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Le vieux samouraï et le guerrier impatient

Cadeau d'insultes

Près de Tokyo vivait un grand samouraï, déjà âgé, qui se consacrait désormais à enseigner le bouddhisme Zen aux jeunes. Malgré son âge, on murmurait qu’il était encore capable d’affronter n’importe quel adversaire.

Un jour arriva un guerrier réputé pour son manque total de scrupules. Il était célèbre pour sa technique de provocation: il attendait que son adversaire fasse le premier mouvement et, doué d’une intelligence rare pour profiter des erreurs commises, il contre-attaquait avec la rapidité de l’éclair.

Ce jeune et impatient guerrier n’avait jamais perdu un combat. Comme il connaissait la réputation du samouraï, il était venu pour le vaincre et accroître sa gloire.

Tous les étudiants étaient opposés à cette idée, mais le vieux Maître accepta le défi.

Ils se réunirent tous sur une place de la ville et le jeune guerrier commença à insulter le vieux Maître. Il lui lança des pierres, lui cracha au visage, cria toutes les offenses connues – y compris à ses ancêtres.

Pendant des heures, il fit tout pour le provoquer, mais le vieux resta impassible. A la tombée de la nuit, se sentant épuisé et humilié, l’impétueux guerrier se retira.

Dépités d’avoir vu le Maître accepter autant d’insultes et de provocations, les élèves le questionnèrent :

– Comment avez-vous pu supporter une telle indignité ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre épée, même sachant que vous alliez perdre le combat, au lieu d’exhiber votre lâcheté devant nous tous ?

– Si quelqu’un vous tend un cadeau et que vous ne l’acceptez pas, à qui appartient le cadeau? demanda le samouraï.

– À celui qui a essayé de le donner, répondit un des disciples.

– Cela vaut aussi pour l’envie, la rage et les insultes, dit le Maître. Lorsqu’elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son cœur.

 

Origine inconnue –

Trouvé sur le blog :  http://facile-a-lire.fr/

Suivez votre intuition, elle vous donnera des ailes !

Dans un monde fait de papillons, d’étoiles et de magie, apparut un être vivant que personne n’avait jamais vu auparavant, un bébé !

Au fil des années, il grandit dans le chaos et la solitude, se forgea un caractère sur quelques expériences qui lui étaient données de vivre. Reclus, il vivait dans une caverne éclairée d’une couleur verte prédominante, juste à son goût. Il y faisait un peu froid, peu confortable pour lui, mais c’était son cocon.

Grotte

Un jour, la jeune pousse devenue enfant se confronta à une expérience toute nouvelle. Il reçu une visite… et quelle visite ! Celle d’une chenille. Elle s’était hissée jusqu’à l’ouverture de sa caverne, pourtant presque inaccessible. La chenille, attirée par la lumière verte, affrontant ses peurs du vide et de l’inconnu, avait réussi cet exploit !

Ce jour-là, l’enfant senti une présence, ce n’était pas comme d’habitude. Il s’empressa d’aller à l’entrée et y trouva cette chose, cette curiosité. Grâce à son instinct de survie, ni une, ni deux, il s’empressa de refouler son invité et de lui faire comprendre qu’il n’était pas le bienvenu. Sans discuter, la chenille rebroussa chemin. Elle comprit que le temps n’était pas encore venu.

Cette première rencontre fut un véritable chamboulement pour l’enfant… Il ne comprenait pas, ne savait que penser, mais il sentait que cette rencontre était importante.

Invariablement pendant quelques mois, la chenille se rendait chaque jour à l’entrée de la caverne. L’enfant lui, se cachait chaque fois que cette intruse faisait son apparition. La chenille savait pourquoi elle était là ! Ce rituel faisait partie de son initiation. Tant qu’il ferait froid dans cette caverne, elle ne serait pas la bienvenue…

C’est par une journée d’un soleil radieux qu’il se passa un événement incroyable. La chenille apporta un présent à l’enfant. Une attention qui allait tout changer ! C’était un morceau de miroir brisé dans lequel on pouvait deviner quelques reflets… Elle le déposa à l’entrée de la grotte afin que son propriétaire puisse le trouver.

Il ne fallut pas longtemps à l’enfant pour découvrir ce cadeau. Lui qui n’était jamais en contact avec ses semblables, il se regarda dedans. Et il se vit pour la première fois ! L’enfant de 40 ans savait désormais à quoi il ressemblait… Il se détesta, se sentit même offensé par la chenille et un mal-être l’envahit tout entier. Il n’avait rien demandé, rien du tout !

Quelques jours plus tard, la chenille pointa de nouveau le bout de son nez. Cette fois, c’est plein d’espoir qu’elle déposa à l’entrée de l’antre une luciole, toute douce, toute belle. L’enfant, bien qu’agacé de toutes ces visites, ne pût s’empêcher d’aller chercher son présent du jour.

Il l’emmena avec lui dans un endroit un peu sombre et la lumière éclaira tout ce qui l’entourait au quotidien. Même le morceau de miroir brisé. L’enfant, surpris mais curieux, s’approcha et se regarda de nouveau… La lumière éclairait son visage d’une rare douceur.

C’est avec soin qu’il examina chaque partie de son visage, chaque trait, chaque imperfection, chaque asymétrie. Il fronça longuement les sourcils et, agacé, décida d’aller dormir ! En se couchant, il se dit que cette fois c’était décidé, il devrait se confronter à la chenille. Il avait la ferme intention de comprendre pourquoi elle l’avait choisi, lui.

Au matin, la chenille écouta son intuition qui lui avait glissé que le moment était venu. Arrivée au terme de sa longue ascension jusqu’à l’entrée de la grotte, elle vit l’enfant qui se tenait là, droit comme une tour de pierre rigide au regard sévère. Il avait dans sa main droite le morceau de miroir ; dans la gauche la luciole et sa lumière dont la source était inépuisable.

Le face à face pouvait commencer car les deux acteurs étaient prêts !

– L’enfant : « Que me veux-tu ? »
– La chenille : « J’ai besoin de toi ! »
 -L’enfant : « Mais je ne te connais pas, pourquoi as-tu besoin de moi ? »
– La chenille : « J’ai besoin de toi pour grandir. »
– L’enfant : « Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne peux rien pour toi ! »
– La chenille : « Tu me connais bien plus que tu ne penses… Tu vis ici depuis très longtemps, isolé des autres, isolé du monde, et nous vivons ça tous les deux. J’ai besoin de toi comme tu as besoin de moi ! »
– L’enfant : « Mais…mais… Tu dis n’importe quoi ! »
– La chenille : « Je t’ai apporté des offrandes, les utilises-tu ? »
– L’enfant : « Oh oui ! J’ai eu ton morceau de verre. A cause de toi, je me suis regardé… à cause de toi, j’ai vu tous mes défauts ! »
luciole– La chenille : « Je t’ai apporté ce présent pour que tu puisses y voir tes qualités et ta beauté.
Pour que tu aies envie de te découvrir un peu plus. As-tu utilisé la luciole ? »

– L’enfant : « Oui, elle ne veut plus s’éteindre et à cause
de toi, je dois voir tout ce qui m’entoure ! »

– La chenille : « Je t’ai apporté cette source de lumière pour éclairer ton intérieur, voir à quel point tu t’es installé dans ton confort et pour
te rendre compte que tu peux aussi faire évoluer cela pour
y apporter de la chaleur. »

– L’enfant: «Qu’est-ce que cela a
à voir avec toi ? De quoi
te mêles-tu? »

– La chenille : « J’ai longtemps attendu ce moment et je savais que cela arriverait. Je suis une partie de toi ! En fait, tu es une partie de moi plus exactement. J’ai besoin de grandir, de me déployer et je ne pourrai le faire que si ton regard sur les choses, les gens et la vie, change ! La couleur verte de ton refuge est celle de mon cœur ! Il y faisait parfois très froid et tu es mon seul lien avec cet intérieur. Je ne peux pas grandir et m’épanouir si toi tu ne vois pas à quel point les choses sont encore plus belles qu’elles ne paraissent. »
– L’enfant : « Mais si je suis toi, alors tu es moi ? Et si j’ai peur, c’est à cause de toi et des choses de l’extérieur ! »
– La chenille : « J’ai remarqué que certaines choses étaient belles et d’autres moins. J’ai compris aussi que nos regards à tous les deux étaient importants parce que l’on ne fait qu’un. C’est pour cela que je suis là, pour que nous grandissions ensemble dans l’amour de nous-même, afin de pouvoir nous sentir aimable, car il ne suffit pas de se sentir aimant. »
– L’enfant : « Mmmh… Comment sont les choses dehors ? »
– La chenille : « Si tu es d’accord et que tu me fais confiance, avec le temps, je te montrerai comme les choses sont belles et je t’apprendrais à les voir avec douceur et bienveillance. En échange, tu m’apprendras à t’écouter et à sentir les choses avec douceur. Tu seras mon intuition!»
– L’enfant : « Et si je n’y arrive pas ? Si je suis nul ? »
– La chenille : « Et bien ce n’est pas grave, tout le monde a le droit de se tromper. Nous serons tous les deux assez fort pour rétablir un certain équilibre et trouver l’harmonie. Nous apprendrons aussi à être justes et bons avec nous-mêmes. »
– L’enfant : « Est-ce que je devrai sortir d’ici ? »
– La chenille : « Tu es déjà en contact avec l’extérieur, comme je suis déjà en contact avec ton intérieur. Je te propose d’être tes yeux et toi, tu seras mon cœur. »

Sur ces dernières paroles, la chenille se retira. L’enfant quant à lui se réfugia dans son cocon. Il sentit une chaleur l’envahir. Il venait de découvrir l’amour de soi. Il se posa des questions pendant quelques temps. Il découvrit qu’à se regarder en face, il avait appris à se découvrir des qualités.

Il découvrit qu’apporter une lumière différente sur les choses, était bénéfique pour lui et son entourage. Il trouva pas à pas sa place. Il était fier d’avoir fait ces découvertes. Il était en train de découvrir l’estime de soi. L’enfant était devenu adulte.

La chenille, après un certain temps de réflexion, se sentit envahie d’une énergie nouvelle. Elle ouvrit les yeux et sentit se déployer sur son dos des ailes magnifiques. Elle ne savait pas trop comment s’en servir mais son intuition lui souffla un secret. Des larmes perlèrent sur ses yeux et elle découvrit que l’amour de soi pouvait lui apporter la confiance pour pouvoir voler. La chenille devint papillon.

Michel Mendes coach à http://www.saphirme.com/

Tous mes vœux pour cette Nouvelle Année et n’oubliez jamais
de déployer les ailes des magnifiques papillons
que nous sommes appelés à devenir

L’âne et la corde invisible

ânes

Un paysan, avec trois de ses ânes se rendait au marché pour vendre sa récolte.
La ville était loin et il lui faudrait plusieurs jours pour l’atteindre. Le premier soir, il s’arrête pour camper, non loin de la grotte d’un vieil ermite.

Au moment d’attacher son dernier âne, il s’aperçoit qu’il lui manque une corde. Si je ne l’attache pas, se dit-il, demain, il  se sera sauvé dans la montagne. Il monte sur son âne, après avoir solidement attaché les deux autres et prend la direction de la grotte. Arrivé, il demande au vieil homme s’il n’aurait pas une corde à lui donner.

Le vieillard avait depuis longtemps fait vœux de pauvreté et n’avait pas la moindre corde. Cependant, il s’adressa au paysan et lui dit : « Retourne à ton campement et comme chaque jour fais le geste de passer une corde autour du cou de ton âne et n’oublie pas de feindre de l’attacher à un arbre. »

Un peu perplexe, le paysan fit tout de même ce que lui avait conseillé l’ermite. Le lendemain, dès son réveil, le premier regard de l’homme fut pour son âne.

Il était toujours là !

Après avoir chargé les trois baudets, il décide de se mettre en route, mais là, il eut beau faire, tirer sur son âne, le pousser, rien n’y fit. La bête refusait de bouger.

Désespéré, il retourne voir l’ermite et lui raconte sa mésaventure.
« As-tu pensé à enlever la corde ? » lui demanda-t-il.
« Mais il n’y a pas de corde ! » répondit le paysan.
« Pour toi oui mais pour l’âne… »
Le paysan retourne au campement et d’un ample mouvement, il mime le geste de retirer la corde.
Et l’âne le suit sans aucune résistance.

 

Le Sage qui renseignait les voyageurs

Viel homme

« Il était une fois un vieil homme, assis à la porte d’une ville, un livre ouvert devant lui.

Un jeune homme s’approcha de lui :
– Je ne suis pas d’ici, je viens de loin; dis-moi, vieil homme, comment sont les gens qui vivent dans cette ville?

Au lieu de lui répondre, le vieillard lui demanda :
– Et dans la ville d’où tu viens, comment les gens étaient-ils donc?

Le jeune homme, soudainement plein de hargne :

– Égoïstes et méchants, au point qu’il m’était impossible de les supporter plus longtemps! C’est pourquoi j’ai préféré partir !

Le vieillard :
– Mon pauvre ami, je te conseille de passer ton chemin : les gens d’ici sont tout aussi méchants et tout aussi égoïstes !

Un peu plus tard, un autre jeune homme se présenta au même vieillard :

– Salut à toi qui sembles être un homme de savoir et de sagesse! Je débarque en ces lieux; dis-moi, comment sont les gens qui vivent dans cette ville?

Et le vieil homme de le questionner :
– Dis-moi d’abord, là d’où tu viens, comment les gens étaient-ils?

Le jeune homme, dans un grand élan :
– Honnêtes, bons et accueillants! Je n’avais que des amis. Oh, que j’ai eu peine à les quitter !

Le vieillard :
– Eh bien, ici également, tu ne trouveras que des gens honnêtes, accueillants et pleins de bonté.

Un marchand, qui travaillait à proximité, avait tout entendu :
– Comment t’est-il possible, ô vieil homme que je prenais jusqu’ici pour un sage, de donner, à la même question, deux réponses aussi diamétralement opposées? Ne serais-tu après tout qu’un mauvais plaisantin, un vulgaire comédien ?

– Cher ami, déclara le vieil homme, chacun porte en son cœur son propre univers et le retrouvera en tous lieux. Ouvre ton cœur, et le monde changera en même temps que ton regard. »

Un conte soufi à méditer

Il était une fois un vieux sultan qui, pressentant la mort approcher, réclama son fils à son chevet afin de lui léguer ce qu’il avait de plus précieux : un bel anneau d’or surmonté d’une volumineuse pierre bleue sous laquelle on pouvait dissimuler une mèche de cheveux, le souvenir d’un être aimé ou du poison destiné à tuer un ennemi.

« Tu vois cette bague, dit le sultan, à l’intérieur tu trouveras la solution au pire des problèmes de l’existence. Passe-la à ton doigt et promets-moi de ne l’ouvrir qu’au moment où tu n’auras pas d’autre choix, car la solution magique qu’elle contient ne te servira qu’une seule fois ». A peine eut-il prononcé ces mots, le vieux sultan rendit son dernier soupir.

Quelques années plus tard, le nouveau sultan régnait sur un royaume prospère et en paix.
La favorite de ses épouses s’apprêtait à donner naissance à un fils, un héritier pour le trône. Malheureusement, la jeune femme mourut en couches. Désespéré, le monarque resta prostré au fond de ses appartements durant de nombreuses semaines.

Il refusait de s’alimenter et plusieurs fois il pensa à se donner la mort. La tentation de soulever la pierre bleue qu’il portait à son doigt était grande. Pourtant, il se rappela la promesse faite à son défunt père : il n’ouvrirait la bague qu’en cas d’extrême nécessité. Il décida donc de la garder close car, au fond de lui, il sentait qu’il pourrait se relever de la douloureuse épreuve qui l’accablait.

bague-marguerite

Les années passèrent. Jusqu’au jour où, soudainement, le petit prince héritier fut atteint d’un mal mystérieux et décéda. La douleur du sultan fut très grande. La perte de son enfant chéri raviva la blessure causée par la mort de son épouse bien aimée. La vie ne semblait avoir aucun sens. Qu’avait-il fait pour mériter un sort aussi cruel ?

L’homme sombra dans une profonde dépression. Aucune de ses épouses n’arriva à le consoler. Aucun de ses amis ne trouva les mots capables de lui redonner l’envie de vivre. Aucun de ses ministres ne fut autorisé à l’approcher. Les affaires du royaume se dégradèrent dangereusement.

Le sultan tomba malade. Le médecin appelé à son chevet lui proposa d’ouvrir la belle bague bleue. Le sultan refusa. Il n’avait pas oublié sa promesse. « Laisse-moi du temps, dit-il à son médecin. Je sens que j’ai en moi la force de trouver le chemin qui me reconduira à la vie. »

Le sultan renoua avec la vie. Certes, il n’était plus tout à fait le même. Son visage affichait un air grave. Cependant, au fond de lui, il se sentait plus solide. Deux fois, il était tombé ; deux fois, il s’était relevé. Un léger sourire trahissait la confiance qu’il avait gagnée au cours de ses épreuves.

Puis l’impensable se produisit : une révolution au palais. En quelques heures toute la famille du monarque fut décimée. Ses épouses égorgées, ses enfants empalés et, lui, jeté au fond d’un cachot. Anéanti, le sultan remarqua soudain l’éclat de sa bague dans l’obscurité. Quel espoir lui restait-il ?

Sa mort était proche. Le temps était donc venu de soulever la belle pierre bleue. C’est ainsi que le sultan décida d’ouvrir la bague de son père. À l’intérieur, se trouvait une plaquette en ivoire. Sur celle-ci, il était gravé en lettres d’or : « Ne t’en fais pas. Cela aussi va passer ! »

 

Le magicien des peurs

Il était une fois, une seule fois, dans un des pays de notre monde, un homme que tous appelaient le Magicien des Peurs.

Ce qu’il faut savoir, avant d’en dire plus, c’est que toutes les femmes, tous les hommes et tous les enfants de ce pays étaient habités par des peurs innombrables.

Peurs très anciennes, venues du fond de l’humanité, quand les hommes ne connaissaient pas encore le rire, l’abandon, la confiance et l’amour.

Peurs plus récentes, issues de l’enfance de chacun, quand l’incompréhensible de la réalité se heurte à l’innocence d’un regard à l’étonnement d’une parole, à l’émerveillement d’un geste ou à l’épuisement d’un sourire.

Ce qui est sûr, c’est que chacun, dès qu’il entendait parler du Magicien des Peurs, n’hésitait pas à entreprendre un long voyage pour le rencontrer. Espérant ainsi pouvoir faire disparaître, supprimer les peurs qu’il ou elle portait dans son corps, dans sa tête.

Nul ne savait comment se déroulait la rencontre. Il y avait chez ceux qui revenaient du voyage, beaucoup de pudeur à partager ce qu’ils avaient vécu. Ce qui est certain, c’est que le voyage du retour était toujours plus long que celui de l’aller.

Un jour, un enfant révéla le secret du Magicien des Peurs. Mais ce qu’il en dit parut si simple, si incroyablement simple, que personne ne le crut.

« Il est venu vers moi, raconta-t-il, m’a pris les deux mains dans les siennes et m’a chuchoté :

– Derrière chaque peur, il y a un désir. Il y a toujours un désir sous chaque peur, aussi petite ou aussi terrifiante soit-elle ! Il y a toujours un désir, sache-le ».

« Il avait sa bouche tout près de mon oreille et il sentait le pain d’épices » confirma l’enfant.

« Il m’a dit aussi : – Nous passons notre vie à cacher nos désirs, c’est pour cela qu’il y a tant de peurs dans le monde. Mon travail, et mon seul secret, c’est de permettre à chacun d’oser retrouver, d’oser entendre et d’oser respecter le désir qu’il y a sous chacune de ses peurs ».

L’enfant, en racontant tout cela, sentait bien que personne ne le croyait. Et il se mit à douter à nouveau de ses propres désirs. Ce ne fut que bien des années plus tard qu’il retrouva la liberté de les entendre, de les accepter en lui.

Magicien

Cependant, un jour, un homme décida de mettre le Magicien des Peurs en difficulté. Oui, il voulait le mettre en échec. Il fit le voyage, vint à lui avec une peur qu’il énonça ainsi : « – J’ai peur de mes désirs ! »

Le Magicien des Peurs lui demanda : « – Peux-tu me dire le désir le plus terrifiant qu’il y a en toi ?

– J’ai le désir de ne jamais mourir, murmura l’homme.

– En effet, c’est un désir terrible et fantastique que tu as là. »

Puis, après un temps de silence, le Magicien des Peurs suggéra : « – Et quelle est la peur qu’il y a en toi, derrière ce désir ? Car derrière chaque désir, il y a aussi une peur qui s’abrite et parfois même plusieurs peurs. »

L ‘homme dit d’un seul trait : « – J’ai peur de ne pas avoir le temps de vivre toute ma vie.

– Et quel est le désir de cette peur ?

– Je voudrais vivre chaque instant de ma vie, de la façon la plus intense, la plus vivante, la plus joyeuse, sans rien gaspiller.

– Voilà donc ton désir le plus redoutable », murmura le Magicien des Peurs. « Écoute moi bien. Prends soin de ce désir, c’est un désir précieux, unique. Vivre chaque instant de sa vie de la façon la plus intense, la plus vivante, la plus joyeuse…, sans rien gaspiller, c’est un très beau désir.

Si tu respectes ce désir, si tu lui fais une place réelle en toi, tu ne craindras plus de mourir. Vas, tu peux rentrer chez toi.  »

Mais vous qui me lisez, qui m’écoutez, peut-être, vous allez tout de suite me dire : « Alors chacun d’entre nous peut devenir un magicien des peurs »

Bien sûr, c’est possible, si chacun s’emploie à découvrir le désir qu’il y a en lui, sous chacune de ses peurs ! Oui, chacun de nous peut oser découvrir, dire ou proposer ses désirs, à la seule condition d’accepter que tous les désirs ne soient pas comblés. Chacun doit apprendre la différence entre un désir et sa réalisation…

« Alors, tous les désirs ne peuvent se réaliser, même si on le désire ? »

« Non, seulement certains. Et nul ne sait à l’avance lequel de ses désir sera seulement entendu, lequel sera comblé, lequel sera rejeté, lequel sera agrandi jusqu’aux étoiles !

C’est cela, le grand secret de la vie. D’être imprévisible, jamais asservie et en même temps, immensément généreuse face aux désirs des humains. »

Des rumeurs disent que le Magicien des Peurs pourrait passer dans notre pays… 

Jacques Salomé

 

La thérapie par les contes et les récits

L’interprétation des contes de fées nous montre leur importance dans le développement du psychisme des enfants. Pour les adultes, la métaphore aide aussi à guérir.

Si aujourd’hui, nous avons parfois malheureusement tendance à réduire les contes à de la littérature « pour enfants », avec le mépris rationnel et occidental de ceux qui savent et n’ont plus besoin d’apprendre, dans de nombreuses traditions, les contes sont toujours utilisés à des fins thérapeutiques et initiatiques.

Où trouver des contes et des métaphores thérapeutiques dans la littérature aujourd’hui ?

La thérapie par les contes et la métaphore a été remise à l’honneur par de grands thérapeutes comme Milton Erickson ou encore par un auteur comme Jorge Bucay, dont le livre Laisse-moi te raconter… les chemins de la vie est devenu un best seller. Ce psychiatre et psychothérapeute argentin a su retracer tout un parcours thérapeutique par le biais de contes et de fables, puisant aux sources de diverses traditions.

Dans le genre littéraire, nous pouvons noter la présence d’œuvres à tendance initiatique chez Paulo Coehlo par exemple, dont l’Alchimiste » est le récit symbolique de la « légende personnelle » de chacun de nous. Mais pourquoi ces contes et ces métaphores nous parlent ? Et pourquoi sont-elles largement utilisées dans d’autres traditions que l’univers occidental, pour guérir et construire la personnalité ?

Conte, métaphore et parabole : le langage direct du cerveau droit

Le mot métaphore vient du grec et signifie « transport. » La métaphore transporte un message, qui la plupart du temps reste caché à notre côté logique. Nous voyons que dans toutes les cultures, le conte, la métaphore et la parabole sont utilisés pour communiquer en langage
du « cerveau droit », c’est-à-dire en image et en langage imaginatif.

contes initiatiques

Dans ce mode de communication, le message est caché à la partie consciente de l’interlocuteur mais son inconscient le capte et le comprend très bien. C’est le langage que nous utilisons avec les enfants, c’est le contenu que nous voulons laisser passer par le moyen de l’histoire.

Psychologie et psychanalyse des contes de fée : pourquoi raconte-t-on des histories aux enfants ?

C’est bien ce que nous ont montré les études savantes des chercheurs qui ont analysé le contenu des contes de fées comme Bruno Bettelheim ou Marie-Louise Von Franz.

Cette dernière, disciple de Jung, applique la théorie des archétypes à l’analyse des contes de fées pour tenter de comprendre quelle est leur action thérapeutique dans la formation de l’inconscient.

Elle nous dit dans son ouvrage majeur, L’interprétation des contes de fées que : « Les contes de fées expriment de façon extrêmement sobre et directe les processus psychiques de l’inconscient collectif. » Le conte, l’histoire, parle à l’enfant de lui même et lui apprend quelles sont les solutions possibles aux différentes situations que la vie va lui réserver. Il est en cela essentiel à sa formation psychique.

La métaphore et le conte en thérapie : comment cela marche ?

Le but de la métaphore, de la parabole, de l’histoire, également valable en thérapie, c’est que le patient trouve lui-même la réponse, la solution, et le thérapeute se fait ici la sage-femme des solutions d’autrui.

En effet, les « bons conseils » soi disant avisés de ceux qui nous veulent du bien ne font que provoquer nos mécanismes de défense : au mieux, quand nous allons demander un conseil à autrui, nous ne cherchons que la validation de ce que nous pensons et savons déjà.

La métaphore raconte une histoire, l’histoire d’un autre et ne suscite pas nos mécanismes de défense car elle parle directement à l’inconscient en lui proposant un parcours initiatique de manière libre.

Milton Erickson, l’hypnose et l’utilisation thérapeutique de la métaphore

Nous retrouvons l’usage de la métaphore au cœur de la pratique de ce thérapeute extraordinaire qu’était Milton Erickson. En effet, au lieu de dire à une patiente : « Mais si, il y a de l’espoir, vous verrez, vous allez aller mieux », ce qui, au mieux, pousse la patiente à répondre : «Non non, je sais bien que ma vie est stérile », Milton Erickson va lui parler de la croissance des plantes, de la nature qui connaît des cycles, de l’hiver qui prépare le printemps et de comment les plantes poussent dans son jardin.

En ne parlant pas de front du problème de la patiente, celle-ci n’a pas besoin de se défendre en pensant : « Il parle de moi là ! ». Au contraire, il éveille l’intérêt de cette femme et, comme un grand-père va raconter un conte à l’enfant, où l’enfant apprendra que la princesse a trouvé une solution à un problème apparemment insoluble, Milton Erickson parle directement à l’inconscient de la patiente en lui suggérant qu’il y a des fruits possibles et que sa vie n’est pas stérile.

La métaphore a la capacité de contacter les profondeurs de l’autre et de susciter en lui la capacité de transformation, de changement de point de vue, lui permettant de trouver une solution dans une situation apparemment insoluble.

La lecture des contes traditionnels des différentes cultures, la lecture de thérapies de Milton Erickson faisant usage de la métaphore, la lecture de proverbes, ou celle des fables thérapeutiques de Jorge Bucay par exemple, peut nous aider à renouer avec cette pratique thérapeutique ancestrale.

A lire :

Marie-Louise Von Franz, L’interprétation des contes de fées, La fontaine de Pierre 1970

Dr Dominique Meggle, Erickson, hypnose et psychothérapie, Retz 2005. Après le récit de la vie de ce thérapeute hors du commun, le Dr Megglé nous fait parcourir différents cas thérapeutiques faisant usage de la métaphore et du conte thérapeutique par Milton Erickson.

Jorge Bucay, Laisse-moi te raconter… les chemins de la vie, Poche 2007.