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L’autodérision : La porte ouverte vers l’acceptation

Changer de regard sur soi, rire et faire rire : l’humour a toute sa place en thérapie. Être capable d’autodérision prouve que l’on a gagné en flexibilité psychique et su mettre en place des mécanismes d’autoguérison.

Clown

D’un côté, des acteurs comiques qui font leur « coming out psychique » : Guillaume Gallienne déclarant que la psychanalyse lui « a sauvé la vie », ou Ben Stiller et Jim Carrey révélant que leur bipolarité a été le sel de leur art. De l’autre, des psychothérapies qui se veulent moins austères.

Et l’on constate que l’humour trouve désormais une place essentielle dans de nombreuses méthodes. Rien d’étonnant : être capable de rire de soi prouve que l’on a su prendre de la distance et évoluer du pire vers le « pas si grave que ça ». Comme Groucho Marx, qui, tout burlesque qu’il était, a pondu l’une des meilleures formules pour exprimer une basse estime de soi : « Je ne supporterais pas d’entrer dans un club qui m’accepterait comme membre ! » En une pirouette, il était parvenu à rendre acceptable son mal-être.

L’autodérision serait-elle une clé en psychothérapie ?

« Attention, il ne s’agit pas du comique moqueur, voire vengeur, que l’on entend beaucoup dans les médias français, avertit Jean-Christophe Seznec, psychiatre et co-auteur de Pratiquer l’ACT par le clown (Dunod, 2014), qui utilise parfois des techniques de clown auprès de ses patients.

Là où le cynisme n’amène que jugement et manque d’engagement dans la vie, le jeu et l’humour sur soi revitalisent et permettent de prendre de la hauteur pour faire des choix. » Pour être autoguérisseuse, l’autodérision n’en est pas pour autant ce « rire protection » que certains utilisent pour « faire se gondoler la galerie », prête alors à tout leur pardonner simplement parce qu’ils sont « tellement drôles »… Elle n’est pas non plus autohumiliation. Non, pour être thérapeutique, cet humour-là emprunte des chemins plus escarpés : ceux de l’authenticité et de la bienveillance.

Savoir émouvoir les autres

L’autodérision nécessite d’abord une excellente connaissance de soi. Celui qui rit de lui-même sait combien il est râleur, ou peureux, ou arrogant. Quelles que soient ses failles, il ne les dénie pas, mais les accueille et les conscientise.

Jean Touati, hypnothérapeute qui fait une grande place à l’humour dans ses interactions avec les patients, remarque que les anxieux sont précisément les plus habiles à développer cette clairvoyance sur eux-mêmes : « Étant dans le contrôle, ils sont capables de regarder leurs pensées angoissées et de les mettre en scène… Le prototype de ce talent névrotique, c’est Woody Allen. » En revanche, précise- t-il, les patients en dépression ou psychotiques ne peuvent pas être candidats à l’autodérision.

Cette lucidité sur soi, Audrey Élie, infirmière de 34 ans, est parvenue à l’acquérir grâce à deux années de formation à l’école de clown du Samovar. « Au début, dans ce cours, je ne cherchais rien de thérapeutique, raconte-t-elle. Mais, en apprenant à faire rire de mes faiblesses, j’ai dû aller fouiller au fond de moi…

Et j’y ai trouvé bien des singularités refoulées. » Sa lenteur, sa tendance à être distraite, son côté
« bien sérieuse », elle en a fait les traits comiques de son personnage, Doris, son « moi version burlesque » sur scène. Comme ses compagnons apprentis clowns que l’on voit progresser dans le formidable documentaire Tout va bien (voir le lien), Audrey a appris pendant de longs mois
à « montrer tout ce que l’on cache d’habitude dans la vie de tous les jours » et à en apprécier le potentiel. Car savoir émouvoir les autres avec ses failles peut devenir un trésor.

Favoriser une relation authentique

« Moi qui ai toujours eu beaucoup de tics contre lesquels j’ai lutté pendant toute mon adolescence, je me suis rendu compte que je touchais particulièrement le public lorsque je les accentuais, confie Audrey. Ce qui me faisait souffrir est devenu un cadeau. » Pour atteindre cette transformation quasi alchimique et accepter ce que l’on rejetait de soi, rien de mieux que le partage permis par le rire.

« Ce “raccourci émotionnel”, ainsi que le définissait Freud, est un formidable outil, estime Jean-Christophe Seznec. Rire de soi avec un autre permet de toucher à la vulnérabilité de tous les humains. Le clown, comme celui qui donne à voir sans barrière ses fragilités, éveille
la tendresse. »

On peut favoriser cette autodérision en séance. Mais, pour y parvenir, le thérapeute ne doit pas hésiter à montrer qu’il est lui aussi capable d’assumer sa singularité : « Comme cette chemise rouge criard que je porte ce matin, ou ma tignasse décoiffée, s’amuse le psychiatre.

Ce qui donne de la gravité au praticien, c’est le regard qu’on porte sur lui et non la réalité. Moi, je montre au patient qu’on est libre d’adopter un autre regard et d’en jouer, cela amène au détachement et à l’humour. » Jean Touati, plus « classique », invite ses patients à « entrer dans le jeu » : « Je peux rebondir avec une blague, une parabole, un aphorisme sur leurs propos ; je peux prendre ma guitare, chanter ou les inviter à chanter…

Mêlées à une empathie véritable, ces surprises favorisent une relation authentique, en elle-même thérapeutique. » Un cadre rassurant est alors posé pour que l’humour déploie ses effets bienfaisants. Jean-Christophe Seznec suggère en séance de « faire l’hélicoptère », c’est-à-dire de prendre de la hauteur sur ses objets de souffrance.

C’est un ancien dépressif qui a eu cette idée : écrire des sketchs pour venir à bout de ses ruminations. David Granirer, éducateur qui enseignait la stand-up comedy (à traduire par
« lève-toi et fais rire » !) dans un collège canadien, avait constaté combien les séances d’autodérision faisaient du bien aux ados mal dans leur peau.

Il a donc créé un programme appelé « Stand up for mental health ». Douze semaines pendant lesquelles des personnes atteintes de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), d’addictions ou de phobies viennent en parler sur scène, après avoir écrit des prestations qui donnent lieu à un immense show final. Outre les vidéos de chaque « comique » accessibles sur YouTube, un film présente les étapes qu’ils doivent franchir pour parvenir à faire rire. Son titre : Cracking Up
(« craquer »).

« Je leur propose d’appeler par un prénom leurs personnages intérieurs symptomatiques, par exemple, complète le psychiatre. Ainsi, je peux leur dire : “Tiens, c’est le retour de Gérard l’obsessionnel aujourd’hui”, ou de Robert le plaintif… Nous en rions ensemble, et la séance peut avancer. »

Le thérapeute doit aussi savoir manier avec tact et imagination l’art de la provocation. Et Jean Touati de raconter comment cette patiente, alourdie par une plainte lancinante sur elle, s’est
« réveillée » de cette lamentation : « Elle avait débuté cette première séance par une longue litanie : “Je n’ai pas d’amies, tout le monde me fuit, je m’ennuie avec les autres, personne ne m’aime…” »

Rompant avec la convenue « écoute bienveillante », le thérapeute l’a alors interrompue :
« Eh bien, c’est sûr, ça ne fait que cinq minutes que je vous écoute, et vous êtes franchement pénible ! » Lui répondant par un sourire, elle comprit alors qu’elle allait pouvoir sortir de ses errances thérapeutiques pour enfin, ici, commencer à changer.

Avoir partagé ses failles, dans un atelier ou en séance, est la porte ouverte vers l’acceptation. Comme le clown qui, en mettant son nez rouge, est prêt à passer à une autre dimension de lui-même – « il redevient l’enfant, le poète du moment présent, l’être authentique bien ancré dans son corps, rappelle Jean-Christophe Seznec. Il quitte tous les “il faut que”, la rigidité psychologique qui nous mine.

Celui qui est capable d’autodérision lâche sur son ego et son image ; et il sait qu’il n’y a rien à perdre puisque c’est ainsi qu’on l’aime ». Ainsi, l’autodérision et l’acceptation profonde de soi qu’elle apporte opèrent un réel « déformatage ». Celui qui ose dire sa vérité peut laisser tomber certaines normes qui l’entravaient.

« Pensez à Charlie Chaplin et au merveilleux clown qu’il incarne, propose le psychiatre. Il montre que l’on peut s’appuyer sur ses souffrances pour renaître plus libre. » Un phare pour tous ceux qui savent que, parfois, rien n’est plus sérieux qu’une bonne tranche de rire.

Véronique Dahl

Tout va bien (1er commandement du clown), documentaire de Pablo Rosenblatt et Émilie Desjardins. http://www.telerama.fr/cinema/films/tout-va-bien-1er-commandement-du-clown,488407.php

http://www.lesamovar.net/accueil

Et vous ? http://test.psychologies.com/etes-vous-drole

 

Toutes les réponses dont nous avons besoin reposent toujours en nous

Toile

Prendre conscience de ses scénarios

J’emploie fréquemment le terme « scénario » pour référer aux pensées ou à leurs séquences qui, nous en sommes persuadés, sont réelles. Un scénario portera sur le passé, le présent ou l’avenir ; il concernera la manière dont les choses devraient être, pourraient être, ou leur raison d’être.

Les scénarios jaillissent en notre esprit des centaines de fois par jour – lorsque quelqu’un se lève sans mot dire et quitte la pièce ; si une personne ne vous sourit pas ou ne retourne pas votre appel, ou quand un étranger sourit effectivement ; avant d’ouvrir une lettre d’importance ou après avoir éprouvé une sensation bizarre dans la poitrine ; quand votre patron vous fait mander dans son bureau ou que votre associé s’adresse à vous sur un ton obscur. Les scénarios sont des théories non démontrées, non investiguées, qui accordent une interprétation à ces faits. Nous ne sommes même pas conscients que ce ne sont que des hypothèses.

Un jour, en pénétrant dans les toilettes des femmes d’un restaurant près de chez moi, une dame sortit de l’unique cabine. Nous avons échangé un sourire et, en refermant la porte, je l’ai entendue se mettre à chanter en se lavant les mains. « Quelle voix délicieuse » songeai-je.

Puis, en l’entendant sortir, j’ai remarqué que le siège était mouillé. « Comment peut-on être si grossier ! » me dis-je. « Comment a-t-elle réussi à uriner partout sur le siège ? S’est-elle mise debout dessus ? »

Brusquement, j’ai compris qu’elle était en réalité un homme, un travesti, chantant faux dans les toilettes des dames. L’idée m’est venue de la/le poursuivre pour l’avertir du dégât qu’il/elle avait laissé derrière. En nettoyant le siège, j’imaginais tout ce que je lui dirais. Puis, j’ai tiré la chasse. L’eau a giclée de la cuvette en éclaboussant tout le siège. Et je me suis mise à rigoler toute seule.

Dans le cas présent, le cours normal des événements fut assez bon de me dévoiler mon scénario avant que les choses n’aillent plus loin. D’habitude, ce n’est pas le cas ; avant de découvrir l’investigation, je n’avais aucun moyen de stopper ce type de processus mental.

Des scénarios insignifiants en engendraient de plus importants, et ces derniers donnaient naissance à des théories majeures sur la vie, sur tout ce qui n’allait pas et sur les périls de notre monde. J’ai fini par être trop angoissée et déprimée pour quitter ma chambre à coucher.

Si vous opérez à partir de théories non investiguées au sujet de ce qui se passe et que vous n’en êtes même pas conscient, alors vous êtes dans ce que je nomme « le rêve ». Cet état prend souvent des allures troublantes ; parfois, il tourne même au cauchemar.

À ces moments-là, il vaut peut-être mieux évaluer la justesse de vos théories en leur appliquant le Travail. Celui-ci élague toujours une partie de votre scénario désagréable. Qui seriez-vous sans ce scénario ? Quelle partie de votre monde est composée de fictions non analysées ? Vous ne le saurez jamais, jusqu’à ce que vous les investiguiez.

Débusquer la pensée qui sous-tend la souffrance

Je n’ai jamais éprouvé de sentiment stressant qui n’était pas le résultat d’un attachement à une idée fallacieuse. Derrière chaque sensation désagréable se cache une pensée qui n’est pas vraie pour nous. « Le vent devrait cesser de souffler. » « Mon mari devrait être d’accord avec moi. » Nous avons une pensée qui contredit la réalité, par la suite nous éprouvons l’émotion stressante qui en découle, nous agissons animés par celle-ci, ce qui engendre encore davantage de stress pour nous-mêmes.

Plutôt que de cerner la cause originelle – la pensée -, nous tentons de transformer le sentiment en cherchant à l’extérieur de nous. Nous essayons de changer l’autre, ou nous nous jetons dans le sexe, la bouffe, l’alcool, les drogues ou l’argent afin d’obtenir un soulagement éphémère et l’illusion d’être aux gouvernes de notre vie.

Comme il est facile de se laisser emporter par une sensation accablante, il est donc utile de se souvenir que toute impression stressante fait office de signal d’alerte bienveillant nous avertissant que nous nous empêtrons dans un rêve. La dépression, la douleur et la peur sont des dons du ciel qui nous rappellent de sonder notre attitude mentale à l’instant, que nous vivons une fiction qui n’est pas vraie pour nous.

Le fait de vivre un mensonge est systématiquement stressant. Mais si nous n’écoutons pas le signal d’alarme, nous tentons de modifier et de manipuler la sensation en cherchant la solution à l’extérieur de nous. C’est pourquoi j’affirme qu’un signal vous informe que vous avez une pensée qui vaut la peine d’être investiguée.

Et le fait d’examiner une pensée fallacieuse grâce au Travail vous conduira toujours vers celui ou celle que vous êtes vraiment. Il est douloureux de croire que vous êtes quelqu’un d’autre que celui ou celle que vous êtes, de vivre une fiction autre que le bonheur.

Si vous placez votre main dans le feu, est-ce que vous avez besoin qu’on vous dise de la retirer ? Faut-il en prendre la décision ? Non. Quand votre main se met à brûler, elle réagit. Il n’y a nul besoin de la guider ; elle se meut toute seule. De manière analogue, une fois que vous avez saisi, par l’examen, qu’une pensée fallacieuse provoque de la souffrance, vous vous en éloignez.

Avant la pensée, vous ne souffriez pas ; quand elle apparaît, vous avez mal ; si vous reconnaissez que celle-ci n’est pas vraie, alors la souffrance se dissipe à nouveau. Voilà comment le Travail opère. « Comment dois-je réagir lorsque cette pensée se manifeste ? » La main dans le feu. « Qui serais-je sans cette pensée ? » Elle se retire des flammes.

Nous constatons la présence de la pensée, ressentons la main qui brûle et, tout naturellement, nous reprenons la position originelle ; nul besoin de nous le faire dire. Et la prochaine fois que cette pensée reviendra, le mental s’éloignera automatiquement du feu. Le Travail nous invite à prendre conscience du principe de cause à effet interne. Si nous l’identifions, toute notre souffrance se dénoue d’elle-même.

L’investigation

L’investigation est, dans mon vocabulaire, synonyme de Travail. Elle consiste à soumettre une pensée ou un scénario aux quatre questions et à l’inversion (expliquées ICI http://thework.com/sites/thework/francais/letravail.asp). Il s’agit d’une méthode permettant d’enrayer la confusion et d’instaurer une paix intérieure, même dans ce monde de chaos apparent. Avant tout, ce processus revient à réaliser que toutes les réponses dont nous avons besoin reposent toujours en nous.

L’investigation va au-delà de la simple technique : elle anime, depuis le tréfonds de nous-mêmes, un aspect inné de notre être. Si vous vous y adonnez pendant quelque temps, elle prend vie en vous. Elle surgit au moment même où les pensées font leur apparition, en tant que contrepartie et condisciple.

Cette collaboration interne vous donne la clarté et la liberté nécessaires pour vivre comme un observateur bienveillant, fluide, téméraire, amusé, un étudiant de vous-même et un ami qui ne manifestera nul ressentiment ni aucune critique ou rancune.

La paix et la joie s’immiscent, tout naturellement, sans faute, et irrévocablement dans chaque coin de votre mental, dans chacun de vos rapports et chacune de vos expériences. Le processus est subtil au point que vous n’en avez pas de perception consciente. Vous constatez simplement que là où la douleur régnait, celle-ci s’est désormais volatilisée.

Byron Katie

http://thework.com/sites/thework/francais/

Extrait du livre Aimer ce qui est: Quatre questions qui peuvent changer votre vie par Byron Katie avec Stephen Mitchell

Byron Katie : Aimer ce qui est

Gouttes de pluie

 « Le Travail vous permet de vous tourner vers l’intérieur pour y découvrir votre propre bonheur et goûter ce qui existe déjà en vous, immuable, constant, présent à jamais, qui vous attend éternellement. Il n’y a nul besoin d’un maître ; vous êtes ce maître tant attendu. Vous êtes celui qui peut mettre un terme à votre souffrance.

Je répète souvent: « N’accordez foi à aucune de mes paroles. » Je tiens à ce que vous découvriez ce qui est vrai pour vous, pas pour moi. Plusieurs personnes estiment tout de même que les principes ci-dessous peuvent être utiles pour se lancer dans le Travail.

Observer quand les pensées se querellent avec la réalité

Nous ne souffrons que lorsque nous adhérons à une pensée qui est en conflit avec la situation telle qu’elle est. Lorsque l’esprit est parfaitement clair, ce qui est correspond à ce que vous désirez.

Si vous souhaitez que la réalité soit différente de ce qu’elle est, autant essayer d’enseigner à un chat comment aboyer. Malgré tous vos efforts, vous vous retrouverez à la fin devant un chat qui vous dévisagera en faisant « Miaou ». Vous pouvez passer le reste de votre vie à tenter de le faire, mais vouloir apprendre à un chat à japper est tout simplement futile.

Si vous prêtez attention, vous constaterez que vous avez ce genre de pensées des dizaines de fois par jour. «Les gens devraient être plus charitables. » « Les enfants devraient bien se comporter. » « Mes voisins devraient mieux entretenir leur pelouse. » « La queue à l’épicerie devrait avancer plus vite. » « Mon mari (ou ma femme) devrait être d’accord avec moi. » « Il faudrait que je sois plus mince (ou plus jolie ou plus populaire). »

Ces pensées représentent le désir que la réalité soit autre que ce qu’elle est en ce moment. Déprimant n’est-ce pas ? Voilà comment prennent racine le stress, la frustration et la dépression.

Après m’être éveillée à la réalité en 1986, j’étais la femme qui s’était fait l’amie du vent, disait-on souvent de moi. Barstow est une petite ville située dans le désert, là où le vent souffle inlassablement. Règle générale, personne ne peut le supporter ; certains ont même déménagé parce qu’ils n’en pouvaient plus.

La raison pour laquelle je me suis fait l’amie du vent – de la réalité – c’est que j’ai découvert que je n’avais pas le choix. Je me suis rendu compte qu’il était insensé de s’y opposer. Quand je me querelle avec la réalité, je suis perdante – à cent pour cent. Comment en suis-je arrivée à savoir que le vent doit souffler ? Parce qu’il souffle, voilà tout !

Les nouveaux venus au Travail me disent souvent: « Mais je perdrais mon pouvoir si je cessais de contester la réalité. Si j’accepte tout simplement la réalité, je deviens passif. Il est même possible que je perde toute motivation pour agir. » Je leur réponds par la question: « Comment savez-vous que c’est vrai ? Qu’est-ce qui apporte plus de pouvoir ? Affirmer « J’aurais voulu ne pas perdre mon travail » ou « J’ai perdu mon boulot, quels sont mes choix maintenant ? ».

Le Travail met en lumière le fait que la situation qui, à votre avis, n’était pas censée se produire devait avoir eu lieu. Malgré tout, elle le devait, puisqu’elle s’est produite, et aucune pensée au monde n’y changera quoi que ce soit. Ce qui ne signifie pas pour autant que vous devriez y consentir ou l’approuver.

Cela signifie simplement qu’il est possible de percevoir les faits sans résistance et sans la confusion découlant de votre lutte intérieure. Personne ne souhaite que son enfant tombe malade, personne n’a envie d’avoir un accident sur la route, mais quand ces infortunes surviennent, quelle utilité peut bien avoir le fait de débattre mentalement avec elles ? Nous savons très bien qu’il vaut mieux éviter cela, mais nous nous y livrons tout de même parce que nous ignorons comment y mettre fin.

Je suis amoureuse de la vie telle qu’elle est, pas parce que je suis un être spirituel, mais parce que le fait de me quereller avec la réalité me fait souffrir. Nous sommes forcés d’en conclure que la réalité est bien telle qu’elle est puisque, quand nous nous y opposons, nous vivons des tensions et de l’insatisfaction. Nous n’avons pas alors l’impression d’être naturels ou équilibrés. Si nous cessons de nous objecter à la réalité, alors l’action devient simple, fluide, bienfaisante et intrépide.

S’en tenir à ses affaires

Il n’existe que trois types d’affaires dans l’univers : les miennes, les tiennes et celles de Dieu.
(En ce qui me concerne, Dieu signifie « réalité ». La réalité est Dieu parce qu’elle est prépondérante. Tout ce qui ne relève pas de mon contrôle, du vôtre et de celui du reste du monde, je le nomme « les affaires de Dieu ».)

Une grande partie de notre stress découle du fait de vivre mentalement hors de nos propres affaires. Quand je pense : « Tu as besoin d’un travail, je veux que tu sois heureux, tu devrais arriver à l’heure, tu devrais mieux t’occuper de toi », je me mêle de tes affaires.

Quand je me tracasse au sujet de tremblements de terre, d’inondations, de la guerre ou du moment de ma mort, je me mêle des affaires de Dieu. Si je me place mentalement dans vos affaires ou dans celles de Dieu, il en résulte une séparation. J’ai tout de suite remarqué ce principe en 1986.

Quand je me dirigeais vers les affaires de ma mère, par exemple, avec une pensée comme « Ma mère devrait me comprendre », je ressentais aussitôt de la solitude. Et j’ai compris ceci : chaque fois au cours de ma vie que je m’étais sentie seule ou blessée, je m’étais trouvée dans les affaires de quelqu’un d’autre.

Feuille sous la pluie

Si, de votre côté, vous menez votre vie et que je vis mentalement la vôtre, qui donc vit
la mienne ? Nous sommes tous deux ailleurs. Le fait de me mêler mentalement de vos affaires m’empêche d’être présente aux miennes. Je suis dissociée de moi-même et je me demande pourquoi ma vie ne va pas bien.

Croire que je sais ce qui vaut mieux pour quiconque, c’est me trouver à l’extérieur de mes affaires. Même au nom de l’amour, ce n’est que pure arrogance, et cette attitude entraîne la tension, l’anxiété et la peur. Est-ce que je sais ce qui me convient ? Voilà où commencent et où finissent mes affaires. Je devrais m’y consacrer avant de tenter de résoudre vos problèmes à votre place.

Si vous saisissiez ces trois types d’affaires assez clairement pour arriver à vous en tenir aux vôtres, votre existence serait affranchie à un point que vous ne pouvez même pas imaginer. La prochaine fois que vous vous sentirez stressé ou mal à l’aise, demandez-vous de quelles affaires vous vous mêlez mentalement. Vous pourriez avoir une drôle de surprise.

Cette question vous ramène à vous-même. Et vous vous apercevrez que, finalement, vous n’êtes jamais vraiment présent, que vous avez toujours vécu mentalement dans les oignons des autres. Cette simple constatation suffit à vous ramener à votre propre soi si merveilleux.

Une fois que vous vous y serez exercé pendant quelque temps, vous prendrez peut-être conscience que vous n’avez pas d’affaires en propre et que votre vie se porte très bien toute seule.

Aborder ses pensées avec indulgence

Une pensée n’a d’effet que si nous y accordons foi. Nos pensées ne provoquent pas notre souffrance mais bien notre attachement à celles-ci. S’attacher à une pensée équivaut à la tenir pour vraie sans l’avoir examinée. Une croyance est donc une pensée à laquelle on s’attache souvent depuis des années.

La plupart des gens estiment qu’ils sont ce que leurs idées leur disent qu’ils sont. Un jour, j’ai remarqué que je ne respirais pas – j’étais respirée. Puis, j’ai noté également, à mon émerveillement, que je ne pensais pas – qu’en réalité j’étais pensée et que ce processus n’était pas personnel. Vous réveillez-vous le matin en décidant: « Aujourd’hui, j’ai l’intention de ne pas penser » ?

Trop tard, vous êtes déjà en train de penser ! Les pensées ne font qu’apparaître. Elles surgissent du néant et y retournent, semblables aux nuages se mouvant dans le firmament vide. Elles ne font que passer, ne demeurent jamais. Par elles-mêmes, elles n’ont aucun pouvoir jusqu’à ce que nous nous y attachions comme si elles étaient vraies.

Personne n’est jamais parvenu à maîtriser ce processus, même si plusieurs parlent de leurs expériences en ce domaine. Je ne me défais pas de mes pensées – je les aborde avec compréhension. Alors, c’est elles qui renoncent à moi.

Les pensées sont semblables à la brise, aux feuilles des arbres ou aux gouttes de pluie qui tombent. Elles apparaissent ainsi, et grâce à l’investigation, nous pouvons nous en faire des amies. Vous chamailleriez-vous avec une goutte de pluie ?

Celles-ci n’ont rien de personnel, pas plus que les pensées. Une fois que vous aurez abordé un concept douloureux à la lumière de la compréhension, il pourrait vous paraître simplement intéressant la prochaine fois qu’il se manifestera.

Ce qui était un cauchemar est désormais un phénomène intéressant. Un autre jour, il vous semblera drôle. Et par la suite, il pourrait bien passer tout à fait inaperçu. Voilà le pouvoir d’aimer ce qui est.

A suivre…

Byron Katie

http://thework.com/sites/thework/francais/

Extrait du livre Aimer ce qui est: Quatre questions qui peuvent changer votre vie par Byron Katie avec Stephen Mitchell
 

Accueillir l’émotion : La fin du refus

coeur-feu

« Il faut restaurer une perméabilité et un contact plus fluide avec nos émotions. Habituellement nous ressentons nos émotions lorsqu’elles nous dérangent. Le reste du temps, nous les tenons réprimées. La première étape consiste à nous ouvrir à l’émotion.

Puis il devient clair que l’émotion est un phénomène provenant de l’intérieur. Habituellement, nous sommes convaincus que l’extérieur déclenche l’émotion, alors qu’il la révèle seulement. Nous pouvons donc faire l’expérience que toutes les émotions demeurent présentes, en latence, même quand nous ne sommes pas en situation. En apprenant à accueillir l’émotion, je peux plus facilement lui dire « stop ».

Le refus est inhérent à l’émotion… car elle naît justement de ce décalage entre ce que j’attendrais et ce qui est. Dans mon esprit, la situation pourrait être autrement et je ne l’accepte pas directement telle qu’elle est. Je suis d’autant plus excité et joyeux d’être reçu à un examen, que je doutais du succès. Je compare subconsciemment avec la situation inverse où j’aurais pu échouer. Ce n’est pas une unité totale et immédiate avec la réalité.

Dans une émotion joyeuse comme dans une émotion de tristesse ou de peur, on retrouve toujours un élément qui implique que la situation pourrait être différente. On ne vit pas une acceptation inconditionnelle du « c’est ainsi », où l’émotion se transformerait en un sentiment de paix.

Un aspect central de mon travail de thérapeute est de détecter les refus au quotidien. Cela consiste à aider une personne qui ressent une tension à contacter la pleine mesure de son émotion, à découvrir le point le plus sensible, jusqu’à cette qualité d’acceptation inconditionnelle qui ramène l’unité et la paix intérieures.

Le but n’est pas de faire disparaître l’émotion mais le refus qui la sous-tend. L’acceptation permet de retrouver une circulation fluide, une véritable spontanéité, que l’émotion reste présente ou disparaisse.

Ce n’est pas une technique particulière mais plutôt un état d’esprit. C’est une intention de ne pas se protéger vis-à-vis de ce que nous portons en nous de plus dérangeant – certaines pulsions, certaines souffrances, ce que nous avons le plus de mal à accepter en nous. Ce sera le moment privilégié pour nous ouvrir à ces aspects conflictuels et douloureux, en les exprimant – à la différence de la méditation où l’on reste silencieux et statique.

L’expression sans retenue de ce que l’on ressent facilite le fait d’aller au cœur de l’émotion. Au plus aigu de la souffrance, si nous cessons de résister et si nous nous ouvrons, nous découvrons soudain la paix, le silence, l’immobilité. Arnaud Desjardins cite souvent cette parole: « Pour sortir de l’enfer, il faut sauter là où les flammes sont les plus hautes », comme dans l’Enfer de Dante où la sortie se trouve au centre de l’enfer et non à sa périphérie.

À partir du moment où nous avons affronté ce qui nous fait le plus mal, la peur de le ressentir disparaît. L’aspect dérangeant ne pose plus problème et s’intègre, qu’il persiste ou non. Tant que l’on sent une menace, c’est qu’il reste une dualité avec l’émotion : « D’un second naît la peur » disent les Upanishad.

A partir du moment où l’on se plonge tout entier, corps et âme, dans l’expérience douloureuse avec l’impression que l’on peut mourir, suffoquer et être complètement anéanti, on s’aperçoit que l’on n’est pas détruit et qu’il existe un niveau de conscience absolument intact, inaffecté par la souffrance.

Cette attitude commence à imprégner le quotidien et ouvre à la plénitude de la vie, car nous avons contacté ce niveau indestructible. Au lieu de fuir et d’éviter, nous nous laissons traverser par les vagues et les remous, sans être submergés ni noyés. »

Christophe Massin

Retrouver le meilleur de soi

Chemin vers soi

PasseportSanté.net – Selon vous, les gens sont-ils malheureux ?

Guy Corneau – Beaucoup de gens sont malheureux dans ce qu’ils font ou de la vie qu’ils mènent, car ils vivent en périphérie d’eux-mêmes. Plutôt que de s’identifier à leur être profond, ils développent toutes sortes de personnages qui leur servent de mécanismes de défense. Ils s’attachent à leurs « boucliers » au point de ne pouvoir les remettre en question.

Que ce soit la domination, la soumission, la compétition ou l’égoïsme, il s’agit là de bulles qu’on se crée pour se protéger, mais qui rendent dépendant du regard de l’autre – donc malheureux.

Surviennent alors les problèmes qui mènent à l’autodestruction, à la maladie et à toutes sortes d’écarts entre l’individualité de surface et l’individualité profonde.

PasseportSanté.net – Comment en arrive-t-on à oublier qui on est vraiment ?

Guy Corneau – À la base, il y a l’angoisse existentielle, qui découle d’une peur centrale chez l’être humain : la peur du changement, de la transition.

En fait, l’angoisse existentielle provient de la peur de naître. Parce que lorsqu’on vient au monde, on change radicalement d’état. On passe d’un milieu aquatique à un environnement aérien, d’une symbiose avec la mère à la nécessité d’indépendance. D’ailleurs, c’est révélateur : la plupart des enfants naissent très contractés.

L’origine de nos peurs n’est donc pas seulement liée à ce qui se passe durant notre enfance ou à l’éducation reçue, mais aussi à notre propre naissance.

PasseportSanté.net – Cette angoisse existentielle est-elle nourrie par l’environnement extérieur ?

Guy Corneau – Tout à fait ! La publicité, par exemple, est une immense machine de lutte contre l’angoisse existentielle. Elle comble un vide. Ce qu’il y a de fantastique et de troublant en même temps, c’est que porté par cette angoisse, on est prêt à croire, par exemple, que le burger qu’on cherche à nous vendre est une forme de paradis !

PasseportSanté.net –Comment retrouver son individualité profonde ?

Guy Corneau – D’abord, il ne faut rien changer ! Il faut plutôt se mettre en mode d’observation de soi : observer ses peurs, les accueillir sans juger, comprendre d’où elles viennent, comment elles se façonnent. Une fois qu’on a compris ses peurs, on peut se permettre de les dépasser et de s’affirmer.

On découvre alors que la meilleure façon d’exister, c’est d’abord d’exister à ses propres yeux. Faire ce qui a de l’importance pour soi, y accorder du temps et alimenter ses passions. Pour se ressourcer et être créatif, il faut la détente, la méditation, la contemplation… On se soustrait ainsi aux personnalités de surface qu’on a adoptées. Bref, cela va nourrir le meilleur de soi et faciliter le contact avec son individualité profonde.

PasseportSanté.net – Pour savoir qui on est vraiment, doit-on faire face à la solitude, une autre source d’angoisse ?

Guy Corneau – La crainte de la solitude vient de la personnalité de surface. Sur le plan de l’individualité, la solitude permet justement un contact plus profond, que ce soit avec la nature, avec le monde intérieur, avec la nourriture, les couleurs… En fait, on est très accompagné dans ce qu’on appelle la solitude.

Si l’on va dans la nature en solitaire, il se peut qu’on se sente seul durant les premières minutes. Mais après un moment, la nature finit par nous ouvrir à nous-même : on ne se demande pas pourquoi on existe, parce qu’on y retrouve notre appartenance à l’élan créateur de la vie !

PasseportSanté.net – C’est quand même difficile d’obtenir le meilleur de soi…

Guy Corneau – Pour la personnalité de surface, l’idéal est ce qu’il y a de pire parce qu’il est inatteignable par définition. Mais pour l’individualité profonde, cet idéal est motivant parce qu’il permet d’accomplir des petits buts, de marcher vers quelque chose de plus grand. C’est cette marche vers l’idéal qui devient nourrissante. Qu’il s’agisse de justice sociale, d’environnement ou de culture, la quête de son idéal permet d’utiliser ses talents pour quelque chose qui a du sens pour soi, qui rend la vie plus satisfaisante.

En somme, le but de la vie est de vivre intensément sa pulsion créatrice : on n’est pas ici pour s’ennuyer ni être malade. Si sa vie n’est pas satisfaisante, on se tourne alors vers une foule de compensations qui tendent vers cette intensité-là – sans jamais l’atteindre, bien entendu.

C’est pourquoi il faut revenir à des contentements plus simples, mais plus grands dans leur finalité. Changer de regard sur soi n’est pas forcément facile, mais ça permet de s’accepter, d’aller au-devant de grandes difficultés qui, tout à coup, prennent un sens.

Il faut regarder ce qui se passe en soi et aller davantage vers ses goûts profonds pour trouver une satisfaction de vivre.

 

 

De la névrose à la quête intérieure

Christophe Massin, est psychiatre-psychothérapeute. Sa pratique, le lying, est inspirée par l’enseignement d’Arnaud Desjardins et de son maître, Swami Prajnanpad.

Insconcient

Chaque fois que nous n’osons pas être nous-même, nous souffrons et c’est, je crois, la souffrance fondamentale, celle qui nous accompagnera jusqu’à nos derniers instants. Pour mieux apaiser cette souffrance et devenir nous-même, deux approches nous sont proposées : voie spirituelle et psychothérapie. Pourtant les buts et les moyens de ces deux démarches diffèrent radicalement. Sont-elles complémentaires ?

À l’âge de vingt ans, lorsque je me suis mis en quête de réponses à mon mal-être, j’ai préféré instinctivement un enseignement spirituel qui comportait un travail sur l’inconscient à une psychanalyse classique. Pourquoi ? Parmi les personnes que j’accompagne aujourd’hui dans leur thérapie, certaines viennent pour résoudre des difficultés et d’autres, avec le même genre de problèmes, ont en outre une aspiration spirituelle.

Où réside la différence entre les deux approches ? Théoriquement, la distinction est claire. La thérapie permet de mieux fonctionner dans l’amour et dans le travail – un fonctionnement plus harmonieux du moi, conciliant plaisir et réalité. La spiritualité vise à trouver une sérénité indépendante des aléas de la vie, au-delà des préférences du moi. C’est d’ailleurs la définition de la santé en sanskrit : svastha, littéralement « soi » stable.

Pratiquement, les limites sont beaucoup plus floues, et j’ai souvent observé un passage spontané d’une approche à l’autre, et même une véritable synergie. En cela, je ne partage pas davantage le point de vue de thérapeutes qui tiennent la spiritualité pour une fuite dans l’irréalité, que celui d’enseignants spirituels qui considèrent avec suspicion la thérapie – folie, à leurs yeux, que de se risquer à patauger dans les marécages de l’inconscient…

Dans les deux cas, on recherche la fin de la souffrance, mais de quelle souffrance s’agit-il et quels sont les moyens mis en œuvre ? Nous commençons une thérapie avec l’espoir de panser nos plaies, de nous délivrer de nos inhibitions ou de répétitions désastreuses, d’affirmer ce que nous sommes, enfin. Nous avons souffert de manques ou de chocs de l’existence que nous n’avons pas su intégrer, et avons tendance à incriminer la vie, les autres ou une part de nous jugée « mauvaise ».

Nous attendons du thérapeute écoute et compréhension. Peu à peu, nous découvrons que la source de notre malheur se trouve dans nos jugements, nos exigences et dans les deuils que nous avons refusés. Cette souffrance que l’existence nous a infligée dans l’enfance, nous la perpétuons, adulte, en conservant des réactions infantiles où nous nous croyons toujours impuissants et dépendants, victimes en un mot.

Notre moi recouvre peu à peu son unité, assouplit son fonctionnement, prend confiance en ses ressources et peut enfin assouvir ses désirs véritables. La joie apparaît et un bonheur plus durable naît de ces accomplissements.

Pourtant, au terme de cette démarche, certains se sentent encore insatisfaits, il manque quelque chose d’indéfinissable ; ou bien leur vie tarde à prendre le tournant qu’ils escomptaient, ils piétinent… Arrive alors le questionnement existentiel, spirituel : que manque-t-il ?

L’Absolu ? L’Amour ? Et là intervient le cheminement spirituel qui va examiner notre attitude à chaque instant, avec l’aide compétente d’un maître. Cette présence attentive met en évidence ce qui nous sépare de la vie : l’obstination du moi qui veut la vie à son idée et non telle qu’elle est.

Et le chemin consiste à cesser de se fermer, à lâcher la prétention du moi à commander la vie. Le bonheur qui découle de cette pratique inlassable est discret, puis il grandit et devient émerveillement et gratitude lorsque la certitude de n’être séparé de rien s’affirme. Aucun aspect de la vie n’en est exclu.

Comme un courant d’eau, il ne fait que se renforcer avec le temps. On comprend progressivement la différence avec le simple bonheur d’un moi plus épanoui, sujet à des revirements dès que la vie se montre plus dure.

À l’inverse de ceux que la thérapie n’avait pas comblés, nombre de disciples de voies spirituelles se sentent freinés par un moi souffrant, frustré, et auraient besoin d’une thérapie pour se réconcilier avec eux-mêmes comme avec la vie.

Sinon, les refus qui les habitent les dominent, malgré leurs efforts sincères : la colère, les désirs réprimés au nom de l’idéal spirituel grondent dans la profondeur, la peur, la tristesse du manque tendent à se projeter sur le maître et ils nourrissent envers lui une dépendance infantile.

Au mieux, ils « planent » au-dessus des réalités de la vie ; au pire, ils deviennent des proies pour le dogmatisme et le sectarisme, et rien ne changera s’ils n’en passent par un travail sur l’ombre et les désirs. Certes, nous connaissons l’exemple de sages ou de saints qui, après une jeunesse marquée par la souffrance, ont vécu un complet retournement ; pour eux, la force de l’expérience spirituelle a transcendé les disharmonies du moi, sans passer par la thérapie.

Chacun aussi a pu rencontrer des hommes « ordinaires » simplement heureux dans leur vie, qui n’ont néanmoins suivi aucune espèce de chemin. Je suis maintenant convaincu qu’hormis ces cas minoritaires, nous avons besoin, pour trouver un bonheur durable – un soi stable -, d’œuvrer à pacifier les blessures de notre ego grâce à la compréhension psychologique, tout en cherchant à dépasser ses limites et ses exigences, par une pratique spirituelle bien incarnée. Sinon, nous risquons fort de rester soumis à une névrose enjolivée de spirituel ou de tourner en rond dans une thérapie sans fin.

Mais, surtout, l’expérience de la psychothérapie m’a montré à plusieurs reprises qu’en profondeur ces deux approches tendaient à se rejoindre. Lorsqu’une personne touche le fond d’une émotion, qu’elle retrouve de tout son être – corps, cœur et esprit réunis – une souffrance aiguë du passé, il se produit une bascule d’ordre spirituel.

Je pense par exemple à certains revécus de naissance, où la terreur panique d’un étouffement mortel, le désespoir sans nom d’une absolue solitude, amène l’être aux confins de l’insupportable. Si, dans cet instant, la personne a le courage de ne pas fuir, le noyau de son ego se fissure, elle dépasse ses limites habituelles et touche dans son intériorité la réalité indestructible de la vie, la paix simultanément à la douleur.

Il arrive aussi que la thérapie fasse resurgir des instants privilégiés de l’enfance : le bébé, l’enfant jouit d’une proximité naturelle avec le sacré, expériences du silence, de la lumière, de la nature, de la joie sans cause qui avaient été enfouies en même temps que la souffrance par le refoulement.

Ces moments guérissent d’une manière plus radicale qu’une simple compréhension psychologique : le contact avec la vie nous fait percevoir nos tourments comme des manifestations de cette vie, et celle-ci les traverse en demeurant intacte.

Son attrait nous encourage à nous y abandonner davantage, nous pousse à nous réaliser, autant à travers notre personnalité que dans la dimension impersonnelle qui nous dépasse. Là, le bonheur devient passion de la vie, pour le meilleur comme pour le plus confrontant…

Christophe Massin pour le magazine Clés 

 

Accueillir le renouveau

Renouveau

La vie est renouvellement permanent que ce soit dans le cycle de la nature ou dans celui des humains. Le renouveau est ce qui est déjà né, qui existe déjà en nous et demande à renaître  à chaque fois que la conscience nous ramène dans la nouveauté du présent.

Ce que nous cherchons à incarner, à vivre (que ce soit sur le plan matériel affectif, santé, ..) ce à quoi nous aspirons existe déjà en soi comme une force qui cherche sa place dans le monde. Ce sont nos peurs qui freinent le processus en cours. Peurs légitimes  ou illégitimes, elles sont là, latentes ou aiguës héritées ou acquises, vécues et agissantes dans le corps.

Ces peurs qui nous dérangent

La peur est une émotion qui appartient à notre cerveau archaïque, celui qui nous alerte dès que notre sécurité est menacée en nous faisant réagir par réflexe devant un danger potentiel. Face aux dangers réels, la peur est notre alliée, c’est elle qui nous garde la vie sauve et permet la survie de l’espèce.Il convient donc dans un premier temps de rassurer le sentiment de peur cette partie de nous qui se réveille au moindre changement  modifiant les repères habituels.

Cette peur-là devient angoisse  face à la crainte du danger  mais sans menace  réelle. L’angoisse peut devenir troublante au point de torturer notre existence. Il peut s’agir de conséquence d’un traumatisme par exemple. L’angoisse est aussi un héritage connu de la mémoire familiale et collective.

Retrouver les chemins transgénérationnels de ce sentiment est aidant pour pouvoir libérer déjà une partie de ce dont nous sommes chargés. Bien souvent, il y a lieu d’explorer plus profondément les circonstances  pour sortir de l’angoisse qu’elle soit passagère ou plus installée.  

Certaines attitudes peuvent faciliter le retour à la confiance : – Se reconnecter à la situation du présent, et rester en conscience de ce qui se vit dans l’instant, dans ce que la situation  contient de bon, de positif, pour permettre  au corps de se poser et de sortir de l’agitation du mental. – s’enraciner dans le temps du corps en relation avec ce qui nous entoure dans la réalité

L’impasse et l’espace du passé

Le passé a été, et n’existe plus dans la réalité du présent. Il nous ramène dans les lieux connus de notre histoire, mais ne nous emmène nulle part si on y reste accroché, aliéné dans une nostalgie qui empêche le présent de prendre sa place. Ainsi le transgénérationnel illustre ces impasses dans les schémas répétitifs qui mènent à l’entropie.

Le passé vivant  est aidant pour transformer nos états intérieurs en mouvements constructifs vers le futur. Le passé vivant est un passeur qui a vocation de libérer ce qui s’est cristallisé  en ouvrant l’espace du présent dans une disponibilité à recevoir la vie telle qu’elle se présente.

De la reconnaissance à la renaissance

Pour renaître, il est nécessaire de reconnaître ce qui préside à la naissance. La filiation nous amène au monde à travers nos parents, mais nous sommes aussi les enfants de la Vie, de la puissance de Vie et lorsque nous renaissons, c’est cette filiation qui devient la part importante du chemin. Notre être a un besoin intrinsèque d’évoluer, de se déployer dans une attitude qui permet d’avancer, de nourrir la confiance et d’accueillir le renouveau.

Le renouveau prend des formes multiples, il se reconnaît à la vibration intérieure de la vie qui pulse et ouvre vers les possibles. Sentir, accueillir, conscientiser ce qui cherche à se manifester  et qui a été désiré est acte de libération pour l’être en soi. L’élan vers la vie, vers le monde, vers les autres est à chaque instant renouveau, dans ce que ça fait naître intérieurement de sentiments, de sensations, d’en-vies, et d’échanges constructifs avec le monde.

Dans les constellations, l’acte de reconnaître ce qui a été, ce qui est aujourd’hui permet d’accéder à la renaissance de ce qui devient possible, de faire éclore ce qui demandait à s’ouvrir à la vie. Cela passe, bien sûr, par revisiter les nœuds qui se sont formés au fil des générations, comprendre pour intégrer et faire de la place au futur. Le renouveau parle aussi de la place que l’on se donne, que l’on prend dans cette reconnaissance de son droit à l’existence et par là même de sa capacité à renaître à tout moment.

Maureen Boigen

L’Expérience de l’arbre – guérir des  mémoires familiales » Maureen Boigen, Éditions Chiron

http://www.psychogenealogie.com/