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Le chemin vers une liberté retrouvée

Parfois méprisé, souvent galvaudé, le pardon est un terme mal compris et associé à bon nombre d’idées reçues. Olivier Clerc, fondateur des Journées du pardon, suggère de redéfinir le sens du pardon pour le considérer comme un chemin vers la guérison intérieure.

Don du pardon

On a tous plus ou moins connu une expérience douloureuse qui a laissé en nous un tatouage d’amertume, de haine ou de souffrance qu’on croit indélébile. Il nous parait impossible de pardonner à l’auteur de ces blessures et de tourner la page. Ce serait bien trop facile, pense-t-on. Et puis à quoi bon pardonner ?

Pardonner c’est oublier, c’est céder, c’est cautionner son agresseur. Et si paradoxalement, le pardon était la voie vers la guérison et vers une liberté retrouvée ? Olivier Clerc anime des ateliers du pardon. Dans son nouveau livre, Peut-on tout pardonner), il ouvre la réflexion pour, peut-être, nous inviter à penser autrement. Top Santé l’a rencontré.

Vous invitez à repenser le terme de pardon, qui est selon vous, mal compris et mal interprété. Quelle est la vraie définition du pardon ?

Le mot pardon est entouré d’un flou considérable. Si vous interrogez les gens autour de vous, chacun aura une définition et une compréhension différente selon qu’il a eu une éducation religieuse, des parents athées ou psys. En fait il faut redéfinir ce qu’on entend par le pardon.

Pardonner c’est le chemin vers la guérison des blessures du cœur. Un cœur blessé a besoin d’un baume pour guérir et cicatriser les plaies dont suppure du poison émotionnel fait de haines et de ressentiment. On utilise le pardon comme un baume qui va nous aider à nous libérer de ces émotions négatives. Cette libération s’apparente à ce que j’appelle « une douche du cœur ».

Le pardon serait une question d’hygiène du cœur ?

Absolument. Le pardon lave notre cœur du « cholestérol émotionnel » qui encombre nos artères. Avec cette hygiène émotionnelle, on évite que notre cœur se dessèche. On réapprend à s’ouvrir aux autres sans être dans une position de vulnérabilité ni de victime. Au final, on parvient peu à peu à retrouver la capacité d’aimer.

Le pardon serait donc une démarche personnelle, indépendante du fait de pardonner à la personne qui a pu nous blesser ?

Entrer dans la démarche de pardon nécessite d’inverser notre rapport à celui-ci. Autrement dit on ne pardonne pas à quelqu’un mais on demande pardon. Cette inversion du processus du pardon correspond à l’approche que j’enseigne dans mon livre et que j’appelle « Don du pardon ».

Pourquoi demander pardon et non pas pardonner me direz-vous ? La nuance est importante. Elle insiste sur le fait qu’on doit se libérer de l’illusion que l’autre a le pouvoir de nous guérir. En fait la cicatrisation de nos blessures ne dépend que de nous.

Pour prendre un exemple, on ne va pas demander à celui qui nous a blessé le bras avec un cutter de venir nous soigner. Demander pardon, c’est un processus personnel qui vise à se libérer de l’intérieur, du jugement et de la prétention de vouloir pardonner.

Est-ce un processus forcément long ?

Cela varie d’une personne à l’autre. Pour certains, ce peut être instantané, pour d’autres cela prendra des mois ou des années. Ce travail de pardon est personnel mais peut se faire seul ou à plusieurs dans des groupes de pardon à travers les cercles de pardon que j’ai initiés par exemple. Une certitude, le processus sera d’autant plus long si on a une mauvaise conception du pardon et si on n’identifie pas les obstacles au pardon.

Quels sont ces principaux obstacles ?

Il en existe plusieurs. Par exemple on a tendance à penser que le pardon est religieux. Or on peut panser ses blessures quelles que soient ses croyances et sa philosophie. Le pardon ce n’est pas prier et espérer que la grâce spirituelle nous tombe dessus !

Un autre obstacle classique est de croire que le pardon est un cadeau fait à l’autre. Ou encore que pardonner revient à cautionner ou oublier ce que nous a fait l’autre. Or on peut tout à fait pardonner et entamer ce travail de guérison émotionnelle sans que cela conduise à accepter, cautionner ou excuser des actes qu’on juge intolérables.

Le pardon s’assimile à un yoga du cœur dont la pratique régulière apporte une grande force et beaucoup de courage.

Avez-vous un conseil simple à utiliser au quotidien pour pratiquer ce yoga du cœur ?

Chaque jour on peut faire ce travail de pardon en y consacrant un moment chaque soir avant de s’endormir. Pour cela, on récapitule mentalement ce qui s’est passé dans la journée pour évacuer tous les non-dits, les tensions, émotions négatives ou problèmes non résolus dans notre sommeil et s’endormir léger.

Par Emilie Cailleau pour Top Santé

Olivier Clerc Peut-on tout pardonne, éditions Eyrolles

 

 

 

 

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Les clés de la guérison du cœur

Guérison du coeur

« Pardonne même à tes ennemis », « Si on te frappe sur la joue droite, tend l’autre joue » : lorsqu’on a été élevé dans la religion chrétienne, comme ce fut mon cas, ce sont des choses qu’on a entendues des centaines de fois. Bien : mais comment les appliquer ?

Comment puis-je pardonner quand je me retrouve personnellement confronté à une situation très douloureuse, voire traumatisante ?… On sait bien que le cœur n’obéit pas à la volonté et que vouloir pardonner ne marche pas. D’où le risque que je m’en veuille et que je culpabilise parce que je n’arrive pas à pardonner !… 

C’est Don Miguel Ruiz qui m’a offert ma première clé du pardon, au Mexique, en 1999. J’étais alors directeur littéraire chez Jouvence. Nous venions avec Maud Séjournant de créer la collection « Le Cercle de Vie » et j’avais traduit en français Les Quatre Accords Toltèques.

En partant rencontrer Don Miguel à Teotihuacan, je ne me doutais pas qu’il me ferait cadeau d’un rituel de pardon aussi simple que puissant, que j’ai nommé Le Don du Pardon. En moins d’une heure, il m’a fait franchir les quatre étapes croissantes de ce rituel :

  • Demander pardon aux autres.
  • Demander pardon au « diable » (à nos boucs émissaires, à nos projections négatives, à ceux qu’on juge responsables du mal sur Terre).
  • Demander pardon à « Dieu » (au plus grand que soi, à la Vie).
  • Enfin et surtout, se demander pardon à soi-même

La magie de ce rituel, c’est qu’il ne s’agit plus de pardonner, mais bien de demander pardon à chaque étape. Demander pardon à tout ce qu’on a utilisé comme prétexte à garder le cœur fermé, à rester dans la haine, le ressentiment, la rancune. Ce rituel nous restitue notre liberté d’aimer, il nous redonne notre pouvoir, il met fin à l’illusion de croire que ce sont les autres ou encore notre passé qui doivent à jamais déterminer l’état intérieur dans lequel nous sommes.

Le Don du Pardon guérit notre cœur, il en cicatrise les blessures… mais il ne nous empêche pas de faire preuve de discernement – d’utiliser aussi notre tête – pour déterminer pour chaque relation ce qu’il est sage de faire. Pardonner n’est pas cautionner. Pardonner n’est pas oublier. Pardonner n’empêche pas au besoin de faire un procès, mais dans un esprit de justice et non de vengeance. 

Puis, voici trois ans, j’ai découvert l’Ho’oponopono, ce formidable outil qui nous vient d’Hawaï et qui permet lui aussi de travailler sur le pardon, mais pas seulement. Il utilise en effet quatre phrases-clés : « Je suis désolé. Je te demande pardon. Je t’aime. Merci ».

Autrement dit, il allie le sens de la responsabilité et l’empathie (Je suis désolé), au pardon, à l’amour et à la gratitude. Comme le Don du Pardon, l’Ho’oponopono permet de guérir nos blessures et de transformer notre cœur et nos relations, par nous-mêmes, même en l’absence des personnes concernées. Il nous restitue aussi notre responsabilité et notre liberté intérieure.

Plus récemment encore, je suis tombé sur le livre de Colin Tipping Le pouvoir du pardon radical qui propose encore une manière différente d’aborder le pardon. Colin Tipping s’occupe depuis plus de 15 ans de personnes en fin de vie. Quand il ne nous reste plus que quelques mois ou semaines à vivre, et que la question du pardon prend une importance cruciale pour mourir en paix, il n’est plus temps de tergiverser, plus temps de remettre à un lendemain  hypothétique la guérison des blessures de notre cœur. C’est maintenant ou jamais.

Du fait de cette pression du temps, il s’avère possible d’entreprendre ce travail radical sur le pardon que propose Colin Tipping, et qu’en d’autres circonstances on refuserait peut-être. Que dit Colin ? Qu’on peut accéder à une compréhension élargie des choses où nous discernons soudain comment nous avons attiré toutes nos expériences, y compris les plus douloureuses, car elles étaient nécessaires à notre évolution et même à notre guérison.

Dès qu’on accède à cette compréhension, le jugement d’autrui et sa condamnation disparaissent… tout comme le besoin de pardonner. Si l’événement n’est plus perçu comme une offense, il n’y a plus lieu de pardonner. Radicale, cette approche l’est à n’en pas douter : elle vise effectivement à aller jusqu’à la véritable racine de notre souffrance et de ses causes
(radix = racine). 

Jésus disait d’ailleurs « Moi, je ne juge pas ». Et sur la croix, il n’a pas dit « Je vous pardonne, car vous ne savez pas ce que vous faites », mais bien « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Même lui a fait appel à plus grand que soi pour le pardon.
Quelle leçon immense il y a là ! 

Olivier Clerc

Olivier Clerc Le don du pardon – Un cadeau toltèque de Don Miguel Ruiz Guy Trédaniel
Colin Tipping Le pouvoir du pardon radical Guy Trédaniel

http://www.olivierclerc.com/

 

 

 

Le pardon : le plus grand cadeau à offrir aux autres… ou à soi-même

Pardon

Lorsqu’on cherche un cadeau à offrir, il en existe une catégorie qu’on néglige parfois, alors qu’ils sont gratuits et immensément appréciés. Ce sont bien sûr des présents d’amour, de gentillesse, de bonté, et autres qualités. Voici 16 ans, il m’a été fait don d’un merveilleux cadeau de ce genre, par Don Miguel Ruiz, l’auteur des Quatre Accords Toltèques, un livre que je venais de traduire et de publier en français. J’ai appelé ce cadeau le Don du Pardon.

Au cours d’un atelier d’une semaine au Mexique, de manière tout à fait inattendue, Don Miguel m’a fait vivre un rituel de pardon devant tout notre groupe. À mon étonnement, il ne m’a pas invité à pardonner à ceux qui m’avaient fait du mal au cours de ma vie. Il m’a au contraire invité à faire plusieurs demandes de pardon successives, en quatre étapes, culminant par le plus difficile : me demander pardon à moi-même, pour tous les jugements que je portais impitoyablement sur moi-même.

Arrivé au bout du processus, j’ai vécu une expérience paroxystique : mon cœur s’est ouvert, enfin libre du ressentiment, des griefs, de la colère et de la haine qui avaient fini par l’étouffer à moitié, depuis bien longtemps. J’ai eu l’impression de vivre une renaissance, tandis que mon cœur et mon corps étaient traversés d’une nouvelle énergie non entravée.

Au-delà de ce moment unique, il m’a été fait don d’un outil que j’ai pu utiliser à de nombreuses reprises pour garder un cœur ouvert et ne plus laisser des sentiments négatifs l’obstruer progressivement. Mais, surtout, j’ai pu partager oralement ce rituel avec de nombreuses personnes qui, à leur tour, ont pu en bénéficier tout autant que moi.

Après dix ans de maturation, j’ai finalement suivi le conseil de Miguel Ruiz en couchant par écrit cette expérience, pour en faire un petit livre qui permette de partager ce Don du Pardon avec beaucoup plus de gens.

Alors, qu’est-ce qui rend ce Don du Pardon si spécial ?

C’est en réalité un renversement complet de notre approche habituelle du pardon. Bon nombre d’entre nous ont appris durant l’enfance qu’il fallait « pardonner à ses ennemis », voire « tendre l’autre joue », mais il s’avère en réalité bien difficile d’agir ainsi. Vouloir pardonner à quelqu’un suffit rarement.

Les sentiments n’obéissent pas à la volonté : ils ont leur vie propre. De plus, on peut avoir le sentiment d’être dans son bon droit, et qu’au fond l’autre ne mérite pas notre pardon. On se sent même supérieur à lui. Je suis bon ; lui est méchant.

La pratique du Don du Pardon inverse totalement notre perspective. Nous ne siégeons plus sur le trône de notre bon droit. Nous n’essayons plus de déterminer s’il faut ou non faire preuve de largesse et pardonner à ceux qui nous ont fait du tort. Au contraire, nous prenons conscience de nos propres jugements.

Nous réalisons que ces derniers nous ont conduits à fermer notre cœur et ainsi à nous faire encore plus de mal, en prenant les actes d’autrui comme justification à notre enfermement. Alors, nous leur demandons pardon, au lieu de chercher à leur pardonner.

En agissant de la sorte, on passe de l’orgueil à l’humilité. On descend de notre tour d’ivoire, et quelque chose s’ouvre soudain en nous. En nous libérant de notre armure et de nos griefs, nous retrouvons la liberté et la capacité d’aimer pleinement.

Comme le dit Don Miguel : la partie la plus importante du pardon ne concerne pas les autres ; elle nous concerne nous, ainsi que les jugements sans merci que nous portons si promptement sur nous-mêmes. (« Je ne me pardonnerai jamais d’avoir dit… été… fait… cela ! »)

Depuis que j’ai découvert ce rituel, je ne cherche plus à me pardonner pour ce que j’ai pu faire ; au lieu de cela, je me demande humblement pardon de m’être jugé. Et sitôt que je le fais, tout l’acte d’accusation et les charges qui pèsent contre moi se dissolvent et disparaissent.

L’objectif principal du Don du Pardon est de restaurer le débit maximal d’amour à travers notre cœur, que nous avons laissé se réduire – voire se geler – à la suite des souffrances que nous avons vécues. Sitôt que nous cessons d’aimer, nous sommes les premiers à en souffrir. On devient froid, sec, sur la défensive. On perd une part de notre joie naturelle. Le pardon nous protège de cet écueil.

Alors, pourquoi ne pas offrir l’occasion d’une renaissance à notre cœur, en faisant don aux autres comme à soi-même de ce Don du Pardon, l’une des clés de la guérison du cœur ?

Olivier Clerc Le don du pardon – Un cadeau toltèque de Don Miguel Ruiz Guy Trédaniel

Nous sommes malades de ne pas être ce que nous sommes vraiment

Energie

Suite de : https://tarotpsychologique.wordpress.com/2015/04/08/lintelligence-symbolique-du-corps/

N.C. : Il y a donc des universaux, mais savoir ce qu’une maladie exprime réellement est avant tout un travail de prise de conscience individuelle ?

O.S. : Oui. D’autant plus que la question n’est pas seulement de savoir quel problème vient signaler la maladie, quelle incohérence entre les différents niveaux de l’être elle dénonce. Il s’agit aussi de trouver le mouvement, en moi-même, qui est en difficulté : qu’est-ce qu’il faut travailler, faire évoluer, changer – ou ne pas changer ?

Beaucoup d’écrits, ces derniers temps, ont abordé le sens des maladies, mais ils nous limitent souvent à une vision animale « biologique » qui nous ramène au niveau physiologique de la survie. La question centrale – et spécifique à notre époque, me semble-t-il – est selon moi, plutôt celle-ci : qui parle quand je suis malade ?

Et quand nous guérissons, qui guérit ? Est-ce notre part animale qui cherche à survivre ? Ou notre histoire personnelle et notre héritage transgénérationnel ? Ou encore notre être essentiel, qui tient à s’exprimer au travers de tout cela et vient nous proposer une initiation ?

Je pense que nous sommes malades de ne pas être ce que nous sommes vraiment, de ne pas nous accomplir totalement. Le corps le supporte pendant un temps, puis il envoie des messages d’alarme. C’est ainsi qu’il faut comprendre la phrase de Jung : « Vous ne guérirez pas de vos maladies, ce sont vos maladies qui vous guériront. »

Tout se passe comme si à un endroit de nous se trouvait la conscience de ce que nous pouvons être, et quand nous nous en éloignons trop, cette conscience nous parle et nous fait tomber malade. J’appelle cela « le saint homme qui marche dans le symptôme » : quel accomplissement notre être profond vise-t-il ?

N.C. : Ce serait cela, le propre de l’humanité : chaque personne serait un psychosoma cherchant à écrire une histoire singulière sur une page blanche ?

O.S. : L’animal n’a rien, ou très peu, à écrire : il ne change pas dans le cadre d’une génération. Les pattes du kangourou ont mis des millions d’années à rétrécir. Il est lion ou souris, ni méchant ni gentil, il est comme ça, c’est tout. Vous connaissez l’histoire de l’homme qui se retrouve sur le point de se faire dévorer par un ours, et qui prie le Seigneur d’accorder des sentiments chrétiens à son agresseur ? Il voit alors l’ours faire le signe de croix et remercier Dieu… de lui avoir procuré un bon repas !

Un ours reste un ours et c’est normal. Ni bien, ni mal. L’être humain, lui, est libre, il peut remettre en question la justesse de ses actes, la pertinence de ses croyances. Je crois donc en l’idée (sartrienne ou chrétienne !) de la page blanche, qu’il faut cependant nuancer. L’être humain a une part libre, qu’il lui appartient d’écrire et qui lui permet d’avancer à l’intérieur de sa génération.

Cette part est communément appelée la liberté humaine ou libre arbitre. Cependant, dès la naissance, elle est partiellement envahie par les règles écrites par l’histoire et par les générations précédentes. L’homme a la mission personnelle de se réapproprier ces pages pour les changer ou les rechoisir et augmenter ainsi l’espace libre.

N.C. : Et au niveau collectif ? Les épidémies aussi seraient des « messages » ?

O.S. : Pour aborder le problème des épidémies, il faut parler des microbes, ces co-facteurs fondamentaux de la vie. Le microbe est à la fois ce qui va nous aider, nous confronter, nous tester, travailler pour nous. Prenons le staphylocoque, par exemple. Il est le gardien de la porte, défendant et testant notre intégrité en permanence.

Nous en avons plusieurs centaines de millions sur la peau, blancs ou dorés, qui interviennent dès que celle-ci est agressée par une coupure, une écharde, etc., provoquant une réaction, avec arrivée massive de globules blancs, création de pus, d’un abcès, jusqu’à élimination du corps étranger.

Qui se montre particulièrement sensible aux staphylocoques ? Les malades opérés, les enfants en réanimation néonatale, les adolescents en évolution sur leur image corporelle (l’acné, c’est du staphylo). De façon générale, le staphylocoque signale donc des problèmes d’intégrité. On comprend que symboliquement, il soit lié au père protecteur ou à la mère nourricière.

Et c’est un autre microbe, le streptocoque, qui est lié au père initiateur ou à la mère initiatrice. Car un enfant n’a pas seulement besoin d’être protégé, il lui faut aussi un parent initiateur, pour rencontrer la difficulté, la surmonter au prix d’une épreuve, et apprendre à se déployer – « strepto », en grec, signifie « plié ». Les rhumatismes articulaires aigus, certaines maladies cardio-vasculaires et rénales, sont des maladies à streptocoques.

Elles touchent l’axe fondamental rein-cœur des acupuncteurs : identité (rein) + amour (cœur), souvent en difficulté, surtout si l’on n’a pas pu déployer certaines parties de soi au travers d’expériences et avec l’aide d’une fonction d’initiation.

L’épidémie joue le même rôle de confrontateur que le microbe, mais à l’échelle de l’humanité, qu’elle vient confronter à un problème précis. La grippe, par exemple, vient régulièrement questionner chacun dans sa gestion des problèmes trangénérationnels. La peste noire, à la fin du Moyen-Âge, vient poser la question de l’amour et de l’indifférence, au moment où on entre dans l’individuation des êtres humains, sortant du groupe-masse où la vie n’a pas de valeur.

C’est la question du rat – la partie de nous-mêmes qui ne vit que pour soi : comment gérer une société d’individus ne vivant que pour eux-mêmes, si ce n’est par l’amour ? Camus décrit bien, au début de son livre La Peste, un monde de chacun vers soi. La tuberculose, massive au XIX° siècle, pose la question du changement de mode de vie : comment survivre dans des conditions nouvelles ? Ce problème se pose encore aujourd’hui, notamment aux émigrants.

N.C. : Vous pensez donc que ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, les épidémies s’attaquent au système immunitaire, au moment où l’individualisme est au programme ?

ADN

O.S. : L’immunité, scientifiquement, c’est la définition même de l’identité : elle définit le soi et le non-soi. Les maladies auto-immunes traduisent comme une guerre civile intérieure entre les parties de moi. L’organisme s’est bâti de telle manière qu’une partie ne reconnaît pas l’autre et l’attaque.

Or, on se constitue par le contact avec l’autre, qui est souvent microbien. L’immunité est un soi qui se construit dans la réalité et la confrontation à la vie. L’évitement systématique des infections les plus bénignes, que l’on appelle aujourd’hui « l’hypothèse hygiéniste », risque de ne pas permettre à l’organisme de se trouver en situation de confrontation. Le soi immunitaire n’y retrouve plus ses petits. Si je reprends votre question, l’individualisme serait un soi isolé, sans confrontation et courant le risque de ne pas avoir de sens.

N.C. : Mais donner autant de sens aux maladies, n’est-ce pas très culpabilisant ?

O.S. : Quand on s’engage dans cette réflexion, on rencontre forcément le problème de la culpabilité et de la responsabilité. Parce qu’il n’a pas toute l’information, le malade tend à déléguer les responsabilités à ceux qui savent, le personnel médical, le médecin. La tentation est grande de se dire qu’il n’y a rien à comprendre.

Certaines personnes souhaitent ne pas aborder d’autres sens de la maladie, et la médecine répond parfaitement bien à leur demande dans sa prise en charge. Pour d’autres personnes, c’est psychologiquement et ontologiquement insatisfaisant. De plus, la véritable prévention, celle qui permettra un jour d’enrayer la progression des coûts médicaux, relèvera probablement d’une attention et d’un soin à soi-même, et à sa lignée.

Ce n’est pas une idée nouvelle, mais une idée à redécouvrir. Les Chinois en ont parlé il y a trois mille ans : « Attendre d’être malade pour se soigner, c’est attendre d’avoir soif pour creuser un puits. » On retrouve le problème de la connaissance dont nous avons parlé : si je peux l’entendre, elle me responsabilise, me donne une autre possibilité. Chacun doit pouvoir aller chercher le sens au fur et à mesure de son besoin, et de sa capacité à entendre pour ne pas être écrasé par la culpabilité – la médecine assurant, elle, le maximum de moyens techniques pour chacun et quoi qu’il en soit.

N.C. : Comment franchir le pas entre prendre conscience de quelque chose et vraiment l’intégrer, de manière opérationnelle ?

O.S. : Notre conscience est multiple, notamment dans notre cerveau, où coexistent : l’instinctif reptilien, le dominant/dominé paléolimbique, l’émotionnel néolimbique, qui agit de concert avec la part « officiellement consciente », le cortex. Au grand dam des cartésiens, tous ces niveaux, nos instincts, nos sensations, nos émotions, notre conscience réfléchie sont en interaction permanente ( L’erreur de Descartes, Pr. Antonio Damasio, éd. Odile Jacob, 1995.).

Il faut ici dépasser la classique séparation entre cerveau droit et gauche, intuition et raison. La vraie clef semble plutôt dans la partie antérieure des deux hémisphères : le préfrontal, où s’élaborent les processus les plus complexes.

C’est le siège de cette partie de nous qui sait avant que nous sachions, cette petite voix intuitive qui nous dit quand nous sommes sur la voie juste, qui nous fait faire des découvertes… et qui s’agite quand nous sommes angoissés, nous envoyant le signal que nous sommes en train de nous tromper, de nous mentir, de nous fourvoyer.

Mieux vaudrait alors l’écouter, plutôt que de la faire taire avec des tranquillisants, qui agissent à ce niveau en déconnectant le cerveau préfrontal. Mieux vaudrait développer celui-ci – car il existe des méthodes pour cela – plutôt que de saboter cette tête chercheuse par des injonctions comme « surtout ne fais pas plusieurs choses à la fois », « ne change pas tout le temps de sujet », etc.

L’humour, le jeu, la création spontanée nourrissent la conscience du préfrontal. Se laisser guider par ce qui arrive, écouter son intuition, découvrir des liens surprenants, voilà des démarches tout aussi créatrices et génératrice de solutions et de conscience. Car si l’ange habite en nous quelque part, c’est dans le préfrontal !

Entretien avec le docteur Olivier Soulier par Sylvain Michelet pour le magazine Clé

http://www.lessymboles.com/

L’intelligence symbolique du corps

On commence à le savoir : nos maux sont des mots et la maladie ramasse ce que nous du mal-à-dire. Mais encore ? La santé dépend de tant de facteurs ! Comment s’y retrouver dans l’imbroglio psychosomatique ? Le Dr Olivier Soulier suit une piste intéressante…

Homme global

Le docteur Oliver Soulier fait partie de cette avant-garde médicale qui cherche à réunifier les différentes branches d’un corpus théorique et pratique, aujourd’hui complètement éclaté. Dans son cabinet et dans les séminaires, de plus en plus réputés, qu’il anime tout au long de l’année, sa spécialité est la lecture symbolique du corps, des goûts et des maladies.

Il est fascinant de constater que la façon dont les maladies nous touchent répond à une logique où le propre et le figuré se rejoignent – une « atmosphère étouffante », pour prendre un exemple simple, atteignant les mêmes organes que l’étouffement soit entendu chimiquement ou psychologiquement.

L’origine de cette intelligence symbolique du corps est à chercher dans la manière dont nos organes se sont construits, à partir de trois tissus, lorsque nous étions embryon. Cette lecture de notre biologie profonde et de ses déséquilibres est d’une richesse impressionnante ; comme si notre corps détenait en fait toute l’information nécessaire à notre guérison et que celle-ci se révélait à nous en fonction de notre aptitude plus ou moins grande à l’entendre.

Nouvelles Clés : Comment votre pratique médicale vous a-t-elle mené vers la symbolique du corps et le « langage » des maladies ?

Olivier Soulier : Nos sociétés cultivent, pour la plupart, une conception matérielle et cartésienne du corps. Elle n’est pas fausse : notre corps possède un niveau mécanique de fonctionnement, avec ses organes, ses articulations, sa pompe, etc, et notre médecine a acquis ses lettres de noblesse dans ce domaine, en développant notamment des outils techniques aux performances admirables.

Mais le corps et ses maladies ne fonctionnent pas seulement à ce niveau. L’importance du facteur psychologique, par exemple, est aujourd’hui bien documentée. Parler d’un lien entre la maladie et un vécu psychologique, ou une difficulté dans la vie, est à peu près admis par notre médecine. Mais l’abord de l’homme dans sa globalité est une idée connue… qui doit sans cesse être redécouverte !

Et de leur côté, les approches psychologiques sont trop souvent séparées des nécessités techniques et physiologiques. C’est dans la réunification de tous les niveaux de l’être que nous prendrons la dimension spirituelle dont le XXI° siècle a besoin. Médecin homéopathe, acupuncteur – désireux, donc, de pratiquer une médecine plus complète -, je fais partie de ceux qui veulent aller plus loin : n’importe quel problème existentiel ne donne pas n’importe quelle maladie.

Il faut tenter d’approcher au plus près le lien difficulté-maladie, rechercher une compréhension point par point. La médecine chinoise l’avait bien vu, proposant une grille de lecture précise, mettant en liaison : le cœur et l’amour, le foie et la colère, le rein et la peur, etc… Notre corps est comme un livre dont les phrases, tout en restant toujours les mêmes, changeraient, non pas de sens, mais de profondeur de signification dès que nous sommes capables de les accueillir.

N.C. : Notre corps nous parle de façon symbolique ?

O.S. : La vie nous parle de nombreuses manières par des symptômes, par des symboles. Avec une merveilleuse subtilité, dès le départ, elle nous fait repasser par tous les stades de l’évolution des espèces pendant notre gestation. De l’œuf fécondé jusqu’au nouveau-né, nous revisitons en quelque sorte toute la création. Bien sûr, nos chromosomes, déjà humains donc différents, nous poussent à aller plus loin, mais on voit bien que nous sommes issus d’un tronc commun, partageant 26 % de nos chromosomes avec les simples filaires (parasites longs) et 90 % avec le rat.

La vie est un tronc commun, avec les espèces qui s’en écartent au fur et à mesure, l’humain étant la voie qui va le plus loin pour tenter d’accomplir le plus complètement possible son patrimoine génétique. Annick de Souzenelle, qui m’a beaucoup inspiré, a une phrase magnifique à ce sujet : elle dit que l’ADN, c’est Adonaï (« le Seigneur » en hébreu), qui vient s’incarner pour tenter de se réaliser.

C’est une vision mystique qui correspond bien, symboliquement, à une réalité : l’humain est celui qui prend son barda – son patrimoine génétique – et qui vient sur Terre pour le travailler et le réaliser, avec son humanité. Et il se retrouve en quelque sorte « sous une tunique de peau », c’est-à-dire caché à lui-même, ne voyant pas ce qu’il est.

Le romancier Bernard Werber le dit très bien, avec sa saga sur les anges, cette fois de façon imagée et non plus mystique. Nous sommes cachés à nous-mêmes et ne voyons habituellement que l’apparence, le conscient ordinaire, l’organique et le psychologique. La lecture symbolique permet, elle, d’aller plus loin.

N.C. : Admettons que mon corps ait une dimension symbolique et que les maladies soient un langage. À quoi ça m’avance-t-il, quand je suis malade, de connaître le symbole représenté par cette maladie ou cet organe affecté ?

O.S. : Bonne question. Tout dépend d’abord de votre état organique, qu’il faut toujours considérer en premier. Plus largement, vous posez le problème de la connaissance : elle n’est efficace que si elle est à la mesure de votre capacité à la recevoir. Mais elle est aussi le propre de la vie humaine, comme le montre le fameux Arbre dans la Bible. Vivre, c’est entrer dans la connaissance.

Celle des fondamentaux de l’évolution, dont je parlais, puis toute celle qu’apportent l’expérience de la vie, les rencontres, les situations. Et c’est justement l’intérêt des symboles, car ils parlent à tous les niveaux de culture ou de conscience. Lorsqu’un médecin se penche sur le symbolisme du corps humain, il réalise très vite qu’il est en train de s’ouvrir à une autre dimension de l’aide thérapeutique.

Avec un double risque, cependant : trop générale, cette connaissance n’est pas efficace ; trop précise, elle est enfermante, limitante et donc, un jour ou l’autre, fausse. Il faut l’utiliser comme un canevas, comme une grille de lecture. Je qualifierais celle-ci par la notion de mouvement : je pense que chaque organe a une fonction et un mouvement.

N.C. : Prenons un exemple concret, supposons que je souffre du foie.

O.S. : Les problèmes de foie sont très souvent liés à la famille, mais il faut une lecture symbolique un peu plus approfondie pour comprendre pourquoi. Le foie est un organe extrêmement important, plus encore que le rein, il intervient dans pratiquement tous les métabolismes. Il constitue notre usine énergétique, nous permet de gérer notre vie matérielle et quotidienne.

Il représente donc notre « économie », ce qui implique forcément la famille, mais aussi la maison, l’argent, la nourriture, la façon dont nous survivons pratiquement. Voilà le cadre général.
Pour illustrer comment ce cadre fonctionne pour chacun, j’emploie souvent cette image : les maladies, c’est « paroles et musique ». La musique est la même pour tous – par exemple, le foie est l’organe de notre économie – mais les paroles diffèrent pour chacun, selon son histoire et son bagage génétique.

L’économie elle-même peut souffrir de mille maux différents : problèmes d’approvisionnement, mauvaise gestion, direction déficiente, distribution anarchique… Et puis la famille ne signifie pas la même chose si vous avez 2 ans ou 40 ! Quand on aborde le symbolisme sous cet angle, on permet de faire apparaître à la conscience, au niveau où elle peut le recevoir, les systèmes de croyances et les différents types de difficultés rencontrées.

Car au fond, comment le vécu s’inscrit-il symboliquement dans le corps ? L’être humain est dans une double dimension. À la naissance, quelque chose nous dit que l’enfant « sait », de façon innée, ce qu’est l’amour. Par ailleurs, son corps lui offre toutes les fonctions fondamentales pour assurer sa vie. Entre ces deux pôles – sa connaissance de l’amour et sa survie animale -, il va créer des ponts.

N.C. : C’est-à-dire ?

O.S. : L’enfant va interpréter ce qu’il rencontre en fonction à la fois de cette connaissance humaine innée de l’amour, et de sa capacité physique, encore faible. Et en interprétant, il va progressivement « inscrire » son apprentissage dans son corps. Et toute la question de cet apprentissage sera de savoir ce qui est juste, au sens de réel et au sens d’efficace. Avoir peur de sortir dans la rue à un an, c’est juste. À 20 ans, c’est un problème !

N.C. : Concrètement, ça veut dire quoi : « il inscrit son apprentissage dans son corps » ?

O.S. : La découverte fine des mécanismes physiologiques de l’« inscription » sera certainement l’un des grands chantiers scientifiques du XXI° siècle. Une chose est sûre : nous utilisons systématiquement notre corps pour nous aider, quand nous n’arrivons pas à vivre un événement.

Or, les organes qui nous servent ainsi d’assistance semblent spontanément choisis pour des raisons symboliques : l’estomac sera touché pour ce qui tout ce qui concerne le verbe “digérer” (ne pas digérer une situation aussi bien qu’une substance), le sein pour tout problème correspondant au verbe “nourrir” (au propre comme au figuré), etc.

Tout se passe comme si les événements inaccomplis restaient mémorisés dans notre corps, inscrits dans des organes précis. Exemple simple : si vous marchez habituellement sur un sol agressif, de la corne se formera sous vos pieds, pour vous protéger ; mais vous pouvez aussi voir apparaître cette corne sans cause matérielle, juste parce que vous vous sentez agressé dans la vie dès que vous voulez avancer, évoluer ; et cette fausse protection vous fera mal quand vous marcherez avec des chaussures !

Il s’agit donc de trouver quelles fausses protections nous rendent malades. Une forme de conscience organique nous propose ainsi un jeu de piste vers nous-même. Nos secrets sont cachés dans notre corps. Ce qui rejoindrait le sens des fameuses « tuniques de peau » dont parle Annick de Souzenelle…

Ce processus était déjà connu par les fondateurs de l’homéopathie, il y a deux cents ans, et  même par les acupuncteurs d’il y a trois mille ans. Henri Laborit  a brillamment éclairé ces aspects psycho-neurologiques, montrant comment, face à un obstacle, un individu explore soit la lutte, soit la fuite, soit l’invention d’une solution imaginaire… qui pourra s’inscrire dans son corps.

Le Pr Antonio Damasio, qui enseigne la neurologie à l’université de l’Iowa, a montré dans ses ouvrages (L’erreur de Descartes, Le sentiment de soi, Spinoza avait raison…) le lien entre pensées, émotions et réactions organiques. Mais nous n’en sommes qu’au début. Les prouesses du Pet-Scann nous permettent désormais d’explorer nos circuits de pensée et ce champ s’étend tous les jours.

Ainsi, on pensait que, symboliquement, l’herpès pouvait apparaître dans des situations où l’on vit mal le risque de séparation inhérent à toute relation. Eh bien, on vient de découvrir qu’un virus de la famille de l’herpès secrétait une substance agissant dans le cerveau en diminuant la sensation de souffrance morale.

De même, on proposait symboliquement que la sécrétion d’insuline avait un rapport avec les problèmes touchant la paternité et la masculinité : on vient de découvrir que le gène de l’insuline intervenait aussi dans la différentiation sexuelle masculine, en coopération
avec le chromosome Y.

N.C. : Finalement, ne rejoignez-vous pas ceux qui parlent de l’humain comme d’un fantastique bio-ordinateur ?

O.S. : Ce terme témoigne encore d’une vision trop mécaniste et réductionniste. L’être humain a plusieurs niveaux de compréhension et de fonctionnement. D’un côté, il s’appuie sur sa physiologie, qui assure son fonctionnement quotidien. C’est une part animale, relativement déterminée, qu’on peut en effet qualifier de bio-ordinateur. Mais une autre part de l’homme dépasse totalement ce niveau. Elle relève de la conscience. Homme-UniversC’est elle qui, depuis la nuit des temps, a inspiré les mythes, l’art, le sentiment religieux… Or, il semble que ce niveau, la conscience, soit le véritable chef d’orchestre de notre fonctionnement. Entre le bio-ordinateur et la conscience se trouve une part « non écrite », où l’être humain pose ses choix de vie, sa liberté d’être qui lui est si spécifique. Ce sont les trois niveaux de la vie en nous : l’animal (bio-ordinateur prédéterminé), l’ange (conscience) et entre les deux, jetant des passerelles (sublimes et parfois désespérées), l’humain (page blanche sans déterminisme). L’un des grands bouleversements que les recherches d’avant-garde de ces dernières décennies nous ont apportés est la découverte d’une correspondance fine entre l’inscription symbolique de nos problèmes dans nos organes et la façon dont ces organes ce sont formés lorsque nous étions embryon. On retrouve en effet en embryologie les trois niveaux que je viens d’évoquer : l’animal, l’humain et l’ange !

A suivre…

Entretien avec le docteur Olivier Soulier par Sylvain Michelet pour le magazine Clé

http://www.lessymboles.com/

 

 

Équilibre de l’âme, entre corps et esprit

Avant d’être un état physique défini comme « absence de maux », la santé peut se concevoir comme une cohérence entre nos actes et nos aspirations profondes. Au fil de centaines de consultations, Michel Odoul a élaboré une approche de cet équilibre de l’âme, entre corps et esprit.

Définir ce qu’est le corps d’un être humain me paraît inutile, car il est, en tant que réalité physique perceptible et tangible, connu de tous. Il est en revanche nécessaire de revenir sur les notions d’âme et d’esprit, sans entrer toutefois dans un discours théologique ou religieux.

Ce n’est ni mon propos, ni l’objectif de cet article qui vise à montrer comment la pratique thérapeutique peut s’inspirer d’une vision de l’être humain radicalement différente de celle qui a cours actuellement dans nos sociétés. L’âme comme l’esprit sont des champs subtils, qui se dérobent aux tentatives d’explication.

fille bulles

La différence entre les deux est pourtant essentielle. Avec l’âme, nous nous situons à un niveau subtil qui a toutefois une relation directe avec le corps, voire avec la psychologie. Source de la conscience individuelle, l’âme est cette partie de la psyché humaine que l’on peut associer au Soi, à ce que les orientaux qualifient de Maître Intérieur.

Sa particularité réside dans sa « verticalité », dans son essence céleste. Nous sommes ici très près du Chenn (esprit incarné), des orientaux. Troisième composante d’un être humain, l’esprit est en amont de l’âme, il est indissociable du champ spirituel. Il est à l’individu incarné ce que l’air de la surface est au scaphandrier en eau profonde : un monde aérien dans lequel il peut aller chercher de l’air, du souffle et s’en nourrir sans que cela ne coûte rien à personne.

L’esprit est la source de l’âme, l’océan cosmique des orientaux d’où sont issus tous les Chenn – les esprits incarnés. Il est la matrice de l’âme, qui reste reliée à lui comme une sorte de cordon ombilical.

L’harmonie naît de l’esprit qui est le champ de l’équilibre parfait, de l’homéostasie, et c’est pour cela que cette notion est purement spirituelle. Il ne s’agit pas de la perfection figurée par la sagesse béate d’un vieillard barbu, mais d’une notion d’harmonie et de cohérence. Dans cette proposition de vision du sujet, le corps devient la résonance de ces champs plus subtils qui le transcendent.

Il se conçoit comme le « véhicule » de cet esprit qui n’est relié à lui que par ce fil ténu, sensible et fragile qu’est l’âme. Il en est le champ exécuteur, réalisateur et en même temps l’interface qui à la fois exprime ce qui émane de l’esprit, et à la fois lui renvoie les informations résultantes de ce qui a été exécuté, incarné. C’est donc sans doute ainsi qu’il va être possible pour l’homme de percevoir si l’harmonie existe entre son corps (et ce qu’il en fait) et son esprit (et les aspirations qui en émanent).

Cartographie de l’âme et du corps

L’esprit est un état de référence à la fois très élevé et simple à percevoir. Il se traduit par une cohérence de l’individu entre ce qu’il est, ce qu’il fait, et le contexte dans lequel les événements se déroulent. La psychologie nous permet de le subodorer, puisque l’on constate que lorsque nos actes au quotidien sont en cohérence avec nos aspirations profondes au niveau inconscient, nous connaissons un état d’équilibre et d’harmonie.

Nous avons tous connu des phases dans notre vie où nous nous sommes sentis étonnamment bien, en prise avec le monde, en paix, en tranquillité. Ce sont des signatures de cette cohérence. Cela nous permet de mieux envisager quand la souffrance s’inscrit et pourquoi.

C’est lorsque ce lien de l’être humain « conscient » avec sa source, son essence la plus subtile et la plus noble (inconsciente et à laquelle il n’a pas directement accès), se tend, se tord voire se coupe que l’individu ressent au plus profond de lui et dans son corps, cette rupture. Si l’âme est coupée de l’esprit, l’être humain est lui aussi perdu car il a rompu son lien avec la vie.

Il entre en survie, ou plutôt en survivance. Les maladies ou les souffrances que nous ressentons nous disent que notre âme est vrillée, tordue ou nouée. Le rôle du praticien est alors, à partir du type de tension qui existe au niveau corporel, d’identifier le type de distorsion de l’âme qui lui correspond.

« Il y a une cartographie relationnelle entre les zones du corps et les zones de l’âme»

Pensons à tous ces moments où l’on est dans sa vie à côté de ce qu’on devrait être et faire. Lorsque nous n’avons pas agi en notre âme et conscience, ne ressentons-nous pas un malaise ? Et ce malaise a une conséquence et une réalité physiologique. Répété, le comportement finit non seulement par s’inscrire dans le corps, mais par le léser, et en particulier les zones corporelles en relation avec cette structure particulière de l’âme.

En cela, l’âme est comparable à la colonne vertébrale. Selon la zone de la myéline qui est lésée, c’est telle ou telle partie du corps qui ne fonctionnera pas bien. De la même façon, selon le pan de l’âme qui a été blessé de façon répétitive, des conséquences physiologiques se produiront dans telle ou telle partie du corps.

Prenons l’exemple d’un événement vécu comme une trahison ou un abandon. Ces notions s’imprègnent dans la structure profonde de la personne. Sur le plan psychique et sur un plan plus spirituel, cela signifie qu’on ne peut plus s’appuyer sur celui ou celle qui a trahi. Les jambes, qu’on utilise pour aller vers les autres, et leur point d’appui, les hanches et le bassin, sont en résonance avec cela.

Lorsqu’on est amené à soigner des personnes qui ont des problèmes de hanche – arthrose, douleur etc. – il est troublant de constater qu’elles font souvent émerger un vécu de trahison et d’abandon. Il y a donc une cartographie relationnelle entre les zones du corps et les zones de l’âme. Nous sommes là en présence d’un système non pas magique, mais biochimique, qui fait le lien et l’interface entre ce qui passe dans les structures de l’âme et dans la réalité corporelle.

Insight

En thérapie, dans toute la phase de l’entretien, de la discussion, le rôle du praticien va être de décoder les tensions physiques, d’aider le patient à donner sens à ce qui lui arrive, et de le reconnecter avec ce qui est élevé et subtil en lui. C’est une méthodologie qui défroisse l’âme, même si elle peut amener parfois à donner sens à la pire des erreurs.

L’enjeu pour le patient, c’est d’avoir ce qu’on appelle en psychologie un « insight », ou dans les religions « une révélation », ce moment de reconnexion avec le sens que recouvre la douleur physique en fonction d’un comportement qu’on a eu.

Au bout de cinq ans de pratique de l’aïkido, je me suis mis à avoir mal aux poignets. Je ne comprenais pas pourquoi, j’avais de plus en plus mal et je continuais à pratiquer. Jusqu’au jour où je ne pus plus tenir et serrer les partenaires. Fait troublant : comme je ne pouvais plus les tenir et les serrer, mes techniques marchaient mieux ! Et là, j’ai eu un moment d’insight, de compréhension : mon corps me disait que dans mon rapport à la vie, j’avais tendance à trop serrer les choses, croyant que je pourrais ainsi les maîtriser.

Deux ans de tendinite aux poignets ont disparu en une semaine ; ça a été un effet de type
« révélation ». Ce sont des phases privilégiées, même si elles sont douloureuses, où l’on sent que l’on respire mieux, que l’on est plus léger. On s’est en fait reconnecté à quelque chose de plus aérien, on s’est en quelque sorte re-verticalisé.

En consultation, les gens ont souvent les larmes aux yeux à ce moment-là. Il est capital, car il sort le patient de la posture de victime et le rend acteur de la transformation. Il sait qu’il ne pourra s’éviter la souffrance liée à la distorsion que s’il change de comportement. A lui de voir de quelle manière et à quel rythme il peut le faire.

Signatures d’acceptation

La notion d’esprit est également importante dans les techniques énergétiques, en particulier lorsqu’on travaille sur le champ qualitatif le plus élevé. En médecine traditionnelle chinoise, un certain nombre de points sur tous les méridiens permettent de travailler non pas la quantité d’énergie mais sa qualité, sa dynamique ou valeur fréquentielle.

Moine lotus

Ce champ du qualitatif se subdivise en deux champs. L’un a trait au qualitatif basique et simple : par exemple, on va cadrer une présence de feu excessive qui se traduit par une sorte de tension émotionnelle. Dans un deuxième champ plus sophistiqué, on peut travailler sur ce que je qualifie de « signatures d’acceptation ».

Ce type de travail consiste à amener l’individu à accepter ce qui se joue dans son corps pour le reconnecter avec la dimension élevée de lui-même. Sans pour autant ignorer le symptôme, la nécessité de « lutter contre » lui est alors dépassée, au profit de sa compréhension dans une perspective globale.

Ce niveau d’action incroyable rejoint une notion majeure dans la médecine chinoise évoluée, non symptomatique : le ciel ordonne et la terre exécute. Cela signifie que c’est du subtil que vient la racine des choses. Ce qui se passe dans le dense, dans le manifesté, est l’exécution d’un «ordre» qui a émané du subtil.

Comme dans toute structure, lorsque l’exécutant n’exécute pas les ordres, il y a une tension. Dans cette perspective, la capacité de sens est cruciale. Elle suppose de prendre la chose telle qu’elle est, de l’accueillir au plus profond de soi. C’est la capacité de se distancier, parce qu’on va lui donner du sens, de quelque chose qui peut être une horreur.

En réunifiant l’être, la question du sens ramène un nouveau souffle dans nos âmes et nos esprits. Elle reconstitue le lien avec le causal, rendant ainsi au phénoménal sa juste place, celle de
« conséquence ». La question du sens, enfin, pacifie l’être, voire le soigne, comme je le crois profondément et comme le pensait aussi par exemple Victor Frankl, père de la « logothérapie » ou thérapie par le sens, tirée de son expérience de survie dans les camps nazis.

Combien de fois ai-je vu en consultation des cancéreux en phase terminale me dire : « J’ai parfaitement compris que je n’avais pas d’autres moyens de m’en sortir. » La personne sait qu’elle a été capable de rouvrir les connexions entre ces champs physiques dans lesquels elle souffre, qui vont peut-être la perdre, et des champs plus subtils dans lesquels manifestement une pacification a eu lieu.

Lorsque quelqu’un sait, au plus profond de lui-même, qu’il va vers la mort, il n’a ni envie, ni besoin de mensonge. La vérité transpire par tous les pores de la peau, par le regard, par le comportement. Et quand on travaille sur le corps de telles personnes, c’est extrêmement bouleversant, car c’est l’occasion de leçons de vie absolument incroyables. Jusqu’au dernier moment, la personne est capable de vous regarder sereinement dans les yeux, de vous parler, voire de se préoccuper plus de vous que d’elle…

La liberté contre la sécurité

Dans nos vies, nous avons réduit notre champ de conscience parce que nous sommes en état de survie, voire de survivance. Autrefois, durant les moments de prière, de méditation, on arrivait à faire un peu de silence en nous, pour que des informations venant de zones un peu plus profondes puissent émerger.

Aujourd’hui, le silence n’existe plus dans nos vies. La seule issue dans ces moments-là, c’est que quelque chose se mette à hurler en nous. Ça fait alors très mal. Plus on veut avancer dans la connaissance de soi, plus une grille minimale de lecture de la symbolique du corps va être nécessaire.

Mais en amont de cela, on peut résoudre 80 % des situations en s’arrêtant simplement quelques minutes lorsqu’on a une tension, une maladie ou une souffrance, et en se posant la question :
« de quoi cela me parle-t-il dans ma vie ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Pas lorsqu’on se fait une petite entaille en épluchant un oignon bien sûr ! Mais si on attrape froid trois fois de suite, on a mal au dos, on se met à avoir des migraines de façon répétitive, on se cogne plusieurs fois au même endroit, on a un accident, on se casse quelque chose.

« L’enjeu de cette réflexion sur le corps, l’esprit et l’âme, c’est de mener sa vie différemment »

RochersL’enjeu de cette réflexion sur le corps, l’esprit et l’âme, c’est de mener sa vie différemment, et de laisser des espaces libres et souples en nous où elle puisse s’exprimer. Nous sommes dans des sociétés et des cultures dans lesquelles tout est risque. On dit même que «ça risque de marcher»!

Il y a un virus de l’insécurité et de la peur. La perte du lien avec l’âme et l’esprit se traduit dans un domaine précis de nos vies, qui signe indéniablement la perte de confiance dans la vie et induit la tentation, la recherche absolue de sécurité. Or, on a constaté une chose : plus on est dans le mouvement, dans la liberté, dans l’autonomie, plus les choses qui en apparence apportent de l’insécurité, libèrent en fait la réalité physique, ce qui a pour conséquence une diminution des pathologies.

C’est en fonction de la manière dont l’individu aménagera des espaces de respiration dans sa vie qu’il instaurera un champ de liberté. La peur qui terrorise les individus parce que leur champ conscient est devenu dominant est la peur de la mort. La mort étant la fin du conscient, elle semble être aussi la fin de la vie.

Pourtant, fuyant la mort à tout prix, on l’instaure dans le vivant. Comment donner un sens à la vie sans donner un sens à la mort et dépasser ainsi l’image sclérosante du néant qui lui est associée ? Ne pourrait-on envisager, en cohérence avec ce qui précède, que la mort ne soit pas la rupture du lien, ni l’inverse de la vie, mais plutôt l’inverse de la naissance et un retour aux sources ?

Michel Odoul

 

De la névrose à la quête intérieure

Christophe Massin, est psychiatre-psychothérapeute. Sa pratique, le lying, est inspirée par l’enseignement d’Arnaud Desjardins et de son maître, Swami Prajnanpad.

Insconcient

Chaque fois que nous n’osons pas être nous-même, nous souffrons et c’est, je crois, la souffrance fondamentale, celle qui nous accompagnera jusqu’à nos derniers instants. Pour mieux apaiser cette souffrance et devenir nous-même, deux approches nous sont proposées : voie spirituelle et psychothérapie. Pourtant les buts et les moyens de ces deux démarches diffèrent radicalement. Sont-elles complémentaires ?

À l’âge de vingt ans, lorsque je me suis mis en quête de réponses à mon mal-être, j’ai préféré instinctivement un enseignement spirituel qui comportait un travail sur l’inconscient à une psychanalyse classique. Pourquoi ? Parmi les personnes que j’accompagne aujourd’hui dans leur thérapie, certaines viennent pour résoudre des difficultés et d’autres, avec le même genre de problèmes, ont en outre une aspiration spirituelle.

Où réside la différence entre les deux approches ? Théoriquement, la distinction est claire. La thérapie permet de mieux fonctionner dans l’amour et dans le travail – un fonctionnement plus harmonieux du moi, conciliant plaisir et réalité. La spiritualité vise à trouver une sérénité indépendante des aléas de la vie, au-delà des préférences du moi. C’est d’ailleurs la définition de la santé en sanskrit : svastha, littéralement « soi » stable.

Pratiquement, les limites sont beaucoup plus floues, et j’ai souvent observé un passage spontané d’une approche à l’autre, et même une véritable synergie. En cela, je ne partage pas davantage le point de vue de thérapeutes qui tiennent la spiritualité pour une fuite dans l’irréalité, que celui d’enseignants spirituels qui considèrent avec suspicion la thérapie – folie, à leurs yeux, que de se risquer à patauger dans les marécages de l’inconscient…

Dans les deux cas, on recherche la fin de la souffrance, mais de quelle souffrance s’agit-il et quels sont les moyens mis en œuvre ? Nous commençons une thérapie avec l’espoir de panser nos plaies, de nous délivrer de nos inhibitions ou de répétitions désastreuses, d’affirmer ce que nous sommes, enfin. Nous avons souffert de manques ou de chocs de l’existence que nous n’avons pas su intégrer, et avons tendance à incriminer la vie, les autres ou une part de nous jugée « mauvaise ».

Nous attendons du thérapeute écoute et compréhension. Peu à peu, nous découvrons que la source de notre malheur se trouve dans nos jugements, nos exigences et dans les deuils que nous avons refusés. Cette souffrance que l’existence nous a infligée dans l’enfance, nous la perpétuons, adulte, en conservant des réactions infantiles où nous nous croyons toujours impuissants et dépendants, victimes en un mot.

Notre moi recouvre peu à peu son unité, assouplit son fonctionnement, prend confiance en ses ressources et peut enfin assouvir ses désirs véritables. La joie apparaît et un bonheur plus durable naît de ces accomplissements.

Pourtant, au terme de cette démarche, certains se sentent encore insatisfaits, il manque quelque chose d’indéfinissable ; ou bien leur vie tarde à prendre le tournant qu’ils escomptaient, ils piétinent… Arrive alors le questionnement existentiel, spirituel : que manque-t-il ?

L’Absolu ? L’Amour ? Et là intervient le cheminement spirituel qui va examiner notre attitude à chaque instant, avec l’aide compétente d’un maître. Cette présence attentive met en évidence ce qui nous sépare de la vie : l’obstination du moi qui veut la vie à son idée et non telle qu’elle est.

Et le chemin consiste à cesser de se fermer, à lâcher la prétention du moi à commander la vie. Le bonheur qui découle de cette pratique inlassable est discret, puis il grandit et devient émerveillement et gratitude lorsque la certitude de n’être séparé de rien s’affirme. Aucun aspect de la vie n’en est exclu.

Comme un courant d’eau, il ne fait que se renforcer avec le temps. On comprend progressivement la différence avec le simple bonheur d’un moi plus épanoui, sujet à des revirements dès que la vie se montre plus dure.

À l’inverse de ceux que la thérapie n’avait pas comblés, nombre de disciples de voies spirituelles se sentent freinés par un moi souffrant, frustré, et auraient besoin d’une thérapie pour se réconcilier avec eux-mêmes comme avec la vie.

Sinon, les refus qui les habitent les dominent, malgré leurs efforts sincères : la colère, les désirs réprimés au nom de l’idéal spirituel grondent dans la profondeur, la peur, la tristesse du manque tendent à se projeter sur le maître et ils nourrissent envers lui une dépendance infantile.

Au mieux, ils « planent » au-dessus des réalités de la vie ; au pire, ils deviennent des proies pour le dogmatisme et le sectarisme, et rien ne changera s’ils n’en passent par un travail sur l’ombre et les désirs. Certes, nous connaissons l’exemple de sages ou de saints qui, après une jeunesse marquée par la souffrance, ont vécu un complet retournement ; pour eux, la force de l’expérience spirituelle a transcendé les disharmonies du moi, sans passer par la thérapie.

Chacun aussi a pu rencontrer des hommes « ordinaires » simplement heureux dans leur vie, qui n’ont néanmoins suivi aucune espèce de chemin. Je suis maintenant convaincu qu’hormis ces cas minoritaires, nous avons besoin, pour trouver un bonheur durable – un soi stable -, d’œuvrer à pacifier les blessures de notre ego grâce à la compréhension psychologique, tout en cherchant à dépasser ses limites et ses exigences, par une pratique spirituelle bien incarnée. Sinon, nous risquons fort de rester soumis à une névrose enjolivée de spirituel ou de tourner en rond dans une thérapie sans fin.

Mais, surtout, l’expérience de la psychothérapie m’a montré à plusieurs reprises qu’en profondeur ces deux approches tendaient à se rejoindre. Lorsqu’une personne touche le fond d’une émotion, qu’elle retrouve de tout son être – corps, cœur et esprit réunis – une souffrance aiguë du passé, il se produit une bascule d’ordre spirituel.

Je pense par exemple à certains revécus de naissance, où la terreur panique d’un étouffement mortel, le désespoir sans nom d’une absolue solitude, amène l’être aux confins de l’insupportable. Si, dans cet instant, la personne a le courage de ne pas fuir, le noyau de son ego se fissure, elle dépasse ses limites habituelles et touche dans son intériorité la réalité indestructible de la vie, la paix simultanément à la douleur.

Il arrive aussi que la thérapie fasse resurgir des instants privilégiés de l’enfance : le bébé, l’enfant jouit d’une proximité naturelle avec le sacré, expériences du silence, de la lumière, de la nature, de la joie sans cause qui avaient été enfouies en même temps que la souffrance par le refoulement.

Ces moments guérissent d’une manière plus radicale qu’une simple compréhension psychologique : le contact avec la vie nous fait percevoir nos tourments comme des manifestations de cette vie, et celle-ci les traverse en demeurant intacte.

Son attrait nous encourage à nous y abandonner davantage, nous pousse à nous réaliser, autant à travers notre personnalité que dans la dimension impersonnelle qui nous dépasse. Là, le bonheur devient passion de la vie, pour le meilleur comme pour le plus confrontant…

Christophe Massin pour le magazine Clés