorgie, aux États- Unis, conclut, au terme d’une étude de sept ans, qu’en étant quotidiennement au contact de chats, on s’expose à des molécules connues pour leur efficacité protectrice du système immunitaire. »

Mais, curieusement, si le chat possède des vertus antidépressives, il ne nous met pas de bonne humeur. « Il libère les humains de leurs énergies négatives, sans pour autant en apporter de positives, constate Joël Dehasse. Le bien-être ressenti est surtout lié à la disparition des humeurs sombres. »

Des caresses antistress

Le ronronnement n’est pas la seule « fonction » thérapeutique des chats. Certains ne ronronnent pas. Et certains maîtres sont incommodés par le « bourdonnement » trop bruyant de leur minet. « J’en ai eu une, Olympe, qui dormait avec moi et ronronnait fortement pendant son sommeil, avoue Madeleine, 60 ans, historienne. Or ce bruit censé m’apaiser m’énervait beaucoup. Il m’est arrivé de la caresser doucement pour que je puisse enfin m’endormir. »

Car le chat nous guérit aussi – et peut-être surtout – par les caresses que nous lui prodiguons, par les contacts physiques qui nous lient à lui. À travers eux, nous ressuscitons les premiers câlins avec notre mère. D’ailleurs, « plus nous avons manqué de tendresse dans l’enfance, plus nous avons tendance à nous tourner vers les animaux pour trouver auprès d’eux une complétude affective », affirme Isabelle Claude, équithérapeute, auteure du Cheval, miroir de nos émotions (Éditions DFR, 2007).

bar chat 4Les fameux bars à chats de Tokyo – il en existe sept –, où les Japonais viennent évacuer leur stress et se relaxer en compagnie de félins, remplissent cette fonction. Les matous jouent, vont, viennent. Les clients regardent, caressent. À l’entrée, un avertissement : « Interdiction de forcer un chat à être caressé. »

Pour la tranquillité de tous, les enfants sont interdits. « Une loi autorise les propriétaires d’immeubles à interdire les animaux domestiques, faute de place et par souci d’hygiène, explique encore Véronique Aïache dans son livre. Les bars à chats permettent de profiter d’eux sans en avoir les contraintes. »

Pour l’anecdote, citons l’histoire de ces deux clients qui ont fait connaissance en caressant le même chat et se sont mariés… « Ce n’est pas seulement parce qu’il rend des services – comme chasser les rongeurs – que l’homme a laissé le chat s’installer sur ses canapés, observe Jean-Yves Gauchet. Non, je crois que les félidés et les hominidés étaient faits pour se retrouver. C’est au-delà du rationnel, ça nous dépasse. »

La vérité est que, entre l’homme et le chat, c’est magique !

Isabelle Taubes pour le magasine Psychologie

http://www.effervesciences.com/s_sites/ronron/index.htm

Le garçon et le chiot

Un gérant d’une boutique cloua une pancarte au-dessus de sa porte où l’on pouvait lire « Chiots
à vendre ».

Bientôt un petit garçon fut attiré par l’annonce, et demanda : « A quel prix vendez-vous
ces chiots ? ». Le propriétaire du magasin répondit : “Autour de 30 euros – 50 euros ».  Le petit garçon chercha dans sa poche et sortit de la monnaie… « J’ai 5 euros, est-ce que je peux les regarder ? »

Le propriétaire du magasin sourit et siffla. Sa chienne, courut hors du chenil, vers l’allée de son magasin, suivie par cinq petits chiots. Mais un des petits restait loin derrière…

Immédiatement, le petit garçon choisit le chiot boiteux resté en arrière. Il demanda : « De quoi souffre ce petit chien ? ». L’homme expliqua qu’à sa naissance, le vétérinaire lui avait annoncé que le chiot avait une malformation de la hanche qui le ferait boiter pour le restant de sa vie.

Le petit garçon devint vraiment enthousiaste et dit : « C’est le chiot que je veux acheter. » L’homme répondit : « Non, tu ne peux pas acheter ce petit chien, si tu le veux vraiment, je le donne ! »

garçon chiot

Le petit garçon devint bouleversé. Il regarda l’homme droit dans les yeux et dit : « Je ne veux pas que vous me le donniez. Il vaut tout autant que les autres chiens, et je vous paierai le plein prix. En fait, je vous donnerai 5 euros maintenant et 50 centimes chaque mois jusqu’à ce que j’aie fini de le payer. »

L’homme contrecarra : « Tu ne peux pas acheter ce chiot, vraiment ! Il ne sera jamais capable de courir, de sauter, et de jouer. Aime d’autres chiens ! »

Alors le petit garçon se baissa, puis il enroula le bas de son pantalon et montra une jambe malade, tordue, estropiée, supportée par une grande tige de métal. Il regarda l’homme et dit : « Je ne cours pas très bien, et le petit chiot aura besoin de quelqu’un qui le comprenne. »

A ce moment, l’homme mordit sa lèvre inférieure. Des larmes lui piquaient les yeux…
Il sourit et dit : « Mon garçon, j’espère et je prie pour que chacun de ces chiots ait un propriétaire tel que toi. »

 

Les paraboles de la grenouille

Il était une fois une bande de petites grenouilles qui se mirent au défi de grimper tout en haut d’une très haute montagne.

Lorsque la rumeur de la course se répandit parmi toutes les grenouilles, des tas de curieuses se rassemblèrent autour d’elles. Alors, pleines de courage et de motivation, les petites grenouilles se placèrent sur la ligne de départ et commencèrent à grimper.

Très vite, les villageoises se mirent à faire des commentaires peu encourageants : « Elles n’y arriveront jamais ! », « Elles sont bien trop lentes ! ».

Et au bout de quelques minutes, certaines se sentirent démotivées et quittèrent la course.

Les commentaires reprirent de plus belle : « Pour qui se prennent-elles, si c’était possible, nous l’aurions déjà fait ! » dirent certaines. « On a jamais vu pareille sottise, nous ne sommes pas faites pour grimper ! » dirent d’autres.

Les petites grenouilles, malgré leur courage, commencèrent à mesurer les difficultés de leur ascension, et quittèrent la course les unes après les autres.

Toutes, sauf une.

Elle grimpait lentement, mais sans relâche, tandis qu’autour d’elle les commentaires se firent de plus en plus insistants :« Descends, tu n’y arriveras jamais ! ». « Ce que tu es ridicule ! ».

Pourtant, la petite grenouille continua à avancer et après un énorme effort, finit par gagner le sommet. Toutes se précipitent autour d’elle pour savoir comment elle avait fait pour réaliser ce que personne au monde n’avait encore accompli.

L’une d’entre elles s’approcha pour lui demander sa recette.

Et c’est alors qu’elle découvrit que la petite championne était sourde…

 

Frosch Papa und Sohn

Deux grenouilles sont tombées dans un pot de crème. L’une d’elles perd espoir, l’autre ne se laisse pas aller.

La grenouille démoralisée et peureuse se découragea vite.
-A quoi bon lutter, dit-elle. Je vais me fatiguer en vain. Autant en finir tout de suite.
– Mais non, disait l’autre, nage, ne perds pas courage! On ne sait jamais, tâchons de gagner du temps…
– Non, non, disait celle qui cédait au découragement. Tant pis, j’abandonne… Et puis cette crème est écœurante…
Et elle se laissa couler et se noya.

L’autre grenouille continuait à se débattre de toutes ses forces. Elle essayait de grimper sur la paroi de la jarre, glissait, puis recommençait sans se lasser. La courageuse petite bête frappait, frappait la crème en détendant ses longues cuisses.
«  Je ne veux pas me noyer, se répétait-elle, je ne veux pas me noyer… Allons, encore un peu de courage. »
Mais ses forces diminuaient.
La tête commençait à lui tourner.

« Vais-je vraiment me noyer ? Se disait elle. Allons, encore un petit effort, peut être arriverai-je à me sauver tout de même… On n’a jamais vu une grenouille périr dans un pot de crème! »
Et elle agitait, agitait ses pattes, malgré la fatigue qui l’envahissait, l’engourdissait, l’affaiblissait de plus en plus.
La grenouille semblait perdue.

Et quelque chose changea, soudain.
La crème n’était plus ni molle, ni liquide, la crème n’était plus crème, les pattes de la grenouille n’enfonçaient plus, mais pouvaient prendre appui sur une base solide.
“Ouf !, soupira la grenouille à bout de forces.
Et elle regarda autour d’elle : elle était assise sur du beurre.

D’après Natha Caputo Contes des quatres vents

Partagé par : http://sauterdanslesflaques.wordpress.com/

Albert Jacquard : « Ce sport-là me scandalise »

Sud Ouest Dimanche. Quelle distinction faites-vous entre compétition et émulation ?

Albert Jacquard. La compétition, c’est « je ». Je cours contre vous, vous courez plus vite que moi. Cela me désole. Comme je veux arriver premier, j’en prends tous les moyens, y compris la tricherie.

C’est cela, la compétition. C’est vouloir l’emporter sur l’autre, ce que fait presque sans y penser la société d’aujourd’hui.

L’émulation, c’est je cours avec vous, vous arrivez plus vite que moi et loin d’en être désolé, j’en suis tout heureux car vous avez des leçons à me donner sur ma façon de courir. L’émulation, c’est être content d’être dépassé par l’autre dans l’espoir qu’il vous ouvre des possibilités nouvelles. C’est l’exact opposé de la compétition.

Tout le reste découle de cette distinction. Ce que je cherche, ce n’est pas d’être meilleur que l’autre, ce qui n’a aucun intérêt, mais d’être meilleur que moi-même, ce qui est merveilleux.

La compétition n’est-elle pas constitutive du sport ?

Je ne le pense pas. « Sport » est un magnifique mot qui vient d’Angleterre, dont le propos est de nous faire comprendre qu’il s’agit de s’améliorer soi-même tout au long de la vie.

Cette confusion entre sport et compétition a été exacerbée par la société d’aujourd’hui, qui ne cherche de source de dépassement de soi-même qu’à travers la confrontation avec l’autre. C’est absurde.

On peut se sentir meilleur que l’autre mais ne pas en faire le moteur de toute notre activité.

Vous n’êtes pas un historien du sport. Avez-vous une idée cependant du rapport à la performance dans l’idéal olympique, dans l’Antiquité ?

gladiateurs 3

D’après des historiens, les coureurs ou les sportifs au temps des Grecs essayaient de donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais il n’est pas évident qu’ils allaient jusqu’à employer les moyens de tricher, comme c’est devenu courant dans l’approche du sport contemporain.

L’enjeu de civilisation contenu dans les jeux grecs était supérieur. Il visait à éviter la guerre.

La vraie finalité n’était pas d’être premier mais de participer à la paix.

Les sportifs d’aujourd’hui qui se réclament des jeux grecs pour ne songer qu’à dominer l’autre trahissent le sport.

Vous être très radical…

Oui. Quand on malmène son corps pour éliminer l’autre, détruire l’autre, on aboutit à des attitudes néfastes. Les sponsors qui contraignent des jeunes gens talentueux à pratiquer à longueur de journée une seule et même activité pour gagner de l’argent sont des proxénètes.

Les gens qui raisonnent comme moi sont rares. Mais cela se développera.

Vous comparez les sportifs de haut niveau à des gladiateurs. À des esclaves, même…

C’est ce qu’ils sont. On ne les tue pas, du moins pas à chaque fois, mais on leur donne comme objectif dans la vie de l’emporter sur l’autre. C’est un message de destruction. Vouloir gagner, c’est vouloir fabriquer des perdants. J’ai le droit d’être scandalisé.

Si l’un de mes petits-enfants devenait un joueur de tennis de haut niveau, j’en serais triste. Il développerait bien sûr une capacité à taper fort et juste. Mais quel est l’intérêt ? Un beau jour, il ne saurait plus et serait écœuré.

Laure Manaudou passait six ou sept heures par jour à nager dans une piscine. C’est une condamnation qu’on n’aurait pas imposée à un nageur de Carthage ou de Rome.

Pourtant, bien des familles françaises rêveraient d’avoir un champion parmi leurs enfants. Que leur répondez-vous ?

Que je n’en vois pas l’intérêt, sauf le fric. Cette confusion entre le sport et l’argent est monstrueuse. C’est une erreur sur l’objectif du sport. Passer des heures à devenir champion, au sens où nous l’entendons dans la société actuelle, n’apporte rien, sauf la vanité d’être plus fort que l’autre. C’est infantile. Le but d’une vie, c’est de se créer. Là, on propose à des jeunes de consacrer cette durée si courte de la vie à une activité ridicule.

Comment réagissent les sportifs de haut niveau à votre point de vue ?

monod 4Je me suis rendu à une invitation de l’Institut national du sport, dans le bois de Vincennes. Je ne suis pas arrivé à les mettre en colère contre moi. Ils étaient d’accord. Car ils sentent bien qu’ils vont dans une direction où ils ne se construisent pas eux-mêmes. Où ils sont soumis en permanence. Or, accepter d’être soumis à 20 ans n’est pas bon signe.

Comment expliquez-vous une telle adhésion de la société à ce que vous décrivez comme une déviance ?

C’est lié au fait qu’on essaie de tout juger en fonction d’un seul nombre. Tout tient dans la performance. Que l’on apprécie avec quelque chose d’unidimensionnel, des notes. Ce qui est unidimensionnel ne peut pas être nuancé. Se consacrer à lutter sur un seul critère, c’est se borner à un regard complètement atone et arbitraire. Les chronomètres ne mesurent rien d’intéressant pour nous.

Par quoi substituer le culte de la performance ?

Par celui du beau jeu, par exemple. Il suffit de changer les règles.

L’esprit de partage et de compétition sont-ils compatibles ?

Non. Il faut choisir. Quand Alain Mimoun et trois autres champions étaient arrivés groupés au bout d’un 5 000 mètres, l’esprit de partage aurait consisté à les déclarer tous vainqueurs. L’esprit de compétition conduisit à les départager au centimètre et au centième de seconde près, avec force photos.

La plus belle course à la voile aura été celle de Bernard Moitessier qui, en 1968, était arrivé premier mais avait refusé de franchir la ligne d’arrivée du vainqueur.

Quel est votre sportif préféré ?

Théodore Monod. Lui a pu traverser le désert avec quelques litres d’eau. Sans en faire une source de gloire mais d’entraînement. Lutter contre soi-même, c’est cela le véritable sport.

Recueilli par Dominique de Laage  pour  Sud Ouest Dimanche

Article partagé par Constellation à qui j’adresse tous mes remerciements.

Une invitation au voyage

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un coup de cœur particulier, qui mettra l’accent sur la photographie. Pas n’importe laquelle mais celle qui a su m’émouvoir par son côté centré sur l’humain, sa diversité et la mise en valeur de la beauté d’un visage, d’une main, d’un regard.

La magie de l’univers de Philippe Cap, un homme si jeune, qui poussé par son envie de parcourir le monde a su en capter des merveilles et établir un pont entre des pays, des cultures différentes, des vies au quotidien. Son intérêt premier ce sont les habitants de tous ces pays qu’il a parcourus, s’attardant souvent chez les habitants, tissant des liens qui transcendent les différences.

« Voyager pour photographier, photographier pour voyager », telle est sa devise.

Les mots sont inutiles et peu appropriés pour traduire l’émotion …
Tant de cultures, tant de différences mais un seul lien, le regard rempli d’amour…


Âgé de 27 ans, photographe autodidacte, Philippe Cap entre dans l’image par le graphisme dont il développe la maîtrise à travers plusieurs projets de réalisation de sites Internet et d’illustrations. Cette discipline aiguise son œil et son sens de l’esthétisme. Électron libre de la photographie, hors des circuits de l’enseignement classique, son apprentissage se fait par son goût de la recherche et de la découverte. Il aime comprendre, manier, échanger.

C’est à 19 ans que Philippe s’envole pour son premier périple en solitaire. Ce sera l’Inde, avec ses mythes et ses couleurs, sa mosaïque de peuples et son explosion économique, ses contrastes et sa complexité, qui sera sa première destination. Envoûté, il multiplie les voyages. Son regard et son sens de l’esthétisme se peaufinent petit à petit.

En février 2008, il part pour son projet « Regard d’Asie », un voyage de 8 mois autour du thème de l’éveil, des premiers gestes du matin.

En mars 2011, après une dizaine de voyages au pays de Gandhi, la Compagnie du Livre décide de publier au sein d’un premier ouvrage les œuvres du jeune photographe.
Avide de nouvelles techniques, il est dans une quête permanente d’alternatives, d’essais, de jeux de lumières et de différentes déclinaisons que lui offre la technique photographique.

Publié dans le magazine Géo il a à son actif plusieurs expositions, dont la plus récente a lieu en ce moment à Paris.

Je vous invite donc à découvrir son merveilleux site, si plein de richesses.

Les Parisiens peuvent venir admirer ses photos à la galerie dont vous trouverez les coordonnées sur le site (le vernissage, auquel vous pouvez vous inscrire a lieu le 20 novembre), pour les autres, il vous reste le voyage à travers son site.

Je vous souhaite plein d’émerveillement…

http://www.philippecap.com

http://www.philippecap.com/blog/

facebook.com/philcap.photos

Dans l’avion de Johannesburg

La scène qui suit a eu lieu dans un vol de la compagnie British Airways entre Johannesburg
et Londres : une femme blanche, d’environ cinquante ans, s’assied à côté d’un noir. Visiblement perturbée, elle appelle l’hôtesse de l’air.

– Quel est votre problème, madame ? demande l’hôtesse.

– Mais vous ne le voyez pas donc pas ? répond la dame. Vous m’avez placée à côté d’un noir.
Je ne supporte pas de rester à côté d’un de ces êtres répugnants. Donnez-moi un autre siège !

– S’il vous plaît, calmez-vous, dit l’hôtesse. Presque toutes les places de ce vol sont prises.
Je vais voir s’il y a une place disponible.


L’hôtesse s’éloigne et revient quelques minutes plus tard :

– Madame, comme je le pensais, il n’y a plus aucune place libre dans la classe économique.
J’ai parlé au commandant et il m’a confirmé qu’il n’y a plus de place dans la classe exécutive. Toutefois, nous avons encore une place en première classe.

Avant que la dame puisse faire le moindre commentaire, l’hôtesse de l’air continue :

– Il est tout à fait inhabituel dans notre compagnie de permettre à une personne de classe économique de s’asseoir en première classe. Mais, vu les circonstances, le commandant trouve qu’il serait scandaleux d’obliger quelqu’un à s’asseoir à côté d’une personne aussi désagréable.

Et s’adressant au noir, l’hôtesse lui dit :

– Donc, monsieur, si vous le souhaitez, prenez votre bagage à main car un siège en première classe vous attend.

Et tous les passagers autour, qui, choqués, assistaient à la scène, se levèrent et applaudirent.

Trouvé sur un très beau blog : http://jevoisjevis.wordpress.com/

 

Le miroir : que doit-on y voir ?

Dans une petite ville vivait autrefois un Juif qui était réputé pour sa grande hospitalité. Il s’appelait Reb Abraham. Reb Abraham était loin d’être un riche, mais cependant, il tenait à partager sa dernière bouchée avec n’importe qui : un émissaire d’une yéchivah chargé de ramasser des fonds et de passage dans la petite ville, un mendiant ou un hôte quelconque. Tout le monde savait que la maison de Reb Abraham restait toujours les portes grandes ouvertes. Quiconque avait faim était sûr d’y trouver un repas, un endroit pour passer la nuit et même une aumône respectable.

Un jour, un hôte de marque lui rendit visite. C’était son propre professeur d’antan, Rabbi Yechaïelé, qui jouissait d’une renommée de grande sagesse.

Le Tsadik fut très content de contempler le mode de vie menée par Reb Abraham, sa largesse et sa franche hospitalité. Il ne manqua pas de s’apercevoir très vite que les libéralités de Reb Abraham dépassaient de loin la mesure, puisqu’il rendait à autrui ses derniers deniers tandis que lui-même et sa famille se contentaient d’une croûte de pain pour pouvoir pratiquer l’hospitalité de façon généreuse.

Aussi, avant de partir, le Tsadik le bénit en lui souhaitant que Dieu le rende prospère afin qu’il puisse continuer à pratiquer l’hospitalité, mais dans l’abondance.


Peu de temps après, Reb Abraham s’aperçut que la bénédiction du Tsadik portait ses fruits. Sa modeste épicerie lui fit réaliser des bénéfices énormes et quasi miraculeux. Il devint un grand brasseur d’affaires et, là encore, la chance lui sourit. En un mot, Reb Abraham était devenu riche et prospère.

Mais la richesse constitue une épreuve et Reb Abraham ne s’aperçut pas immédiatement de cette embûche. Peu à peu, sans savoir comme il y était parvenu, le temps commença à lui manquer pour étudier la Torah et pour faire ses prières ainsi qu’il avait jadis l’habitude de le faire.

Finalement, il ne trouva même pas de temps pour s’occuper des pauvres, des gens de passage, et des émissaires des yéchivoth chargés de ramasser des fonds pour leurs établissements. Ce genre d’affaires, ses serviteurs furent chargés de s’en occuper. Être reçu par Reb Abraham lui-même était chose presque impossible. Il restait toute la journée dans ses bureaux, en homme occupé qu’il était, entouré de marchands, de riches et d’une cohorte d’employés.

Il est vrai qu’on pouvait encore obtenir de lui une somme rondelette en guise de contribution pour une bonne œuvre par l’intermédiaire de son secrétaire particulier. Mais il y manquait l’ancienne amabilité, et l’empressement d’autrefois. Quant à l’hospitalité proprement dite, c’est-à-dire la possibilité de manger à sa table ou de passer la nuit dans sa maison, n’en parlons plus.

Les gens disaient bien que le généreux Reb Abraham n’était plus ce qu’il était autrefois. C’est que la richesse lui avait tourné la tête et durci le cœur. C’était d’autant plus dommage qu’il était autrefois si généreux, si aimable, si hospitalier.

Entre-temps survint une affaire de rançon qui devait être payée en échange de prisonniers, et le Tsadik délégua un émissaire chargé de la mission de faire la quête pour obtenir la somme nécessaire. Il recommanda tout particulièrement à son émissaire de ne pas manquer de rendre visite à Reb Abraham, d’essayer d’obtenir de lui une somme importante et de voir en général comment il allait et de quelle façon il se conduisait dans sa situation élevée.

Le rapport sur Reb Abraham fait par l’émissaire à son retour ne manqua pas de causer au Tsadik un chagrin très vif. « Que ma bénédiction, pensa-t-il, soit la source, Dieu nous en garde, d’une telle déchéance, voilà qui est attristant. Aussi dois-je m’efforcer d’y porter remède. » Cette décision prise, il se mit aussitôt en route, et il ne s’arrêta pas avant d’avoir atteint la petite ville où habitait Reb Abraham.

Arrivé à la grande et belle maison de Reb Abraham, le Tsadik envoya son serviteur annoncer sa visite.

Le serviteur du Tsadik eut beaucoup de mal à transmettre son message. Il fut accueilli tout d’abord par plusieurs serviteurs, un placé plus haut que l’autre, et chacun exhibant un autre prétexte pour lui barrer l’accès à Reb Abraham lui-même. Selon l’un, Reb Abraham n’était pas à la maison, selon l’autre, Reb Abraham n’était pas encore levé, un troisième prétendit que Reb Abraham était en train de boire son café, tandis que le quatrième prétendait que le maître ne recevait que l’après-midi.

Ne pouvant lui-même voir le magnat, le serviteur du Tsadik demanda qu’on annonce à Reb Abraham la venue de Rabbi Yechaïelé et que celui-ci désirait le voir sans tarder.

Ayant appris le nom du quémandeur, Reb Abraham se dépêcha et sortit dans la cour où son ancien professeur, dans sa voiture, l’attendait. Il le salua respectueusement et lui demanda de lui faire le grand honneur d’être son hôte.

Le Tsadik accepta l’invitation et entra dans la maison de Reb Abraham. Il fut ébloui par la richesse de l’intérieur, mais il eut beau chercher partout un de ces hôtes de passage qui remplissait autrefois la maison.

Le visage du Tsadik s’assombrit. Il s’approcha de la fenêtre et laissa errer ses yeux dehors.

Quelques minutes après, il invita le maître de maison à la fenêtre et lui demanda : « Dis-moi, qui donc passe là ? »

– Mais c’est Yankel le tailleur, répondit Reb Abraham. Il vient de la synagogue. C’est un Juif honnête, mais il est malheureusement très pauvre…

– Et qui est cette personne ?

– C’est une veuve très pauvre. Elle fait les marchés en quête d’un gagne-pain pour nourrir ses nombreux orphelins. C’est une grande pitié…

– Et qui est celui-ci encore ? demanda à nouveau le Tsadik.

– Mais c’est Bentzé, le porteur d’eau, répondit Reb Abraham, tout étonné de l’intérêt que son Rabbi portait aux passants.

Le Rabbi tourna le dos à la fenêtre et se mit à arpenter le salon à grands pas. Soudain, il fit halte devant un grand miroir suspendu au mur. Il fit signe à Reb Abraham de l’approcher et se mettant à côté lui posa la question que voici :

– Qui vois-tu dans ce miroir ?

– Mais je m’y vois moi-même, répondit Reb Abraham, surpris de cette étrange question.

– Dis-moi, Reb Abraham, sais-tu de quoi un miroir est fait ?

– Il est fait de verre, répondit Reb Abraham.

– Et la fenêtre ?

– Aussi de verre.

– Je ne comprends plus rien, dit le Rabbi, avec une feinte naïveté. Ceci est du verre, et cela est du verre. Mais pourquoi à travers le verre de la vitre tu vois tout le monde, mais dans le miroir tu ne vois que toi seul ?

– C’est très simple, répondit Reb Abraham. Le verre de la vitre est pur et clair : c’est pourquoi il est transparent. Mais le verre du miroir est argenté de l’autre côté. C’est la raison pour laquelle on ne se voit que soi-même.

– Si c’est ainsi, je comprends tout, maintenant, répondit le Rabbi. Lorsque ce n’est pas couvert d’une couche d’argent, on voit tout le monde. Mais si c’est argenté, alors on ne voit que soi-même. Oui, oui, c’est étrange, mais voyons. On pourrait peut-être enlever cet argent, le gratter, n’est-ce pas, mon bon ami ?

– Mais oui, bien sûr…

Reb Abraham ne termina pas sa phrase. Il avait saisi ce que son Rabbi voulait dire, et des larmes apparurent dans ses yeux. Il comprit qu’avant d’avoir été « argenté », avant d’être riche, il était comme un verre pur et il pouvait voir tout le monde. Mais maintenant, il ne voyait que lui-même. Oui, il s’était égaré, il n’avait pas résisté à l’épreuve.

Un profond sentiment de regret le saisit et, d’une voix brisée, il demanda à son hôte :

– Rabbi, le repentir peut-il m’être encore de quelque utilité ?

– Mais oui, c’est pour te faire repentir que je suis venu te voir. Je ne voulais pas croire que tu aies pu te transformer à tel point. J’ai nourri l’espoir que ton cœur ne s’est pas durci comme la pierre et qu’il ne sera pas nécessaire de t’enlever ta richesse, de gratter ton argent de toi,

Reb Abraham promit solennellement de faire un retour sur lui-même et de redevenir aussi hospitalier, aussi généreux qu’autrefois. Sa maison resterait à nouveau ouverte à tous ceux qui pourraient avoir recours à son aide.

Le lendemain, il organisa un grand banquet – dit « Séoudath Mitsva » – pour marquer son retour dans la bonne voie, banquet auquel il invita tous ses vieux amis, c’est-à-dire tous les pauvres de la ville. Il leur confessa son inconduite et leur annonça son repentir en leur demandant pardon.

Afin de se rappeler toujours les paroles de son Rabbi, Reb Abraham gratta un coin du miroir et en enleva l’argent. Désormais, en jetant un coup d’œil dans ce coin du miroir, Reb Abraham ne s’y refléta plus tout seul… Et lorsque quelqu’un lui demandait la signification de la tache dans le miroir, Reb Abraham, en toute franchise, lui racontait l’histoire de son repentir.

Par Nissan Mindel

Trouvé sur le beau blog : http://maynheymele.wordpress.com/2012/10/24/mitvokh2/

 

 

De l’art de rester honnête

Un homme d’affaires prospère, de plus en plus vieux savait qu’il était temps de choisir un successeur pour reprendre l’entreprise. Au lieu de choisir l’un de ses administrateurs ou de ses enfants, il a décidé autre chose.
Il a appelé tous les jeunes cadres dans son entreprise ensemble et leur a dit:

« Il est temps pour moi de démissionner et de choisir le prochain directeur général. J’ai décidé de choisir l’un de vous. »

Les jeunes cadres ont été étonnés, mais le patron a continué.

«  Je vais donner à chacun d’entre vous aujourd’hui une graine très spéciale. Je veux que vous plantiez la graine, que vous l’arrosiez et que vous reveniez dans un an avec la plante issue de la graine que je vous ai donnée.
Je vais juger de la qualité des plantes que vous apportez, et choisirai le prochain directeur général en fonction du résultat de votre culture. »

Jim a reçu ce jour-là, comme les autres, une semence. Il rentra chez lui et tout excité, raconta l’histoire à sa femme. Elle l’a aidé, lui trouva un pot, la terre et le compost et il a planté la graine. Chaque jour, il l’arrosait et regardait pour voir si elle avait grandi.

Après environ trois semaines, certains des autres dirigeants ont commencé à parler de leur graine et de leur plante qui commençait à croître.
Jim continuait à entretenir sa graine mais les semaines passaient et rien ne poussait : 3, 4, 5 semaines ont passé, toujours rien.

Au même moment, d’autres parlaient de leur plante qui évoluait, mais Jim n’avait rien et il ressentait le sentiment de l’échec. 6 mois : toujours rien dans le pot de Jim. Il comprit qu’il avait tué sa semence.
Tout le monde avait des arbres et des plantes de grande taille, mais il n’avait rien. Jim n’a rien dit à ses collègues, bien qu’il ne cessait d’arroser et la fertiliser sa terre pour que sa graine croisse.

Un an a passé et finalement tous les jeunes cadres de l’entreprise ont apporté leur plante au chef de la direction.
Jim dit à sa femme qu’il n’allait pas prendre un pot vide. Mais elle lui a demandé d’être honnête. Jim était malade, son estomac le brûlait, c’était le moment le plus embarrassant de sa vie, mais il savait que son épouse avait raison. Il a pris son pot vide pour l’emmener dans la salle du conseil.

Lorsque Jim est arrivé, il a été surpris par la variété des plantes cultivées par les autres cadres. Elles étaient belles, de toutes formes et tailles.
Jim mit son pot vide sur le plancher et plusieurs de ses collègues se sont mis à rire, d’autres furent désolés pour lui.
Lorsque le chef de la direction est arrivé, il a arpenté la salle et a salué ses jeunes cadres. Jim cherchait à se cacher.

«  Comme vous avez de belles plantes, qui ont grandi », a déclaré le chef de la direction. » Aujourd’hui, un de vous sera nommé le chef de la direction prochaine ! »

Tout d’un coup, le PDG repéra Jim à l’arrière de la pièce avec son pot vide. Il ordonna au directeur financier de l’amener devant. Jim était terrifié. Il pensa: « Le chef de la direction sait que je suis en échec ! Peut-être qu’il me fera virer ! »

Lorsque Jim fut à l’avant, le chef de la direction lui a demandé ce qui était arrivé à sa graine et Jim lui raconta l’histoire.
Le chef a demandé donc à tous de s’asseoir, sauf à Jim. Il le regarda, puis annonça aux jeunes dirigeants : «Voici votre prochain chef de direction : Jim ! »

Jim ne pouvait pas y croire. Comment pourrait-il être le nouveau directeur général ?
Le chef de la direction a alors déclaré :

« Il y a 1 an aujourd’hui, j’ai donné une graine à tout le monde dans cette salle. Je vous ai dit de prendre la semence, de la planter, de l’arroser et de la ramener aujourd’hui.
Mais je vous ai donné à tous des graines cuites, mortes, qui ne pouvaient pas grandir.

Tous sauf Jim, m’ont apporté des arbres et des plantes et des fleurs. Lorsque vous avez constaté que la semence ne se développait pas, vous lui avez substitué une autre semence. Jim a été le seul à avoir le courage et l’honnêteté de m’apporter un pot avec ma graine. Par conséquent, il est le nouveau chef de la direction ! »