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Accueillir le renouveau

Renouveau

La vie est renouvellement permanent que ce soit dans le cycle de la nature ou dans celui des humains. Le renouveau est ce qui est déjà né, qui existe déjà en nous et demande à renaître  à chaque fois que la conscience nous ramène dans la nouveauté du présent.

Ce que nous cherchons à incarner, à vivre (que ce soit sur le plan matériel affectif, santé, ..) ce à quoi nous aspirons existe déjà en soi comme une force qui cherche sa place dans le monde. Ce sont nos peurs qui freinent le processus en cours. Peurs légitimes  ou illégitimes, elles sont là, latentes ou aiguës héritées ou acquises, vécues et agissantes dans le corps.

Ces peurs qui nous dérangent

La peur est une émotion qui appartient à notre cerveau archaïque, celui qui nous alerte dès que notre sécurité est menacée en nous faisant réagir par réflexe devant un danger potentiel. Face aux dangers réels, la peur est notre alliée, c’est elle qui nous garde la vie sauve et permet la survie de l’espèce.Il convient donc dans un premier temps de rassurer le sentiment de peur cette partie de nous qui se réveille au moindre changement  modifiant les repères habituels.

Cette peur-là devient angoisse  face à la crainte du danger  mais sans menace  réelle. L’angoisse peut devenir troublante au point de torturer notre existence. Il peut s’agir de conséquence d’un traumatisme par exemple. L’angoisse est aussi un héritage connu de la mémoire familiale et collective.

Retrouver les chemins transgénérationnels de ce sentiment est aidant pour pouvoir libérer déjà une partie de ce dont nous sommes chargés. Bien souvent, il y a lieu d’explorer plus profondément les circonstances  pour sortir de l’angoisse qu’elle soit passagère ou plus installée.  

Certaines attitudes peuvent faciliter le retour à la confiance : – Se reconnecter à la situation du présent, et rester en conscience de ce qui se vit dans l’instant, dans ce que la situation  contient de bon, de positif, pour permettre  au corps de se poser et de sortir de l’agitation du mental. – s’enraciner dans le temps du corps en relation avec ce qui nous entoure dans la réalité

L’impasse et l’espace du passé

Le passé a été, et n’existe plus dans la réalité du présent. Il nous ramène dans les lieux connus de notre histoire, mais ne nous emmène nulle part si on y reste accroché, aliéné dans une nostalgie qui empêche le présent de prendre sa place. Ainsi le transgénérationnel illustre ces impasses dans les schémas répétitifs qui mènent à l’entropie.

Le passé vivant  est aidant pour transformer nos états intérieurs en mouvements constructifs vers le futur. Le passé vivant est un passeur qui a vocation de libérer ce qui s’est cristallisé  en ouvrant l’espace du présent dans une disponibilité à recevoir la vie telle qu’elle se présente.

De la reconnaissance à la renaissance

Pour renaître, il est nécessaire de reconnaître ce qui préside à la naissance. La filiation nous amène au monde à travers nos parents, mais nous sommes aussi les enfants de la Vie, de la puissance de Vie et lorsque nous renaissons, c’est cette filiation qui devient la part importante du chemin. Notre être a un besoin intrinsèque d’évoluer, de se déployer dans une attitude qui permet d’avancer, de nourrir la confiance et d’accueillir le renouveau.

Le renouveau prend des formes multiples, il se reconnaît à la vibration intérieure de la vie qui pulse et ouvre vers les possibles. Sentir, accueillir, conscientiser ce qui cherche à se manifester  et qui a été désiré est acte de libération pour l’être en soi. L’élan vers la vie, vers le monde, vers les autres est à chaque instant renouveau, dans ce que ça fait naître intérieurement de sentiments, de sensations, d’en-vies, et d’échanges constructifs avec le monde.

Dans les constellations, l’acte de reconnaître ce qui a été, ce qui est aujourd’hui permet d’accéder à la renaissance de ce qui devient possible, de faire éclore ce qui demandait à s’ouvrir à la vie. Cela passe, bien sûr, par revisiter les nœuds qui se sont formés au fil des générations, comprendre pour intégrer et faire de la place au futur. Le renouveau parle aussi de la place que l’on se donne, que l’on prend dans cette reconnaissance de son droit à l’existence et par là même de sa capacité à renaître à tout moment.

Maureen Boigen

L’Expérience de l’arbre – guérir des  mémoires familiales » Maureen Boigen, Éditions Chiron

http://www.psychogenealogie.com/

 

 

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Les secrets ont leurs secrets pour rester secret

Secrets

Certains secrets de famille restent bien scellés et résistent au travail en psychogénéalogie malgré le désir et les efforts du patient pour les percer à jour. Exemple Célia se questionne sur l’origine de la toxicomanie de son frère et sur l’agression sexuelle dont sa fille a été victime.

« C’est une évidence pour moi de venir vers la psychogénéalogie pour comprendre ce qui se passe dans ma famille. » Un peu plus tard au cours de la même séance, elle dit : « Je pense qu’il n’y a pas de secret dans ma famille… Il y a des non-dits, mais il m’est impossible d’interroger qui que ce soit. »

Célia persévère dans un travail transgénérationnel pour approcher les secrets, mais elle ne peut aller au-delà du tabou, il lui est impossible de transgresser l’image d’une famille installée, exemplaire, et respectable. La loyauté fait loi.

Dénoncer un secret, c’est trahir, c’est devenir un renégat. À quel moment la prescription touche-t-elle sa limite ? Un secret bien gardé au niveau ancestral ou généalogique prolonge ses effets sur plusieurs générations.

Ce qui se transmet de façon transgénérationnelle est de l’ordre du non-dit, de l’inter-dit, du mot-dit (de la malédiction) ou du trop-dit (l’ancêtre glorieux ou scandaleux). Ce sont des transmissions en creux, des défauts de transmission qui soulignent le rôle de la faute cachée ou des transmissions brouillées.

Ces creux, ces trous sont des zones d’ombre et de flou, véritables aspirateurs avides d’émotions, d’images générés par les derniers arrivés dans le système familial. Face à une mère qui présente des troubles psychologiques, avec des réactions excessives, incapables d’offrir la sécurité à l’enfant, la place du secret est prépondérante.

Il y a un moment où les vraies questions se posent : on ne peut plus croire qu’il s’agit d’événements fortuits ou d’une fatalité. Les compensations dans l’addiction, les décompensations sur le mode dépressif, persécutif ou autres, qui nécessitent parfois l’hospitalisation psychiatrique, interrogent l’entourage et lui font craindre le pire.

En général, la famille fait bloc pour contenir le symptôme aux première et deuxième générations. C’est principalement soit les puînés de la deuxième génération, soit la troisième génération qui interroge la sphère familiale dans l’aspect d’étrangeté qui s’en dégage. La conspiration du silence.

Dans de nombreuses familles protégeant leur image, mais où les secrets courent d’une génération à l’autre, une conspiration du silence s’installe entre les membres pour maintenir le mythe à tout prix. Le tabou autour du secret est bien marqué par des stratégies d’évitement de certains sujets pouvant donner lieu à des malaises, à l’émergence de conflits latents.

La différenciation est prohibée. Les symptômes du système portés par certains de ses membres renforcent les liens. C’est le cas de pathologies psychiques ou physiques allant de problématiques addictives à des conduites suicidaires, des maladies, etc.

De cette façon chacun garde sa place, même au prix d’aliéner son existence. Le membre qui entreprend une démarche d’autonomie pour sortir de l’aliénation du système devient suspect et dangereux pour les autres membres. En voulant dénoncer le tabou, il devient tabou lui-même.

Pour garder et défendre le secret, le système familial va projeter sur le traître, un sentiment de culpabilité. Pour garder sa place, ou plutôt son rôle, il faut exclure le gêneur, celui qui dérange, qui trahit, qui n’est plus loyal au groupe en le desservant.

Évelyne s’est mise à dos toute sa famille pour avoir dénoncé l’existence d’un enfant caché, abandonné par son père avant son mariage avec sa mère. Il est parfois cependant vital de sortir du groupe, même en se faisant éjecter. Simon a appris il y a quelques années un secret avec lequel il a beaucoup de mal à vivre.

Dans la famille, chacun est au courant, mais personne n’en parle. Le non-dit règne en maître et Simon étouffe : « C’est eux ou moi, ou j’implose avec eux ou, au pire, je fais tout exploser. » L’étrange qui dérange Le sentiment d’étrangeté rythme les ressentis des individus en proie aux secrets  familiaux.

Les membres du groupe  savent, mais tous n’en ont pas connaissance. Ce paradoxe est typique des familles où il se passe quelque chose, mais qui demeurent dans le déni. Dès lors qu’un secret se constitue dans le système, chacun est concerné et s’arrange, consciemment ou inconsciemment, pour sceller l’union autour de lui. Cela est valable un temps – nécessaire pour assurer le bon fonctionnement et l’équilibre du groupe.

Quand celui-ci vacille vers trop de fermeture au monde ou bien qu’un changement devient indispensable pour redéfinir les places de chacun, le secret a besoin d’être partagé. C’est le cas, par exemple, à la naissance d’un enfant ou au décès d’un parent.

Lorsqu’un des membres se met à chercher le secret dans la famille, à enquêter pour en connaître le(s) contenu(s), c’est la plupart du temps, mû par le besoin d’autonomie, ou par un événement qui vient bousculer l’existence.  En  (brève) conclusion les séances thérapeutiques en psychogénéalogie et/ou analyse transgénérationnelle ne visent en aucun cas à forcer la révélation du secret.

L’intérêt thérapeutique est pour le patient, de sortir des effets du secret, de mettre à jour les résidus émotionnels  infiltrés dans la mémoire familiale et  incrustés dans les recoins de la psyché sous forme d’affects,  de comportements  addictifs, compulsifs…

Pour cela j’utilise le dessin de l’arbre généalogique avec en plus certains outils spécifiques s’adressant à la mémoire du corps. Je propose également des séances individuelles ou en groupe de constellations familiales afin que s’exprime dans l’espace les problématiques relationnelles créées par les lourdeurs des secrets et non-dits.

Maureen Boigen

Extraits du livre L’Expérience de l’arbre – guérir des  mémoires familiales » Maureen Boigen, Editions Chiron

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Sortir du schéma répétitif transgénérationnel

Psychogénéalogie

Qu’il s’agisse de traumas, deuils non faits, secrets, non-dits, violences, abus, vécus dans les générations précédentes, ceux –ci ont laissé leurs traces psychique et/ou physique chez leurs descendants par le fait même de n’avoir pas pu être élaborées.

Cet héritage souvent bien encombrant et insoupçonnable se rappelle à la loyauté de ses membres lors de situations ou d’évènements du présent venant faire écho au vécu antérieur d’autres générations. Il faut savoir que l’enfant enregistre les données du schéma répétitif à travers les comportements familiaux.

Quand il s’agit de secrets par exemple, l’enfant « sent » que quelque chose est caché, tabou, interdit de paroles; mais il va taire ses ressentis pour adhérer au déni familial et exprimer ses sensations confuses sous forme de somatisations ou de comportements inhabituels très embarrassants pour ses parents.

L’enfant devenu adulte retrouve ses sentiments et sensations confuses face à des situations de son présent qui viennent rappeler un contexte, des configurations relationnelles ou un évènement vécu dans le passé familial. 

Pour échapper à l’état d’angoisse et la charge émotionnelle qui l’envahit il va agir ce qu’il ressent et reproduire ainsi une situation qui ressemble à ce qui a été vécu antérieurement. Par exemple, en cachant à un enfant qu’il y a eu dans sa fratrie un frère ou une sœur décédé avant lui, cet enfant va exprimer des symptômes en lien avec le membre décédé.

Devenu adulte, et dans une position paternelle,  l’ombre de cette place endeuillée qui n’a pu être parlée va resurgir, créant une anxiété  qui fait l’objet d’une projection sur  la place de son enfant. Cela va se traduire par une angoisse qu’il lui arrive quelque chose, et ainsi de le surprotéger, ce qui aura le même effet sur l’enfant, car exposé aux angoisses de son parent, il se retrouve mis à une place menaçante sans  en comprendre le sens.

Cela apparaît principalement lors de passages existentiels (naissance, adolescence, mariage, séparations affectives, décès, mutations..). Par exemple : la crise conjugale qui s’envenime pour arriver à une situation d’impasse ou la seule solution envisageable est la séparation.

Chacun  avait fait le choix de l’autre dans le projet d’avoir un couple solide tout en ayant secrètement la crainte que l’autre l’abandonne. La peur cachée, non dite est souvent fondée sur une réalité vécue à une autre génération et ayant eu des conséquences désastreuses sur la cohésion familiale.

En conscientisant les ressorts souterrains de la relation, on peut trouver pour les 2 conjoints, une date anniversaire  inscrite dans les mémoires inconscientes et  qui a été activée pour « marquer » l’évènement antérieur.

Ces « rendez-vous » avec la mémoire familiale  ne peuvent prendre sens  que lorsque les interférences  transgénérationnelles sont conscientisées. Par exemple : la place de l’enfant qui naît vient rappeler celle d’un enfant mort à une génération précédente, ce qui crée une montée d’angoisse dans le système familial qui réagit par un conflit projeté sur les membres.

Les symptômes se manifestent généralement  à travers des comportements inadaptés aux situations qui se présentent : angoisses, débordements émotionnels,  conflits exacerbés, sensations confuses de mal-être,  symptômes dépressifs, phobies, addictions, voire des troubles psycho-pathologiques (comportements délirants par exemple).

La phrase qui exprime les transmissions inconscientes à l’œuvre, est : « ça me dépasse ». La thérapie transgénérationnelle aide à comprendre et à libérer  les situations souffrantes de l’histoire familiale en investiguant à partir du génosociogramme les informations issues des prénoms, places,  dates, métiers, évènements – syndromes anniversaires qui renseignent sur les transmissions inconscientes spécifiques à chaque place d’une génération.

Ainsi, en revisitant et en réhabilitant les places de chaque membre ayant composé le système familial, l’individu peut alléger ses tensions internes et trouver une juste distance par rapport au passé familial. La thérapie transgénérationnelle, engage le corps tout autant que la parole en travaillant sur la restauration des liens intergénérationnels et sur l’enracinement du sujet dans sa place d’origine.

Je propose plusieurs outils systémiques et psycho-corporels pour accompagner le processus transgénérationnel et favoriser la libération des mémoires émotionnelles. J’associe, entre autres, la technique des constellations familiales qui permet d’explorer le « caché » portant l’ombre familiale et de mettre en lumière les dynamiques relationnelles inconscientes entre les générations.

C’est une méthode qui fait ses preuves et libère un potentiel transformateur avec des effets curatif sur les autres membres de la famille non présents dans le cadre du groupe. Les effets bénéfiques de cette approche thérapeutique sont probants (en combinant thérapie transgénérationnelle et constellations familiales) – retrouver du sens à sa place dans la famille ainsi que dans l’espace socioprofessionnel ; – se relier à ceux connus et inconnus de sa généalogie renforce le sentiment d’identité et d’appartenance ;

  • se distancer des souffrances de l’histoire familiale et s’alléger des dettes de loyautés
  • recontacter l’ouverture dans le présent en libérant l’âme des fardeaux hérités.
  • s’approprier son héritage afin de pouvoir en disposer librement et de manière adaptée.
  • revenir à Soi, dans la confiance et la conscience de sa vie (de sa place dans le monde), des ressources à disposition, issues de l’arbre généalogique  prêtes à être éveillées au profit de son épanouissement.

Maureen Boigen

L’Expérience de l’arbre – guérir des  mémoires familiales » Maureen Boigen, Éditions Chiron

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Accidents, suicides et « maladits » sont ils des malédictions ?

Certaines lignées sont visiblement marquées par le destin qui semble s’acharner sur elles. Certaines maladies, certaines morts brutales, certains suicides qui se répètent relèvent-ils du hasard ou d’une malédiction ? En vérité, il ne s’agit ni de hasard ni de malédiction au sens habituel du terme.

Il s’agit d’un conflit qui se transmet de génération en génération parce qu’il n’a pas été résolu, parce qu’il n’a pas été dit ou parce qu’il a été « mal dit ». C’est en ce sens qu’on peut parler de malédiction. Mais, ce qu’il faut savoir c’est qu’il suffit de prendre conscience du conflit et de le dépasser pour conjurer définitivement le mauvais sort.

« Roi Philippe et toi, Pape Clément, je vous convie avant un an devant le tribunal de Dieu. Quant à ta descendance, roi Philippe, qu’elle soit maudite jusqu’à la treizième génération ! »

Tout le monde connaît cette célèbre malédiction lancée en 1314, sur le bûcher, par Jacques de Molay, Grand maître de l’Ordre des Templiers. Et chacun sait qu’en effet le roi Philippe IV le Bel et le pape Clément V devaient mourir dans l’année qui suivit.

La suite de la malédiction s’est bien accomplie puisque les trois fils de Philippe moururent sans descendance mâle. Charles IV fut le dernier des Capétiens directs à régner. Quant aux Capétiens Valois, qui leur succédèrent, leur règne s’acheva avec Louis XII, mort sans descendance en 1515, c’est-à-dire très exactement la treizième génération après celle — comprise — de Philippe.

Bien entendu, tout le monde connaît aussi la malédiction des Kennedy qui s’est poursuivie de John à son fils, en passant par ses frères. Le père Joe, qui souffrait d’un grave conflit de dévalorisation, voulait à tout prix, pour le compenser mais non pour le résoudre, que son premier fils fût président des Etats-Unis. En 1941, sa femme fut internée, en 1944, son fils Joseph, pilote de chasse, fut abattu, à 29 ans, au-dessus de l’Allemagne.

En 1948, Kathleen est tuée dans un accident d’avion à 28 ans. En 1963, Patrick, le premier fils de John Kennedy, né prématuré, meurt trois jours après sa naissance. En novembre de la même année, John est assassiné à Dallas, à 46 ans. Son frère Edward est grièvement blessé dans un accident d’avion. En 1968, Robert Kennedy, qui tente de succéder à son frère John, est assassiné, à 42 ans.

En 1969, Edward, dit Ted, a un accident de voiture dans lequel sa compagne illégitime périt. En 1973, le fils de Robert, Joseph, a un accident de voiture : la femme qui l’accompagne restera paralysée. Le fils d’Edward doit être amputé d’une jambe après un accident. En 1984, David, le fils de Robert, meurt d’une overdose. En 1991, Willima, le neveu d’Edward, est accusé de viol. En 1997, Michael, le fils de Robert, se tue en faisant du ski. En 1999, John John, le fils de John, et son épouse se tuent dans un accident d’avion.

De nombreux auteurs ont souligné ces « malédictions » qui semblent poursuivre certaines familles et, parmi eux, la célèbre psychanalyste Françoise Dolto, qui fut l’une des premières à parler de secrets de famille et de transmission transgénérationnelle de conflits non résolus. Depuis, de nombreux auteurs ont repris et développé cette thèse. Notamment l’Allemand Bert Hellinger et les psychologues ou psychanalystes français Anne Ancelin Schützenberger, auteur de Aïe mes aïeux !, Nina Canault, auteur de Comment paie-t-on les fautes de ses ancêtres et Didier Dumas, auteur de l’Ange et le fantôme.

Dans son assez stupéfiant ouvrage, Aïe mes aïeux !, la psychothérapeute Anne Ancelin Schützenberger démontre, au moyen de multiples exemples, que les « maladies », les accidents, l’orientation professionnelle et même le mariage sont programmés par l’invisible mémoire des ancêtres. Elle appelle cela la « loyauté familiale inconsciente et invisible ». La méthode d’investigation qui permet d’en faire la démonstration est très simple en dépit de son nom complexe : le génosociogramme qui consiste à rechercher chez les aïeux les mêmes événements.

Deux exemples

Voici le cas d’un jeune homme dynamique, souriant, séduisant et sportif, Marc, trente-deux ans, célibataire et sans enfant, qui, hélas, se déplace en fauteuil roulant, ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de conduire sa voiture et de faire, seul, des trajets de plusieurs centaines de kilomètres. Il est en fauteuil roulant à cause d’une paraplégie contractée à la suite d’une réception au sol en deltaplane. Il avait oublié de s’attacher et à l’atterrissage il s’est retrouvé sur le dos et gravement blessé.

Lorsque Anne Ancelin Schützenberger lui parle de génosociogramme et lui demande si quelqu’un, dans sa famille, s’est jamais trouvé en fauteuil roulant, Marc commence par dire non. Elle insiste. Il se rappelle alors que son père a été condamné, comme lui-même, au fauteuil roulant. Soulignons incidemment que la conscience commence par refuser le souvenir qui se trouve dans la mémoire de l’inconscient. Ce qui est tout à fait stupéfiant lorsqu’il s’agit d’un souvenir aussi remarquable et aussi récent concernant le père même de la personne interrogée.

Le père était en fauteuil roulant à la suite d’un accident. Emmené en Allemagne, durant la guerre, au titre du S.T.O. (Service du travail obligatoire), il était employé dans une fonderie. Un jour, son équipe n’ayant pu se rendre à la fonderie, il y travaillait seul en compagnie d’un autre ouvrier qui oublia d’attacher le creuset de fonte, comme c’était l’habitude. Le père reçut le liquide en fusion sur les pieds. Cela se passait en juillet et le père avait trente-deux ans. Le fils a eu son accident également au cours d’un mois de juillet, alors qu’il était également âgé de trente-deux ans.

Voici le cas de Jacqueline, contrainte de porter une minerve — qui lui soutient le cou — à la suite d’un accident de voiture qu’elle a eu peu de temps après la mort de sa petite fille âgée de dix ans. Curieusement sa petite fille était née avec le cordon ombilical enroulé autour du cou, ce qui avait entraîné une asphyxie et l’enfant est longtemps demeurée dans le coma. Elle a tout de même survécu mais, infirme moteur, elle a vécu ses dix années de vie dans une institution spécialisée, avant de mourir en avril 1986. Quelle est la profession de Jacqueline ? Coiffeuse.

Jacqueline n’a jamais eu d’autres enfants après avoir vu la fille de sa sœur qui était née avec une hernie cervicale : « la cervelle qui dégouline de la tête », dit-elle. Chacune des deux sœurs a assisté à l’accouchement de l’autre. Toutes deux ont eu un accouchement difficile et ont mis au monde « un enfant à problème grave autour de la tête », dès la naissance. Les deux sœurs se sont mariées le même jour.

Nantie de ces renseignements, Anne Ancelin Schützenberger bâtit le génosociogramme. Elle constate alors que les arrière-arrière grands-parents sont des Arméniens d’Arménie. L’arrière-grand-mère paternelle a été décapitée avec deux de ses filles, lors du génocide, le 24 avril 1915. La grand-mère paternelle, Galine, avait sept ans, lorsqu’elle a vu la tête de sa mère et de ses deux sœurs, âgées de 13 et 11 ans, tordues d’horreur et « la cervelle dégoulinante » portées sur des piques par des Turcs. Jacqueline et sa sœur Germaine, qui ont eu, chacune, un enfant né avec un problème à la tête, se sont mariées le même jour. Jacqueline est coiffeuse.

Elle voulait être professeur de gymnastique mais, comme par hasard, la veille de l’examen, elle s’est foulé une cheville et n’a pu se présenter. Elle a finalement choisi de devenir coiffeuse comme son père et sa mère. Eh oui, déjà sa mère et son père étaient coiffeurs ! Et même sa grand-mère paternelle, Galine, était coiffeuse ! Mieux encore, les deux frères de Jacqueline, Jean-Jacques et Christian, sont également coiffeurs !

Comment se fait-il qu’un fils de Galine, elle-même coiffeuse, l’épouse de son fils et trois de ses petits enfants soient coiffeurs et coiffeuses ? Pourquoi tant de coiffeurs, dont le métier est d’embellir les têtes, dans la descendance de Galine qui a vu la tête de sa mère et de ses deux jeunes sœurs, défigurées
et « la cervelle dégoulinante » portées au bout de piques par des Turcs, le 24 avril 1915 ?

Au fait, quand donc est morte la fille de Jacqueline ? Le… 24 avril 1983 ! Pour le soixante-huitième anniversaire du génocide ! La coïncidence frappe Jacqueline, qui ne s’en était jamais aperçu. Anne Ancelin Schützenberger en conclut — et moi avec elle — que tout se passe dans cette famille comme si une mystérieuse mémoire des ancêtres, une mémoire collective de famille — était à l’œuvre pour réparer symboliquement le massacre, à travers la coiffure, pour le rappeler et — ce que ne dit pas Anne Ancelin Schützenberger — pour le perpétuer et même le reproduire à travers les naissances des nouveaux enfants, à travers un étranglement provoqué par le cordon ombilical et une hernie cervicale !

Bien évidemment, on peut conclure de ces faits que le choix de la profession de coiffeur est une sorte de culture familiale. Certes ! Mais on en voit clairement la signification. Quant aux naissances dramatiques des enfants, si elles font partie d’une culture familiale, cette culture n’est pas consciente.

Elle relève à l’évidence d’une mémoire collective inconsciente, qui n’est pas dans le cerveau — puisqu’il a été jusqu’ici impossible d’y découvrir les fameux « engrammes » (les traces de la mémoire), en dépit d’un siècle de recherches — et qui n’est évidemment pas transmise pas les gènes !

Pas plus que l’accident du deltaplane, reproduisant à l’identique l’accident de la fonderie allemande, n’a été inscrit dans les gènes de Marc ou dans sa mémoire : non seulement il avait bien pris soin d’oublier le souvenir, de le refouler dans l’inconscient, mais encore ce n’est pas lui qui a empêché le camarade, qui n’oubliait jamais de lui demander s’il s’était bien attaché, de venir l’aider le jour de l’accident, où il n’était précisément pas attaché.

Tout se passe — ainsi que dans la pièce de Bob Wilson, Einstein on the beach — comme si un événement — qui, semblable à la femme de Verlaine, n’est jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre — ne cessait pas d’inlassablement se reproduire, dans un milieu et parmi des personnages qui ne sont pas non plus les mêmes mais ne sont pas non plus tout à fait autres, selon la loi d’une pansémiotique — où tout devient signe chargé d’une signification inconsciente à destination de la conscience qui a pour objet de la décoder — jusqu’à ce que la conscience parvienne à le comprendre et, du même coup, à le dépasser et, par conséquent, à enrayer sa tragique répétition.

Tout se passe comme si le sens même des vies de la lignée était de parvenir à l’intelligence de la mémoire, à inverser la mémoire – c’est-à-dire le simple souvenir inlassablement reproduit et ressassé – en intelligence, par la simple prise de conscience, et, du même coup, à dépasser le passé maléfique pour aller vers le futur bénéfique.

Cela va encore beaucoup plus loin qu’on ne l’imagine

Dans son ouvrage, Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres ? (titre pas très heureux parce
qu’il introduit une notion de culpabilité), Nina Canault raconte qu’un jour, Luc, jeune frère d’un autiste, Jean-Michel, rêve de sorcières. Son rêve le conduit à s’intéresser à ses deux arrière-grand-mères maternelles, en qui il voit les sorcières de son rêve. Elles ont épousé deux hommes nommés
Leroux, quoique sans parenté, et qui se sont tous deux pendus au retour de la guerre 14-18.

Le suicide a été attribué par la mère de Jean-Michel l’autiste, Mme Lebois, à la « misère prolétarienne ». Sceptique, l’analyste de Jean-Michel découvre la vraie raison. Les deux arrière-grand-mères ont trouvé plus commode de vivre ensemble, pendant la guerre.

Privées chacune de son mari, elles se sont « remariées » ensemble, pendant quatre ans. Elles n’ont plus besoin d’époux, au retour des deux Leroux. Et tous deux, qui viennent de vivre et de supporter l’incroyable atrocité d’une guerre épouvantable, ne supportent pas de n’avoir plus de place chez eux. Ils se pendent, chacun de son côté.

Curieusement, dans la génération suivante, ce ne sont plus les hommes qui se suicident par l’ « ascension » qu’est la pendaison mais, au contraire, les filles, et par la chute dans des puits (détail significatif des deux inversions qui a échappé à l’auteur) ! Tandis que les Leroux se sont pendus parce qu’ils étaient de trop, les filles se jettent dans des puits -pour la raison exactement inverse – parce que l’homme leur manque (par abandon ou « faute impardonnable »). D’où l’inversion du mode de suicide.

L’une d’elles épouse son cousin germain, comme pour se protéger du fantôme des pendus et des « empuisées ». Elle met au monde Jean-Michel, autiste dès la naissance. Jean-Michel refuse de la regarder dans les yeux. « L’autisme dans ce cas, est le résultat d’un « inceste” généalogique », commente le chercheur, Didier Dumas, qui s’intéresse aux « fantômes » transgénérationnels. L’inceste laisse entendre à l’enfant qu’il vivra toujours avec ses parents.

Il implique que la mort n’existe pas et empêche l’enfant de se constituer les outils mentaux nécessaires pour vivre adulte, sans ses parents. Et, précisément, un autiste est un enfant dépossédé d’emblée des moyens d’accéder à l’âge adulte ! Il ne peut pas regarder sa mère dans les yeux, à cause de l’inceste. C’est ce qui arrive à Jean-Michel.

Didier Dumas ne s’en aperçoit que le jour où il apprend l’histoire des ancêtres, pendus à une poutre ou chues dans un puits. La mémoire d’une relation d’homosexualité incestueuse inconsciente, c’est précisément celle des deux arrière-grand-mères « mariées ensemble », considérées comme des « saintes », qui, en vérité, ont poussé leurs maris à se pendre, au retour de la guerre. Telle est la cause de l’autisme de Jean-Michel, dont on voit mal quelle médecine, conventionnelle ou non, pourrait le guérir sans l’incroyable analyse faite par Didier Dumas.

Dans son ouvrage, Aïe mes aïeux ! , Anne Ancelin Schützenberger rapporte que, dans une famille, les parents engendrent, toutes les deux générations, des enfants atteints de la maladie bleue (maladie cardiaque avec risque de transmission génétique héréditaire). Ainsi est-ce le cas de Jeanne et de sa grand-mère, qui ont toutes deux été opérées avec succès.

Bien entendu, les savants cardiologues en concluent que la « maladie » est génétique – ils disent très exactement que la « maladie » est inscrite dans les gènes, ce qui est inexact puisqu’il n’y a pas d’autre information dans les gènes que le plan des cellules qu’ils fabriquent – il ne s’agit donc que d’une altération – et que les gènes, comme les touches du piano ou, mieux, comme le sélecteur de la radio et de la télévision n’ont pas d’autre fonction que de relier la cellule à son champ de mémoire – et ils pensent que les futurs parents qui sont venus les consulter courent le risque de mettre au monde un enfant frappé de la même maladie.

Les parents décident alors de ne pas faire d’enfant et d’adopter un petit Indien. Sitôt dit, sitôt fait. Mais, peu de temps après l’adoption, l’enfant fait la maladie bleue. La mémoire des aïeux s’est transmise du champ idéomorphogénétique et comportemental de la lignée des parents au champ de l’enfant !

L’anecdote suivante vient de Claude Sabbah. Un petit garçon de huit ans fait un cancer des os du bras et il faut l’amputer, à hauteur de l’épaule. Pour consoler l’enfant, les parents lui demandent ce qui lui ferait plaisir. « Je veux un serpent ! » dit-il. Un serpent ! Pourquoi
un serpent ?

Mais, bien sûr, parce qu’un serpent n’a pas de membres ! Hélas il faut une autorisation spéciale qui est refusée.
On représente à l’enfant qu’on ne peut pas lui offrir un serpent. Qu’il choisisse un autre animal ! L’enfant porte son choix sur un lézard ! En l’occurrence un limbert brun et vert (dont la taille peut aller jusqu’à 80 cm).

Pourquoi un lézard ? Mais parce que les lézards ont la faculté de faire repousser leur queue lorsqu’elle est coupée. L’enfant se prend d’affection pour son lézard, et le lézard se prend d’une affection réciproque pour son petit maître manchot. D’une affection si forte que, peu de temps après, le lézard fait une nécrose du même membre que son jeune maître et que le vétérinaire déclare qu’il faut l’amputer.

A la même hauteur que le bras de son petit maître ! L’identification entre l’animal et le maître, c’est-à-dire la puissance de la pensée, donc de l’imaginaire, a été telle qu’elle n’a pas permis à l’enfant de faire repousser son bras, comme les lézards ont la possibilité de faire repousser leur queue, mais qu’elle a permis au lézard de perdre le sien, comme son maître. Le lézard amputé par le vétérinaire demeurera manchot, comme son jeune maître.

Il est alors clair que ces séries d’accidents, de suicides, ces « malédictions », ces maladits ont tous pour origine un conflit. Ce ne sont pas seulement des accidents, des suicides, des « malédictions » et des maladits : ce sont encore des signes chargés d’une signification à destination de la conscience qui a pour objet de les décoder. Ces signes sont très exactement l’objet d’étude de la pansémiotique et de la psychosomatique. Ils signifient que le corps devient le lieu de la réalisation d’idées conflictuelles et négatives.

Mais, si l’on voit bien comment le conflit se matérialise de manière tragique, dans l’existence, le fait d’accumuler les exemples ne nous explique en rien comment tout cela fonctionne.

Richard Sünder

Paru dans : http://www.francaise-bio-energetique.com/

La psychogénéalogie selon Anne Ancelin

A l’origine de la psychogénéalogie transgénérationnelle, la psychothérapeute Anne Ancelin-Schützenberger. Elle nous décrit les contours de cette méthode qu’elle a élaborée dans le cadre de son travail auprès de personnes atteintes de cancers.

Qu’est-ce que la psychogénéalogie clinique ?

Anne Ancelin-Schützenberger : C’est une étude psychologique de la généalogie transgénérationnelle, c’est-à-dire sur plusieurs générations. Ce qui est présent est transmis par l’inconscient de la mémoire familiale, qu’on le sache ou non. Pour le savoir, on travaille sur des périodes allant de trois à neuf générations, soit trois siècles. Je remonte à la révolution française – avec la terreur, la guillotine…

J’inclus la période Napoléonienne au tournant des XVIIIe et XIXe siècle, soit les souvenirs des grands-parents de nos arrières grands-parents. Cette période est toujours très présente. Deux exemples personnels : une de mes amies vient de retrouver dans le grenier de sa grand-mère les lettres que son arrière arrière grand-père, soldat de Napoléon, écrivait pendant la campagne de Russie à l’arrière grand-mère. Ma propre grand-mère me parlait de sa grand-mère qui lui parlait aussi des guerres de Napoléon.

Quel est l’apport de la dimension clinique de cette méthode ?

A.A.S. : Il y a des gens sans formation clinique qui font de la psychogénéalogie transgénérationnelle… Et ce n’est tout à fait pareil. En tant que cliniciens, nous apportons la dimension de la compréhension de l’inconscient. Freud disait que nous fonctionnons comme un iceberg: le conscient est la partie visible, et les deux tiers sont sous l’eau, invisibles; c’est ce qui fait la force et la dérive des icebergs et qui conduit notre inconscient.

Les événements familiaux heureux et malheureux, les secrets de familles, les traumatismes ont un impact qui se transmet de génération en génération. Généralement ce n’est pas su mais le corps y réagit comme si c’était su. Quelque chose se joue en nous et parle. Comme dit Freud, « ça parle sur l’autre scène ». Et c’est très important de comprendre comment cela parle et s’incarne dans le corps et comment la répétition vient nous rappeler les mêmes événements heureux et tragiques. Il m’arrive le plus souvent de travailler sur les événements tragiques et les répétitions désagréables.

Pourquoi travaillez-vous avec des groupes ?

A.A.S. : J’ai commencé en thérapie transgénérationnelle individuelle en particulier parce que je me déplaçais pour aller au chevet de malades à l’hôpital ou chez eux. Puis j’ai commencé à prendre les gens en groupe parce que je suis psychosociologue clinicienne et que j’ai l’habitude des groupes. Je travaille avec des groupes de quatre à six sur deux ou trois jours. Je me suis aperçue que dans un groupe les gens travaillent mieux. La mémoire des uns réveille la mémoire des autres.

Comment se passe cette exploration des arbres généalogiques ?

A.A.S. : On fait un arbre généalogique au tableau et on travaille au tableau, en inscrivant et en commentant. On fait en noir l’arbre généalogique, avec les naissances, les mariages, les morts, les fausses couches, les remariages. On indique les causes des morts. On indique par un lien vert les rapports affectifs positifs entre les gens. On voit très souvent que les gens sont nés ou morts le même jour – ou à des dates anniversaires.

On souligne en rouge les événements marquants et les répétitions ; c’est un lien visible de la répétition et de la loyauté familiale. Quand on travaille sur un arbre généalogique commenté, on s’aperçoit que cela fait revenir des choses à la mémoire. On a une image visuelle de la famille de ses rapports sur un siècle ou deux. C’est comme un résumé d’une psychanalyse ou d’une psychothérapie. Et ça se met en place autrement dans la tête.
Ça devient très parlant.

Comment éviter les répétitions désagréables liées à une transmission transgénérationelle ?

A.A.S. : On peut éviter l’issue de la répétition s’il elle est tragique, si l’on se rend compte par exemple qu’on peut être fidèle à un ancêtre et son histoire sans mourir de la même chose.

Le seul fait de comprendre une transmission jusque là inconsciente suffit donc à « guérir » ?

A.A.S. : Quand on arrive par exemple à partir d’un geste à remonter la mémoire et à trouver l’événement traumatisant psycho-historique, le symptôme disparaît. C’est très curieux. Il peut même disparaître immédiatement.

A vous entendre, la psychogénéalogie produit des guérisons spectaculaires et quasi miraculeuses…

Anne Ancelin-Schützenberger : Le charlatan et le guérisseur promettent de guérir : c’est dans le contrat. Le psychothérapeute promet de faire de son mieux : c’est dans le contrat. Aucun psychothérapeute ou analyste sérieux, comme aucun médecin ou chirurgien sérieux ne promet la guérison. Jamais. Freud disait qu’il se passe des choses et que la guérison vient parfois de surcroît. Il a mis en évidence la différence entre la compréhension corporelle interne qu’on appelle la catharsis, et la compréhension intellectuelle. Celle dernière sert à assouvir sa curiosité mais n’a jamais guéri ni enlevé l’angoisse de personne.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est cette catharsis qui permet de changer en profondeur ?

A.A.S. : Ce qui change, c’est quand un être est secoué par ce que certains ont appelé « un éblouissement »; ce que St Paul et les Chrétiens ont appelé « La route de Damas » (la conversion foudroyante à la foi chrétienne de Paul, jusque là anti-chrétien, alors qu’il était sur le chemin de Damas); ce que les psychanalystes et les psychothérapeutes appellent « la catharsis avec perlaboration ». La traduction anglaise de « perlaboration » est bien meilleure : c’est « working through », qui signifie retravailler les choses.

C’est une compréhension totale psychocorporelle et psychosomatique. On en voit très souvent quand elle a lieu par des changements de couleur de peau, de rythme respiratoires, et quelquefois des manifestations qui changent le fonctionnement psychosomatique. J’ai donné des exemples de maladies de Reynaud: quand le froid disparaît, la peau violacée disparaît et en une seconde devient rose et normale.

C’est un cas où ça se passe comme ça. Mais ce n’est pas toujours immédiat. Il ne s’agit donc pas que d’une compréhension intellectuelle mais d’un changement total de comprendre les choses et de les ressentir dans son corps.
Une catharsis en perlaboration est comme une vomissure: le mal sort. Mais ce n’est pas pour ça que la maladie ou l’indigestion est guérie. Il faut retravailler dessus. Donc on ne promet jamais la guérison à personne.

 

 

Anne Ancelin : « Aïe, mes aïeux ! »

Les morts sont des invisibles, ils ne sont pas des absents  Saint Augustin

Les écrivains se sont intéressés à la transmission transgénérationnelle bien avant que les psychologues n’en fassent un objet théorique. La doctrine élaborée par Anne Ancelin Schützenberger n’est pas aussi novatrice que certains voudraient le croire. Psychothérapeute, analyste de groupe et psychodramatiste de renommée internationale, Anne Ancelin est l’inspiratrice de la psychogénéalogie. Le succès de son ouvrage, Aïe mes aïeux (Desclée de Brouwer), régulièrement réédité et traduit dans le monde entier, a contribué pour beaucoup au développement de cette discipline.

La psychogénéalogie explore les empreintes laissées par nos aïeux sur notre psychisme.
Elle étudie l’influence du milieu et de l’histoire familiale sur le comportement d’un individu, à travers les phénomènes, attestés par nombre de psychanalystes, de la « répétition »
ou de la « reproduction ».

Cette méthode d’investigation consiste à rechercher dans le vécu de nos ascendants les sources de nos troubles psychologiques, de nos maladies et de nos schémas répétitifs.
Les praticiens en psychogénéalogie considèrent que l’inconscient de chaque individu est constitué du vécu de ses parents, grands-parents et de ses ancêtres plus éloignés, qu’il recèle des cryptes habitées par des « fantômes », c’est à dires des secrets inavouables, non verbalisés, des non-dits, qui se transmettent d’un inconscient à l’autre à travers les générations.

La psychogénéalogie postule l’existence d’un inconscient familial et groupal, vecteur de la transmission transgénérationnelle. Le fantôme est le travail dans l’inconscient du secret ténébreux d’un autre (inceste, viol, abus d’un enfant, crime …). Les descendants ne peuvent pas échapper à cette loi qui les oblige à payer pour les fautes, les erreurs, les crimes, les traumatismes de leurs ancêtres. Du fait de cette solidarité des événements du passé peuvent retentir durablement, comme l’explique encore Anne Ancelin Schützenberger.

« On est glacé d’effroi – les mots manquent pour le dire, ou la peur ou la honte d’y avoir été impliqué (de l’un ou de l’autre côté , que l’on soit victime ou bourreau) – et l’événement est enterré dans un silence, un non-dit ou un secret. Et cet événement, enterré comme dans une crypte, se transmet de l’inconscient des parents à l’inconscient des enfants par ce que Nicolas Abraham et Maria Törok ont appelé, en 1975, un effet ventriloque ou un fantôme.

Cette transmission se fait par un phénomène complexe que plusieurs chercheurs pluridisciplinaires tentent d’élucider – et qui pour moi se résumerait en termes de co-consicent et de co-inconscient familial – élargissant les concepts de Freud, Jung, Moreno, Dolto. Même si la théorie de la transmission entre générations n’est pas encore tout à fait élucidée, de nombreux cliniciens et thérapeutes la soignent ».

Un expert en généalogie nous en explique le principe : « La psychogénéalogie part d’un postulat simple : chaque individu n’est qu’un maillon d’une longue chaîne. Elle fait le parallèle entre le vécu mental des générations passées et les troubles actuels en s’appuyant sur les recherches généalogiques des ascendants directs mais également en attribuant une importance à la fratrie. La transmission n’est pas que la reproduction.

Cette transmission parfois consciente et souvent inconsciente (à l’insu de ceux qui transmettent et de ceux qui reçoivent) ou cachée, traverse les générations et peut se manifester par des choix ou des conduites qui interrogent les intéressés ou leur entourage, par des pathologies, plus ou moins graves, allant de troubles fonctionnels à la psychose. Françoise Dolto disait qu’il fallait trois générations pour « faire un psychotique ».

Cette assertion se trouve confirmée par le cas d’un garçon autiste, décrit sur plusieurs pages par Nina Canault dans son ouvrage, Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres. Pour découvrir l’origine de l’autisme de cet enfant prénommé Jean-Michel, son analyste, le Dr Didier Dumas, a eu recours à l’analyse du généalogique. Remontant plusieurs générations dans sa lignée maternelle, il découvre que ses deux arrière-grands-pères se sont suicidés, au sortir de la guerre de 1914, par pendaison.

Survivants du carnage, les deux hommes ont retrouvé leurs épouses, deux sœurs qui par commodité avaient choisi de s’installer ensemble, comme « mariées » l’une à l’autre, unies par le même rejet de l’homme. Devenus des charges, tous deux ont fini par se suicider. Selon le Dr Dumas, l’autisme de Jean-Michel, « est le résultat d’un inceste généalogiste ».

Pour lui la psychose pose un problème qui concerne chacun d’entre-nous : « A ceux qui ne comprennent pas ce que viennent faire les psychotiques sur terre, je réponds qu’ils sont en tout cas là pour nous enseigner ce que nous méconnaissons de nos transmissions mentales et spirituelles. Ce sont eux qui m’ont, les premiers, mis le doigt sur la réalité incontournable des transmissions généalogiques dans la vie mentale de tout individu. Les enfants psychotiques expriment ou racontent des choses qu’à priori, personne ne comprend.

Or, lorsqu’on écoute sérieusement, on s’aperçoit qu’en fait ils explorent le passé familial qui a fait d’eux ce qu’ils sont. Les autistes dénoncent, par leur existence, des silences mensongers, Ils assument sans que personne ne s’en rende compte dans la famille, tout ce que les autres ne peuvent ni penser ni dire. La psychose est donc, sous cet angle, un destin de descendant sacrificiel, une preuve, s’il en est besoin d’une, que ce que j’appelle le cannibalisme familial existe bel et bien ».

De nombreux chercheurs travaillent sur le problème de l’originaire, de la transmission involontaire et inconsciente des qualités, des manières d’être, des traumatismes.  « Il y a ici et là des éclairages écrit Anne Ancelin, mais on est encore loin d’expliquer cette mémoire, ces traces de mémoire. Est-ce une mémoire génétique ? Mais comment fonctionne-t-elle ? L’homme est un être de langage, le seul ; est-ce le verbe, le dit, le tu, le non-dit, la langage (signifiant, verbal ou corporel), le transmetteur ou un transmetteur à découvrir ? ».

Dans la perspective psychogénéalogique, chaque individu s’inscrit dans une lignée et hérite des transmissions nuisibles ou bienfaitrices du passé. Le transgénérationnel désigne selon Nina Canault « le processus vital de transmission de l’esprit à travers les générations, processus que le matérialisme à l’œuvre dans les sciences qui parlent de l’homme tente en vain d’occulter ».

La transmission héréditaire de la faute obéit à ce processus. La différence entre la doctrine de Maistre et celle des psychogénéalogistes tient à la définition même de la « faute ». Ces derniers ont tendance à la réduire à une « carence de parole », à un traumatisme, qu’on subit ou qu’on inflige. Tout se passe comme s’ils craignaient d’affronter le mystère du mal.

Le site d’Anne Ancelin : http://www.anneschutzenberger.com/

Comment accepter cette famille

Pour nous permettre d’être heureux et d’accéder à nos pleines potentialités, nous devons nous libérer des blocages hérités de nos parents et de nos aïeux. Comment nous épanouir sans répéter les mêmes erreurs et les mêmes comportements ? Certaines réponses se trouvent dans la psychogénéalogie.

Nous ne sommes pas seulement l’enfant d’un père et d’une mère. Nos comportements, nos réactions, nos blocages sont aussi déterminés par nos ancêtres. Nous avons tous une histoire. Une histoire de famille dont nous sommes l’un des maillons d’une chaîne de générations.

Des personnes que nous connaissons bien – père, mère, grands-parents, frères ou sœurs – et d’autres dont nous ne savons pas grand-chose – voire rien, surtout quand ils sont morts il y a longtemps et que nous ne les avons pas connus – mais dont la trace subsiste en nous, à travers des références, des comparaisons, des identifications, des secrets, des non-dits ou des allusions, transmis par notre famille.

Cet héritage psychologique exerce sur nous une influence qui nous pousse à répéter, souvent de manière inconsciente, que nous le voulions ou non, des situations agréables ou des événements  douloureux. Pourquoi en effet choisir un homme qui nous fait souffrir, comme notre mère a choisi un homme qui l’a fait souffrir, comme sa propre mère ? Pourquoi succomber à la même maladie que notre père au même âge que lui ? Pourquoi s’être obligé à collectionner les diplômes et à exercer un métier prestigieux alors que nous avons toujours aimé les activités manuelles ?


La psychogénéalogie, lien entre la psychologie et la généalogie, aide à comprendre ce qui nous détermine et nous influence, dans un passé parfois lointain, à nous libérer de notre destin répétitif, de nos blocages, et à découvrir qui nous sommes vraiment.

« Dès notre conception, nous sommes l’objet de projections familiales, de désirs et de fantasmes de la part de nos parents et de nos grands-parents, explique Chantal Rialland, psychogénéalogiste, psychothérapeute diplômée en sciences humaines.

Nous sommes désirés ou non, attendus en tant que garçon ou fille, fantasmés, rêvés, espérés, quant à notre physique, notre caractère et nos aptitudes. A notre naissance nous recevons des prénoms. Ceux-ci vont refléter des désirs plus ou moins inconscients. Il est recommandé d’éviter par exemple de donner le prénom d’un héros de la famille, surtout s’il est mort jeune car de manière inconsciente, on demande à cet enfant de ressembler à ce héros.

Il vaut mieux éviter aussi de l’appeler comme un enfant décédé. C’est un héritage très lourd à porter. Dès notre venue au monde, nous sommes définis, étiquetés selon certaines caractéristiques corporelles, sexuelles, affectives, intellectuelles, artistiques, en fonction des membres de notre famille et de notre place au sein de la fratrie.

« Tu ne trouves pas qu’il a les yeux de son père, qu’elle a les cheveux de sa grand-mère, le sourire de sa grande sœur… » On morcèle le corps de l’enfant pour toujours chercher des ressemblances familiales avec les personnes qui nous ont donné de l’amour, ou à l’inverse, on espère qu’il ne ressemblera en rien à un membre de la famille qui en a été banni.

L’enfant va donc, de manière inconsciente, se calquer sur la demande de ses parents. Ou faire tout l’inverse. Durant toute son enfance et son adolescence, il va ensuite apprendre ce qu’est l’être humain, l’homme, la femme, le couple, la famille, le rapport à l’argent… à travers la propre vision de ses parents qui elle-même a été forgée par leurs propres parents. Il va emmagasiner une énorme base de données qu’il va considérer comme la vérité et qui va influencer ses relations amoureuses, amicales ou professionnelles.

Si on a, par exemple, eu des problèmes avec l’autorité, on va être très sensible aux instances hiérarchiques en entreprise. Si un collègue nous énerve, il y a de fortes chances que cela nous renvoie à ce qu’on a vécu avec son père, sa mère ou ses frères et sœurs… »

La psychogénéalogie permet alors de libérer le conscient pour être soi, de mettre le doigt sur des choses inconscientes pour éviter de les reproduire inéluctablement sans comprendre pourquoi. « Attention, précise Chantal Rialland, la psychogénéalogie ne doit pas être vue comme la découverte d’une chaîne de malheurs ! Certaines névroses familiales font aussi émerger de belles choses.

Prenons le célèbre exemple de Françoise Dolto qui a perdu sa sœur aînée très jeune. Sa mère lui reprochait son décès parce qu’elle disait qu’elle n’avait pas assez prié pour la sauver de la maladie, et déclara même qu’elle aurait préféré que ce soit elle qui meure à sa place. Ce décès a été un événement fondateur de la carrière de psychanalyste de Dolto. Je pense qu’il faut faire de son héritage psychologique, quel qu’il soit, une chance et pas le considérer comme une fatalité.

Il est nécessaire de le transformer en pensée positive, d’en faire une force pour soi-même et pour les autres. Il faut prendre de la hauteur sur cet arbre généalogique. Comprendre que nos parents nous ont élevés en fonction de ce qu’ils ont eux-mêmes vécu, de ce qu’ils ont emmagasiné, voire subi, permet de comprendre aussi qu’ils ont agi ainsi pour des raisons qui n’ont rien à voir avec nous. Que ce n’est pas notre faute. Que nous ne sommes pas coupables.

Et cela permet de pardonner à ses parents et de faire la paix avec soi-même. Certains patients ayant vécu de très graves traumatismes disent avoir trop souffert pour pardonner et pensent que ce serait comme cautionner ce qu’on leur a fait subir. Mais on pardonne pour soi, pas pour les autres. C’est le seul moyen rompre l’aspect répétitif de cette chaîne de programmation. »

La différence entre une psychothérapie classique et la psychogénéalogie

« Habituellement, on ne prend en compte que la ou les personnes de la famille avec qui on a une relation difficile, avec qui cela s’est mal passé. En psychogénéalogie, on va également se pencher sur les personnes avec qui on pense que tout s’est toujours bien passé pour comprendre comment on s’est construit. Bien connaître l’histoire de ses propres parents est toujours très libérateur. »

http://www.chantalrialland.com/