Christophe André : Nos relations : nourricières ou vampiriques ?

Certaines personnes nous dynamisent quand d’autres nous épuisent. Comment cultiver le lien avec les premières et éloigner les secondes ? Christophe André nous aide à décrypter ce qui se joue dans nos échanges.

Psychiatre et psychothérapeute, Christophe André est l’auteur, entre autres, de L’Estime de soi (avec François Lelord) et Vivre heureux. Psychologie du bonheur (Odile Jacob, 2001 et 2003).  Petits complexes et grosses déprimes, avec Muzo (Le Seuil, 2004) et Imparfaits, libres et heureux. Pratiques de l’estime de soi, Odile Jacob, 2006

Nous connaissons tous cette sensation d’être nourri, renforcé par une relation. Comme, à l’inverse, celle d’être vidé, asséché. Mais, selon les situations, chacun de nous peut, tour à tour, être énergétique ou devenir énergétivore.

« Nous sommes tous des vampires potentiels, car notre tendance naturelle est d’attendre tout de l’autre, de vouloir le dévorer, explique Christophe André. Mais l’intelligence relationnelle et la maturité nous aident à comprendre peu à peu que c’est une mauvaise solution pour nous attacher autrui, qu’on va l’épuiser, le faire fuir. »

Savoir ce qui nous donne de l’énergie ou nous en enlève, décrypter les comportements par lesquels nous épuisons notre entourage, nous permet d’avancer sur la voie de l’équilibre. Christophe André cerne pour nous ce qui est en jeu dans les relations qui vampirisent et dans celles qui nourrissent.

Les relations vampiriques


On les reconnaît au degré d’épuisement qu’elles engendrent. Parce qu’elles ne nous apportent rien, nous font régresser et mettent à mal notre équilibre émotionnel. On peut dégager plusieurs portraits de dévoreurs d’énergie (à fréquenter avec parcimonie).

Les plaintifs chroniques

Ils nous vampirisent, parce que leur demande affective est sans fin et que nous sommes impuissants à la combler ou à la faire évoluer. Alors qu’ils nous investissent du rôle du sauveur – même si nous n’en avons ni la capacité ni l’envie –, ces éternels plaintifs nous mettent en situation d’échec parce que, en réalité, ils ne sont pas dans l’état d’esprit voulu pour recevoir nos conseils.

Les dépendants

Ils réclament constamment des preuves d’amour, nous sollicitent pour la moindre décision… En s’accrochant à nous comme des enfants, ils nous placent dans une position de parents et font peser sur nos épaules une responsabilité écrasante. Et dès que nous voulons prendre nos distances, la culpabilité nous envahit.

Les hypersensibles

Leur sensibilité exacerbée nous oblige à être en permanence sur nos gardes. Car, avec eux, tout est sujet à interprétation, à justification, est susceptible de provoquer un drame. Ils nous condamnent ainsi à un self-control permanent.

Les conflictuels

Pour eux, la résolution des problèmes passe par l’agressivité, ce qui ne leur coûte rien, puisque le conflit est leur mode de fonctionnement. En revanche, ce type de relation est cher en émotions pour la personne agressée qui, elle, en sortira vidée.

Les hors-la-loi

Leur rôle et leur territoire ne sont jamais clairement définis, ce qui oblige à des renégociations incessantes. Comme les règles ne sont pas établies une fois pour toutes, chacun empiète sur le terrain de l’autre.

Ce que l’on peut faire : savoir mettre des limites

Dans les relations vampiriques, il est important d’établir la juste distance pour ne pas se laisser happer. Nous risquons en effet de nous soumettre à la pathologie de l’autre et de devenir sa victime, puis de sombrer dans l’agressivité et la rancœur. En général, nous devons nous méfier de notre tendance à endosser le rôle du sauveur.

Si l’on peut souvent aider, on peut rarement sauver. Quand l’énervement commence à nous envahir, deux questions s’imposent : suis-je la bonne personne et dois-je être la seule personne ? Dans tous les cas, nos émotions sont le meilleur signal d’alarme : un sentiment de malaise qui s’installe nous indique qu’il faut dire stop !

Les relations nourricières


Sans que nous sachions pourquoi, elles nous rassérènent, nous réconfortent. Et agissent parfois comme des euphorisants. Petit tour d’horizon de ces relations aux bénéfices certains.

Les petits riens qui font du bien

Le compliment d’un inconnu, la sympathie d’un voisin qui s’enquiert de notre travail, la gentillesse d’un ami sont autant de signes que notre existence a un intérêt – même minime – pour les autres. Nous avons tendance à sous-estimer ces gestes, à les réduire à des automatismes.

Pourtant, ils augmentent notre sentiment d’être apprécié. Nous avons tous besoin de plusieurs niveaux de relations, et ces liens superficiels comptent autant que les rapports intenses d’amour ou d’amitié. Les personnes âgées, par exemple, qui entretiennent des rapports superficiels mais réguliers avec les commerçants, y puisent de l’énergie vitale.

La dynamique de l’échange

Les relations reposant sur un échange véritable nous nourrissent parce que nous entrons dans une dynamique de création réciproque. Chacun s’invente en s’ouvrant au monde de l’autre. L’échange suppose qu’il n’y ait ni soumission ni domination, mais égalité et réciprocité.

Si quelqu’un nous confie sa souffrance et est disposé à nous entendre, il nous gratifie parce qu’il nous a choisi. Et le dialogue noué sera pourvoyeur d’énergie pour les deux.

Le don, façon idéale de recevoir

Quand nous sommes en position de donner du temps, de l’amour, de l’aide, nous diffusons de l’énergie positive. Les gratifications que nous recevons en retour rehaussent notre estime de soi. Et notre bénéfice est à la hauteur de celui retiré par l’autre personne.

La transmission, une satisfaction

Avoir la preuve que ce que l’on fait a un sens décuple notre énergie. Quand un maître réussit à apprendre à lire à un élève en difficulté, il en sort « énergétisé ». Pédagogiques ou thérapeutiques, les relations de transmission sont très gratifiantes : elles renforcent notre sentiment d’utilité et d’efficacité. A chaque fois que nous pouvons adopter un comportement en accord avec nos valeurs, nous en retirons de l’énergie : assumer nos responsabilités à l’égard d’un vieux parent, soutenir quelqu’un qui subit l’opprobre général nous dynamise parce que nous nous sentons en règle avec nous-même.

Ce que l’on peut faire : renouveler son énergie

Nous devons nous nourrir à plusieurs sources. Les nourritures quotidiennes sont procurées par nos proches. Mais nous avons aussi besoin de relations qui « décoiffent », nous transforment. Elles correspondent à des attentes – souvent inconscientes –, à des possibilités en nous inexploitées jusque-là. Certaines personnes – agressives, provocatrices – peuvent nous agacer ou nous déplaire, mais elles nous permettent d’avancer, de grandir. Ces relations inconfortables sont parfois le meilleur moyen de renouveler notre énergie.

Publié dans la revue Psychologie

A lire :

Comment gérer les personnalités difficiles de Christophe André et François Lelord.
Les conseils des auteurs, thérapeutes, aident à mieux comprendre et mieux gérer un entourage difficile (Odile Jacob, 2000).

• Cessez d’être gentil, soyez vrai ! de Thomas d’Asembourg.
Pour reconnaître ses besoins et prendre soin de soi afin d’éviter malentendus et pertes d’énergie dans notre vie relationnelle (Editions de l’Homme, 2001).

Son site : http://christopheandre.com/

Son blog : http://psychoactif.blogspot.fr/

Sur le blog : http://spinescent.blogspot.fr/search/label/Christophe%20Andr%C3%A9

Vous trouverez des nombreux vidéo et articles

Sur ce blog : https://tarotpsychologique.wordpress.com/2012/05/03/christophe-andre-vivre-en-pleine-conscience/

Et :https://tarotpsychologique.wordpress.com/2012/05/25/christophe-andre-nos-etats-dame-sont-une-porte-vers-leveil/

 

7 réflexions sur “Christophe André : Nos relations : nourricières ou vampiriques ?

  1. Pingback: Christophe André : Nos relations : nourr...

  2. Magnifique cet article je l’ai dévoré comme un vrai bonbon . comme si ses mots traçaient des images . j’ai lu cet article comme si des images me parlaient , J’ai l’habitude d’écrire d’une façon imagée , Mais ici j’y ai lu des mots imagés ( un psy que j’ai vu m’a déjà dit que je comprenais en parabole ) C’est pour cela je crois que les paraboles dans les évangiles me parlent autant .
    Cet article il est pour moi très éclairant , il met des mots sur ce que souvent nous ressentons , mais arrivons pas toujours a décrire , j’ai besoin souvent de décrire en images ce que je ressent et lui ici m’a donné des images … Les relations qui nous décoiffent me parle tellement. se sont souvent les rencontres qui nous ébranlent et les situations qui nous bousculent qui finissent par nous transformées le plus.
    merci de me faire connaître Christophe André …

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    • Merci à toi, Jeanne D’arc, pour tant d’enthousiasme si communicatif. On dit souvent que certaines rencontres nous changent à jamais et ce sont celles que tu évoques. Parfois, ce sont aussi des écrits et apparemment, ceux de Christophe André résonnent en toi.
      Puisque tu t’intériorises souvent et exprimes tes émotions à travers les mots images, métaphores ou la poésie, cette façon de nommer les ressentis te correspond. Comme les paraboles, si parlantes car hautement symboliques et qui se prêtent à des interprétations personnelles.
      Elles ne touchent que ceux, pourvus d’une grande sensibilité, comme la tienne.
      Alors heureuse que tu aies aimé et surtout que tu sois venue le partager avec nous.
      Tendresses…

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  3. Très beau billet Elisabeth, je suis en harmonie avec toi encore une fois😉
    Lorsque nous sommes altruistes ou nourriciers nous risquons le vampirisme. Aider son prochain est normal et fais du bien, soyons honnête, mais nous devons aussi savoir nous protéger.
    Tout ceci est encore une histoire de juste milieu, ce que nous devons trouver toute au long de notre vie, pas facile, la vie est là pour nous former😉
    Belle soirée Elisabeth, grand merci pour tes billets si passionnants et instructifs.
    Bisous tendres

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    • Tu es si gentille, Fanfan mais les remerciements vont à Christophe André, le psychiatre à qui je porte une grande estime, je me contente juste de partager sa pensée.
      Tu as bien raison que le fameux juste milieu est à trouver en permanence et que nous ne pouvons y arriver que grâce aux expériences de la vie.
      Tendres bisous

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  4. Oui, cette notion de faire attention à ce que l’on ressent face à une personne qui puise notre énergie, je l’applique désormais pour ne plus me faire « dévorer » … Il y a un paquet de personnes qui se complaisent dans la complainte ! En revanche, quelle joie de se retrouver en revanche face à des personnes pleines de bonne énergie !
    En même temps, je sais bien que les premières personnes n’y sont pour rien et je ne peux m’empêcher de tenter de les aider mais désormais, je n’insiste plus …

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    • C’est tout à fait à votre honneur de vouloir aider les personnes autour de vous mais vous avez bien fait de prendre de la distance car, comme vous dites, certaines sont de véritables « vampires » et non seulement vous ne les aiderez pas mais ce sont eux qui épuiseront votre énergie.
      Ces gens se complaisent souvent dans le rôle de victime, accusent la terre entière, sans jamais se remettre en question.
      Bien sûr, il est nécessaire de faire la distinction entre ceux qui veulent vraiment s’en sortir et leur tendre la main mais cela nous apprend à bien discerner.
      Merci pour votre commentaire…

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