Christiane Singer : Laissons le chemin de Vie passer à travers nous

Consciemment ou inconsciemment, n’avons nous pas fait serment de ne jamais laisser s’embourber dans l’insignifiance cette vie qui nous a été transmise par le sacre de la naissance ? Chaque fois que le danger rôde de la perdre en futilités, en broutilles, chaque fois que l’anesthésie la gagne ou que l’asphyxie la plombe, comment ne pas réagir ? Comment ne pas courir ouvrir les portes et les vantaux ?

Rocher

Il y a des « appels » dans l’ordre du quotidien (un besoin de solitude, un désir de voyage, de repli, de recul, de retraite, une amitié ardente) qui signalent à l’autre : « Tu m’aimes pour cette vie qui m’habite. Elle menace de tarir. Pour la refaire jaillir, je dois faire ce pas qui peut être t’effraie ; mais je dois le faire par respect pour moi et pour toi. »

Exiger de celui qui parle ainsi qu’il fasse taire cet appel, c’est mettre en chantier la lente transformation de la relation en état de mort. Celui ou celle qui a été appelé à se mettre de quelque manière en mouvement et qui a été retenu – tant pour de bonnes raisons que par peur, par convention – ne pardonnera pas dans son for intérieur à celui (celle) qui d’un seul mot peut-être a scellé à son pied un boulet.

Il reste. Elle reste. Mais qui reste au juste ? Et quelle part s’éloigne ou s’éteint en catimini ? Et si c’était précisément la part vibrante pour laquelle nous nous sommes aimés ?

Le jardinier ne peut pas monter la garde contre les mulots, les chenilles, les taupes. Il ne peut pas guetter chaque puceron, chaque bactérie. Il ne peut pas arrêter le vent d’ouest ni dissuader la tempête de se déchaîner. Il ne peut pas interdire à la grêle de s’abattre.

Il ne peut pas non plus contraindre la plante à pousser plus vite en lui tirant les feuilles, ni vouloir la garder petite. Il ne peut que « tenter de mettre toutes les chances du côté de la plante » et garder vivant avec elle un dialogue.

« Ainsi pour la relation qui nous unit. Je ne peux pas abolir ton destin, ni t’éviter épreuves et difficultés, ni enrayer tes échecs, ni provoquer ta réussite, ni entraver tes rencontres. Impossible de prendre les commandes de ta vie, de m’immiscer entre toi et ta peau, de glisser mon doigt entre ton écorce et ton aubier.

Je ne peux que t’assurer de ma loyauté – ne jamais laisser tarir le dialogue entre nous, le raviver de neuf chaque jour. Mieux encore : je ne peux que respecter l’espace dont tu as besoin pour grandir, te mettre à l’abri de ma trop grande sollicitude de tout envahissement de ces rhizomes souterrains que sont les discrètes et indiscrètes manipulations de l’amour.

Jamais, quoi que je fasse, je ne serai celui ou celle qui mâche ton pain, boit ton eau, jamais je ne respirerai pour toi. Jamais ta peau ne m’invitera à m’y glisser. Jamais je ne tisserai pour toi les fils de tes rêves ni de tes pensées. Et comme tu étais seul à ta naissance, tu seras seul devant ta mort et seul, mille fois, dans les nuits d’insomnie quand un chien aboie au loin ou quand une voix que tu es seul à entendre t’appelle.

Vouloir me perdre en toi, me jeter en toi, corps et biens, avec tous mes meubles et mes trésors. T’envahir. Te combler. Te faire gardien de mes propriétés ! Il n’est pire cruauté. Car tu as une vocation, unique, une œuvre à mener à bien. Toi-même. Et pour cela, il te faut tout l’espace qui est en toi.

Dire : « Aimer c’est délivrer l’autre de mes bonnes intentions – et de moi-même » paraîtra excessif. Pourtant c’est en me détachant de toi et en m’ancrant en moi que je commence véritablement d’aimer. Le cadeau que je peux te faire, c’est de retirer de toi toute la volonté de transformation que j’y ai mise – par zèle ou par ignorance, la retirer de toi pour la remettre où elle a sa vraie place : en moi. Ainsi, nous protégerons l’un et l’autre le secret lent et silencieux de nos gestations.

Garde tes distances sans faiblir. Il n’est que l’Éros qui puisse les abolir – pour les faire renaître tout aussitôt. Garde tes distances. Non par froideur. Garde-les par ferveur. Et cela en sachant – ô paradoxe – que tu n’es qu’une autre part de moi-même.

Lacs

La part qui ne se laisse ni dominer ni annexer, qui jusqu’au bout te tiendra tête. L’énigme qu’est l’Autre recule comme l’horizon à chaque pas que tu fais vers lui. L’Autre est la frontière que la Vie a dressée devant toi, afin que tu ne sois pas perverti par ta toute-puissance. »

Ici commence le royaume de l’altérité dans lequel on ne pénètre pas. Mais ne rêvons pas de révoquer la dualité. La fusion du Deux en Un est œuvre divine. Il n’est que l’Éros qui nous y fasse furtivement goûter. Et la mort. Si la première des fidélités, nous la devons à la Vie qui est en nous, c’est bien d’une vigilance de chaque instant qu’il faut faire preuve.

Tout, sur cette terre, si nous n’en prenons soin, est soumis à la lente dégradation de l’entropie. Quand l’homme cesse de se chercher au-delà de lui-même, de s’élancer, de se porter en avant, alors l’eau qui le compose stagne et croupit. L’élan qui cesse de circuler dans un corps agit comme un poison.

Ces êtres de dialogue, de partage et de mouvance que nous sommes, vivent de la magie des rencontres, meurent de leur absence. Chaque rencontre nous réinvente illico – que ce soit celle d’un paysage, d’un objet d’art, d’un arbre, d’un chat ou d’un enfant, d’un ami ou d’un inconnu.

Un être neuf surgit alors de moi et laisse derrière lui celui qu’un instant plus tôt je croyais être. La rencontre fait résonner en moi des modes et des tons que je n’avais pas perçus jusqu’alors. C’est par la rencontre que dans cet amas diffus, cette nébuleuse que par commodité j’appelle moi, s’éclairent et se regroupent les constellations.

Pareille richesse ne se peut épuiser en une seule relation aussi privilégiée, aussi forte soit-elle. Bien davantage: c’est la plénitude tout à l’entour qui profite à cette union première et la nourrit. Si l’un des amants ne supporte pas que l’autre vibre, vive et aime en dehors de sa présence, s’il se met à rêver d’être la seule source de son bonheur, il peut avoir au moins une certitude : celle de devenir très vite la seule source de son malheur.

« C’est au vent qui l’ébouriffe, à la tempête qui le ploie que l’érable rouge doit sa beauté ». La relation des amants trouve sa vigueur dans le jeu des forces qui l’ébranlent. L’« espace en devenir » qui entoure chaque être et à l’intérieur duquel il peut grandir, se dilater, rayonner, tâtonner, s’élancer, est sacré. Lorsque, sous prétexte d’attachement, on le résorbe, la vie commune se dégrade.

Par un mystère, impossible à élucider, ce sont précisément toutes les rencontres d’une vie qui nous font peu à peu advenir. Chaque rencontre me livre d’une manière, tantôt une lettre, tantôt un mot, tantôt une virgule, un blanc qui, peu à peu, mis bout à bout vont composer le libellé d’un message à moi seul adressé.

Ou mieux encore : chaque rencontre ardente détient une pièce biscornue du puzzle qui finira par me composer une vie et qui, avec la multiplication des pièces disposées, va lentement, dans un dégradé de couleurs, laisser apparaître les grands contours, les grands thèmes de ma destinée. Et ce sont les autres qui me livrent – souvent à leur insu – la clef de mon énigme.

Dans chaque rencontre se révèle un aspect de mon être, un visage secret nage à ma rencontre dans l’eau du miroir. Les rencontres me remettent en mémoire une modalité d’être, une totalité oubliée. Elles me cherchent, me trouvent sous les masques. Souvent elles me délivrent.

Quand je dis « rencontre ardente », je pense à toute la gamme possible de relation entre deux êtres, à toutes les modulations existantes dont celle particulière d’amants ne constitue que l’inflexion extrême.

Christiane Singer  Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies  Editions Albin Michel

 

48 réflexions sur “Christiane Singer : Laissons le chemin de Vie passer à travers nous

  1. J’adore ce livre de C, Singer ….J’y revenais à l’occasion pour m’y ressourcer ….
    Merci Elisabeth, d’en avoir partagé certains passages …Tu m’a donné le goût de le relire ….
    J’aime ce vent de liberté qui souffle sur ses propos …!

    Bon weekend ma belle
    Tendresse
    Manouchka

    P.S. J’ai énormément apprécié les commentaires de Kleaude et encore plus tes réponses si éclairantes …J’ai aimé aussi le texte de K. Gibran …Aussi le texte anglais de New Desert ….

    Ton blog est un vrai trésor Elisabeth ….
    La richesse de tes partages et les commentaires, sont une ressource inestimable …
    Je partage sur FB pour mes contacts puissent connaître ce lieu béni, de partage

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    • Ton cœur est si grand et généreux, douce Manouchka, et tu me touches par ton appréciation. Mais je continue à dire que tout le bonheur est pour moi car, pouvoir partager avec ceux qui suivent le même chemin, est une chance inestimable. Nos blogs sont des lieux privilégiés où nous nous retrouvons, par delà le temps et l’espace, pour nous nourrir mutuellement.
      Merci pour tous tes partages et ma tendresse vers toi… belle Amie

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  2.  » Aimer c’est délivrer l’autre de mes bonnes intentions »
    Oui, je pense ; mais pas toujours facile !

    Je me souviens que nos 1ers échanges sur ton blog Elisabeth s’étaient faits à partir de son dernier essai : « Derniers fragments d’un long voyage »

    J’aime beaucoup ces écrits de Christiane Singer, femme très intelligente.
    Je te souhaite un bon weed-end Elisabeth

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    • Alors, c’est Christiane Singer qui nous a réunies, Biche, grâce lui soit rendue…
      A chaque fois nous nous disons que ce n’est pas facile😀
      Et effectivement, cela ne l’est jamais. Mais, comme disait Sören Kierkegaard : « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin ». Alors, faisons juste de notre mieux…
      Bisous, et doux week-end à toi

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  3. Je viens de relire cette nuit :  » Derniers fragments d’un long voyage  » son œuvre ultime et l’écrit de Christiane Singer que tu offre à lire ce matin nous pousse à plus de lucidité dans nos relations avec les autres et à un dépassement de soi …
    J’aime beaucoup cette phrase  » Aimer c’est délivrer l’autre de mes bonnes intentions et de moi- même « ….oh ! Combien vraie quand on en saisit la profondeur …..
    Bonne journée , Elisabeth. ,

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    • L’œuvre ultime de Christiane Singer, dans son acceptation totale et cet amour immense, est d’une puissance extraordinaire et peut servir d’exemple d’une vie si bien vécue, même au cours d’un long anéantissement du corps. Cette femme lumineuse et sage nous inspire par delà sa mort, nous incite à donner le meilleur à soi et aux autres. Plonger dans ses écrits et en saisir la profondeur nous livre une vérité qu’elle a si bien incarnée dans son existence.
      Merci, Colette, de si bien résonner avec cette sagesse et doux week-end à toi

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  4. Voilà un livre et une auteure que j’aime beaucoup…

    Merci, Elisabeth, pour ce passage qui me parle beaucoup en ce moment…
    C’est dans la mesure où chacun peut « vibrer » pleinement à la vie, se « déployer »… que l’amour (le vrai) tient et se renouvelle…car si on aime l’autre…on aime le voir « épanoui » et « vivant »…
    Mais le nombre des années de vie commune, les responsabilités diverses et le quotidien pas toujours « folichon »… ne rend pas toujours cela facile!

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    • Je me doute, chère Licorne, que tu connais bien Christiane Singer. Et tu résumes si bien l’essence de cet amour qui veut le bien de l’autre.
      Certes, le passage du temps, les tracas et la routine du quotidien usent mais j’ose croire, que si les deux se respectent et désirent préserver la relation, ils y arrivent, non sans mal mais parce que cela en vaut la peine, comme toutes les choses d’autant plus précieuses car difficiles…

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  5. Le chemin de vie va continuer son passage quotidien.

    On ne tirera pas sur les tulipes
    pour les faire pousser plus vite.

    ⋱ ⋮ ⋰
    ⋯ ◯ ⋯  ^v^
              ^v^
            
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    *** Bon Printemps !***

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    • La Grande Vie ne nous veut que du bien et c’est nous qui bloquons son flux par nos peurs ou nos blessures. Si tu réapprends, Polina, ce que tu as du vivre des expériences difficiles. Si heureuse que tu t’ouvres à nouveau car, comme tu dis : « c’est stupéfiant comme la vie nous le rend bien ! « 

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  6. Merci Elisabeth pour cet article oh comme il est définitif qd on se rend compte combien l’espace pris par l’Autre s’est élargi depuis notre naissance.
    Il tombe à pic , moi qui pensait quitter l’Autre pour aller dans un ailleurs où les autres peuvent m’aborder sans se baser sur qcque archives. On m’aimera peut être pour cette vie qui m’habite, un peu comme dit par Christine Singer. Pas plus.
    J’aurais aimé que ma femme puisse lire cet article, mais tu sais sud, on ne lit pas. On écoute l’Autre et on fait de sa vie la vie de l’Autre.

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    • Je suis peinée, Hassan, pour cette triste expérience que vous vivez, alors que votre cœur aspire à autre chose. Mais vous savez, si l’un désire cheminer et l’autre ne veux ou ne peux pas suivre, il en sort rarement quelque chose de constructif.
      Si on vous aime pour cette vie qui vous habite, c’est déjà beaucoup car vous la partagerez autour de vous.
      Toutes mes amitiés et courage !

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  7. Bonsoir chère Elizabeth,

    Merci pour ce nouvel article qui m’interpelle, ô combien, par rapport à celui de Don Miguel, et qui semble être le reflet d’un morceau de ma vie. Plus particulièrement le paragraphe ci-dessous.

    « Exiger de celui qui parle ainsi qu’il fasse taire cet appel, c’est mettre en chantier la lente transformation de la relation en état de mort. Celui ou celle qui a été appelé à se mettre de quelque manière en mouvement et qui a été retenu – tant pour de bonnes raisons que par peur, par convention – ne pardonnera pas dans son for intérieur à celui (celle) qui d’un seul mot peut-être a scellé à son pied un boulet. »

    Par un jour très froid du mois de février (2012), dans un petit coin de Russie, j’ai dit « oui » dans mon fort intérieur à l’enfant qui nous a rejoint quelques mois plus tard. Si la décision du moment ne semblait pas dument partagée, pour des raisons que je ne maitrise pas pleinement, même encore aujourd’hui, elle fut—et est toujours—couronnée de magnifiques fruits—des fruits que nous savourons tous les trois. Un boulet d’un côté (je veux dire par là, du ressentiment), un schisme dans notre relation amoureuse de l’autre et, paradoxalement, beaucoup de belles choses depuis. La vie est parfois curieuse, n’est-ce pas?

    J’ai répondu spirituellement, dans mon cœur, à ton commentaire d’il y a deux jours et je suis heureux que Christiane Singer me donne l’occasion d’y répondre, stylo à la main, si je puis dire.

    Oui, il est beau et certainement « agrandissant » sur le plan spirituel d’aimer un homme ou une femme. Mais la découverte d’un Amour maternel envers un enfant qui ne nous appartient pas, biologiquement parlant, est une aventure toute autre, qui engendre de l’émerveillement, des sentiments profonds et une attache particulière, surtout lorsque cet enfant nous dit « Je t’aime. »

    C’est un peu curieux de parler d’Amour maternel pour un homme, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti avec à la clef quelques changements hormonaux qui n’arrivent généralement qu’aux femmes… Go figure, comme on dit en anglais. Vas y comprendre quelque chose…

    Merci encore pour ce très beau partage.

    Avec toutes mes amitiés et des bons vœux pour un printemps bienveillant !

    Gilles

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    • Cher Gilles,
      C’est moi qui te remercie profondément pour ce témoignage si émouvant qui m’a touché au cœur. Quoi de plus touchant d’ailleurs que de retrouver ses propres ressentis dans un texte ? Je comprends maintenant, à travers la citation, ta légère réticence par rapport au texte de Don Miguel.
      Je sais combien ta quête d’élévation spirituelle est impérative et tes paroles sur l’amour et compassion universels ne sont pas les mots abstraits mais l’essence de ton être.
      Tu tends vers un amour inconditionnel, et si celui-là est si difficilement réalisable dans un couple, quand il s’agit d’un enfant il peut couler de source, pour ainsi dire. D’autant, que tu ne l’aimes pas comme « la chair de ta chair » mais comme un être qui est venu vers toi et a déclenché ce bonheur d’aimer et d’être aimé dans un élan du cœur. Du corps, aussi car tu parles des manifestations physiques, voire des changements hormonaux.
      Et si tu qualifies cet amour comme maternel, ce que, tout en étant une bonne figure de père, j’en suis sûre, tu as accueilli cet enfant « dans ton sein ».
      Tu comprends, j’en suis certaine car tu chemines vers une conscience de plus en plus claire et même si tu dis, « va comprendre » tu sais qui il n’y aucun hasard dans tes choix.
      Si heureuse que vous savouriez à présent, tous les trois, les beaux fruits de cette rencontre, je vous souhaite tant de bonheur.
      Et merci encore pour ce si beau partage.
      Mes amitiés sincères, j’espère que le soleil brille, en toi et à l’extérieur.

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      • Merci chère Elizabeth, pour tes bons mots et ton message au ton fort chaleureux.

        Tu as bien senti la signification de mon message et les quelques heures que nous avons passées ensemble portent leurs fruits. Tu m’en vois fort heureux.

        Juste un petit mot concernant le paragraphe ci-dessous,

        « Je sais combien ta quête d’élévation spirituelle est impérative et tes paroles sur l’amour et la compassion universels ne sont pas des mots abstraits mais l’essence de ton être. »

        Je pense que tout être humain, quel que soit son degré d’évolution, aspire à cet amour et à cette compassion universels; le point important, je pense, est la mesure dans laquelle cette recherche, cette aspiration, est consciente ainsi que la place qu’elle occupe dans la vie d’un individu.

        Les quelques mots de Saint Jean de la Croix que je t’ai envoyés récemment ont quelque peu élargi ma perspective, notamment lorsqu’il parle de la transformation que la Nuit Noire opère au sein de notre âme.

        [This transformation, the Divine accomplishes and realizes it in the soul through this Dark Night; the Divine sheds light in the soul and divinely kindles it with the desire to possess Divinity only, and nothing more. Cette transformation, l’Etre Divin l’accomplit et la réalise dans l’âme à travers cette Nuit Noire ; l’Etre Divin éclaire l’âme de sa lumière et l’attise avec le désir de posséder cet Etat de Divinité, et rien d’autre].

        C’est un peu comme une chandelle qui s’allume, intérieurement, et que l’on finit un jour par voir briller lorsque la flamme a atteint sa pleine maturité.

        Toute ma gratitude pour entretenir cette chandelle, à ta façon, et pour faciliter ma compréhension à travers tes propos et nos échanges.

        Merci de tout cœur.

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        • Je suis très heureuse, cher Gilles, de ces échanges qui nous enrichissent mutuellement.
          Je crois aussi que l’aspiration à Quelque Chose de Plus Grand que nous, sommeille dans chaque être mais sans jugement aucun, certains l’ont bien occultée, voire rejetée. Si pour toi, elle tient une place primordiale, d’autres sont davantage tournés vers les préoccupations de la vie ordinaire, en bloquant le passage du flux de la Grande Vie.
          C’est juste un constat, chacun est libre d’établir ses priorités et la Grâce peut nous toucher à tout moment. Y compris dans les épreuves de la vie et souvent par le passage par cette Nuit Noire de l’âme. Je n’ai pas encore retrouvé le texte de Saint Jean de la Croix, en français mais ce message sur la Lumière Divine me touche toujours autant.
          Tu n’as pas à me remercier car ta chandelle brille du feu que tu entretiens, nous sommes juste des compagnons sur le chemin qui se soutiennent mutuellement.
          Juste un grand Merci à la Vie qui nous a réunis et gratitude pour tes beaux et puissants témoignages.

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          • Merci chère Elizabeth, pour cette belle réponse.

            « Juste » un petit mot pour te faire partager mon sourire à lecture de ta phrase,
            « Nous sommes « juste » des compagnons sur le chemin qui se soutiennent mutuellement.  »

            Peut-être « juste » des compagnons, mais un compagnonnage qui doit remonter à bien longtemps et à tout le moins à quelques vies antérieures.

            Je te souhaite une très belle semaine plein de jonquilles. On les attend sous peu ici.

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            • J’ai mis le mot « juste », parce que tu avais l’air de me remercier d’entretenir cette chandelle, alors que c’est toi qui la fais briller en toi, et mon désir était de nous mettre sur le même plan, de ceux qui cheminent et s’aident à travers les échanges qui m’enrichissent autant…
              Comme je l’ai mis en exergue : « Il n’y a pas de hasard, juste des rencontres » et si nos routes se sont croisées par delà l’océan, ce qu’effectivement, nous appartenons à la même famille d’âmes.
              Belle semaine, Gilles, ici les jonquilles et les tulipes sont déjà là et c’est un tel bonheur de les voir. J’espère que le printemps viendra vite chez vous aussi…

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  8. Oufff!… Il y a beaucoup en ces mots. Je devrai relire pour en saisir toutes les nuances et paradoxes qui en découlent. La première partie du texte remet même en perspective certains dicta de la spiritualité. « Vouloir me perdre en toi, me jeter en toi, corps et biens, avec tous mes meubles et mes trésors. T’envahir. Te combler. Te faire gardien de mes propriétés ! Il n’est pire cruauté. Car tu as une vocation, unique, une œuvre à mener à bien. Toi-même. Et pour cela, il te faut tout l’espace qui est en toi. » Est-ce qu’un Dieu aurait laissé un tel héritage?

    Puis dans un autre ordre d’idée ce passage m’interpelle: « « C’est au vent qui l’ébouriffe, à la tempête qui le ploie que l’érable rouge doit sa beauté ». La relation des amants trouve sa vigueur dans le jeu des forces qui l’ébranlent. L’« espace en devenir » qui entoure chaque être et à l’intérieur duquel il peut grandir, se dilater, rayonner, tâtonner, s’élancer, est sacré. »

    Vrai que c’est souvent dans l’adversité qu’on se réalise et qu’on assume la beauté intérieure qu’on découvre en soi… qu’on découvre en soi et qu’enfin on sait assumer. En fait c’est soi qu’on façonne tout le long de notre parcours et au fil des rencontres qu’on fait en cours de route.

    Un autre texte qui porte à réflexion. Que vous nous faîtes cogiter chère amie!

    Mes amitiés,

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    • C’est plutôt Christiane Singer qui nous fait cogiter, et s’il est vrai que ses écrits sont très denses, leur sagesse et profondeur est immense. Effectivement, parfois il vaut mieux relire pour bien capter le sens de ses messages.
      J’avoue, Kleaude, ne pas saisir ce paradoxe dont tu parles et ces dictats de la spiritualité…
      Laisser à l’autre son espace est sortir d’une relation fusionnelle et dépendante, pour que chacun puisse réaliser sa destinée propre, sans abandonner ses rêves pour plaire à son partenaire. Et cela n’exclue en rien le partage, juste qu’il y a deux personnes distinctes et indépendantes qui ont librement choisi de construire un « nous », tout en gardant le « moi » et le « toi ».
      Et cette question de l’héritage de Dieu… qu’entends tu exactement par là ?
      Quant à l’autre passage, je l’interprète pareil : « En fait c’est soi qu’on façonne tout le long de notre parcours et au fil des rencontres qu’on fait en cours de route ».
      Ce texte me fait penser à Khalil Gibran et à ce qu’il a dit sur l’amour, un de plus beaux poèmes jamais écrits :

      Et aussi ce passage sur le mariage :
      « Oui, vous serez ensemble
      jusque dans la silencieuse mémoire de Dieu.
      Mais qu’il y ait des espaces dans votre communion,
      Et que les vents du ciel dansent entre vous.

      Aimez-vous l’un l’autre,
      mais ne faites pas de l’amour une entrave:
      Qu’il soit plutôt une mer mouvante
      entre les rivages de vos âmes.

      Emplissez chacun la coupe de l’autre
      mais ne buvez pas dans la même coupe.
      Partagez votre pain
      mais ne mangez pas de la même miche.
      Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux,
      mais demeurez chacun seul,
      De même que les cordes d’un luth sont seules
      cependant qu’elles vibrent de la même harmonie.

      Donnez vos coeurs,
      mais non pas à la garde l’un de l’autre.
      Car seule la main de la Vie peut contenir vos coeurs.
      Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus:
      Car les piliers du temple s’érigent à distance,
      Et le chêne et le cyprès ne croissent pas
      dans l’ombre l’un de l’autre. »

      Qu’en penses tu ?

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      • Bonjour Elisabeth
        En fait, en lisant ce passage : »Vouloir me perdre en toi, me jeter en toi, corps et biens, avec tous mes meubles et mes trésors. T’envahir. Te combler. Te faire gardien de mes propriétés ! Il n’est pire cruauté. Car tu as une vocation, unique, une œuvre à mener à bien. Toi-même. Et pour cela, il te faut tout l’espace qui est en toi. » Je me suis posé cette question. Est-ce qu’un Dieu aurait laissé un tel héritage? Parce que si j reprend cette phrase, j’y retrouve un paradoxe à l’éducation judéo-chrétienne que j’ai reçu et sur laquelle je suis toujours resté interrogateur… parfois perplexe… Ainsi quand je parle de dictats… J’aurais dû choisir un autre mot…peut-être doctrines….préceptes…en fait je ne trouve pas le terme juste pour définir ce que je veux dire….

        Mais n’est-ce pas ce que la religion nous inculque? C’est à dire que Dieu est en nous… qu’il est omniprésent… qu’il me demande d’être son digne représentant sur terre pour défendre ses valeurs… À la lecture de ce texte, je me suis posé cette question…. N’est-ce pas un lourd héritage justement laissé par Dieu? Est-ce que la religion ne devient pas parfois trop limitative à l’évolution ou à l’éclosion de chaque individu? Je sais que ce n’est pas l’esprit du propos de ce texte. Mais trop souvent, j’ai tendance à sortir une affirmation de son contexte pour en mesurer « l’universalité » Jusqu’où ces mots peuvent-ils s’appliquer? Sont-ils universels ou plutôt spécifiques à la démonstration d’un idée précise? En fait, je ne laissais que vagabonder mon esprit qui parfois aime bien gambader….;-)

        Bien sûr je comprends très bien le contexte de ce texte. Il rejoint effectivement l’idée et les principes développés plus spécifiquement dans ce texte de Khalil Gibran que tu me soumets. Si je me remets dans le contexte d’une relation d’amour entre deux individus, je retrouve l’essence même de ces textes. L’amour ou la relation entre deux êtres ne doit pas être limitative à chacun des individus qui forment le couple.

        Moi j’ai transposé cela à la relation que l’on a avec notre spiritualité… et le rapport que l’on a avec Dieu.. ce qui m’ laissé un peu perplexe….

        Voilà. J’espère que j’ai réussi à éclaircir mon questionnement.

        Salutations sincères

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        • J’adore ton « esprit qui parfois aime bien gambader », Kleaude, et peu importe le contexte, les questions essentielles demeurent les mêmes. Et les tiennes sont fort complexes, j’avoue….
          Merci pour ces précisions qui m’éclairent davantage sur ta façon de penser et je la crois juste, d’ailleurs, c’est la tienne et il n’y a rien à y redire.
          Je comprends ta perplexité, quand tu élargis ce questionnement à Dieu et ses « attentes » envers nous. Surtout, si nous prenons comme base la religion judéo-chrétienne, dont nous avons tant de mal à nous défaire. Et le mot « dictat » est approprié car l’institution agit justement à coup de préceptes non discutables.
          Et tu as écrit à plusieurs reprises, qu’une véritable spiritualité ne peut être que personnelle et libérée de tout dogme rigide.
          « Est-ce que la religion ne devient pas parfois trop limitative à l’évolution ou à l’éclosion de chaque individu ? ». Ma réponse est « oui », tout ce qui est imposé de l’extérieur, sans le consentement de notre cœur n’a pas de valeur.
          Et que donc Dieu nous demande ? Il nous a crée à son image, pour que nous soyons un jour unis à Lui. Mais de l’autre côté, il nous a laissé entièrement libres de nos choix. Si nous voulons être ses dignes représentants c’est uniquement par notre pleine volonté et dans l’amour infini. Si héritage il y a, il ne peut être imposé car, à l’instar de cette relation entre les deux êtres, celle de notre union avec Dieu est empreinte de la volonté de laisser libre et aimer, sans s’approprier quoi que ce soit.
          J’ai envie de dire : « au diable les religions », le seul message du Christ est « aimez et soyez libres ». Pas pour faire n’importe quoi, bien entendu car la voix de notre âme nous recadrera si nous prenons le chemin qui n’est pas juste.
          J’espère avoir bien saisi le sens de tes propos, en tout cas, ils sont passionnants et je te remercie pour cet échange si riche.
          Toutes mes amitiés et bon week-end à toi.

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        • Bonjour Kléaude,

          Merci de cet échange, ces échanges qui enrichissent notre vie. Et merci à Elizabeth de les initier à travers ses posts.

          En réponse à votre question, « Est-ce que la religion ne devient pas parfois trop limitative à l’évolution ou à l’éclosion de chaque individu? »

          J’ai lu un livre (Awakening the Energies of Love) il y a quelques années qui comportait un paragraphe « somptueux » incluant une très belle métaphore. Celle d’un arbre dont les branches se doivent d’évoluer au-delà des murs (ou des limites, si vous préférez) que lui a fixés la religion.

          Ce passage a été incroyablement libérateur pour moi, après 20 ans de pratique religieuse intense (Bouddhisme) et une sortie –pas une sortie de piste, une sortie définitive — plutôt tumultueuse, et pleine de questions.

          Voici l’extrait donc, en anglais, dans l’ouvrage d’origine:

          My personal path [Gilles’ path] has taken me through various religious and spiritual routes. One of the most meaningful realizations occurred the day I discovered I could « fly on my own. » Reading the following quote from Anne Hillman (Awakening the Energies of Love) was liberating and extremely reassuring:

          It wasn’t until my mid-forties that I mentioned my dilemma with the church to a colleague who’d once been a Dominican priest. He told me the story of a beautiful tree in the center of a garden, surrounded by a high stone wall. He likened the tree to a person searching for the sacred, and the wall to the boundaries defined by her religion.

          He concluded by saying:

          The tree needs to grow out of the garden. Its branches need room to expand and spread wide. They need to reach far outside the garden’s walls, for they cannot be contained by the wall’s limits. But the tree always remains rooted in the garden.

          Bonne lecture!

          Gilles

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    • Un très bel article. De plus, je suis sensible à la poésie de Khalil Gibran. Il a également écrit un livre sur l’amour et les femmes, illustré par de magnifiques calligraphies.
      Là est toute la difficulté en effet. Aimer sans vouloir posséder, sans vouloir transformer l’autre, c’est respecter la diversité, c’est le respecter dans sa spécificité. Exercice très complexe.

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      • Khalil Gibran a le don de comprendre nos âmes dans toute leur complexité et sa poésie est d’une sagesse intemporelle.
        Notre état d’humains, avec nos blessures et manques que nous cherchons à combler, nous pousse si souvent à vouloir façonner l’être aimé à l’image de nos besoins. S’en défaire est un exercice fort complexe et truffé de pièges. Nous y tombons, certes mais déjà le savoir et tendre vers cette libération est le singe de respect… de soi, aussi…

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