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Nous sommes malades de ne pas être ce que nous sommes vraiment

Energie

Suite de : https://tarotpsychologique.wordpress.com/2015/04/08/lintelligence-symbolique-du-corps/

N.C. : Il y a donc des universaux, mais savoir ce qu’une maladie exprime réellement est avant tout un travail de prise de conscience individuelle ?

O.S. : Oui. D’autant plus que la question n’est pas seulement de savoir quel problème vient signaler la maladie, quelle incohérence entre les différents niveaux de l’être elle dénonce. Il s’agit aussi de trouver le mouvement, en moi-même, qui est en difficulté : qu’est-ce qu’il faut travailler, faire évoluer, changer – ou ne pas changer ?

Beaucoup d’écrits, ces derniers temps, ont abordé le sens des maladies, mais ils nous limitent souvent à une vision animale « biologique » qui nous ramène au niveau physiologique de la survie. La question centrale – et spécifique à notre époque, me semble-t-il – est selon moi, plutôt celle-ci : qui parle quand je suis malade ?

Et quand nous guérissons, qui guérit ? Est-ce notre part animale qui cherche à survivre ? Ou notre histoire personnelle et notre héritage transgénérationnel ? Ou encore notre être essentiel, qui tient à s’exprimer au travers de tout cela et vient nous proposer une initiation ?

Je pense que nous sommes malades de ne pas être ce que nous sommes vraiment, de ne pas nous accomplir totalement. Le corps le supporte pendant un temps, puis il envoie des messages d’alarme. C’est ainsi qu’il faut comprendre la phrase de Jung : « Vous ne guérirez pas de vos maladies, ce sont vos maladies qui vous guériront. »

Tout se passe comme si à un endroit de nous se trouvait la conscience de ce que nous pouvons être, et quand nous nous en éloignons trop, cette conscience nous parle et nous fait tomber malade. J’appelle cela « le saint homme qui marche dans le symptôme » : quel accomplissement notre être profond vise-t-il ?

N.C. : Ce serait cela, le propre de l’humanité : chaque personne serait un psychosoma cherchant à écrire une histoire singulière sur une page blanche ?

O.S. : L’animal n’a rien, ou très peu, à écrire : il ne change pas dans le cadre d’une génération. Les pattes du kangourou ont mis des millions d’années à rétrécir. Il est lion ou souris, ni méchant ni gentil, il est comme ça, c’est tout. Vous connaissez l’histoire de l’homme qui se retrouve sur le point de se faire dévorer par un ours, et qui prie le Seigneur d’accorder des sentiments chrétiens à son agresseur ? Il voit alors l’ours faire le signe de croix et remercier Dieu… de lui avoir procuré un bon repas !

Un ours reste un ours et c’est normal. Ni bien, ni mal. L’être humain, lui, est libre, il peut remettre en question la justesse de ses actes, la pertinence de ses croyances. Je crois donc en l’idée (sartrienne ou chrétienne !) de la page blanche, qu’il faut cependant nuancer. L’être humain a une part libre, qu’il lui appartient d’écrire et qui lui permet d’avancer à l’intérieur de sa génération.

Cette part est communément appelée la liberté humaine ou libre arbitre. Cependant, dès la naissance, elle est partiellement envahie par les règles écrites par l’histoire et par les générations précédentes. L’homme a la mission personnelle de se réapproprier ces pages pour les changer ou les rechoisir et augmenter ainsi l’espace libre.

N.C. : Et au niveau collectif ? Les épidémies aussi seraient des « messages » ?

O.S. : Pour aborder le problème des épidémies, il faut parler des microbes, ces co-facteurs fondamentaux de la vie. Le microbe est à la fois ce qui va nous aider, nous confronter, nous tester, travailler pour nous. Prenons le staphylocoque, par exemple. Il est le gardien de la porte, défendant et testant notre intégrité en permanence.

Nous en avons plusieurs centaines de millions sur la peau, blancs ou dorés, qui interviennent dès que celle-ci est agressée par une coupure, une écharde, etc., provoquant une réaction, avec arrivée massive de globules blancs, création de pus, d’un abcès, jusqu’à élimination du corps étranger.

Qui se montre particulièrement sensible aux staphylocoques ? Les malades opérés, les enfants en réanimation néonatale, les adolescents en évolution sur leur image corporelle (l’acné, c’est du staphylo). De façon générale, le staphylocoque signale donc des problèmes d’intégrité. On comprend que symboliquement, il soit lié au père protecteur ou à la mère nourricière.

Et c’est un autre microbe, le streptocoque, qui est lié au père initiateur ou à la mère initiatrice. Car un enfant n’a pas seulement besoin d’être protégé, il lui faut aussi un parent initiateur, pour rencontrer la difficulté, la surmonter au prix d’une épreuve, et apprendre à se déployer – « strepto », en grec, signifie « plié ». Les rhumatismes articulaires aigus, certaines maladies cardio-vasculaires et rénales, sont des maladies à streptocoques.

Elles touchent l’axe fondamental rein-cœur des acupuncteurs : identité (rein) + amour (cœur), souvent en difficulté, surtout si l’on n’a pas pu déployer certaines parties de soi au travers d’expériences et avec l’aide d’une fonction d’initiation.

L’épidémie joue le même rôle de confrontateur que le microbe, mais à l’échelle de l’humanité, qu’elle vient confronter à un problème précis. La grippe, par exemple, vient régulièrement questionner chacun dans sa gestion des problèmes trangénérationnels. La peste noire, à la fin du Moyen-Âge, vient poser la question de l’amour et de l’indifférence, au moment où on entre dans l’individuation des êtres humains, sortant du groupe-masse où la vie n’a pas de valeur.

C’est la question du rat – la partie de nous-mêmes qui ne vit que pour soi : comment gérer une société d’individus ne vivant que pour eux-mêmes, si ce n’est par l’amour ? Camus décrit bien, au début de son livre La Peste, un monde de chacun vers soi. La tuberculose, massive au XIX° siècle, pose la question du changement de mode de vie : comment survivre dans des conditions nouvelles ? Ce problème se pose encore aujourd’hui, notamment aux émigrants.

N.C. : Vous pensez donc que ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, les épidémies s’attaquent au système immunitaire, au moment où l’individualisme est au programme ?

ADN

O.S. : L’immunité, scientifiquement, c’est la définition même de l’identité : elle définit le soi et le non-soi. Les maladies auto-immunes traduisent comme une guerre civile intérieure entre les parties de moi. L’organisme s’est bâti de telle manière qu’une partie ne reconnaît pas l’autre et l’attaque.

Or, on se constitue par le contact avec l’autre, qui est souvent microbien. L’immunité est un soi qui se construit dans la réalité et la confrontation à la vie. L’évitement systématique des infections les plus bénignes, que l’on appelle aujourd’hui « l’hypothèse hygiéniste », risque de ne pas permettre à l’organisme de se trouver en situation de confrontation. Le soi immunitaire n’y retrouve plus ses petits. Si je reprends votre question, l’individualisme serait un soi isolé, sans confrontation et courant le risque de ne pas avoir de sens.

N.C. : Mais donner autant de sens aux maladies, n’est-ce pas très culpabilisant ?

O.S. : Quand on s’engage dans cette réflexion, on rencontre forcément le problème de la culpabilité et de la responsabilité. Parce qu’il n’a pas toute l’information, le malade tend à déléguer les responsabilités à ceux qui savent, le personnel médical, le médecin. La tentation est grande de se dire qu’il n’y a rien à comprendre.

Certaines personnes souhaitent ne pas aborder d’autres sens de la maladie, et la médecine répond parfaitement bien à leur demande dans sa prise en charge. Pour d’autres personnes, c’est psychologiquement et ontologiquement insatisfaisant. De plus, la véritable prévention, celle qui permettra un jour d’enrayer la progression des coûts médicaux, relèvera probablement d’une attention et d’un soin à soi-même, et à sa lignée.

Ce n’est pas une idée nouvelle, mais une idée à redécouvrir. Les Chinois en ont parlé il y a trois mille ans : « Attendre d’être malade pour se soigner, c’est attendre d’avoir soif pour creuser un puits. » On retrouve le problème de la connaissance dont nous avons parlé : si je peux l’entendre, elle me responsabilise, me donne une autre possibilité. Chacun doit pouvoir aller chercher le sens au fur et à mesure de son besoin, et de sa capacité à entendre pour ne pas être écrasé par la culpabilité – la médecine assurant, elle, le maximum de moyens techniques pour chacun et quoi qu’il en soit.

N.C. : Comment franchir le pas entre prendre conscience de quelque chose et vraiment l’intégrer, de manière opérationnelle ?

O.S. : Notre conscience est multiple, notamment dans notre cerveau, où coexistent : l’instinctif reptilien, le dominant/dominé paléolimbique, l’émotionnel néolimbique, qui agit de concert avec la part « officiellement consciente », le cortex. Au grand dam des cartésiens, tous ces niveaux, nos instincts, nos sensations, nos émotions, notre conscience réfléchie sont en interaction permanente ( L’erreur de Descartes, Pr. Antonio Damasio, éd. Odile Jacob, 1995.).

Il faut ici dépasser la classique séparation entre cerveau droit et gauche, intuition et raison. La vraie clef semble plutôt dans la partie antérieure des deux hémisphères : le préfrontal, où s’élaborent les processus les plus complexes.

C’est le siège de cette partie de nous qui sait avant que nous sachions, cette petite voix intuitive qui nous dit quand nous sommes sur la voie juste, qui nous fait faire des découvertes… et qui s’agite quand nous sommes angoissés, nous envoyant le signal que nous sommes en train de nous tromper, de nous mentir, de nous fourvoyer.

Mieux vaudrait alors l’écouter, plutôt que de la faire taire avec des tranquillisants, qui agissent à ce niveau en déconnectant le cerveau préfrontal. Mieux vaudrait développer celui-ci – car il existe des méthodes pour cela – plutôt que de saboter cette tête chercheuse par des injonctions comme « surtout ne fais pas plusieurs choses à la fois », « ne change pas tout le temps de sujet », etc.

L’humour, le jeu, la création spontanée nourrissent la conscience du préfrontal. Se laisser guider par ce qui arrive, écouter son intuition, découvrir des liens surprenants, voilà des démarches tout aussi créatrices et génératrice de solutions et de conscience. Car si l’ange habite en nous quelque part, c’est dans le préfrontal !

Entretien avec le docteur Olivier Soulier par Sylvain Michelet pour le magazine Clé

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L’intelligence symbolique du corps

On commence à le savoir : nos maux sont des mots et la maladie ramasse ce que nous du mal-à-dire. Mais encore ? La santé dépend de tant de facteurs ! Comment s’y retrouver dans l’imbroglio psychosomatique ? Le Dr Olivier Soulier suit une piste intéressante…

Homme global

Le docteur Oliver Soulier fait partie de cette avant-garde médicale qui cherche à réunifier les différentes branches d’un corpus théorique et pratique, aujourd’hui complètement éclaté. Dans son cabinet et dans les séminaires, de plus en plus réputés, qu’il anime tout au long de l’année, sa spécialité est la lecture symbolique du corps, des goûts et des maladies.

Il est fascinant de constater que la façon dont les maladies nous touchent répond à une logique où le propre et le figuré se rejoignent – une « atmosphère étouffante », pour prendre un exemple simple, atteignant les mêmes organes que l’étouffement soit entendu chimiquement ou psychologiquement.

L’origine de cette intelligence symbolique du corps est à chercher dans la manière dont nos organes se sont construits, à partir de trois tissus, lorsque nous étions embryon. Cette lecture de notre biologie profonde et de ses déséquilibres est d’une richesse impressionnante ; comme si notre corps détenait en fait toute l’information nécessaire à notre guérison et que celle-ci se révélait à nous en fonction de notre aptitude plus ou moins grande à l’entendre.

Nouvelles Clés : Comment votre pratique médicale vous a-t-elle mené vers la symbolique du corps et le « langage » des maladies ?

Olivier Soulier : Nos sociétés cultivent, pour la plupart, une conception matérielle et cartésienne du corps. Elle n’est pas fausse : notre corps possède un niveau mécanique de fonctionnement, avec ses organes, ses articulations, sa pompe, etc, et notre médecine a acquis ses lettres de noblesse dans ce domaine, en développant notamment des outils techniques aux performances admirables.

Mais le corps et ses maladies ne fonctionnent pas seulement à ce niveau. L’importance du facteur psychologique, par exemple, est aujourd’hui bien documentée. Parler d’un lien entre la maladie et un vécu psychologique, ou une difficulté dans la vie, est à peu près admis par notre médecine. Mais l’abord de l’homme dans sa globalité est une idée connue… qui doit sans cesse être redécouverte !

Et de leur côté, les approches psychologiques sont trop souvent séparées des nécessités techniques et physiologiques. C’est dans la réunification de tous les niveaux de l’être que nous prendrons la dimension spirituelle dont le XXI° siècle a besoin. Médecin homéopathe, acupuncteur – désireux, donc, de pratiquer une médecine plus complète -, je fais partie de ceux qui veulent aller plus loin : n’importe quel problème existentiel ne donne pas n’importe quelle maladie.

Il faut tenter d’approcher au plus près le lien difficulté-maladie, rechercher une compréhension point par point. La médecine chinoise l’avait bien vu, proposant une grille de lecture précise, mettant en liaison : le cœur et l’amour, le foie et la colère, le rein et la peur, etc… Notre corps est comme un livre dont les phrases, tout en restant toujours les mêmes, changeraient, non pas de sens, mais de profondeur de signification dès que nous sommes capables de les accueillir.

N.C. : Notre corps nous parle de façon symbolique ?

O.S. : La vie nous parle de nombreuses manières par des symptômes, par des symboles. Avec une merveilleuse subtilité, dès le départ, elle nous fait repasser par tous les stades de l’évolution des espèces pendant notre gestation. De l’œuf fécondé jusqu’au nouveau-né, nous revisitons en quelque sorte toute la création. Bien sûr, nos chromosomes, déjà humains donc différents, nous poussent à aller plus loin, mais on voit bien que nous sommes issus d’un tronc commun, partageant 26 % de nos chromosomes avec les simples filaires (parasites longs) et 90 % avec le rat.

La vie est un tronc commun, avec les espèces qui s’en écartent au fur et à mesure, l’humain étant la voie qui va le plus loin pour tenter d’accomplir le plus complètement possible son patrimoine génétique. Annick de Souzenelle, qui m’a beaucoup inspiré, a une phrase magnifique à ce sujet : elle dit que l’ADN, c’est Adonaï (« le Seigneur » en hébreu), qui vient s’incarner pour tenter de se réaliser.

C’est une vision mystique qui correspond bien, symboliquement, à une réalité : l’humain est celui qui prend son barda – son patrimoine génétique – et qui vient sur Terre pour le travailler et le réaliser, avec son humanité. Et il se retrouve en quelque sorte « sous une tunique de peau », c’est-à-dire caché à lui-même, ne voyant pas ce qu’il est.

Le romancier Bernard Werber le dit très bien, avec sa saga sur les anges, cette fois de façon imagée et non plus mystique. Nous sommes cachés à nous-mêmes et ne voyons habituellement que l’apparence, le conscient ordinaire, l’organique et le psychologique. La lecture symbolique permet, elle, d’aller plus loin.

N.C. : Admettons que mon corps ait une dimension symbolique et que les maladies soient un langage. À quoi ça m’avance-t-il, quand je suis malade, de connaître le symbole représenté par cette maladie ou cet organe affecté ?

O.S. : Bonne question. Tout dépend d’abord de votre état organique, qu’il faut toujours considérer en premier. Plus largement, vous posez le problème de la connaissance : elle n’est efficace que si elle est à la mesure de votre capacité à la recevoir. Mais elle est aussi le propre de la vie humaine, comme le montre le fameux Arbre dans la Bible. Vivre, c’est entrer dans la connaissance.

Celle des fondamentaux de l’évolution, dont je parlais, puis toute celle qu’apportent l’expérience de la vie, les rencontres, les situations. Et c’est justement l’intérêt des symboles, car ils parlent à tous les niveaux de culture ou de conscience. Lorsqu’un médecin se penche sur le symbolisme du corps humain, il réalise très vite qu’il est en train de s’ouvrir à une autre dimension de l’aide thérapeutique.

Avec un double risque, cependant : trop générale, cette connaissance n’est pas efficace ; trop précise, elle est enfermante, limitante et donc, un jour ou l’autre, fausse. Il faut l’utiliser comme un canevas, comme une grille de lecture. Je qualifierais celle-ci par la notion de mouvement : je pense que chaque organe a une fonction et un mouvement.

N.C. : Prenons un exemple concret, supposons que je souffre du foie.

O.S. : Les problèmes de foie sont très souvent liés à la famille, mais il faut une lecture symbolique un peu plus approfondie pour comprendre pourquoi. Le foie est un organe extrêmement important, plus encore que le rein, il intervient dans pratiquement tous les métabolismes. Il constitue notre usine énergétique, nous permet de gérer notre vie matérielle et quotidienne.

Il représente donc notre « économie », ce qui implique forcément la famille, mais aussi la maison, l’argent, la nourriture, la façon dont nous survivons pratiquement. Voilà le cadre général.
Pour illustrer comment ce cadre fonctionne pour chacun, j’emploie souvent cette image : les maladies, c’est « paroles et musique ». La musique est la même pour tous – par exemple, le foie est l’organe de notre économie – mais les paroles diffèrent pour chacun, selon son histoire et son bagage génétique.

L’économie elle-même peut souffrir de mille maux différents : problèmes d’approvisionnement, mauvaise gestion, direction déficiente, distribution anarchique… Et puis la famille ne signifie pas la même chose si vous avez 2 ans ou 40 ! Quand on aborde le symbolisme sous cet angle, on permet de faire apparaître à la conscience, au niveau où elle peut le recevoir, les systèmes de croyances et les différents types de difficultés rencontrées.

Car au fond, comment le vécu s’inscrit-il symboliquement dans le corps ? L’être humain est dans une double dimension. À la naissance, quelque chose nous dit que l’enfant « sait », de façon innée, ce qu’est l’amour. Par ailleurs, son corps lui offre toutes les fonctions fondamentales pour assurer sa vie. Entre ces deux pôles – sa connaissance de l’amour et sa survie animale -, il va créer des ponts.

N.C. : C’est-à-dire ?

O.S. : L’enfant va interpréter ce qu’il rencontre en fonction à la fois de cette connaissance humaine innée de l’amour, et de sa capacité physique, encore faible. Et en interprétant, il va progressivement « inscrire » son apprentissage dans son corps. Et toute la question de cet apprentissage sera de savoir ce qui est juste, au sens de réel et au sens d’efficace. Avoir peur de sortir dans la rue à un an, c’est juste. À 20 ans, c’est un problème !

N.C. : Concrètement, ça veut dire quoi : « il inscrit son apprentissage dans son corps » ?

O.S. : La découverte fine des mécanismes physiologiques de l’« inscription » sera certainement l’un des grands chantiers scientifiques du XXI° siècle. Une chose est sûre : nous utilisons systématiquement notre corps pour nous aider, quand nous n’arrivons pas à vivre un événement.

Or, les organes qui nous servent ainsi d’assistance semblent spontanément choisis pour des raisons symboliques : l’estomac sera touché pour ce qui tout ce qui concerne le verbe “digérer” (ne pas digérer une situation aussi bien qu’une substance), le sein pour tout problème correspondant au verbe “nourrir” (au propre comme au figuré), etc.

Tout se passe comme si les événements inaccomplis restaient mémorisés dans notre corps, inscrits dans des organes précis. Exemple simple : si vous marchez habituellement sur un sol agressif, de la corne se formera sous vos pieds, pour vous protéger ; mais vous pouvez aussi voir apparaître cette corne sans cause matérielle, juste parce que vous vous sentez agressé dans la vie dès que vous voulez avancer, évoluer ; et cette fausse protection vous fera mal quand vous marcherez avec des chaussures !

Il s’agit donc de trouver quelles fausses protections nous rendent malades. Une forme de conscience organique nous propose ainsi un jeu de piste vers nous-même. Nos secrets sont cachés dans notre corps. Ce qui rejoindrait le sens des fameuses « tuniques de peau » dont parle Annick de Souzenelle…

Ce processus était déjà connu par les fondateurs de l’homéopathie, il y a deux cents ans, et  même par les acupuncteurs d’il y a trois mille ans. Henri Laborit  a brillamment éclairé ces aspects psycho-neurologiques, montrant comment, face à un obstacle, un individu explore soit la lutte, soit la fuite, soit l’invention d’une solution imaginaire… qui pourra s’inscrire dans son corps.

Le Pr Antonio Damasio, qui enseigne la neurologie à l’université de l’Iowa, a montré dans ses ouvrages (L’erreur de Descartes, Le sentiment de soi, Spinoza avait raison…) le lien entre pensées, émotions et réactions organiques. Mais nous n’en sommes qu’au début. Les prouesses du Pet-Scann nous permettent désormais d’explorer nos circuits de pensée et ce champ s’étend tous les jours.

Ainsi, on pensait que, symboliquement, l’herpès pouvait apparaître dans des situations où l’on vit mal le risque de séparation inhérent à toute relation. Eh bien, on vient de découvrir qu’un virus de la famille de l’herpès secrétait une substance agissant dans le cerveau en diminuant la sensation de souffrance morale.

De même, on proposait symboliquement que la sécrétion d’insuline avait un rapport avec les problèmes touchant la paternité et la masculinité : on vient de découvrir que le gène de l’insuline intervenait aussi dans la différentiation sexuelle masculine, en coopération
avec le chromosome Y.

N.C. : Finalement, ne rejoignez-vous pas ceux qui parlent de l’humain comme d’un fantastique bio-ordinateur ?

O.S. : Ce terme témoigne encore d’une vision trop mécaniste et réductionniste. L’être humain a plusieurs niveaux de compréhension et de fonctionnement. D’un côté, il s’appuie sur sa physiologie, qui assure son fonctionnement quotidien. C’est une part animale, relativement déterminée, qu’on peut en effet qualifier de bio-ordinateur. Mais une autre part de l’homme dépasse totalement ce niveau. Elle relève de la conscience. Homme-UniversC’est elle qui, depuis la nuit des temps, a inspiré les mythes, l’art, le sentiment religieux… Or, il semble que ce niveau, la conscience, soit le véritable chef d’orchestre de notre fonctionnement. Entre le bio-ordinateur et la conscience se trouve une part « non écrite », où l’être humain pose ses choix de vie, sa liberté d’être qui lui est si spécifique. Ce sont les trois niveaux de la vie en nous : l’animal (bio-ordinateur prédéterminé), l’ange (conscience) et entre les deux, jetant des passerelles (sublimes et parfois désespérées), l’humain (page blanche sans déterminisme). L’un des grands bouleversements que les recherches d’avant-garde de ces dernières décennies nous ont apportés est la découverte d’une correspondance fine entre l’inscription symbolique de nos problèmes dans nos organes et la façon dont ces organes ce sont formés lorsque nous étions embryon. On retrouve en effet en embryologie les trois niveaux que je viens d’évoquer : l’animal, l’humain et l’ange !

A suivre…

Entretien avec le docteur Olivier Soulier par Sylvain Michelet pour le magazine Clé

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La crise est avant tout une crise de sens

Et si la crise que nous traversions n’était pas seulement financière, écologique ou technologique, mais aussi, et avant tout, une crise de sens ? C’est la réflexion menée par le philosophe Emmanuel Desjardins dans Prendre soin du monde

Crise de sens

En quoi la crise que nous traversons est-elle avant tout une crise de sens ?

Emmanuel Desjardins : En tant qu’individus, nous nous interrogeons : le monde dans lequel nous vivons a-t-il un sens ? Qu’est ce qui sous-tend les actions collectives ? Où va ce navire sur lequel nous sommes tous embarqués ?

Depuis le Moyen-Age, et particulièrement depuis la Révolution française, l’Occident tout entier était tendu vers le projet d’un monde sans souffrances, libéré du tragique.

Le progrès, avec des moyens nouveaux -progrès de la science, de l’instruction, de la démocratie…- devait participer à l’instauration d’un monde meilleur, d’un paradis sur terre. Aujourd’hui, ce projet moteur n’est plus crédible. La direction dans laquelle nous allons ne nous paraît plus si claire.

Qui peut encore croire à un monde où il n’y aurait ni guerres, ni violences, ni misère, ni dictature ? Ni catastrophes naturelles, ni maladies, ni morts ? Le tragique s’étale devant nous, et nous ne savons pas qu’en faire.

Quelles étaient les limites du projet du « paradis sur terre » ?

Emmanuel Desjardins : Ce projet promettait un monde parfait, mais il tenait surtout compte des besoins matériels de l’être humain. Le bonheur tenait au confort, à la sécurité… Cette approche ne prenait pas en compte le besoin de grandir de l’homme, son aspiration à la spiritualité, à la culture. Elle occultait aussi sa capacité à grandir dans l’épreuve.

Prenons l’exemple de l’accompagnement des mourants. Dans les années 60, on pensait que le progrès arriverait à vaincre les maladies. La mort était un sujet on ne peut plus tabou. Les mourants et leurs proches se trouvaient démunis devant l’épreuve.

Alors que l’accompagnement des mourants peut être une période très constructive, l’occasion de se réconcilier avec soi-même, de retrouver ses proches, de se dire ce que l’on ne s’est pas encore dit… De créer du sens au cœur de l’épreuve, en s’y confrontant. Oui, le réel est tragique, mais en y donnant du sens, la joie y est possible.

La crise peut-elle nous donner des raisons d’espérer ?

Emmanuel Desjardins : Elle apportera, comme toute crise, son lot de bienfaits et de souffrances. En attendant, elle est là parce que l’on a occulté des difficultés. Elle est le fruit du court terme. Les tensions se sont accumulées, des signes précurseurs sont apparus, mais nous n’avons pas voulu les regarder en face, préférant croire que l’on pouvait faire n’importe quoi, quelques soient les conséquences.

Le sens du long terme a été considérablement perdu, à cause de cet égoïsme aveugle qui consistait à dire je consomme et je jouis maintenant, et après moi le déluge… Mais l’un des avantages d’une crise, c’est qu’elle nous conduit à nous remettre en cause, au niveau individuel, comme collectif. Et maintenant que l’on ne peut plus occulter les difficultés, il va falloir retrouver un projet moteur, un sens.

L’avenir fait quand même bien peur…

Emmanuel Desjardins : Bien sûr. Il est incertain, rempli de menaces. Mais quand on se trouve confronté à une difficulté, la fuir n’aide en rien à la résoudre. Cette crise nous bouscule, c’est certain, et tous, moi y compris, nous aimerions entendre que tout va bien.

A partir de là, il faut se garder de tomber dans deux écueils : le premier est l’illusion de la toute-puissance, le second, la résignation. Non, tout ne va pas bien ; oui, nous pouvons encore faire quelque chose. Et l’expérience prouve qu’à chaque fois que des hommes ont fait front commun face aux épreuves, des solutions créatrices ont toujours émergé.

Dans votre livre, vous évoquez « l’éveil » lié à la spiritualité, en opposition à une « vie dans le sommeil ». Pensez-vous qu’avec la crise les hommes vont s’éveiller ?

Emmanuel Desjardins : Tous les hommes, je ne sais pas. Il y aura de la résistance. Il y a des gens qui ont intérêt à ce que le monde aille mal. Par exemple, certaines multinationales, certains dictateurs, terroristes, ou des groupes de pression puissants. Pour être efficaces, nous aurons à mélanger deux stratégies.

L’une, plus individuelle, d’éveil -c’est là le rôle de la spiritualité. Chacun doit se remettre en cause. Mais ce n’est pas pour autant qu’il y aura forcément du changement. La remise en cause de chaque individu y contribuera mais ne suffira pas. Il faut en plus des actions politiques de type classique où l’on prend des risques, comme Martin Luther King a pu le faire, et qu’un véritable combat s’engage entre les conflits d’intérêts –les écolos face aux pollueurs, par exemple.

La crise a déjà provoqué des changements de comportements chez nombre de nos semblables. Peut-on dire qu’elle nous pousse à revenir à l’essentiel ?

Emmanuel Desjardins : Absolument. A une forme d’essentiel, de lucidité, de profondeur. Et à cette complexité de l’être humain qui lui permet de grandir, de se structurer, d’être fier de lui. Trop souvent, nous compensons une difficulté intérieure en nous réfugiant dans le paraître, la séduction, la consommation, la sensation, la vitesse… Tout cela pour tenter d’y échapper.

Actuellement, nous ne pouvons plus recourir à toute cette frénésie, notamment de
consommation : nous nous retrouvons face à face avec la difficulté. C’est là qu’intervient le lien entre écologie et spiritualité : il ne suffit pas de dire aux gens qu’il faudra consommer moins ou différemment, il faut aussi proposer des outils de travail intérieur qui permettent de transformer la frustration première que l’on ressent, en richesse intérieure.

Et ainsi permettre à chacun de se reconnecter avec des besoins plus profonds, plus spirituels : le besoin d’être, de relation, de sens, de qualité, de beauté, de vérité…

Quels sont ces outils ?

Emmanuel Desjardins : Beaucoup existent déjà, mais sont souvent mal diffusés. A commencer par les bienfaits d’un psychothérapeute compétent face à une crise intérieure.

Vous dites que « la prise de conscience est planétaire, que des millions de gens de par le monde explorent des solutions nouvelles » mais que ce qui manque encore à ce mouvement d’ensemble, c’est la conscience de l’unité qui fait la force ». Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ?

Emmanuel Desjardins : Il existe de nombreuses initiatives, mais l’ensemble reste disparate. C’est comme si un arbre faisait des tas de fleurs différentes… Qu’est-ce qui unit le patron qui explore un nouveau modèle de relations plus humaines au sein de son entreprise à celui qui trouve une solution, comme en Allemagne, pour recycler les déchets et transformer le compost en gaz pour faire rouler les cars ?

Le rejet de l’illusion de la toute puissance et du manichéisme. Mais au niveau positif, ce mouvement n’est pas encore représenté. La classe politique est, par exemple, très en retard sur le sujet. Ce qui serait intéressant serait de voir émerger un grand parti écolo doté d’une véritable vision de l’homme.

Reste-t-il une place pour le rêve dans ce monde troublé ?

Emmanuel Desjardins : Oui, si l’on entend par rêve, le fait non pas de fuir la réalité, mais de la vivre, en allant jusqu’au bout de soi-même, de ses projets et aspirations, d’être vraiment soi-même.

Propos recueillis par Margaux Rambert

Prendre soin du monde, Survivre à l’effondrement de ses illusions, d’Emmanuel Desjardins, Éditions Alphée

 

Les crises génèrent des forces créatrices

Toute crise porte en elle un risque et une chance, affirme Edgar Morin, sociologue et philosophe. Le risque, vraisemblable, de voir le marasme s’amplifier. La chance, peut-être, de nous réinventer pour construire un avenir meilleur. Son livre, La Voie, est une invitation à réveiller l’espoir, la fraternité, l’amour.

Papillons

Psychologies : Nous vivons, dites-vous, « une crise de l’humanité qui ne parvient pas à accéder à l’humanité »…

Edgar Morin : Nous avons longtemps cru que la science pouvait résoudre les grands problèmes du monde. Si elle a suscité des applications bénéfiques, elle a également produit les armes de destruction massive et des possibilités de manipulation des gènes aux effets incertains.

La technique a, elle, permis d’asservir les énergies naturelles, mais aussi les humains. L’économie a produit des richesses, mais aussi des misères inouïes. Son manque de régulation permet le déchaînement des côtés les plus sombres de l’individualisme.

À cela se combine l’aggravation de diverses crises enchevêtrées, manichéismes aveugles, hystéries de guerre. Nous avons quitté la foi dans le progrès. Notre confiance en l’avenir a laissé la place à une incertitude immense et à un vide existentiel qui nous font recourir aux psys, aux sagesses traditionnelles, à tous les marabouts qui pourraient apaiser nos esprits désemparés. Plus que jamais, l’état du monde nous renvoie à la question fondamentale d’améliorer les relations humaines.

Quelles sont, malgré tout, vos raisons d’espérer ?

E.M. : S’il est probable de voir l’accélération des phénomènes en cours nous mener vers l’abîme, l’improbable réinvention de la société est aussi possible. Car là où croît la désespérance croît également l’espérance. De tout temps, l’humanité a aspiré à l’harmonie. Cette aspiration a irrigué le socialisme, l’anarchie, Mai 68.

Elle irrigue aujourd’hui l’écologie. Les crises ont cette vertu de générer des forces créatrices en même temps qu’agissent des forces régressives. La globalisation constitue à la fois le pire et le meilleur qui soient arrivés à l’humanité : pour la première fois sont réunies les conditions d’un dépassement de notre histoire faite de guerres s’aggravant jusqu’à permettre le suicide global de l’humanité.

Il y a interdépendance accrue entre chacun et tous – nations, communautés, individus. En dépit des processus d’homogénéisation qui tendent à détruire les diversités, les métissages culturels se multiplient, accroissant notre conscience d’appartenir à une même terre patrie, sans que cette « patrie » nie les patries existantes, mais au contraire les englobe.

Cette conscience constitue le terreau d’un nouvel humanisme planétaire, dont nous pouvons espérer qu’il permettra de faire face à nos problèmes communs – santé, faim, préservation de la biosphère, protection des richesses culturelles, économie soutenable… – et de donner lieu au grand rendez-vous du donner et du recevoir dont parlait Léopold Sédar Senghor.

Percevez-vous déjà les signes d’un changement ?

E.M. : Tout a recommencé sans que nous le sachions. Pas à la manière d’une révolution, plutôt d’une métamorphose. Nous en voyons d’innombrables exemples dans le règne animal : la chenille qui s’enferme dans une chrysalide entame un processus d’autodestruction qui est à la fois auto reconstruction, pour former un papillon qui n’est autre que la chenille sous une forme nouvelle.

L’idée de métamorphose est plus riche que l’idée de révolution. Elle en garde la radicalité novatrice, mais la lie à la conservation de la vie, des cultures, des sagesses. Il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales,
dans le sens de la régénération économique, sociale, éducationnelle ou éthique.

Elles partent de la base, d’initiatives déviantes, marginales, souvent invisibles et dispersées. Elles constituent pourtant le vivier du futur, pourvu qu’elles parviennent à se conjuguer pour
former une voie nouvelle, laquelle ferait reculer l’hégémonie de l’économie et du calcul au profit d’une plus grande solidarité.

Comment pouvons-nous, chacun, contribuer à la métamorphose ?

E.M. : Elle n’est possible que par une réforme globale. Changer l’économie ne sert à rien si l’on ne change pas l’éducation ou la santé, mais il faut le faire aussi. Tout est lié. L’objectif n’est plus le développement des biens matériels, de l’efficacité, de la rentabilité, du calculable.

Il est à un retour sur ses besoins intérieurs, à la stimulation de nos aptitudes à comprendre autrui, notre prochain et notre lointain, à retrouver un temps long et non chronométré. À nous de travailler à relier, à encourager les initiatives auxquelles nous croyons. À inventer, en marchant, notre propre chemin.

L’important est de connaître le problème humain fondamental. Nous avons longtemps cru que c’était le bonheur. Or le bonheur est fragile, éphémère. Que disparaisse un être aimé et notre bonheur se meurt.

Le véritable but, à mon sens, est la poésie de la vie. Il ne s’agit pas de lire des poèmes, aussi magnifiques soient-ils. Mais de vivre dans l’exaltation de soi, dans l’exaltation de l’amitié, de la fête, de la communauté.

Par opposition à cela, la prose est ce qui nous ennuie : payer ses factures, perdre sa vie à la gagner. Le politique a oublié nos vérités fondamentales. Mais la société résiste, elle veut de l’amour, des loisirs, de la communion, des apéros géants !

La philosophie de « la voie », c’est de se donner les moyens de réaliser la poésie de sa propre vie. Et, chemin faisant, de ressusciter l’espérance pour générer non pas le meilleur des mondes, mais un monde meilleur.

Propos recueillis par Laurence Lemoine

Edgar Morin est directeur de recherche émérite au CNRS et président de l’Association pour la pensée complexe (APC), dont le but est de promouvoir la transdisciplinarité. Il est l’auteur, notamment, de Dialogue sur la nature humaine, avec Boris Cyrulnik Éditions de l’Aube, de Comment vivre en temps de crise ?, avec Patrick Viveret Bayard, et La Voie : Pour l’avenir de l’humanité, Éditions Fayard

Pourquoi avons nous besoin de mentir

Mentir, c’est mal. Nous le savons, nous le répétons assez à nos enfants. Pourtant, nous passons notre vie à faire de petits ou gros arrangements avec la réalité. Pourquoi ? 

pinocchio

Jamais, sans doute, le parler vrai n’a été plus tendance. Depuis la scène politique, jusqu’aux confessions intimes livrées à grand renfort d’autobiographies et de plateaux télé : il n’y en a plus que pour ceux qui affirment dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, les personnalités
« vraies », « sincères », « nature », etc.

La psychologue Claudine Biland met ce phénomène sur le compte d’une peur très actuelle, celle d’être manipulé : « C’est typique, paradoxalement, d’une époque inondée par l’information ; plus on nous en dit et plus on veut en savoir, mais plus, aussi, on doute de la véracité de ce que l’on nous révèle ! » Un cercle vicieux : qu’y a-t-il de plus suspect, en effet, qu’un discours commencé par « Franchement… » ou « Très sincèrement… » ?

A chacun sa vérité

Le psychanalyste Juan-David Nasio est catégorique : « Il est impossible de parler complètement vrai. » Cela, explique-t-il, tient d’abord à la nature même du langage : « Dès lors que nous utilisons la parole, nous sommes condamnés à ne pas tout dire, car les mots ne reflètent jamais toute la vérité ; il y a toujours une partie de celle-ci qui reste cachée, inaccessible à la parole. »

Dire la vérité, toute la vérité, signifierait être dans un rapport direct avec la réalité. Or, assure le psychanalyste, « nous sommes toujours dans l’interprétation »… Donc dans le mensonge ?
« Cela signifie plutôt qu’il n’y a de vérité que subjective et affective. »

Exemple : votre meilleure amie vous demande ce que vous pensez de sa nouvelle coiffure. Ayant promis de ne jamais lui mentir, vous lui avouez : « Elle est ratée. » Mais une tierce personne pourrait lui dire l’inverse avec autant d’honnêteté. D’ailleurs, vous-même, un autre jour, soumis à d’autres humeurs, vous pourriez tout à fait trouver que sa nouvelle coiffure lui va comme un charme.

Ou bien estimer que dans de telles circonstances, être sincère serait lui faire remarquer que la coloration est réussie ou que la coupe lui donne un air plus sérieux, etc. Preuve que c’est toujours, comme le dit l’écrivain Luigi Pirandello dans sa pièce de théâtre éponyme, « chacun sa vérité », selon les affects et les personnes engagés.

Un acte réflexe

Il n’empêche : suivre « sa » vérité reviendrait à ne jamais (se) mentir. Impossible encore, poursuit J.-D. Nasio : « Nous sommes incapables de ne pas mentir. » Bien sûr, certains mensonges consistent en un détournement conscient et volontaire de la vérité dans le but de tromper l’autre.

Mais ceux-là, assure le psychanalyste, restent très minoritaires. Au quotidien, la majorité de nos mensonges sont « des actes réflexes, instinctifs, auxquels on a recours pour se protéger ». De quoi ? « D’une atteinte physique, morale, matérielle ou psychique (honte, perte d’estime de soi…).

En un mot : pour protéger la relation établie avec autrui. On ment par peur d’être privé de l’amour, au sens large, de l’autre. » Selon lui, le mensonge est d’abord « un acte défensif ». De fait, ceux qui ont tendance à dire tout ce qu’ils pensent sont avant tout très sûrs d’eux, assure le psychanalyste : « Ils ont une telle confiance en eux qu’ils ne sont pas retenus par la crainte de perdre l’amour de l’autre. »

Une marque de respect

Jouer avec la vérité serait ainsi indispensable à la vie en société : « Cela fait partie des conventions sociales », explique Claudine Biland. Vous saluez votre collègue par : « Ça va ? » S’il était décidé à dire toute sa vérité, l’autre vous répondrait en détail : « Pas totalement, je m’inquiète pour tel dossier que je dois boucler, j’ai peur de ne pas finir à temps »…

Mais il ment : « Très bien merci, et toi ? » Preuve non pas de malhonnêteté, mais au contraire de considération et de respect : « Bien communiquer, explique la psychologue, c’est savoir prendre en compte l’autre et ce qu’il est prêt à entendre. » En d’autres termes, c’est savoir mentir ou, du moins, ne pas dire toute notre vérité.

Preuve que, décidément, toute vérité a sa contrevérité, cette théorie s’oppose à celle du psychothérapeute américain Brad Blanton. Ayant mis au point la méthode dûment nommée Radical Honesty (http://www.radicalhonesty.com), il est convaincu que c’est en apprenant à dire absolument tout ce qui nous passe par la tête sans aucune censure que nous pouvons apprendre à nous connaître et à connaître les autres. Se décharger des pensées et autres jugements qui nous tourmentent serait, selon lui, le seul moyen de vivre des relations authentiques. A vérifier…

Vérité ou sincérité ?

Le grand menteur se trahit par des signes physiques et quelques caractéristiques psychiques. Psychologue sociale et spécialiste en communication non verbale, l’auteur nous aide à le reconnaître.

En attendant, Claudine Biland assure que mentir, par politesse ou omission, « ne nous empêche pas d’être sincères ». La sincérité n’a en effet rien, ou presque, à voir avec la vérité : tout dépend de la façon dont nous désirons nous positionner par rapport à l’autre.

Prenant l’exemple du mari qui, par amour pour sa femme et pour ne pas la perdre, décide de ne pas lui avouer qu’il lui a déjà été infidèle, la psychologue assure que « tout en mentant, cet homme reste sincère par rapport à ce qu’il considère comme étant sa vérité la plus profonde, à savoir qu’il ne veut pas blesser et risquer de perdre sa femme ».

Ainsi, son mensonge révèle une vérité plus essentielle pour lui et pour son couple. C’est ce que confirme Juan-David Nasio, en rappelant que, pour la psychanalyse, la parole délibérément fausse en dit au moins autant que la parole vraie. Mieux, « le mensonge est lui-même vérité : vérité d’un
désir ». Bien avant Freud, le philosophe Pascal nous avait prévenus : « Le contraire de la vérité n’est pas une erreur, mais une vérité contraire. »

Un apprentissage social

La capacité à mentir apparaît naturellement vers 4 ans : l’enfant comprend qu’il n’est pas transparent, que les adultes ne connaissent pas tout de lui.

C’est le début de la découverte de l’intimité, qui va s’affirmer tout à fait vers 7 ans. Il assimile le fait qu’il a des pensées secrètes et que toutes n’ont pas à être exprimées. Ainsi, grâce à l’éducation qu’il reçoit (« On ne dit pas ça aux gens », « On ne parle pas de ces choses-là », etc.), fait-il peu à peu l’expérience du non-dit. C’est la première forme de mensonge.

Puis, il découvre qu’il peut également dire autre chose que ce qui est : c’est le mensonge au sens où on l’entend couramment. En se socialisant, et selon les règles morales qu’on lui inculque, il apprendra à jouer toute la gamme du « craque » : depuis le mensonge pieux jusqu’au gros canular en passant par le mensonge de sollicitude.

Nos motivations principales

Le psychanalyste Juan-David Nasio dresse pour nous la liste des dix premières raisons qui motivent nos mensonges.

– Pour ne pas faire de peine à l’autre
– Pour défendre ceux que l’on aime
– Pour protéger son intimité
– Par timidité
– Pour obtenir le vrai (en prêchant le faux)
– Pour éviter une réprimande ou une punition
– Pour paraître plus fort ou meilleur.
– Par intérêt matériel
– Par plaisir ou par jeu
– Par médisance

Anne-Laure Gannac 

A lire :

Le Mensonge des enfants de Paul Ekman, préface de Juan-David Nasio
Psychologie du menteur de Claudine Biland Odile Jacob
 

 

Les dangers de l’auto mensonge

Si un petit mensonge blanc ne fait en général de mal à personne, il en est tout autre des mensonges profonds que l’on se fait à soi-même. Dans son livre Du mensonge à l’authenticité, Marie Lise Labonté prévient des conséquences que l’auto mensonge peut avoir sur la reconnaissance de soi.

Auto mensonge

Nous pouvons tenter de nous mentir à nous-mêmes, mais il y a toujours une partie de nous qui sait que nous nous mentons. Cette partie est notre corps, siège de l’inconscient. Souvent, lorsque nous sommes enfermés dans le mensonge, notre corps nous adresse des signaux, notre inconscient nous envoie des rêves nous informant qu’un temps de sincérité et d’honnêteté avec soi serait approprié pour notre santé physique et mentale.

Si nous refusons ces signes qui nous interpellent pour attirer notre attention, nous pouvons avoir l’impression que notre corps est notre ennemi et qu’une partie de nous tente d’avoir raison sur nous. Nous sommes alors aveugles ou sourds. Nous aimerions tellement que notre monde intérieur se mente à lui-même, tout comme nous le faisons avec notre personnalité.

Heureusement pour nous et malheureusement pour notre ego, notre corps et notre inconscient portent en eux une sagesse, une partie intacte qui sait que nous sommes dans le leurre, même si nous croyons que nous faisons les bons choix. Cette partie ne nous ment pas, même si nous nous mentons à nous-mêmes. Notre corps et les dimensions inconscientes en nous sont les amis de notre sincérité profonde. Ils sont nos guides vers l’authenticité.

Nous avons tous le droit de mentir et nous avons nos raisons pour le faire. Mais, à la longue, mentir blesse le corps et l’âme. Il y a un prix à payer pour utiliser le mensonge comme outil de protection, de manipulation ou de pouvoir. Ce prix est une inauthenticité envers les autres, mais avant tout et surtout envers soi-même, ce qui n’est pas sans conséquences physiques, émotionnelles et psychiques.

Mentir cause du stress. Il y a décharge hormonale, libération d’adrénaline, sueurs, anxiété. Les menteurs chroniques s’habituent à ces symptômes physiques, s’y identifient jusqu’à les cultiver, car ces symptômes peuvent engendrer une accoutumance semblable à certaines drogues. (…)

Nous mentir à nous-mêmes nous éloigne de notre propre vérité et creuse un fossé entre les parties de soi qui « savent » et les autres parties qui font semblant de ne pas savoir. Se mentir à soi-même est souvent accompagné d’un retour vers des compulsions telles que l’alcool, le sexe, la drogue physique ou affective.

Ce phénomène est pernicieux, car le fait de nier une vérité intérieure engendre d’importantes frustrations, beaucoup d’irritation et de colère dirigée contre soi. Ces expériences émotionnelles sont souvent suivies d’un sentiment de désespoir et de séparation intérieure.

Pour notre personnalité consciente, ces émotions sont douloureuses, c’est pourquoi nous pouvons ressentir le besoin urgent de combler cet état de frustration par la compulsion. La satisfaction est alors immédiate et elle anesthésie la partie de nous qui sait la vérité.

Plus le degré de colère contre nous est élevé, plus durement nous pouvons utiliser la compulsion pour nous punir, nous faire souffrir. C’est un cercle vicieux d’autopunition. Si nous prenons le cas de Mylène, l’achat de magnifiques vêtements satisfait sa personnalité, mais vide son compte de banque.

La sensation excitante des achats compulsifs est comme un anesthésiant qui lui permet de faire face au fait qu’elle vient encore une fois de se mentir à elle-même. Cette anesthésie ne sert qu’à endormir la souffrance reliée à l’acte de se mentir.

Lorsque Mylène est venue me voir pour sa première consultation, elle était consciente de cette autodestruction, mais elle y était enfermée. La prise de conscience est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas toujours suffisant pour s’en sortir.

A l’opposé de Mylène, pour beaucoup, l’auto mensonge n’est pas un acte conscient. Au contraire, il peut s’agir de bons vieux réflexes d’autoprotection, de survie, qui sont devenus des habitudes comportementales non réfléchies. C’est là que le mensonge blesse. Le mensonge envers soi-même n’est pas innocent dans l’écologie intérieure : il entraîne des conséquences qui bouleversent notre être.

La blessure de se mentir

La blessure du mensonge ressemble à une compresse de gaze qui au début remplissait sa fonction. Une compresse de gaze recouvre et protège une plaie, réalisant un pansement qui prévient l’infection. On peut retirer périodiquement ce pansement pour permettre à la plaie de respirer, ce qui favorise la cicatrisation.

Imaginons maintenant que la compresse est laissée en place pendant des mois et que la plaie n’est plus traitée. Que se passera-t-il ? La plaie s’infectera et la gaze s’amalgamera à la chair. Si l’on tentait alors de retirer le pansement brusquement, on arracherait la peau, laissant une nouvelle plaie encore plus grande que la première.

Cette description peut choquer, car l’image est forte. Il n’empêche que se mentir à soi-même, c’est comme mettre des pansements sur une plaie qui s’infecte, alors que cette souffrance ancienne aurait plutôt besoin de vivre à l’air libre, dans une expression juste de soi.

Se mentir laisse en place une blessure de non reconnaissance de soi. Elle crée en nous un doute profond sur notre authenticité et perturbe gravement la relation de confiance de soi à soi, confiance pourtant nécessaire dans la construction de notre réelle identité.

Du mensonge à l’authenticité, Marie-Lise Labonté Éditions de l’Homme (Février 2014 ; 176 pages)

Source Inrees

Intelligence émotionnelle appliquée à nos relations

Oiseau miroir

Le couple

Savoir écouter et s’exprimer sans rester sur la défensive, faire preuve d’empathie, être attentif aux sentiments cachés derrière les paroles, être capable de se remettre rapidement de la « submersion » provoquée par un débordement émotionnel.

La méthode du « miroir » permet de se mettre à l’écoute des sentiments de l’autre. Lorsque l’un des conjoints émet une doléance, l’autre la reformule en ses propres termes, en essayant de saisir non seulement la pensée, mais aussi les sentiments qui lui sont associés.

Celui qui « fait le miroir » s’assure auprès de l’autre que sa reformulation est juste. Dans le cas contraire, il recommence jusqu’à ce qu’elle le devienne, ce qui, en pratique, n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

Le fait d’être « reflété » avec exactitude procure non seulement le sentiment d’être compris, mais encore celui d’être en harmonie. Cela suffit parfois à désamorcer une attaque imminente et empêche les discussions de s’envenimer.

L’art de s’exprimer sans rester sur la défensive consiste avant tout à faire en sorte que les doléances ne se transforment pas en critiques personnelles.

Communication efficace : « Quand tu as fait X, j’ai ressenti Y, et j’aurais préféré que tu fasses Z ».

Précautions à prendre pour qu’une discussion ne dégénère pas :

  • S’en tenir au sujet de la discussion
  • Faire preuve d’empathie
  • Réduire la tension

Le management, une affaire de cœur   

Le stress rend les gens idiots.

Conséquences bénéfiques pour le travail des aptitudes de base de l’intelligence émotionnelle :

  • Être en harmonie avec les sentiments d’autrui
  • Être capable de régler les désaccords avant qu’ils ne s’aggravent
  • Être capable de travailler en état de fluidité

Diriger, ce n’est pas dominer, c’est savoir persuader les autres de travailler pour atteindre un but commun.

Bénéfices à retirer de trois applications différentes de l’intelligence émotionnelle :

  • Aptitude à exprimer des griefs sous forme de critiques fécondes
  • Capacité de créer une atmosphère dans laquelle la diversité est un atout plutôt qu’une source de friction
  • Efficacité dans l’utilisation des réseaux

Le feed-back sert à savoir si l’on effectue son travail correctement ou s’il a besoin d’être mieux ajusté aux objectifs, amélioré ou orienté dans une direction entièrement différente.

Carotte

L’efficacité, la satisfaction et la productivité des gens dans leur travail dépendent de la manière dont on évoque avec eux les problèmes ennuyeux.

La critique destructrice : les critiques prennent la forme d’attaques personnelles au lieu d’être présentées comme des problèmes à résoudre. L’une des formes les plus courantes de la critique destructrice consiste à laisser tomber des remarques lapidaires comme : « vous êtes en train de vous planter ».

Beaucoup de dirigeants ont la critique facile mais sont avares de compliments, et leurs subordonnés ont le sentiment qu’on leur fait des remarques sur leur travail seulement lorsque « ça ne va pas » ; le feed-back est inexistant et la frustration s’accumule jusqu’à l’explosion.

S’il avait formulé ses critiques plus tôt, l’employé aurait été en mesure de remédier au problème.

Les critiques ont un effet destructeur : au lieu de préparer une action correctrice, elles produisent un contrecoup : l’individu éprouve du ressentiment et de l’amertume, il se met sur la défensive et prend ses distances.

La critique constructive : une critique habile est un des messages les plus utiles qu’un supérieur puisse émettre. Une bonne critique insiste sur ce que la personne a accompli et sur ce qu’elle peut encore accomplir.

La croyance de base qui conduit à l’optimisme est que les revers ou les échecs résultent de circonstances que nous pouvons modifier.

L’art de la critique est indissociable de celui de la louange :

  • Rester précis : expliquer à la personne ce qu’elle a bien fait, ce qu’elle a mal fait, et comment elle peut faire mieux
  • Proposer une solution : la critique doit ouvrir la porte à des possibilités et à des options dont l’individu n’avait pas conscience, ou simplement le sensibiliser à des insuffisances dont il doit s’occuper, mais elle doit comporter des suggestions sur la façon de régler ces problèmes
  • Être présent
  • Être sensible : faire preuve d’empathie, sentir l’impact de ce que l’on dit et de la manière dont on le dit

Conseils au destinataire des critiques :

  • Considérer la critique comme une information précieuse qui lui permettra de s’améliorer, et non comme une attaque personnelle
  • Veiller à ne pas adopter une attitude défensive et d’assumer ses responsabilités. Si l’expérience est trop éprouvante, il vaut mieux demander le report de la discussion, le temps de « digérer » les remarques et de se calmer un peu
  • Voir dans la critique l’opportunité de travailler ensemble à la résolution du problème

Les réseaux informels

Trois catégories :

  • Réseaux de communication (qui s’adresse à qui)
  • Réseaux d’expertise (à qui demander conseil)
  • Réseaux de confiance

Les meilleurs éléments d’une organisation sont bien souvent ceux qui sont étroitement connectés à tous les réseaux, qu’ils soient de communication, d’expertise ou de confiance.

Outre la maîtrise de ces réseaux essentiels, le savoir-faire organisationnel prend d’autres formes :

  • Aptitude à coordonner efficacement ses efforts lors du travail en équipe
  • Capacité de voir les choses du point de vue des autres – collègues ou clients
  • Aptitude à promouvoir la coopération tout en évitant les conflits
  • Avoir un rôle de premier plan dans l’obtention d’un consensus
  • Avoir un talent de persuasion
  • Prendre des initiatives
  • Être motivé pour assumer des responsabilités dépassant ses attributions
  • S’autogérer, être capable d’organiser son temps et de remplir ses obligations professionnelles
  • Cultiver l’intelligence émotionnelle collective

Enfant

L’enfant

Partout dans le monde, les enfants sont aujourd’hui plus perturbés psychologiquement que dans le passé – plus solitaires et déprimés, plus indisciplinés et coléreux, plus nerveux et inquiets, plus impulsifs et agressifs.

La solution réside dans une façon nouvelle d’envisager ce que l’école peut accomplir pour éduquer la personnalité de l’élève, tant sur le plan intellectuel qu’affectif.

Un jour, l’éducation visera à inculquer des aptitudes humaines essentielles comme :

  • La conscience de soi
  • La maîtrise de soi
  • L’empathie
  • L’aptitude à se motiver ou à persévérer dans l’adversité
  • L’aptitude à maîtriser ses pulsions et à attendre avec patience la satisfaction de ses désirs
  • La capacité de conserver une humeur égale et de ne pas se laisser dominer par le chagrin au point de ne plus pouvoir penser
  • La capacité d’espérer
  • L’art de faire attention à autrui
  • L’art de résoudre les conflits
  • La capacité de se débarrasser de sa mauvaise humeur
  • Le sens de la coopération

Le sentiment qu’a l’enfant de sa valeur personnelle dépend pour beaucoup de sa réussite scolaire. 

Ce qui permet d’entretenir l’amitié : l’empathie, le contrôle des pulsions et la maîtrise de la colère.

Pour faciliter le contrôle des pulsions :

  • Marque un temps d’arrêt, calme-toi et réfléchis avant d’agir
  • Expose le problème et explique comment tu te sens.
  • Donne-toi un but positif
  • Imagine un grand nombre de solutions
  • Pense aux conséquences possibles
  • Passe à l’action en appliquant le meilleur plan

L’enfant doit marquer un temps d’arrêt chaque fois qu’il est, par exemple, sur le point d’en frapper un autre ou de se vexer ou encore de fondre en larmes. Cela lui permet d’adopter une attitude plus mesurée en suivant un ensemble de conseils concrets. Et, quand le contrôle des pulsions désordonnées est devenu une habitude, on est mieux armé pour affronter l’adolescence et l’âge adulte.

Résolution des problèmes grâce au modèle « SOCS » – Situation, Option, Conséquences, Solutions – en quatre étapes :

  • Exposer une situation et expliquer les sentiments qu’elle éveille en soi (état interne)
  • Réfléchir aux diverses options permettant de résoudre le problème et leurs conséquences
  • Choisir une option
  • L’appliquer

La synthèse du livre de Daniel Goleman Comment transformer ses émotions en intelligence
par Emmanuelle Fiton-Hellier, coach à http://www.saphirme.com/

Je vous recommande aussi son très beau et riche blog où vous trouverez quotidiennement des citations inspirantes : http://louvertureducoeur.wordpress.com/