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Devenir conscient de son soi, c’est permettre à l’univers de devenir conscient de lui-même

Trouver du sens, écouter ses intuitions, se relier à ce qu’il y a de plus irrationnel en nous : ces objectifs si contemporains, à la base du développement personnel, nous les devons à Carl Gustav Jung, ce psychiatre inventeur de la « psychologie analytique ». Redécouverte d’une pensée trop souvent méconnue.

Devenir soi

C’est clair, il faut s’accrocher ! L’œuvre de Jung est difficile à lire, pleine d’idées déroutantes, plongeant dans la psychologie, la spiritualité, voyageant de l’alchimie à l’astrologie, du bouddhisme à la kabbale, de la Bible aux contes de Grimm. Mais l’enjeu en vaut la peine.

Aux antipodes du pessimisme de Freud, pour qui l’être humain est destiné au déchirement intérieur permanent, Jung propose un chemin vers la positivité et l’harmonie, destinations paradisiaques en temps de crise, où nous avons envie de rêver, d’échapper aux dures lois de la raison, de nous dire que le vrai pouvoir est celui de l’esprit. Jung répond parfaitement à ces besoins. D’où l’utilité de le découvrir ou de le redécouvrir aujourd’hui.

Au-delà de la raison

Pour suivre Jung, nous devons abandonner notre bon vieux matérialisme et nous ouvrir à la poésie, à l’imaginaire, à ce qui nous dépasse. Pour lui, en effet, pas de vie réussie sans nourriture spirituelle et bonnes relations avec tous ces mystères qui échappent à la raison. « Corps et esprit ne sont pour moi que des aspects de la réalité psychique, écrit-il. Le corps est aussi métaphysique que l’esprit. »

Mieux : « La psyché n’est pas entièrement soumise à l’espace et au temps, déclarait- il en 1959 au journaliste anglais John Freeman. On peut avoir des rêves ou des visions du futur. Seule l’ignorance dénie ces faits. » Pour Jung, l’intuition, cette « fonction non rationnelle de la psyché », est aussi importante que la pensée rationnelle, l’émotion ou la sensation.

« Je » est quatre

Notre réalité intérieure, dans une optique jungienne, s’organise autour de quatre éléments : l’ego, la persona, le soi et l’ombre. L’ego, centre de la conscience, des sensations, des émotions, me permet de me sentir moi à toute heure du jour et de la nuit. La persona (mot latin signifiant « masque ») est la personnalité sociale que chacun endosse pour s’adapter aux attentes des autres et se faire accepter.

Le soi fait de nous une totalité corps-esprit : un être humain. Ce soi jungien n’est pas celui de la psychologie classique : il s’apparente à l’âme, c’est notre « part divine », quel que soit le sens que l’on donne à cet adjectif : « On peut aussi bien l’appeler Dieu que le mystère ultime de la vie, affirme Juliette Allais, thérapeute et analyste de rêves.

Impalpable mais omniprésent, il règne sur nos existences. » Enfin, il y a l’ombre, qui « comprend tous les aspects de notre personnalité que nous ne reconnaissons pas comme nôtres, car inacceptables au regard de l’image que nous voudrions avoir de nous-même et donner à autrui ».

Un inconscient peuplé de divinités

Contrairement à Freud, Jung affirme que nous possédons deux inconscients : l’un individuel, où parlent nos névroses et conflits personnels ; et l’autre collectif, qui nous raconte une histoire universelle, peuplée de héros (Œdipe, Icare ou… la Belle au bois dormant) et de symboles communs à toute l’humanité.

Dans une optique jungienne, en rêvant d’une pomme, je me retrouve aux côtés d’Adam et Ève, je revis symboliquement le mythe fondateur du paradis terrestre. Transmis de génération en génération, réalité psychique mais aussi biologique, cellulaire, l’inconscient collectif est le dépositaire de toutes les réactions typiques de l’espèce humaine : la peur, l’intuition d’un danger, l’amour, l’angoisse de la mort.

Nous sommes là dans un univers bien différent de la vie intérieure selon Freud, avec ses obsessions érotiques, scatologiques, inavouables. « Il est plus agréable et valorisant de se voir plongé dans un inconscient peuplé de divinités que dans l’univers de fantasmes sexuels jaillis du cerveau reptilien », remarque Jean-Jacques Antier, auteur d’une excellente biographie de Jung. En tout cas, en ces temps de désenchantement, cela fait du bien.

De l’ego au grand soi

Selon Jung, le but d’une vie est de passer de l’ego, notre petite personne, au grand soi grâce
au « processus d’individuation ». Il s’agit d’un cheminement intérieur par lequel nous allons tenter de devenir le plus conscient possible, afin de nous « autoengendrer » en tant qu’individu particulier, homme parmi les hommes, mais unique. Une seconde naissance, en quelque sorte.

Pour Jung, l’enjeu est d’importance. Car « devenir conscient de son soi, c’est permettre à l’univers de devenir conscient de lui-même ». « En général, l’individuation devient possible après la crise de la cinquantaine, dans la deuxième moitié de la vie, la première étant accaparé par l’ego suractif. » Pour y parvenir, nous devons nous confronter avec notre ombre (cette part dont nous avons honte), avec notre persona (notre image sociale), avec notre anima et notre animus.

Nous devons cesser de nous mentir et de rejeter ce qui nous dérange en nous. Nous ne réussirons jamais totalement, bien sûr, l’essentiel est d’essayer. Plus qu’un grand ménage, c’est un effort d’intégration et d’assimilation des différents aspects de notre personnalité que nous devons entreprendre.

Mais, prévient Jung, nous ne sommes pas des anges : « Une vie sous le signe de l’harmonie
totale », sans aspérités, serait « très ennuyeuse et déprimante ». Pire, « inhumaine ». Ce trajet initiatique peut passer par un travail sur soi, l’analyse des rêves, la méditation, la prière, la contemplation, l’écriture…

Cette démarche est mystique, idéaliste, naïve même, mais la rationalité pure et dure rend-elle plus heureux ? Fournit-elle des réponses à nos questions existentielles : comment être plus heureux, surmonter la souffrance, aimer, être aimé, faire face à la maladie, le deuil, la mort ?
En 1946, à un vieil ami qui lui demandait quelle attitude adopter pour achever son existence dignement, Jung répondit : « Vivre sa vie. »

Vivre, c’est tout.

Isabelle Taubes

A lire

Essai d’exploration de l’inconscient de Carl Gustav Jung Le livre testament où sont examinés les points principaux de la théorie jungienne, qui est aussi le plus accessible pour les non-initiés (Gallimard, “Folio essais”, 1988).

C.G. Jung ou l’Expérience du divin de Jean-Jacques Antier La plus récente des biographies de Jung et l’une des plus complètes (Presses de la Renaissance, 2010).

 

 

 

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Homme intérieur femme intérieure

Marion Woodman, analyste jungienne de renom, a longtemps animé des ateliers pour hommes et femmes avec Robert Bly. Elle est l’auteur de Obsédée de la perfection, La Vierge enceinte. Un processus de transformation psychologique, et The Ravaged Bridegroom: Masculinity in Women, des livres très édifiants pour les femmes. Bert H. Hoff l’a rencontrée à Toronto en 1993 pour parler du travail intérieur des hommes et des femmes et sur les moyens de les rapprocher.

Fémin sacré

— Bert : Pourquoi le travail intérieur des hommes est-il important ?

— Marion : Nous avons atteint un stade dans l’évolution de la conscience. Les femmes ont besoin de faire ce travail seules, et les hommes ont besoin de le faire de leur côté afin de parvenir à une nouvelle compréhension — celle de leur propre féminité pour les femmes et celle de leur propre masculinité pour les hommes — afin que les deux sexes se retrouvent à un autre niveau.

C’est pour que nous puissions finalement nous parler et comprendre l’autre à un autre niveau que nous faisons ce travail séparément. Naturellement, en travaillant sur les rêves des femmes, à mesure qu’elles deviennent plus conscientes de leur propre féminité, une toute nouvelle masculinité se développe en elle. Cela est également vrai pour les hommes : quand ils travaillent sur ​​leur masculinité, ils découvrent peu à peu une nouvelle féminité. Le dialogue est très différent de ce qu’il était il y a cinq ans encore.

— Bert : Le dialogue intérieur ?

— Marion : Non seulement le dialogue intérieur, mais comme ce qui est dedans est comme ce qui est dehors, quand vous commencez à dialoguer avec l’intérieur, le dialogue extérieur est très différent. A la place du jugement ou des reproches, nous commençons à comprendre ce qu’est l’amour. Nous commençons tout juste à entrevoir ce qu’est la rencontre d’âme à âme.

Il y a quinze ans, j’ai essayé des groupes mixtes, et les hommes comme les femmes ont souhaité travailler séparément. Tant qu’ils essayaient ensemble, ils ne parvenaient pas à trouver leur centre. Mais aujourd’hui, ils veulent travailler ensemble. Les gens qui ont fait un travail sur eux-mêmes de leur côté sont très très heureux, et impatients, de travailler ensemble d’une toute autre façon.

— Bert : C’est donc ce que se passe dans la série On Men and Women et les conférences Applewood que vous faites avec Robert Bly ?

— Marion : Oui. Nous essayons d’amener le dialogue à un autre niveau, là où nous pouvons véritablement partager ce qui se trouve au plus profond de nos cœurs. Cela signifie que vous ne serez pas jugé. A la minute où vous vous sentez jugé, vous n’êtes plus vous-même.

— Bert : Lorsque ma femme et moi étions dans ce dialogue, je me rappelle que, dans la vidéo d’Applewood, vous évoquez l’esprit rencontrant l’esprit, et l’âme qui rencontre l’âme. Mais peu importe combien on y travaille, il y a des trucs qui remontent et, la plupart du temps, on explose l’un contre l’autre.

— Marion : C’est vrai. Je crois qu’il y a beaucoup de colère et de chagrin enfouis dans le corps. Cela a non seulement à voir avec notre génération, mais aussi avec les générations passées. Tant que cela n’a pas été libéré au niveau personnel, vous ne pouvez pas aller au-delà — jusqu’à ce que j’appellerais le plan de l’âme, le plan de la transcendance.

Cette colère personnelle doit être reconnue. Si vous essayez de faire fi, elle reviendra tôt au tard et fera obstacle au dialogue. C’est ce que j’appelle le travail de l’âme, parce que tant que nous restons uniquement sur le plan sexuel, biologique, nous ne sommes pas vraiment conscients de ce qu’est le véritable amour. Nous pensons encore en termes de nécessité ou de dépendance. Je pense que nous tendons aujourd’hui vers un amour beaucoup plus vaste que celui qui se situe au niveau biologique.

Quand les yeux et les oreilles intérieurs sont ouverts, nous sommes conscients d’une sensibilité et d’une sensation qui vont bien au-delà de ce que l’on connaissait il y a vingt ans. Cela n’est naturellement pas vrai pour tout le monde, bien sûr. Certaines personnes ont toujours été à un niveau plus élevé. Nous évoluons tous à différents niveaux. Mais en tant que culture, nous commençons à réaliser que quelque chose est en pleine évolution.

— Bert : Je crois que c’est quelque chose que l’on peut voir dans le livre de Robert Bly, L’Homme sauvage et l’enfant. L’avenir du genre masculin, ou dans celui de Clarissa Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups, qui sont en tête de liste des best-sellers du New York Times. Il semble y avoir dans la société une faim, un besoin de descendre à ce niveau.

— Marion : Oui. Je crois que les gens sont beaucoup plus conscients de leurs partenaires intérieurs. Ils reconnaissent que si une véritable relation avec le partenaire intérieur se met en place, c’est source de créativité dans leur vie.

C’est ce que Jung appelle le mariage royal — le mariage intérieur où vous épousez votre propre dieu intérieur ou, dans le cas des hommes, votre déesse intérieure.

Mais cette reconnaissance rend la relation personnelle avec un homme ou une femme réels libre des projections du dieu ou de la déesse. Vous n’attendez donc pas d’une personne davantage que ce qu’elle peut donner, et elle n’a donc pas besoin d’essayer d’être parfaite.

— Bert : Cela signifie-t-il que nous ne devrions pas nous marier avant d’avoir travaillé la relation intérieure ?

— Marion : Je ne sais pas. Je crois que certaines personnes, même si elles se marient, peuvent continuer à travailler la relation. Je connais beaucoup de couples qui ont travaillé toute une vie sur la relation qu’ils ont commencée lorsqu’ils avaient une vingtaine d’années. Et le mariage qu’ils vivent aujourd’hui n’est pas le même qu’au début.

— Bert : Ils se sont éveillés et s’inscrivent tous les deux dans la vie…

— Marion : Oui. Le grand danger est que l’un évolue plus vite que l’autre dans la relation. A certains moments, ils auront l’impression de s’éloigner l’un de l’autre. C’est dans ces moments-là qu’une bonne dose de patience est nécessaire.

— Bert : Il me semble avoir vu beaucoup de choses semblables, où l’un des partenaires évolue et pas l’autre. Habituellement, ils finissent par se séparer pour pouvoir évoluer à part.

— Marion : C’est vrai… pour un certain temps. Ou peut-être bien qu’ils doivent se séparer pour toujours. S’ils ne travaillent pas tous les deux sur eux-mêmes, alors il y en a un qui devra continuer seul. Pourtant, s’ils ont suffisamment de patience pour tenir bon, s’ils travaillent tous les deux, il arrive souvent qu’ils se retrouvent après la séparation. Parce qu’ils reviennent vers une autre personne.

— Bert : L’un des thèmes de votre livre Obsédée de la perfection est que plus les femmes s’impliquent activement dans le monde extérieur, plus elles sont dépossédées de leur féminité par la poursuite d’objectifs masculins qui sont en eux-mêmes une parodie de ce que le masculin est vraiment. « Le travail parfait, la maison parfaite, des vêtements parfaits, et donc ? Qu’est-ce que ça apporte ? Il doit y avoir plus que cela. » Vous semblez décrire le stress et le vide dont parlent les hommes dans nos Wisdom Council circles.

— Marion : Je vois le patriarcat comme un principe de pouvoir, qui veut le contrôle sur soi, sur l’autre ou sur la nature. Je crois que cela affecte autant les hommes que les femmes, car cela génère ambition et aspirations à la perfection, rivalité, efficacité outrancière. Si l’on persiste dans ce sens, on s’éloigne du cœur. Vous portez un masque — tout en faisant de votre mieux pour poursuivre vos objectifs. Mais le soir, quand vous rentrez chez vous, vous êtes si épuisé que vous n’avez pas de temps pour ce que j’appellerais les valeurs féminines.

Je ne dis pas que les valeurs féminines devraient se trouver à la maison et les valeurs masculines au travail. Dans l’idéal, il devrait y avoir un équilibre entre le masculin et le féminin dans les deux sphères. Mais si vous ne l’avez pas à la maison, ni dans les relations personnelles, vous vous sentez vide. En cela, les hommes ne sont pas différents des femmes.

— Bert : Mon patron ne me paie pas pour que je m’occupe de mon âme au travail, mais quand je rentre, j’imagine que c’est ce que j’ai à faire.

— Marion : Ne croyez-vous pas, cependant, qu’en vous occupant de votre âme, vous percevez de mieux en mieux les gens tels qu’ils sont, même au travail ?

— Bert : Oui, c’est vrai. Je suis plus ouvert et, dans les relations au travail, je suis conscient de certaines choses que je ne remarquais pas avant.

— Marion : C’est comme un espace où l’on peut travailler. Et cela entraîne une toute autre qualité d’âme sur votre lieu de travail ainsi que dans toute relation. Et je crois que les gens le perçoivent. Si vous êtes suffisamment conscient pour les voir tels qu’ils sont, ils se comportent envers vous d’une manière différente.

— Bert : Dans Obsédée de la perfection vous dites que la perfection est une défaite. Vous ajoutez que vivre sa vie suivant des principes n’est pas vivre sa vie propre. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

— Marion : La perfection n’est pas une qualité humaine. Nous ne sommes pas parfaits. La plupart d’entre nous veulent la complétude. Nous voulons parvenir à notre propre totalité. Et donc, placer la perfection en première place consiste essentiellement à dire : « Je ne suis pas un être humain, je peux être semblable à un Dieu. Et je n’ai rien à voir avec les passions, la cupidité, la crasse des humains. Je vaux mieux que ça. »

Cela vous place dans ce que j’appelle une perspective suicidaire parce que c’est inatteignable. C’est là que la dépendance entre en jeu. Le toxicomane essaie d’atteindre ce genre de perfection et se retrouve de plus en plus rejeté hors de la condition humaine, de plus en plus tourné vers la perfection. Et cela finit dans la mort, parce que vous ne sauriez être parfait. En tentant d’échapper à vos imperfections, vous entrez dans une dépendance qui porte en elle un désir de mort. Parce que vous échouez continuellement.

— Bert : Je me sens plus enclin à faire place à la convoitise dans ma propre vie plutôt qu’à la cupidité ou la saleté. Mais j’imagine que je dois reconnaître cette ombre intérieure et cette cupidité toute humaine.

— Marion : Le problème, Bert, c’est que si vous essayez d’être parfait, vous allez à une vitesse terrible. Parce que vous essayez de réaliser l’impossible. Et nos instincts ne peuvent pas faire face à cette vitesse. Ainsi, la satiété naturelle n’est jamais atteinte. Et la cupidité est totalement hors contrôle.

C’est la société de consommation américaine, telle que je la vois. Dans des circonstances normales, les gens mangent ce dont ils ont besoin, achètent ce dont ils ont besoin et vivent selon les besoins de l’instinct. Mais si votre corps va si vite qu’il ne peut se rendre compte à quel moment il est satisfait, alors toutes ces pulsions deviennent incontrôlables. Il n’existe aucune satisfaction, jamais. Cela vous parle-t-il ?

— Bert : Oui, je le vois bien sur le plan culturel. Pour qu’un film ou une émission de télévision ait un impact, il ne suffit de vous faire savoir que quelqu’un a été tué. Il vous faut voir les détails les plus gore. Nous sommes tellement sur-stimulés que cela se doit d’être beaucoup plus dramatique.

— Marion : Oui. Je viens de voir Age of Innocence. Et là c’est tout le contraire : tout est dans la retenue et le contrôle. J’ai trouvé ce film très fort. Il n’y est pas ouvertement question de sexe, mais dans l’une des scènes, le héros enlève le gant de sa bien-aimée. C’est tellement sensuel que cela vous fait presque frémir.
Je pense qu’il se pourrait bien qu’il y ait une réaction contre toute cette sur-stimulation.

— Bert : Si nous ne nous consumons pas avant.

— Marion : Tout à fait. Ou si nous ne restons pas si dépendants de la dramatisation de ce que nous sommes à toujours acheter encore et encore. Nous sommes littéralement détruits par nos propres ordures.

— Bert : Sur le plan psychique et écologique.

— Marion : Oui.

acteon chasseur

— Bert : Vous nous avez un peu parlé du patriarcat et vous faites une grande différence entre le patriarcat et le masculin. Gregory Max Vogt a écrit un livre, Return to Father, dans lequel il dit que le patriarcat n’est pas aussi mauvais que nous le pensons, qu’il a apporté, et doit encore apporter de précieuses contributions.

Il y évoque un patriarcat homologue qui rejette l’autoritarisme et la compétitivité, et valorise le chasseur,  le constructeur, l’amant, le philosophe, le protecteur de la société et le visionnaire. Y a-t-il, dans l’aspect positif du patriarcat, quelque chose de valable que l’on pourrait garder ?

— Marion : Oh, absolument. Tous les archétypes que vous avez énumérés, je les qualifierais de masculins. Pour moi, le patriarcat est devenu une parodie de lui-même, parce qu’il s’est engouffré dans le contrôle. Lorsque le chasseur chasse simplement pour le plaisir de tuer des animaux, ou le plaisir d’abattre des arbres, ou de détruire la nature, il n’est plus un chasseur naturel.

Non, je suis tout à fait d’accord pour dire que tant qu’il reste dans des limites naturelles, il s’agit d’un masculin authentique. La même chose est vraie de l’amant, s’il aime véritablement. Mais s’il se contente de passer d’une chambre à l’autre pour prouver sa « masculinité », il essaie de contrôler quelque chose qui est perdu au fond de lui. Pour moi, tous ces archétypes sont masculins. Et je voudrais également y ajouter le masculin créatif.

Mais pour parvenir au côté positif du patriarcat, la plupart d’entre nous doivent véritablement dépasser une énorme peur, celle d’être contrôlé par un individu ou une institution ou une attitude culturelle. Parce que l’on s’attend à être jugé et que l’on s’attend à ce que quelqu’un nous contrôle.
A l’école, par exemple, il y a cette terrible impression qui veut que le professeur contrôle ce que pensent les élèves. Leur attitude est donc : « Bon, on va la fermer, et s’asseoir, mais on ne nous contrôlera pas. » A mon avis, cela commence très tôt à l’école primaire, voire à la maternelle.

C’est une chose très complexe, Bert, parce que beaucoup de gens ne réalisent pas qu’ils contrôlent leurs attitudes. A mon avis, beaucoup de parents s’imaginent que si leurs enfants ne vivent pas selon leurs critères et n’essaient pas d’honorer leurs valeurs, ils les déshonorent par leur désobéissance. Si les parents s’observaient mieux, ils constateraient que c’est leur attitude de toute puissance qui anéantit l’enfant.

Revenons-en à l’âme. Peut-on percevoir l’âme de l’autre et permettre à cette âme d’évoluer à sa façon, que cela nous plaise ou pas ?

— Bert : c’est parfois un processus très difficile que de lâcher prise.

— Marion : Eh bien, c’est là le secret. C’est sur ce point que le patriarcat achoppe. Quand je parle du patriarcat, je parle des femmes autant que des hommes — certaines femmes sont pire que les hommes dans ce domaine. Ce n’est pas lié au sexe. C’est une attitude : « Je sais ce qui est le mieux pour vous. Vous feriez mieux de faire les choses comme je vous dis. » Je peux ne pas l’exprimer, mais simplement l’attendre.

— Bert : Dans vos vidéos et dans vos livres, vous soulignez l’importance du travail sur le corps. Pouvez-vous nous éclairer un peu ?

— Marion : J’en parle, Bert, parce que je pense que notre culture est une culture où prime la tête, cette culture vit à partir du cou. Beaucoup de gens prétendent ignorer les émotions et tous leurs côtés d’ombre. Je voudrais souligner que le meilleur de nous se trouve souvent enfoui au plus profond de notre ombre.

Beaucoup de gens ont peur d’exprimer leurs sentiments véritables, et ces sentiments restent piégés dans le corps. Pour être quelqu’un d’entier, il vous faut, à mon sens, savoir ce qui se passe sous vos muscles. Parce que si vous l’ignorez, ce côté est réprimé et, tôt ou tard, il explosera.

Beaucoup de gens disent « Je t’aime », mais s’ils ne l’expriment pas par le corps, vous ne pouvez pas leur faire confiance. La sphère instinctive doit être rendue consciente. C’est en cela que le travail sur le corps est important. Dans ce travail, les instincts deviennent conscients. Ils font ensuite partie du tout. Au lieu de bloquer toute l’énergie dans la tête, le cœur et le corps s’ouvrent.

A suivre…

Interview de Marion Woodman par Bert H. Hoff
Article original, « Inner Man, Inner Woman, an interview with Marion Woodman », est publié sur le site http://www.menweb.org/woodman.htm

Traduction française : Michèle Le Clech

L’inconscient collectif, une notion clé

Selon le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, l’inconscient collectif constitue « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux ».

L’inconscient selon Jung comporte plusieurs dimensions. « Il ne s’agit pas de nier l’inconscient freudien mais de voir qu’il y a une couche beaucoup plus profonde d’inconscient dans lequel le sujet n’est plus enfermé sur lui-même mais ouvert à de l’inconnu » explique Michel Cazenave qui ajoute : « Il ne faut pas rester dans l’idée d’une créature qui est complètement enfermée dans son histoire personnelle.

Ma psychologie n’est jamais que le champ dans lequel se manifeste quelque chose qui est bien au-delà de moi. C’est la différence fondamentale avec Freud. Pour lui, nous naissons ‘table rase’ et nous ne sommes que le résultat de toutes nos expériences, de nos refoulements. »

Dans l’âme, Jung distingue trois degrés : 1. La conscience ; 2. L’inconscient personnel (contenus oubliés ou refoulés, perceptions sensibles qui n’ont jamais atteint la conscience tout en pénétrant dans la psyché) ; 3. L’inconscient collectif, héritage de possibilités représentatives, qui n’est pas individuel, mais généralement humain, même généralement animal, et constitue le fondement proprement dit du psychisme individuel.

Jung ajoute : « l’inconscient qui est l’ensemble de tous les archétypes, est le dépôt de tout ce que l’humanité a vécu, en remontant à ses plus obscurs commencements, non pas un dépôt mort, sorte de champ de ruines abandonnées – mais un système de réactions et de disponibilités qui déterminent la vie individuelle par des voies invisibles et par suite, d’autant plus efficaces. »

nuages sombres 2

Dans L’Ultime Voyage, la conscience et le mystère de la mort, le psychiatre Stanislav Grof relate un cas qui selon lui illustra magistralement l’existence de cet inconscient jungien. Lorsqu’il travaillait à l’Institut de recherche psychiatrique de Prague, il avait pour patient Otto, un jeune homme qui souffrait de dépression et thanatophobie, une peur pathologique de la mort.

Au cours de l’une de ses séances, Otto vécut une séquence très forte de mort et renaissance psychospirituelle. « Il eut la vision d’une divinité porcine terrifiante qui gardait l’entrée d’un souterrain sinistre. Au même instant, il éprouva le besoin impérieux de dessiner un motif géométrique précis. » Sanislav Grof raconte qu’Otto usa beaucoup de papier à essayer de dessiner « comme il fallait » de mystérieux motifs géométriques.

Il ne comprit pas cet épisode, et n’en eut la clé que bien des années plus tard, après sa rencontre avec le mythologue Joseph Campbell, à qui il raconta un jour ce qui était arrivé à Otto. « Comme c’est intéressant ! » s’exclama Joseph, et sans l’ombre d’une hésitation : « C’était visiblement la Mère Cosmique de la Nuit de la Mort, la déesse mère des Malékuléens de Nouvelle Guinée. »

Joseph Campbell expliqua alors à Stanislav Grof que cette divinité avait l’apparence d’une figure féminine effrayante, aux traits nettement porcins. « D’après la tradition malékuléenne, elle se tenait à l’entrée du monde souterrain et gardait le labyrinthe sacré, très complexe.

Au cours de leur vie, les Malékuléens passaient beaucoup de temps à dessiner des labyrinthes, car la maîtrise de cet art était considérée comme essentielle à la réussite de leur voyage dans l’au-delà. »

Pour quelqu’un qui comme Otto, souffre de thanatophobie, le choix du symbolisme malékuléen semble particulièrement adapté. Mais dans ce cas, elle resta un mystère. « Le fait que ni moi, ni Otto n’avions la moindre connaissance intellectuelle de la culture malékuléenne corrobore une nouvelle fois la notion jungienne d’inconscient collectif » conclut Stanislav Grof.

Source : Inrees

 

Le processus d’individuation comme voie de réalisation du potentiel humain

Carl Gustav Jung (1875-1961), célèbre psychiatre suisse, a apporté une contribution vitale pour comprendre et aider notre siècle tourmenté.  L’expérience lui prouva que dans l’irrationnel et le surnaturel plongent les « racines de la connaissance » et que le fait de les avoir ignorées est cause, à notre époque, de névrose et d’angoisse.  Son apport essentiel, outre l’inconscient collectif, est le processus d’individuation comme voie de réalisation du potentiel humain.

QU’EST-CE QUE L’INDIVIDUATION ?

Lors du processus d’individuation, l’individu parcourt quatre étapes et rencontre trois archétypes ou modèles fondamentaux.  Il s’agit d’une émergence autonome hors de l’inconscient collectif, océan d’énergie psychique commune à toute l’humanité où « flotte » la singularité de l’individu (sa persona et son ombre ou inconscient individuel).  Les archétypes, foyers ou noyaux autonomes et organisés où s’accumule l’énergie vitale, s’expriment à travers des symboles qui agissent en transformateurs d’énergie.

LES ÉTAPES DU PROCESSUS

Première étape : dépossession du moi

Notre moi s’imagine être le centre de la psyché, alors qu’il n’est qu’une de ses structures.  S’identifier toute sa vie à son masque, à sa persona, interdit le processus d’individuation et empêche de devenir soi-même.  Cette étape permet de découvrir que le moi-persona n’est pas « tout ».  Se déconditionner – « se désidentifier » de son masque – va de pair avec une ouverture qui déstabilise pour mieux libérer et restructurer à un niveau supérieur de complexité.

Deuxième étape :  la rencontre avec l’ombre

Ne plus juger les êtres et les expériences selon des conventions et des critères de reconnaissance sociale rend capable d’ accepter des systèmes de valeurs autres que le sien, voire opposés, et de découvrir ses propres défauts.  Ne cherchant plus à se justifier ou à moraliser, on est prêt à accepter la partie obscure de soi-même, même si l’assimilation de l’ombre provoque parfois, temporairement, des comportements « choquants ».  L’individu cesse de juger autrui, car il a compris le côté relatif du bien et du mal.  Plus compréhensif, plus fraternel, plus profond et plus impartial, il dépasse le dogmatisme, moral ou anti-moral.

Troisième étape : la rencontre avec l’archétype sexuel (anima ou animus)

archetypes

Elle consiste pour l’homme à rencontrer la partie féminine inconsciente de sa psyché (anima) et pour la femme sa partie masculine (animus). La perception de l’archétype passe par des mutations qui iront par quatre étapes : pour l’homme, de la femme-animale jusqu’à l’incarnation de la sagesse ;  pour la femme, de l’homme vital et athlétique au philosophe. 

L’archétype sexuel, pleinement affronté, perd son pouvoir de fascination et devient une fonction psychique intermédiaire, située entre la singularité du sujet et les profondeurs de l’inconscient collectif.  Anima n’est plus la femme fatale mais  l’âme inspiratrice.  Animus cesse d’imposer ses dogmes et ses normes conventionnelles.  Ils deviennent sources d’inspiration et de créativité.  Alors peuvent fusionner la connaissance (logos) du masculin et le sentiment (eros) du féminin en un mariage sacré.

Quatrième étape : la rencontre avec l’archétype « lumière »

Le moi se trouve confronté à une potentialité éblouissante, source de pouvoir, « l’archétype lumière », accompagné d’images puissantes suggérant omnipotence et omniprésence.  Celui qui cède à la tentation de s’identifier à cet archétype se sent détenteur d’un pouvoir suprême et tombe dans la psychose de se prendre pour Dieu, un prophète ou un envoyé.  

L’inflation est si fréquente dans cette phase que « tout le monde y fait une incursion, à un moment ou à un autre.  L’individu ne s’en sort qu’en faisant acte d’humilité ».  « Il survient alors, de la transformation totale :  un mystérieux archétype latent s’active, dont les propriétés ne se découvrent que si le sujet a pu se libérer de l’inflation : l’archétype du Soi. »

L’archétype du Soi : aboutissement du processus d’individuation

Après cette étape, toutes les structures de l’individu commencent à se réorganiser vers un centre qui est le Soi.  Le moi individualisé a atteint son but, le point central dépassant toute définition rationnelle, le Soi qui correspond pour Jung à « Dieu en nous ».  « L’individuation n’exclut pas l’univers, elle l’inclut, dit Jung, car elle réintègre l’homme particulier au sein de l’archétype de l’homme universel, porteur de toute l’expérience de l’humanité. 

Laura Winckler et Marie-FrançoiseTouret

 

Étapes de la traversée et les dragons sur le chemin

Les stades du développement des archétypes

OrphelineChaque individu dresse son itinéraire particulier à travers ces « stades », et il existe des différences prévisibles quant aux façons de les affronter. Les modes d’héroïsme masculin et féminin semblent différer car chaque sexe s’attardera plus sur une étape particulière.

Par  leur éducation et du fait qu’elles donnent la vie, les femmes ont tendance à être dominées plus longtemps par l’archétype du Martyr. Et comme on pousse les hommes à acquérir la maîtrise de leur vie et le pouvoir sur les autres, ils vont plus facilement et rapidement devenir des Guerriers.

Pour Carol Pearson, les femmes semblent s’attarder plus longuement aux étapes ou prédomine l’affiliation (Martyr et Magicien) et les hommes a celles ou prédomine la séparation (Vagabond et Guerrier). Les femmes ont plutôt tendance à voir le monde en terme de filet, de tissage, d’interconnexions, alors que les hommes le voient en termes d’échelles et de hiérarchies où les gens luttent pour obtenir un pouvoir.

Le modèle du développement masculin consiste à passer directement du stade d’Orphelin à celui du Guerrier et souvent d’y rester. Toutefois, souvent au milieu de sa vie, l’homme fera face aux questions d’identité et à une préoccupation plus grande quant aux questions touchant l’intimité, la sollicitude et l’engagement. Sa progression habituelle ressemblerai a celle-ci :

Orphelin > Guerrier > Vagabond > Martyr > Magicien

Le modèle de développement féminin consiste à passer du stade de l’Orphelin à celui du Martyr où elle peut rester jusqu’à la fin de ses jours, si rien ne la pousse à avancer. S’il y a du mouvement, du fait du départ des enfants ou du mari, la femme fera face aux questions d’estime de soi, délibération, d’identité, d’affirmation de soi. Sa progression est souvent la suivante :

Orphelin > Martyr > Vagabond > Guerrier > Magicien

Les étapes de la traversée ou du Voyage du Héros

VOYAGE

Dans son ouvrage La puissance du Mythe, Joseph Campbell, décrit les points communs de notre chemin général de vie en terme d’étapes ou de « Voyage du Héros », c’est-à-dire la séquence d’événements qui semblent être partagés par les Mythes de chaque culture. Ces étapes, résumées par Robert Dilts sont :

1. L’écoute d’un appel relatif à notre identité, notre mission de vie. Nous pouvons accepter ou refuser cet appel.

2. L’acceptation de l’appel nous confronte à une limite ou un seuil dans nos capacités ou tout autre élément de notre modèle du monde.

3. Le franchissement du seuil nous propulse dans un nouveau territoire de vie, en dehors de notre zone de confort actuelle et dans un territoire qui nous force à grandir, à évoluer et à trouver du soutien et un guide.

4. La recherche d’un protecteur ou d’un mentor. C’est quelque chose qui découle naturellement du courage de franchir le seuil.

5. Faire face au défi ou démon. C’est également le résultat naturel du franchissement du seuil. Les démons ou dragons ne sont pas nécessairement mauvais. Ils sont simplement une forme de puissance ou d’énergie à laquelle nous devons faire face et l’accepter. Ces démons reflètent souvent nos ombres intérieures.

6. La transformation du « démon » en ressource ou conseiller se fait par le développement d’une technique particulière ou la découverte d’une ressource spécifique.

7. Achever la tâche pour laquelle nous sommes appelés et découvrir notre voie. Cela se réalise par la création d’une nouvelle carte du monde qui va incorporer les apprentissages du voyage.

8. Le retour à la maison en tant que personne transformée et ayant évolué. Ce retour permet le partage des expériences du voyage avec les autres.

Le voyage n’est ni linéaire ni une boucle qui se déroule sur un plan horizontal mais plutôt comme une  spirale ascendante. Le voyage forge les capacités individuelles du héros lui-même mais aussi celle de la collectivité toute entière. Le héros est une personne en voie de réintégration dans la société avec de plus en plus de qualités spécifiques.

Chaque archétype possède des aspects positifs et négatifs

456px-Saint_george_raphaelL’innocent : le dragon de l’innocent est capable de renier (dénier) ce qui se passe et cela se traduit par une aptitude à fermer les yeux (à vouloir les fermer) pour rester ignorant de la portée de la situation. Nous pouvons nous nuire ou nuire aux autres, néanmoins, nous refusons de reconnaître ce fait. Même blessés, nous continuons à rejeter cette information. Nous pouvons continuer à croire indéfiniment la même chose.

L’orphelin : Se comporte en victime, qui n’admet ni son incompétence, ses attitude irresponsables, ni son comportement de prédateur mais dit toujours que c’est de la faute d’autrui. En ce qui le concerne, il trouve qu’un régime de faveur doit être appliqué et qu’une dispense à l’égard de la vie de tous les jours est de mise. Il n’assume pas les conséquences de ses actes. A titre d’excuse, il cite sa fragilité et son histoire de victime. Lorsque le coté sombre de l’orphelin prends le contrôle de notre vie, nous agressons même les personnes qui veulent nous aider, en les blessant et en nous blessant nous-mêmes. L’orphelin peut se manifester par un effondrement ou un dysfonctionnement (« Tu ne peux rien pour moi ». « Je suis blessé ». « Je souffre ». « Je n’en peux plus ».)

Le martyre : C’est en souffrant qu’il contrôle son entourage. Il culpabilise les autres : « Regardez ce que j’ai sacrifié pour vous ».  On l’aperçoit à travers des comportements manipulateurs ou dévorants. Sous l’emprise de ce dragon on tend à vouloir étouffer ou contrôler autrui.

L’autre facette se trouve dans les relations de co­dépendance où les besoins obsessifs de prendre soin des autres et de leur venir en aide sont manifestes.

Le vagabond : Le dragon du vagabond est dans le déni qui peut recouvrir plusieurs des dénis des réalités existentielles : la mort, (il pense et se comporte comme si sa vie était éternelle ou n’avait pas de valeur), la solitude existentielle, (il s’investit dans la symbiose ou dans la durabilité, plutôt que dans l’intensité des relations) la responsabilité (il met sa liberté avant tout autre chose et n’assume pas les conséquences de ses actes).

Il peut aussi dénier d’avoir des limites, d’être faillible. Ainsi il évite de faire des choix, par crainte de se tromper, cesse d’être objectif, mais aussi, en ne tenant pas compte de ses besoins, il vit dans la privation à travers une illusion faussement religieuse, sociale ou politique.

Le guerrier : Le dragon du guerrier se manifeste à travers un comportement « malfaiteur » dont il se sert pour s’enrichir, sans se préoccuper de questions morales, ni d’éthique, ni de bien commun. Le dragon du guerrier est actif chaque fois que nous nous sentons obligés ou entraînés à compromettre nos principes, afin d’entrer en  concurrence, de gagner ou d’imposer notre volonté. Tout est vue en terme de pouvoir, de lutte. Il en résulte que tout devient affrontements, menaces, défis à confronter.

Le Magicien ou Sorcier : Le dragon du sage – tant qu’il n’est pas revenu du voyage à la recherche de la vérité, du comportements sages et du détachement – juge autrui, en le déclarant inapte ou incompétent. Il se coupe de ses sentiments, reste froid, rationnel, sans cœur, dogmatique et souvent pompeux.

Les trois niveaux de rencontre des archétypes

Dans son étude, Carol Pearson constate que la remontée du fond de nos abîmes intérieurs n’est pas automatique et que, pour chaque archétype, il existe au moins trois niveaux de réponse qui sont fonction du degré de conscience de chacun.

Le premier est celui de l’ego : mû par l’instinct de survie, on assume l’archétype au niveau de son moi Égoïste car l’ombre est encore puissante.  Au deuxième niveau, l’individu transcende son égocentrisme.

Capable de ne plus agir seulement dans son propre intérêt, il s’ouvre au sens des choses, aux conséquences de ses actes et assume la responsabilité à l’égard de lui-même et des autres.

Enfin, au troisième degré, transpersonnel, détaché et à l’écoute des autres, il devient canal de l’archétype.

L’itinéraire du héros est à comprendre comme une traversée maritime. On sait d’où on part et quand on part, mais on ne sait ni quand, ni où l’on va, ni par où l’on va passer. Tout dépend des vents, de l’état de la mer, de l’équipage.

Malgré les constantes de la vie et bien que nous soyons tous soumis au même périple, de la naissance à la mort, nos routes ne se recouvrent pas, dans l’immense océan de la vie et du psychisme.

chemin galxieL’ombre

Les archétypes ne présentent pas seulement un aspect positif. Comme tout ce qui existe en ce monde, ils possèdent aussi un aspect négatif qui est leur ombre.

Les nombreux aspects négatifs des archétypes sont parfaitement symbolisés dans l’image d’un dragon à plusieurs têtes : ils récapitulent les multiples visages des dragons que tout héros doit combattre au cours de sa traversée et qui représentent les défis auxquels chacun de nous est confronté.

Dans les contes, ils barrent le passage, gardent un trésor, enlèvent la princesse. Ils sont à la fois obstacle et clef.

Vaincre le dragon, c’est d’une certaine manière s’emparer de sa force, maîtriser un pouvoir jusque-là impossible à capter. La force qu’il représente et qui apparaissait comme négative, une fois intégrée, devient bénéfique et se civilise.

Les épreuves de l’existence nous saisissent toujours par leur côté terrifiant. L’acquisition d’une nouvelle qualité dépend directement de notre capacité à affronter l’appel de l’ombre, du dragon, face négative de l’archétype. L’ombre nous fait signe à travers les situations que nous refusons d’affronter.

Ce refus est ce qui nous enferme dans les abîmes chaotiques et déstructurants de l’ombre d’un archétype. Pour identifier l’étape à laquelle on se trouve, il faut éviter le piège de ce qu’on aime ou désire, car c’est généralement non pas ce qu’on possède mais ce dont on manque.

C’est en essayant de comprendre l’ombre de chaque archétype qu’on arrive à se situer. C’est une aide pour accepter ce qu’on refoule de soi-même et des situations que nous vivons, tout ce qui nous empêche de devenir un être global. Progresser ne consiste pas en effet à rejeter ou refouler de plus en plus d’aspects de nous-mêmes mais au contraire à reconnaître et à accepter nos côtés les moins flatteurs.

Tout en restant conscient des qualités que nous portons en nous car c’est à travers elles que nous pouvons susciter la réconciliation avec nous-mêmes.

Cet article a été inspiré par le livre de Carol Pearson et mes diverses lectures, ainsi que par le site http://www.institut-repere.com/

Carol S. Pearson Le héros intérieur, Éditions de Mortagne

Les Archétypes et le voyage du héros intérieur

Carol PearsonDans notre imaginaire, la vie est perçue comme un voyage entre deux ports, celui de notre naissance et de notre mort, ou comme une traversée qui comporte des épreuves, des embûches, mais aussi des réussites et des satisfactions. Ce voyage a pour but de faire évoluer la conscience du voyageur ou du héros, de renforcer son identité, de donner un sens à son existence et de vivre la vie originale et riche de son destin. C’est un voyage qui confronte chacun aux invariants de la condition humaine, à la mise en œuvre de qualités spécifiques pour vaincre nos « dragons » intérieurs avant le retour chez soi pour faire partager aux autres nos apprentissages. Les récits de ces voyages, en révélant nos croyances et les scénarios que nous adoptons consciemment ou non, et en nous aidant à donner un sens à notre vie, sont archétypaux. Les archétypes s’expriment dans toute activité humaine, qu’elle soit physique, mentale, littéraire ou artistique.

Les mythes sont ces histoires qui racontent les grands défis de l’existence. Ils fournissent aux hommes des modèles de changement et des guides intérieurs qui conseillent et inspirent sur la manière de vivre les épreuves. Ces mythes nous invitent à répondre à l’appel de notre destin, devenir celui qui accepte de se confronter à une série d’épreuves, vaincre les « dragons », et de se libérer de ce qui est artificiel et superficiel en lui pour devenir l’être qu’il est profondément.

Si le Mythe est l’Histoire, l’Archétype est le personnage ou le héros de l’Histoire.

Les destins héroïques sont au cœur des tragédies du théâtre grec. Ces histoires racontent les événements de la vie qui, sous l’effet de la peur ou de la colère, de l’excès ou de la démesure, nous font « sortir de nous-même ».

L’exploit héroïque consiste alors à avoir la capacité à se recentrer, «rentrer en soi-même », pour accéder à un autre état de conscience et aux ressources dont nous avons besoin dans ces circonstances. L’intention de l’œuvre est pédagogique. Il s’agit de capter l’attention de spectateur, le surprendre et l’effrayer afin de l’intégrer émotionnellement dans l’œuvre.

UlysseLe spectateur est ainsi invité à « modéliser » le héros, celui qui ne sait comment s’arracher à l’illusion des apparences, se libérer des peurs et des formes de vie qui ne lui sont pas utiles et se transformer en un être plus authentique.

Le héros peut accepter ou non l’épreuve qui se présente à lui. En refusant l’épreuve il renonce à son destin qui peut donc devenir réellement
« tragique ».

Pour Carol Pearson, le refus de la prise de risque et de l’engagement dans notre périple personnel nous conduit à adopter des rôles prescrits, génère de l’engourdissement, un sentiment d’aliénation, de frustration, de manque et de vide intérieur.

Ceux qui anesthésient ou tuent le héros en eux vont se décourager de tuer des dragons, intériorisent leurs pulsions et se tuent eux-mêmes, en déclarant la guerre dérisoire, comme celle à leur surplus de graisse, à leur égoïsme ou en luttant pour leur santé. Il n’y a plus d’autre alternative que de vivre par procuration en devenant spectateur de films de série B. Se dérober à la quête, est une expérience de non vie, associée à une baisse de vitalité en nous.

En acceptant l’épreuve, et en se dépassant pour la surmonter, le héros s’engage dans la voie héroïque. Au lieu d’être victime, il prend le risque de la confrontation aux expériences de la vie et à ses propres limites. Il entreprend en même temps la découverte de ressources insoupçonnées, de nouvelles forces d’élévation en lui.

La quête héroïque est une manière de se socialiser sans tomber dans l’anonymat et l’homogénéisation. En renouant avec sa force intime, toujours présente, quoi qu’on ait fait pour l’étouffer, et en entreprenant sa quête intérieure contre vents et marées, le héros se donne plus de vitalité et contribue à rendre meilleur le monde auquel il appartient.

Les guides intérieurs qui accompagnent notre vie

 Dans son ouvrage  Le héros intérieur, Carol Pearson explique que les guides intérieurs sont des archétypes qui accompagnent depuis toujours les êtres humains dans leur croissance et leur montrent comment vivre. Ces guides sont parfois perçus comme des dieux ou des déesses présentant l’inconscient collectif.

« Ils existent sous forme d’énergie dans le psychisme individuel humain. Ils vivent à l’intérieur de nous-mêmes, et ce qui est encore plus important, nous vivons en eux. » Ces archétypes que nous rencontrons dans notre monde intérieur, dans nos rêves, dans nos actions, ou à travers la littérature, l’art, la religion, nous livrent des images de nos héros intérieurs, et des rôles que nous devrons incarner au cours de notre voyage.

Chaque rôle ou chaque archétype définit un ensemble de caractéristiques, avec une mission à remplir, des valeurs et croyances spécifiques qui soutiennent les capacités à faire de nouveaux apprentissages. Les archétypes nous invitent à adopter un ensemble de « deuxième position », celles de nouveaux personnages, pour développer de nouveaux savoir-faire et éveiller de nouvelles qualités. Ces apprentissages sont comme un don, la récompense ou le trésor qui couronne l’épreuve.

Si les archétypes sont très nombreux, Carol Pearson en décrit six dans son ouvrage  Le Héros Intérieur, en particulier ceux qui ont la plus grande influence sur le développement humain au sein d’une culture occidentale. Un archétype est capable d’influencer notre vie quand son modèle est renforcé ou activé par les événements ou les histoires racontées par une culture, et quand ils ont une importance par rapport à un périple d’individuation. 

Les archétypes du développement humain selon Carol Pearson

dragon

Chaque archétype est un guide qui possède sa propre vision du monde, ses objectifs de vie et ses croyances particulières quant à ce qui donne du sens à la vie.

L’Innocent vit dans un état de grâce qui précède la chute

L’innocent vit dans un Eden ou la vie est douce, le dragon n’existe pas et ou tous les besoins sont comblés dans une atmosphère de sollicitude et d’amour. Pour les innocents, le monde existe pour leur satisfaction. C’est un état naturel chez l’enfant et c’est une négation de la réalité chez l’adulte. Il existe pourtant des personnes qui croient que Dieu, leurs parents et conjoints, leurs amis et employeurs devraient contribuer à rendre leur vie paradisiaque. L’innocent n’est pas un archétype héroïque, car lorsqu’on vit au paradis, on n’a pas besoin de buts, de peurs, de tâches ou de travail. C’est donc un archétype pré héroïque ou post héroïque.

L’Orphelin doit affronter la réalité de la chute

L’Orphelin recherche la sécurité. Il a très peur d’être exploité et abandonné. Idéaliste, il nie l’existence du dragon (l’impuissance) ou recherche du secours dès qu’il le rencontre. Son impression d’impuissance lui donne un vif désir de retourner à l’innocence originelle. Il se sent victime, obligé de se débrouiller dans un environnement hostile sans en avoir la force ni les capacités. Il est à la recherche d’une hiérarchie bienveillante (patron, gardien, conseiller spirituel) qui prendra soin de lui.

Il ne maîtrise pas ses émotions qui sont parfois paralysantes. L’évasion (drogues, travail, relations, hédonisme, consommation) est la seule manière d’affronter la condition humaine. La culture programme ses besoins. Il est dans la recherche d’un remède miracle à son existence et de gratifications immédiates dans sa vie.

Il se sent pauvre, recherche un travail avec une vie facile, et préférerait ne pas travailler, gagner au loto ou hériter. Sa tâche est de sortir de l’innocence et de vaincre la négation de la réalité pour apprendre que souffrance, douleur, épreuves et la mort font inévitablement partie de la vie.

Le Martyr apprend à donner, à s’engager et à se sacrifier pour les autres

Le Martyr veut résoudre le conflit entre la recherche du bien (la bonté, la sollicitude et la responsabilité) et l’évitement du mal et de ses pires peurs (l’égoïsme et l’exploitation).

Persécuté par le dragon (la souffrance), il cherche à l’apaiser ou se sacrifier pour sauver les autres. Il offre sa souffrance car elle est transformatrice. Ses émotions sont réprimées pour ne pas blesser les autres. Il considère que le travail doit être dur et désagréable, et au service des autres. Il y a plus vertu dans le don et la pauvreté que dans la réception des dons. La tâche du Martyr est d’être capable de prendre soin des autres, donner de façon libre et sans peur.

Le Guerrier apprend à lutter pour se défendre et à changer le monde à son image

indienLe Guerrier s’applique à être fort et efficace, à avoir une influence sur le monde, à éviter la faiblesse, l’inefficacité et la passivité. Il veut changer son environnement, afin que celui-ci se conforme à ses besoins et à ses valeurs. Pour cela il utilise la force de discipline, la volonté et la lutte. Il revendique l’autorité et le droit d’affirmer ce qu’il veut pour lui et les autres.

Il affronte le dragon (la peur) pour le tuer. Il acquiert le courage de se battre pour ce qu’il croit et ce qu’il veut en dépit des risques encourus. Il apprend dans la compétition et le goût de la réussite. Il modélise les autres à son image. Il maîtrise ou réprime ses émotions pour exercer plus de domination.

Il travaille dur pour réussir et être riche, en sachant utiliser le système à son profit. Sa tâche est d’avoir plus d’assurance, de confiance, de courage et de respect de soi et des autres, avant de rendre les armes pour devenir plus authentiques avec lui-même et les autres.

Le Vagabond entreprend la tâche de se retrouver lui-même en dehors des autres

Le Vagabond cherche l’indépendance, l’autonomie, une vocation et craint le conformisme. Pour fuir le dragon (la solitude) qu’il a identifié, il va quitter une situation oppressive et partir seul à la rencontre de l’inconnu. La vie est une aventure dans le monde ou à l’intérieur de lui- même.

C’est en se tenant « en dehors » des normes conformistes qu’il acquiert son identité. Se sentant un étranger et non-conformiste, il aime explorer de nouvelles idées, agir seul, assumer stoïquement ses émotions. Il cherche sa vocation ou un travail solitaire.

Il devient un autodidacte et est prêt à sacrifier de l’argent pour maintenir son indépendance. Sa tache est d’affronter la peur de son inaptitude à vivre seul, puis décider d’être lui-même, de découvrir qui il est et ce qu’il veut pour réaliser sa vocation.

Le Magicien apprend à se mouvoir avec l’énergie de l’Univers

merlinLe magicien ou le chaman cherche l’authenticité, l’équilibre avec les énergies de l’Univers, et désire attirer à lui ce dont il a besoin selon les lois de la « synchronicité », ce qui peut ressembler à de la magie. Il redoute le manque de profondeur, l’aliénation de soi et des autres, l’absence de centrage.

Le monde extérieur est le reflet du monde intérieur. Il accepte et intègre le dragon (l’ombre ou une partie non développée) pour le faire sortir au grand jour et le transformer. Il perçoit la vie plus comme un processus dépassent la notion statique de bien et de mal.

Il apprend pour le plaisir, seul ou en groupe. Il veut des relations égalitaires et apprécie la différence. Il s’autorise à exprimer ses émotions et se sert de leurs messages. Il travaille selon sa vraie vocation, se sent riche avec peu ou beaucoup mais sans accumuler, confiant que ses futurs besoins seront satisfaits. Sa tâche est vivre dans la joie, l’abondance, la foi, la fidélité à sa sagesse intérieure.

Chaque archétype projette donc son modèle du monde sur les autres et sur son environnement. Gouvernés par un archétype particulier, les gens ont tendance à se plaindre alors de la cruauté des autres, de leur conformisme, de leur faiblesse, de leur égoïsme ou de leur manque de profondeur.

De nombreux malentendus peuvent ainsi naître. Aux yeux du Martyr, l’indépendance du Vagabond ressemble souvent à l’égoïsme qu’il a en horreur. L’assurance du Guerrier peut apparaître de l’insensibilité à l’Orphelin. Les propos du Magicien sur le fait que toute action est justifiée si elle est authentique peuvent passer pour incongrus.

A suivre…


 

Carl Gustav Jung : Devenir soi-même aujourd’hui

Carl Gustav Jung (1875-1961), célèbre psychiatre suisse, a apporté une contribution vitale pour comprendre et aider notre siècle tourmenté.  L’expérience lui prouva que dans l’irrationnel et le surnaturel plongent les « racines de la connaissance » et que le fait de les avoir ignorées est cause, à notre époque, de névrose et d’angoisse.  Son apport essentiel, outre l’inconscient collectif, est le processus d ‘individuation comme voie de réalisation du potentiel humain.

QU’EST-CE QUE L’INDIVIDUATION ?

Lors du processus d’individuation, l’individu parcourt quatre étapes et rencontre trois archétypes ou modèles fondamentaux.  Il s’agit d’une émergence autonome hors de l’inconscient collectif, océan d’énergie psychique commune à toute l’humanité où « flotte » la singularité de l’individu (sa persona et son ombre ou inconscient individuel).  Les archétypes, foyers ou noyaux autonomes et organisés où s’accumule l’énergie vitale, s’expriment à travers des symboles qui agissent en transformateurs d’énergie.

LES ÉTAPES DU PROCESSUS

Première étape : dépossession du moi

Notre moi s’imagine être le centre de la psyché, alors qu’il n’est qu’une de ses structures.  S’identifier toute sa vie à son masque, à sa persona, interdit le processus d’individuation et empêche de devenir soi-même.  Cette étape permet de découvrir que le moi-persona n’est pas « tout ».  Se déconditionner – « se désidentifier » de son masque – va de pair avec une ouverture qui déstabilise pour mieux libérer et restructurer à un niveau supérieur de complexité.

Deuxième étape :  la rencontre avec l’ombre

Ne plus juger les êtres et les expériences selon des conventions et des critères de reconnaissance sociale rend capable d’ accepter des systèmes de valeurs autres que le sien, voire opposés, et de découvrir ses propres défauts.  Ne cherchant plus à se justifier ou à moraliser, on est prêt à accepter la partie obscure de soi-même, même si l’assimilation de l’ombre provoque parfois, temporairement, des comportements « choquants ».  L’individu cesse de juger autrui, car il a compris le côté relatif du bien et du mal.  Plus compréhensif, plus fraternel, plus profond et plus impartial, il dépasse le dogmatisme, moral ou anti-moral.

Troisième étape : la rencontre avec l’archétype sexuel (anima ou animus)

archetypes

Elle consiste pour l’homme à rencontrer la partie féminine inconsciente de sa psyché (anima) et pour la femme sa partie masculine (animus). La perception de l’archétype passe par des mutations qui iront par quatre étapes : pour l’homme, de la femme-animale jusqu’à l’incarnation de la sagesse ;  pour la femme, de l’homme vital et athlétique au philosophe. 

L’archétype sexuel, pleinement affronté, perd son pouvoir de fascination et devient une fonction psychique intermédiaire, située entre la singularité du sujet et les profondeurs de l’inconscient collectif.  Anima n’est plus la femme fatale mais  l’âme inspiratrice.  Animus cesse d’imposer ses dogmes et ses normes conventionnelles.  Ils deviennent sources d’inspiration et de créativité.  Alors peuvent fusionner la connaissance (logos) du masculin et le sentiment (eros) du féminin en un mariage sacré.

Quatrième étape : la rencontre avec l’archétype « lumière »

Le moi se trouve confronté à une potentialité éblouissante, source de pouvoir, « l’archétype lumière », accompagné d’images puissantes suggérant omnipotence et omniprésence.  Celui qui cède à la tentation de s’identifier à cet archétype se sent détenteur d’un pouvoir suprême et tombe dans la psychose de se prendre pour Dieu, un prophète ou un envoyé.  

L’inflation est si fréquente dans cette phase que « tout le monde y fait une incursion, à un moment ou à un autre.  L’individu ne s’en sort qu’en faisant acte d’humilité ».  « Il survient alors, de la transformation totale :  un mystérieux archétype latent s’active, dont les propriétés ne se découvrent que si le sujet a pu se libérer de l’inflation : l’archétype du Soi. »

L’archétype du Soi : aboutissement du processus d’individuation

Après cette étape, toutes les structures de l’individu commencent à se réorganiser vers un centre qui est le Soi.  Le moi individualisé a atteint son but, le point central dépassant toute définition rationnelle, le Soi qui correspond pour Jung à « Dieu en nous ».  « L’individuation n’exclut pas l’univers, elle l’inclut, dit Jung, car elle réintègre l’homme particulier au sein de l’archétype de l’homme universel, porteur de toute l’expérience de l’humanité. 

Par Laura Winckler et Marie-FrançoiseTouret