Dépasser ses résistances pour évoluer

Identifier ce qui vous empêche d’avancer, c’est déjà progresser. Décryptage des phrases paralysantes qui peuvent tourner en boucle dans votre tête.

Résistances

Nous avons les moyens de fragiliser nos résistances, d’abord en tentant de les identifier. Quelles sont les situations, les pensées qui se répètent dans ma vie et que je ressens comme autant d’empêchements ? D’où me vient, par exemple, ce sentiment de me faire toujours avoir ou de n’être jamais écouté ? En quoi est-ce que je participe à la répétition de ce scénario ?

« On peut, au fil d’un long travail sur soi, découvrir ce programme qui nous constitue, explique Valérie Blanco, psychanalyste et auteure de Dits de divan (L’Harmattan, 2010), mais on n’en changera pas. En revanche, on peut décider d’y répondre autrement. » Moins dupe de soi, il s’agit d’apprendre à « se voir venir » : je me sens trahi, encore une fois… mais allez, non : je sais que je me fais mon film. L’objectif est de pouvoir avancer malgré, voire avec, ses résistances.

Outre ces blocages inconscients, nous sommes empêchés par quantité de peurs, souvent conscientes, elles, mais rarement rationnelles, et qui s’expriment dans toutes les mauvaises excuses que nous nous donnons pour ne pas agir. Analyses et conseils pour dépasser les plus courantes d’entre elles.

« Je sais ce que je perds, mais pas ce que je gagne »

Le nombre croissant de chômeurs et de travailleurs précaires est une réalité qui ne peut que favoriser l’angoisse de la chute financière et sociale. Pourtant, cela n’empêche pas certains de garder un esprit d’entrepreneur et le goût de l’aventure, de l’inconnu. « La peur de l’inconnu, c’est la peur du surgissement du réel, analyse Valérie Blanco, c’est-à-dire tout ce contre quoi on se cogne, que l’on ne comprend pas. Et, par excellence, la mort. »

D’après la psychologue et psychothérapeute Cécile Kapfer, auteure de Dépasser ses peurs (Ellébore, 2011), « cette peur est exacerbée par le fait que nous avons tendance à vivre en pilotage automatique la majeure partie de notre temps, refusant de nous remettre en question ».

La psychologue Marie Andersen, auteure de L’Art de sa gâcher la vie (Ixelles Éditions, 2012) y voit une marque de notre éducation : « Oser marcher sur un territoire non balisé, cela s’apprend dès l’enfance, pas à pas. Mais si on nous en a préservés, ou si l’on nous a fait comprendre que cet inconnu était source de danger, il restera pour nous un obstacle démesuré. »

Conseils : Cécile Kapfer propose d’abord de « prendre conscience que tout change, et nous aussi, y compris lorsque nous pensons ne pas changer : en devenir, chaque expérience, chaque rencontre, nous modifie ».

Marie Andersen ajoute : « Nous avons souvent l’impression qu’il faut faire un grand saut dans le vide entre ce que nous “perdons” et ce que nous gagnerons. Alors que, dans la pratique, ce n’est jamais une falaise entre deux territoires ; les événements s’entremêlent de façon complexe et inattendue. »

« Et si je me trompais ? »

En période d’instabilité, le réflexe est de se conformer toujours plus à la norme, et de faire taire l’audace que nos projets personnels expriment. Pour Valérie Blanco, cette crainte de « faire fausse route » renvoie à l’incertitude intrinsèque de tout désir : « Ce mouvement qui nous pousse en avant reste, par essence, une force méconnue ; elle peut s’incarner dans de petites choses comme dans de grands projets, mais il demeure impossible de s’en saisir pleinement. »

Marie Andersen, elle, entend là la peur de l’échec : « Nous avons tendance à diviser le monde de façon binaire, entre échecs et réussites, alors que la vie est davantage faite de demi-échecs et de demi-réussites : un échec est une tentative qui n’a pas abouti, mais qui est souvent riche de leçons, alors que certaines réussites peuvent nous envoyer dans des directions peu intéressantes. »

Conseils : considérons nos échecs passés. Pourquoi nous ont-ils autant marqués ? Ont-ils été aussi douloureux que nous le croyons a posteriori ? Que pouvons-nous en retenir de positif ?
« Pensons au sauteur en hauteur, suggère Marie Andersen : combien de barres a-t-il fait tomber avant de faire le saut qu’il souhaitait ? Des centaines, des milliers ! Et pourtant, qui peut dire qu’il a ainsi perdu son temps à “échouer” ? »

« Pour qui est-ce que je me prends ? »

Selon Valérie Blanco, « cela revient à dire : où est ma place ? À quelle place puis-je prétendre ? Et, au fond, à se demander : qui suis-je ? Question impossible, car c’est la question de l’être, insaisissable »… Cette peur fait également écho au sentiment d’imposture que la psychanalyse dit inévitable chez tout être humain : dès l’enfance, il met en place une stratégie de
« semblants » pour faire avec la castration imaginaire (ou frustration). Elle ajoute que, « ce sentiment d’imposture est peut-être plus fréquent aujourd’hui, car dans un monde moins ordonné, plus fluide, moins pyramidal, il est moins évident pour chacun de trouver sa place ».

Quant à Marie Andersen, elle entend dans cette interrogation la peur de réussir : « À l’instar de ces partis politiques qui préfèrent rester dans l’opposition sans chercher à obtenir le pouvoir, beaucoup de gens optent pour ne pas trop “se mouiller”. Parce qu’ils craignent qu’en cas de réussite leur situation soit pire : trop de responsabilités à assumer, et des risques d’échec encore plus importants auxquels se confronter. »

Conseils : regarder ce que nous avons accompli par nous-mêmes et les efforts que cela a pu nous demander nous permettra d’en tirer de la fierté, de la confiance, et de vouloir recommencer pour retrouver ces sensations positives. De même, voyager, pour se nourrir de l’énergie propre à d’autres cultures qui, elles, valorisent l’esprit d’initiative.

« J’attends le déclic »

J’attends d’être tout à fait prêt, j’attends que l’économie se porte mieux… Cette procrastination cache souvent un perfectionnisme : le projet doit être parfait ou ne doit pas être. Ce trait de personnalité est propre aux grands narcissiques, qui cultivent une image majestueuse d’eux-mêmes, mais aussi extrêmement fragile : au moindre échec, à la moindre faille, le risque de dépression devient une menace.

Mais « attendre », c’est aussi garder son désir insatisfait, donc, d’une certaine façon, l’entretenir. Ce qui, rappelle Valérie Blanco, est caractéristique de la névrose hystérique.

Conseils : s’il est évidemment utile de considérer son projet de changement à moyen et long terme et dans son ensemble, reste que c’est au quotidien, pas à pas, que celui-ci s’opère. Plutôt que de se fixer des objectifs démesurés, il est essentiel de se fixer un programme progressif, divisé en étapes à franchir. Une méthode des « petits pas » qui permet non seulement de relativiser l’apparent bouleversement que nous entamons, mais aussi d’être plus efficaces et de gagner en confiance.

« Je ne vais pas y arriver seul »

« Dès que l’on suit son désir propre, on peut bousculer la norme sociale, familiale, et les habitudes ou desiderata de l’autre, détaille Valérie Blanco, et cela nous renvoie à une certaine solitude. Néanmoins, le désir est un mouvement ; il nous entraîne donc de facto vers la sphère sociale et permet de faire lien. »

Pour Marie Andersen, cette crainte, « révélatrice de l’hyperindividualisme ambiant », renvoie aussi « au manque de confiance en notre capacité à nous débrouiller : je le vois surtout dans la génération des jeunes adultes qui, trop béquillés par leurs parents, n’ont pas eu à se frotter suffisamment au réel et à éprouver leur propre boîte à outils intérieure ». Ce manque d’autonomie éprouvée se manifeste ensuite dans la soumission très forte à la norme sociale, au groupe dont nous attendons qu’il agisse avant nous et nous porte.

Anne-Laure Gannac

Test : Que changeriez-vous dans votre vie ? Si j’avais un métier plus intéressant, si j’avais plus de temps pour moi, si j’étais mieux entouré(e)… Quand on réfléchit à sa vie, on est tenté de croire qu’elle se passerait beaucoup mieux si l’on pouvait en modifier quelques paramètres. Quels seraient ceux que vous aimeriez changer en priorité ? Faites le test !

24 réflexions sur “Dépasser ses résistances pour évoluer

  1. « Je sais ce que je perds, mais pas ce que je gagne »
    tu sais ce que je dis à la place ? « je ne sais pas si je perds qqch mais je sais qu’en plus je gagne »
    on a l’âme, le coeur et l’esprit suffisamment extensibles, non?

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  2. Bonsoir Elisabeth,

    Ce fameux syndrome de l’imposteur. Je ne lavais jamais analysé sous cet angle. La perspective qu’amène cet article est une bonne piste de solution en soi. J’ai souvent parler que tout être humain doit se « légitimiser » pour s’accorder la place qui lui revient…SA place. Cet article rejoint mes pensées en ce sens.

    Mes amitiés sincères

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    • Trouver ou prendre sa place véritable est essentiel pour nous réaliser pleinement, dans tous les domaines de la vie, et nombreux sont ceux qui s’en empêchent car nous gardons de notre enfance cette tendance à nous conformer aux désirs de nos parents pour être acceptés et aimés.
      Viennent ensuite les normes de la société, les contraintes du travail ou relations diverses, dans lesquelles nous continuons ces stratégies, souvent à notre insu et toujours à nos détriments.
      Alors oser se « légitimiser » est vital, sinon, nous finissons par étouffer dans tous les rôles que nous jouons. Et quand la quête d’approbation cède le pas au désir de ne plus se trahir, le processus d’individuation est sur la bonne voie.
      Merci, Kleaude et belle fin de semaine

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  3. Tout le monde change à mon avis. La question ne serait-elle pas aussi à quel rythme et quelle nature de changement? Cela ne doit pas être facile de trouver la personne qualifiée pour vouloir faire évoluer votre rythme de changement d’une meilleure manière que l’on le fait soi-même. Même remarque pour la nature du changement.
    Pour des petits changements, cela pourrait se faire. Mais pour des changements de « vie » cela me paraît abusif. Aussi vient une question: QUI peut accompagner ce changement de manière légitime?

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    • Même le meilleur médecin du monde n’aidera la personne qui ne désire pas guérir, nous ne faisons que lui « déléguer » notre propre capacité d’auto-guérison.
      Idem pour ceux qui accompagnent nos changements, pour celui qui veut avancer, même l’entourage sert de leçons. Ensuite, pour le choix et la légitimité d’un thérapeute, analyste, guide, maître à penser, cela reste personnel aussi. Ce qui me semble indispensable, outre les compétences, est l’intégrité, l’honnêteté, un certain degré de conscience, le respect de sa déontologie et surtout de la personne, sans oublier le bon sens et les résultats, éventuellement… Plus la confiance réciproque, indispensable.
      Et n’oublie jamais que le regard extérieur est toujours plus « objectif » et peut t’informer des changements que toi-même tu ne vois pas…

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      • Oui, nous sommes d’accord. Il est indispensable que ces accompagnateurs soient: compétents, intégres, honnêtes, avec conscience, de la déontologie, du bon sens et des preuves de résultats. Sans oublier les savoirs contextuels sérieux. Et comme le regard extérieur est toujours plus « objectif » comme tu l’écris, ces accompagnateurs seront exposés aux regards extérieurs pour mieux cerner leur légitimité pour agir sur le rythme et les contenus de votre changement.

        Mais n’oublions pas les acteurs de votre changement qui agissent avec plus de brutalité que ce soient les ‘docteurs », les gendarmes, les juges et bien d’autres « violents ». Comme le dit juliette la peur est acteur de changement. Après on peut discuter sur la valeur des changements obtenus par ces diverses methodes.

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        • La peur n’est jamais bonne conseillère, et les changements obtenus par la violence ne sont ni souhaitables ni bénéfiques.
          Et c’est en nous que se trouve la force de la refuser, qu’elle vienne de l’extérieur ou surtout du fond de nos propres émotions, blocages ou sentiment d’impuissance. La dépasser, sinon ne pas la fuir et avancer malgré ou même avec.
          Et comme j’ai répondu à Juliette, derrière chaque peur, il y a un désir qu’il est bon de retrouver…

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          • Tu sembles bien convaincue que la violence est à refuser sans aucune nuance. Ne serait-ce pas un blocage qui mériterait d’être accompagné? La violence existe par nécessité crée par l’homme qui est loin de pouvoir s’en dispenser. Affirmer qu’elle est ni bénéfique ni souhaitable est quand m^me bien rapide. A des affirmations rapides répondent des situations ou la solution ne peut attendre. Ce qui implique l’usage de la violence proportionnée.

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            • La violence est l’arme des lâches, des faibles, voire des dictateurs sanguinaires, et considérer qu’elle est une nécessité a mené l’humanité au point où elle en est…
              Souvent, elle demeure le seul moyen d’expression des ignorants ou des opprimés mais finit dans les bains de sang.
              J’ignore ce qu’elle peut donner
              en « proportionné », peut-être la contrainte ou l’agressivité, qui n’apportent aucune solution.
              Sa seule nuance acceptable concerne celle qui couve en nous, et qu’il nécessaire de sortir, sans se faire du mal ni blesser quiconque, et là en effet, un accompagnement est souhaitable…

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        • Il est surtout question de faire attention à la nature de nos peurs et voir quel est l’apprentissage à en tirer. A commencer par ne surtout pas les fuir car ce faisant, on les renforce davantage.
          A chaque fois que nous laissons une peur prendre le dessus, c’est comme si nous nourrissions la croyance nichée derrière.
          Quant au désir, nous mettons souvent longtemps à le découvrir derrière, et pourtant, si nous prenons le temps d’écouter ce qui se cache derrière la plupart de nos peurs, nous entendons que beaucoup de désirs sont à l’œuvre en nous, qui n’osent s’exprimer directement, se manifester clairement ni s’énoncer comme ils le devraient.
          Exemple simple (et qui ne te concerne pas mais parlant) Si j’ai peur que mon bien-aimé me quitte, c’est certainement que je souhaite qu’il continue de m’aimer.
          Je te mets en lien vers un conte, ils sont souvent bien plus parlants :
          https://tarotpsychologique.wordpress.com/2013/07/19/le-magicien-des-peurs/

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  4. Me revoici,
    Détecter et Comprendre, pas toujours facile lorsqu’on a la tête dans le guidon…
    N’est pas à travers le partage en se remettant en question qu’on y parvient ? !
    Tu es une source de partage inépuisable Elisabeth, merci à toi, qui par de simples publications permet à tous d’évoluer.
    Bonne et belle fin de semaine Elisabeth !
    Doux bisous

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    • Bien sûr, la vie trépidante n’y aide pas mais nous pouvons acquérir le réflexe de prendre des pauses, surtout quand nous sentons que quelque chose nous agite, elles n’ont pas besoin d’être longues, juste une minute pour observer ce qui se passe.
      Avec l’entraînement, cela devient une habitude, une sorte de vigilance à soi, et si c’est difficile, nous pouvons faire un bilan, à la fin d’une journée, par exemple.
      L’autre sera toujours notre miroir mais l’échange et la confrontation de notre point de vue avec un différent sont toujours source de richesse.
      Si toutefois je puis aider à évoluer, c’est uniquement ceux qui le veulent bien, et ça va toujours dans les deux sens…
      Merci à toi, bisous et douce fin de semaine, Fanfan

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    • Je n’en doute pas, Lady mais as-tu pu cerner de plus près la nature de tes résistances ?
      Dans ces domaines, situations où elles sont les plus puissantes, quelles blessures, émotions ou schémas de pensée réveillent-elles, y a-t-il une phrase que tu pourrais mettre dessus, comme celles de l’article ou les tiennes ?
      Tu n’es bien sûr pas tenue à répondre ici mais fine observatrice que tu es, tu y arriveras d’autant mieux, et en douceur🙂

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  5. Parfois, la vie se charge de ne pas nous laisser le choix de nos hésitations🙂 ….quand le bouleversement est trop violent, on peut, soit se cacher sous la couette, soit foncer…c’est ce qui m’est arrivé il y a quelques années. J’ai choisi de foncer, puisque, pensais-je alors, je n’avais plus grand chose à perdre.Ce fut la meilleurs décision : apprendre la langue impossible de la région ou je vivais (un obscure dialecte allemand), et commencer à exposer mes peintures….je m’en félicite encore aujourd’hui

    Merci pour tes articles Elisabeth. Celui-ci m’a particulièrement plu
    Bonne soirée

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    • Merci à toi, Marie, pour ce témoignage qui me touche profondément… oui, la vie nous met souvent dos au mur mais elle nous laisse ce « choix de nos hésitations », comme tu le dis, si justement.
      Et tu aurais pu rester sous la couette, voire faire une dépression mais tu as eu cette force, qui aurait pu être celle du désespoir mais s’est avérée la meilleure voie possible.
      Je te félicite aussi et te redis mon admiration pour la personne et l’artiste que tu es.
      Amitiés et douce soirée à toi

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